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  • il y a 16 heures
Alors que la mobilisation des lycéens prend une ampleur inégalée ces dernières décennies, “Le Monde” est allé à leur rencontre pour recueillir leurs témoignages et analyser avec eux leurs principales revendications.

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Transcription
00:00Il y a des murs qui sont cassés, des fois il n'y a pas de papier toilette.
00:02Nous, on ne ressent pas cette égalité des chansons.
00:05La mobilisation des lycéens prend une ampleur inédite depuis des décennies.
00:08Au monde, nous avons voulu comprendre l'origine de la colère des lycéens.
00:11Alors nous nous sommes rendus sur place pour recueillir leurs témoignages.
00:15En hiver, il fait super froid, en été il fait super chaud dans les classes.
00:19On voit la moisissure apparente, génial quoi.
00:25On est 35 par classe, en classe entière.
00:27Et analyser ensemble leurs trois principales revendications.
00:32La première revendication que tous ces lycéens partagent, c'est d'étudier dans des conditions dignes.
00:36On est dans des conditions un peu minables, on va dire.
00:40Lui, c'est Nouaïm, il est élève au lycée Éluard et il me raconte son quotidien.
00:44Tu as des exemples du manque de moyens ?
00:46Infirmière, psychologue, assistante sociale, il n'y en a pas assez.
00:49Il y a des murs qui sont cassés, les toilettes sont sales.
00:53Des fois, il n'y a pas de papier toilette, il n'y a pas de savon.
00:55Cette prof du lycée Éluard ne peut pas apparaître face caméra, mais elle me raconte les conditions d'accueil des
01:00élèves.
01:00Ok, ça c'est une photo des toilettes.
01:01Voilà, on voit la moisissure apparente.
01:04Donc le lycée est en travaux pour rénovation.
01:06La rentrée, c'était le vendredi et les ouvriers n'étaient pas au courant qu'on accueillait les élèves le
01:10vendredi.
01:11Il n'y avait pas de l'électricité, les salles n'étaient pas finies d'être installées,
01:14c'est-à-dire que les tables étaient encore empilées ou alors il en manquait.
01:17Dans son lycée, comme dans la plupart des lycées, les rénovations sont longues, complexes,
01:21parfois même impossibles parce que les bâtiments sont trop vieux.
01:24En moyenne, 65 ans pour les lycées généraux et 71 ans pour les lycées professionnels.
01:29Tous ces bâtiments ne sont pas adaptés aux vagues de chaleur et de froid.
01:32J'ai suivi Yanis et Gabriela qui se rendaient à la manif depuis Saint-Denis.
01:36L'année dernière, pour les épreuves du bac, les élèves sous 35-40 degrés,
01:40mais c'est pas possible de passer le bac comme ça en fait, c'est vraiment pas possible.
01:43En hiver, il fait super froid, en été il fait super chaud, dans les classes on doit se battre pour
01:47aller à la fenêtre.
01:47Et surtout, les bâtiments ne sont pas adaptés à la taille des classes.
01:51Je me rends dans la banlieue sud de Paris où je retrouve Solène que j'ai croisée en manif.
01:55On est 35 par classe, en classe entière.
01:58C'est compliqué de nous gérer tous, de pouvoir nous apporter l'aide dont on a besoin un par un.
02:04Ça, c'est parce que le nombre d'élèves a augmenté depuis 2010.
02:07Mais le nombre d'enseignants, lui, a diminué.
02:10Environ 7200 postes d'enseignants titulaires supprimés dans les collèges et les lycées
02:14depuis le premier quinquennat d'Emmanuel Macron.
02:16En plus de ces suppressions de postes, de nombreux enseignants ne sont pas remplacés.
02:20Vous avez des exemples cette année ? Vous avez eu des profs qui ne sont pas vus ?
02:23Quand les profs sont absents, on n'a aucun remplaçant.
02:25Par exemple, l'année dernière, moi, pendant 6 mois, je n'ai pas eu de prof d'anglais
02:29parce qu'elle était enceinte en congé de maternité.
02:31Je n'ai pas eu de remplaçant.
02:33En 2024-2025, ces absences représentaient un peu plus de 7% du total des heures de cours au lycée.
02:38Alors qu'en 2015, ce n'était que 2,3%.
02:41Et le plus problématique, ce sont les absences de longue durée.
02:44Là, la physique-chimie, j'étais censée en avoir une en début de semaine,
02:47mais j'ai passé trois semaines sans cours de physique-chimie.
02:49Et le problème, c'est qu'il y a des établissements où il n'y a pas du tout de
02:52profs de toute l'année.
02:53Entre 2018 et 2024, le nombre de journées d'absence de longue durée non remplacées a augmenté de 93%.
03:01Cette fois, je me suis rendue à Paris, dans un lycée qui a été bloqué par des lycéens,
03:05en solidarité avec les lycéens de banlieue.
03:07Si on est tous là, avec la moitié de mes petits camarades, c'est pour revendiquer le droit à l
03:13'éducation, en fait.
03:14Car toutes les académies ne sont pas touchées de la même façon.
03:17Le rapport du Sénat de 2025 reconnaît que le taux de remplacement est particulièrement bas
03:22dans les académies de Versailles et de Créteil.
03:25C'est-à-dire les deux académies qui regroupent l'ensemble de la banlieue parisienne.
03:29Après, on vient de nous parler d'égalité des chances, alors que nous, on ne la ressent pas, cette égalité
03:33des chances.
03:33On se sent déjà même mis de côté par l'État dans les banlieues.
03:36Toujours selon le rapport de 2025, ces académies souffrent d'un manque d'attractivité
03:40et d'un taux d'absence des enseignants plus élevé que dans le reste de la France.
03:45Du coup, on a des mauvaises notes, on n'a pas des bonnes moyennes,
03:48on n'a pas les points au contrôle continu du bac.
03:50Et après, ça débouche sur Parcoursup, et Parcoursup qui est un algorithme qui nous trie.
03:56On sait très bien qu'il y a une inégalité au niveau de Parcoursup.
03:59Un jeune de banlieue sera moins favorisé qu'une personne sur Paris.
04:02Nous, on vit dans des conditions un peu exécrables, on va dire.
04:05Ça nous voit comme des sauvages.
04:07On voudrait la suppression de la plateforme parce que ce n'est pas du tout égal.
04:11Il y a des élèves qui se donnent à fond et qui ne sont pas acceptés dans les établissements qu
04:15'ils veulent.
04:15La dernière revendication concerne les emplois du temps.
04:18Moi, je finis trois fois 18h, ici, là et là.
04:21Parfois, on n'a qu'une heure pour manger, sachant que pour les élèves qui habitent loin, c'est dur.
04:24Il n'a quantité pas beaucoup, il ne peut se permettre.
04:26Le vendredi, pareil, on a trois heures de trou.
04:28Là, c'est la réforme du bac de 2018 qui est en cause.
04:31Elle a créé 12 spécialités qu'il faut combiner.
04:33Un vrai casse-tête pour faire les emplois du temps.
04:35Il y a des gens qui habitent à une heure du lycée, donc le temps de rentrer avec les bouchons,
04:39etc.
04:40Ensuite, quand on rentre, on doit manger, se doucher.
04:43Après, on a deux heures dans la soirée avant de se coucher.
04:46Les deux heures sont consacrées à nos devoirs si on s'y tient.
04:49Dans son rapport de 2023, l'inspection générale avait déjà fait ce constat.
04:52Ils apparaissent toujours très denses et surtout pas toujours bien équilibrés, ce qui complique beaucoup la vie hors de l
04:59'établissement, notamment pour ceux qui dépendent des transports scolaires.
05:03Pour faire du sport extra-scolaire, c'est très compliqué à trouver.
05:06J'ai dû abandonner mon sport et ça m'a fait un coup au moral.
05:12Et c'est beaucoup de jeunes qui sont en dépression.
05:16Les taux ont vraiment augmenté.
05:18On sait très bien que dans notre lycée, il y a des gens talentueux, il y a des gens qui
05:21rêvent grand.
05:22Et nous, on est là pour montrer qu'on n'est pas que des gens de banlieue, on est là
05:27pour faire rêver le monde.
05:29Ces revendications ont trouvé écho chez les professeurs, chez les étudiants et même chez des lycéens au-delà des frontières
05:35de la France.
05:36Le 8 octobre, le ministre de l'Éducation a annoncé affecter 3000 professeurs en plaçant dans les lycées les plus
05:41en difficulté.

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