- il y a 9 heures
Cette décision pourrait ouvrir la voie à l’entrée dans l’enclave palestinienne du « Comité de gestion de Gaza ». Elle survient alors que d’intenses négociations ont lieu au Caire, incluant toutes les factions palestiniennes pour la mise en œuvre de la feuille de route accompagnant le plan Trump pour Gaza. Israël occupe près de 70 % de l’enclave et ne montre aucune velléité de se retirer. Le point avec Pierre Barbancey et Théo Bourrrieau.
Disponible en podcast https://www.humanite.fr/les-podcasts-de-lhumanite
Soutenir l'Humanité avec un don https://www.humanite.fr/don
Accéder aux contenus exclusifs https://abonnement.humanite.fr/
Instagram https://instagram.com/lhumanitefr
Twitch https://twitch.tv/lhumanitefr
TikTok https://tiktok.com/@lhumanitefr
Twitter https://x.com/humanite_fr
Bluesky : https://bsky.app/profile/humanite.fr
Threads https://www.threads.net/@lhumanitefr
Facebook https://www.facebook.com/humanite.fr
Disponible en podcast https://www.humanite.fr/les-podcasts-de-lhumanite
Soutenir l'Humanité avec un don https://www.humanite.fr/don
Accéder aux contenus exclusifs https://abonnement.humanite.fr/
Instagram https://instagram.com/lhumanitefr
Twitch https://twitch.tv/lhumanitefr
TikTok https://tiktok.com/@lhumanitefr
Twitter https://x.com/humanite_fr
Bluesky : https://bsky.app/profile/humanite.fr
Threads https://www.threads.net/@lhumanitefr
Facebook https://www.facebook.com/humanite.fr
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:01Pourquoi le Hamas a-t-il annoncé la dissolution de son gouvernement dans la bande de Gaza ?
00:05Lundi 6 juillet, l'organisation islamiste a annoncé dissoudre le comité gouvernemental de Gaza.
00:11Alors quelles conséquences cette décision va-t-elle avoir sur l'enclave palestinienne qui subit encore aujourd'hui un génocide
00:15?
00:16Quel rôle pour l'autorité palestinienne ? Quelle réaction israélienne ?
00:19Élément de réponse avec Pierre Barbancec, reporter à la rubrique Monde et spécialiste du Moyen-Orient.
00:26Bonjour Pierre, comment vas-tu ?
00:28Bonjour, bah écoute, je vais bien. Je continue à scruter ce qui se passe au Moyen-Orient et plus largement
00:36dans le monde, parce que tout est un petit peu lié.
00:38Bah oui, tu m'étonnes. Alors peut-être avant qu'on parle de cette annonce de la dissolution du gouvernement
00:44du Hamas,
00:45il faut peut-être que tu nous rappelles un petit peu, c'est quoi le rôle politique du Hamas dans
00:51l'enclave palestinienne ?
00:52Qu'est-ce qu'il gère ? Qu'est-ce qu'il administre ? Parce qu'en fait on entend
00:56beaucoup parler du Hamas évidemment,
00:57mais peut-être que les gens ne se rendent pas forcément compte du rôle de gestion que peut avoir le
01:03Hamas dans la bande de Gaza.
01:05Oui, alors tu as raison, c'est toujours bien de rappeler un certain nombre de choses,
01:09parce qu'on pense savoir, on ne sait pas toujours, surtout quand on n'a pas le nez dans le
01:13guidon.
01:14Bon, le Hamas est une organisation islamiste palestinienne, pour ceux qui ne savent pas, Hamas ça veut dire mouvement de
01:21la résistance islamiste,
01:22donc c'est aussi pour ça que des fois on utilise le mot résistance islamiste pour le Hamas.
01:28Donc il a été créé dans les années 80 et qui, c'est vrai, a été au départ assez favorisé
01:33par Israël,
01:34qui a vu dans l'émergence de cette organisation une possibilité pour amoindrir le rôle du FATA, de Yasser Arafat,
01:45et de l'Organisation de Libération de la Palestine, l'OLP, qui regroupe quasiment l'ensemble,
01:51qui regroupait jusque-là l'ensemble des organisations palestiniennes,
01:55donc aujourd'hui à l'exception du Hamas et du djihad islamique,
01:58et même s'il y a un certain nombre de problèmes à l'intérieur de l'OLP font que, par
02:02exemple,
02:03l'Organisation de Front Populaire de Libération de la Palestine, le FPLP, a suspendu sa participation.
02:09Donc, en fait, ce qui s'est passé, c'est qu'après l'intervention israélienne en 2002, en Cisjordanie,
02:16quand je dis intervention, je devrais dire invasion d'ailleurs,
02:19puisque l'armée israélienne est rentrée en Cisjordanie presque dix ans après les accords d'Oslo,
02:26qui étaient censés mettre en place un État de Palestine, ce qui n'était absolument pas le cas,
02:33et en 2002, Ariel Sharon s'est servi, je vais un peu vite, parce qu'on n'a pas trop
02:38de temps,
02:39Ariel Sharon s'est servi des attentats du World Trade Center de septembre 2001 aux États-Unis,
02:44pour dire, nous aussi, nous avons notre Ben Laden, c'est Yasser Arafat,
02:48il a textuellement dit ça, et a pris prétexte de ça,
02:52alors qu'il y avait une tifada qui avait éclaté en septembre 2000,
02:57notamment à cause de la provocation de ce même Ariel Sharon sur l'esplenade des mosquées à Jérusalem,
03:03qui lui a permis d'ailleurs, quelques mois plus tard, d'être élu et d'être nommé Premier ministre d
03:09'Israël,
03:09donc a décidé d'envahir à nouveau la Cisjordanie en envoyant ses troupes,
03:15et en encerclant Yasser Arafat dans sa Moukratah, dans son quartier général à Ramallah.
03:22Et Yasser Arafat n'en est plus sorti, n'en est sorti qu'en 2004,
03:26par un hélicoptère spécial et sur intervention d'un certain nombre de grandes puissances de la France,
03:31pour venir à Paris, où il est mort dans un hôpital parisien,
03:35dans des conditions encore non expliquées.
03:38Voilà, ça c'est une réalité.
03:40Et donc la mort d'Yasser Arafat a provoqué l'élection d'une élection présidentielle
03:44tout de suite après, au début de l'année 2005,
03:48qui a vu l'élection de Mahmoud Abbas,
03:50et puis à ce moment-là, le Hamas avait décidé de ne pas participer à cette élection présidentielle,
03:56considérant que cette élection se tenait dans le cadre des accords d'Oslo,
04:01que le Hamas ne reconnaît pas.
04:04Et en 2006, il y a eu des élections législatives,
04:06où là, de manière un peu inexpliquée, sauf pour des raisons tactiques évidemment,
04:12le Hamas a décidé de participer à ces élections législatives,
04:15qu'il a remportées.
04:18Et très rapidement, les choses se sont envenimées en interne,
04:22au niveau palestinien, et puis évidemment,
04:25vous pouvez compter sur Israël pour jeter de l'huile sur le feu
04:28et souffler sur les braises, pour utiliser deux expressions.
04:32Et donc, en 2007, ce qui s'est passé, c'est qu'il y a eu des bagarres internes,
04:37notamment à Gaza, avec les troupes, pour aller vite, les troupes du FATA,
04:42que le FATA a perdu.
04:44Et donc, le Hamas a pris le contrôle de la bande de Gaza,
04:47alors que le FATA, avec l'autorité palestinienne,
04:50contrôlait la Cisjordanie.
04:52Et donc, tout de suite après,
04:54Israël a décrété un blocus contre la bande de Gaza,
04:57en fermant carrément cette enclave palestinienne,
05:01où la densité de population est l'une des plus importantes au monde.
05:05Et donc, le Hamas a géré, de fait, la bande de Gaza jusque-là.
05:09Alors, quand tu dis gérer, ça veut dire qu'en fait,
05:11c'est lui qui organise la vie, qui gère, je ne sais pas,
05:14les fonctionnaires, les services publics, si on peut appeler ça comme ça,
05:17plutôt les...
05:18Enfin, c'est le Hamas qui gère tout ça dans la bande de Gaza ?
05:21Oui, oui, ça paraît un peu surprenant.
05:24C'est pour ça que je te pose la question, parce que c'est vrai que...
05:26L'organisation politique a monté une structure administrative, en fait,
05:30de type gouvernemental, avec un gouvernement comme ministre,
05:34des ministres avec des fonctions bien définies, bien déterminées,
05:40et puis, et donc, sous leur contrôle, des fonctionnaires.
05:44Des fonctionnaires qui, jusque-là, dépendaient de l'autorité palestinienne,
05:48donc payés par Hamallah,
05:50mais des accords, en fait, ont été passés permettant aux fonctionnaires
05:56d'être payés, notamment directement par l'autorité palestinienne.
06:00Et vu l'état de développement, malheureusement, de la Palestine aujourd'hui,
06:04les fonctionnaires de l'autorité palestinienne représentent un nombre
06:07non négligeable et une manne financière très importante pour les familles
06:11qui, aujourd'hui, se retrouveraient dans une extrême pauvreté,
06:14une pauvreté et une paupérisation terrible où elle se trouve déjà.
06:19Mais alors, du coup, vu ce que tu nous dis, vu le rôle hyper important que le Hamas a
06:23dans la gestion de la bande de Gaza, que va devenir la bande de Gaza ?
06:27Donc, première question, pourquoi le Hamas a annoncé la dissolution de ce gouvernement ?
06:31Et deuxième question, c'est quoi la suite ?
06:34Qui va reprendre la gestion de l'administration, la gouvernance de la bande de Gaza ?
06:40Alors, ce qui s'est passé, c'est que, on s'en souvient malheureusement,
06:43il y a eu les attaques du 7 octobre 2023 sur le territoire israélien
06:49qui ont fait un peu plus de 1 000 morts, 1 200 morts, pas tous israéliens d'ailleurs.
06:55Et la réplique israélienne a été totalement disproportionnée, puisque très vite,
07:01c'est un génocide qui s'est mis en place, comme tu l'as rappelé tout à l'heure,
07:07qui se solde aujourd'hui par plus de 75 000 morts palestiniens,
07:11par la quasi-destruction de l'ensemble des habitations, des constructions existantes
07:17de la bande de Gaza, notamment les universités, les écoles et beaucoup d'habitations.
07:22Et donc, l'année dernière, à la fin de l'année dernière, 2025,
07:27un cessez-le-feu a été décrété.
07:29Il faut le dire, il faut le rappeler aussi, que Trump a été obligé d'intervenir
07:34parce que les manifestations dans le monde entier se multipliaient
07:37et mobilisaient de plus en plus de gens, et beaucoup, beaucoup de jeunes,
07:42y compris aux États-Unis, et y compris au sein de la communauté juive des États-Unis,
07:49qui dénonçaient cette politique génocidaire israélienne,
07:52ou tout le moins, si ce n'est génocidaire pour certains,
07:55en tout cas, dénonçaient cette politique qui touche aux crimes de guerre
08:00et aux crimes contre l'humanité.
08:02Et donc, il y a eu ce fait qui a été décrété.
08:06Parallèlement, Donald Trump a créé ce qu'il a appelé,
08:09le Conseil de la paix, le Board of Peace,
08:12qu'il ne présente officiellement pas comme étant un remplaçant
08:16de l'Organisation des Nations Unies, l'ONU, parce que pour l'instant,
08:20il joue cet organisme à côté de l'ONU, mais en réalité, on peut penser que politiquement,
08:26son but est bien de pallier à ce qu'il appelle les carences de l'ONU
08:30pour prendre un certain nombre de décisions internationales qui vont dans son sens.
08:35Et donc, avec son plan dit de paix qu'il avait présenté,
08:38d'ailleurs, qu'il a présenté avec Benjamin Netanyahou à Washington
08:42et sans aucune concertation avec les Palestiniens, il faut le rappeler.
08:46Donc, ça veut dire qu'il y a aussi un deux poids, deux mesures.
08:50Il y a une feuille de route qui a été prévue,
08:52notamment qui prévoyait, pour aller les deux mesures principales,
08:57trois ou quatre mesures principales, le désarmement du Hamas,
09:00le retrait des troupes israéliennes, la reconstruction de la bande de Gaza
09:05et l'entrée des produits humanitaires dans la bande de Gaza.
09:10Donc, c'est cette feuille de route-là qui devait être mise en place
09:12et qui n'a toujours pas été mise en place depuis plus de huit mois maintenant.
09:19Visiblement ou pas visiblement, il y a eu des discussions
09:21qui se sont tenues depuis plusieurs semaines au Caire, avec le Hamas,
09:26avec l'ensemble des factions palestiniennes,
09:29avec de manière indirecte des représentants israéliens
09:32et aussi, évidemment, des représentants, ce qu'on appelle les médiateurs,
09:36c'est-à-dire l'Égypte, la Turquie et le Qatar,
09:39pour arriver à voir de quelle manière cette feuille de route
09:41pouvait être mise en or.
09:44C'est ce qui arrive actuellement, puisqu'il y a eu un certain nombre d'avancées.
09:48Jusqu'à présent, Israël, donc, ce que prévoyait notamment cette feuille de route,
09:52c'était la mise en place d'un comité national d'administration de la bande de Gaza,
09:57avec à sa tête un palestinien,
10:02et composé d'un certain nombre de palestiniens de la bande de Gaza.
10:06Jusqu'à présent, ces membres n'ont pas pu rejoindre la bande de Gaza,
10:10puisqu'Israël les en empêchait.
10:12Aujourd'hui, un certain nombre d'avancées permettent peut-être d'aller un petit peu plus loin,
10:16et c'est pour ça que le Hamas a décidé de dissoudre son gouvernement,
10:20qui ouvre la voie, effectivement, à la mise en place de ce comité national
10:25pour l'administration de la bande de Gaza,
10:29avec un certain nombre de mesures qui ont été discutées, encore une fois, au CAIR.
10:33Notamment, évidemment, la question du désarmement du Hamas est une question très importante.
10:39Le Hamas a toujours dit qu'il était d'accord pour rendre ses armes lourdes,
10:43a été beaucoup plus interrogatif sur le fait de rendre, notamment, les armes légères,
10:49dans la mesure où Israël, l'armée israélienne, est toujours sur le territoire palestinien,
10:54dans la bande de Gaza.
10:55Il semblerait que quelque chose, en tout cas un processus, ait pu être trouvé,
10:59puisqu'on sait que, d'abord, Israël est en réalité totalement présente encore dans la bande de Gaza,
11:06et pas simplement sur une petite portion,
11:09puisque, aujourd'hui, Israël occupe encore près de 70% de la bande de Gaza.
11:15Ça veut dire que presque 2 millions de Palestiniens sont en train de se serrer,
11:19dans 30% de cette bande de Gaza.
11:21Et tout le sud de l'enclave palestinienne, qui se trouve à la frontière avec l'Egypte,
11:26est sous surveillance israélienne.
11:28Et là, évolue aussi un certain nombre de groupes armés palestiniens,
11:33qui travaillent, en fait, avec Israël.
11:36Donc, ce qui a été négocié, visiblement, au CAIR la semaine dernière,
11:39c'est que ces milices paramilitaires palestiniennes, pro-israéliennes, en quelque sorte,
11:46soient démentées, ou en tout cas, déposent leurs armes,
11:50et que la feuille de route commence à se mettre en place,
11:54notamment avec aussi un processus de rendu des armes de la part du Hamas,
11:59et de la mise en place, encore une fois, de ce comité.
12:02Alors, il s'agit sans, évidemment, le problème, c'est qu'il s'agit aussi du retrait d'Israël,
12:08de la bande de Gaza, et là, aucune garantie des données par Israël,
12:12puisque ces dernières semaines, encore, Benyamin Netanyahou intervenait,
12:17et même en rigolant avec ses blagues un peu à la Trump,
12:21en disant, ben là, on est quasiment à 70% d'occupation,
12:24et ben l'idée, c'est quand même d'aller jusqu'à 100%.
12:26Donc, on est loin d'obtempérer ou de suivre cette feuille de route.
12:32Ajoutons aussi que, dans le cas de se laisser le feu,
12:36il n'y a pas un jour sans que des Palestiniens soient tués par l'armée israélienne
12:39dans la bande de Gaza, évidemment aussi en Cisjordanie,
12:42mais puisqu'on parle de la bande de Gaza et de se laisser le feu,
12:45donc on est à plus d'un millier de morts depuis quelques mois,
12:50et donc ça pose quand même un sacré problème sur la suite et dans ce qui va se passer.
12:55– Justement, vu ce que tu nous dis, est-ce que, en fait, finalement,
12:58la dissolution du gouvernement du Hamas,
13:02ce n'est pas finalement une bonne nouvelle pour l'armée israélienne,
13:06puisque s'il n'y a plus de gouvernement du Hamas,
13:09si, tu nous l'as dit, les Palestiniens qui sont censés composer
13:12le Comité national pour l'administration de Gaza,
13:14finalement, ils ne peuvent pas rentrer dans l'enclave palestinienne,
13:17en fait, j'ai l'impression que ça peut laisser un peu un trou, un vide politique,
13:21et du coup, laissant le champ complètement libre,
13:24s'il ne l'était pas déjà, à l'armée israélienne,
13:27pour aller jusqu'au bout de son plan d'annexion de Gaza,
13:31enfin, je ne sais pas, est-ce que ça ne va pas laisser un vide propice
13:34pour l'armée israélienne ?
13:36– D'abord, ça aurait pu aller beaucoup plus vite,
13:39oui, tu n'as pas tort, il y a un danger existant,
13:42d'autant que le gouvernement israélien respecte rarement sa parole,
13:49et donc procède toujours par acquiescement de quelque chose,
13:53tout en sachant qu'ils ne vont absolument pas le respecter,
13:56donc c'est évidemment tout le problème,
13:58d'où la nécessité de créer des rapports de force,
14:01et notamment aussi de s'appuyer sur des médiateurs,
14:05encore une fois, qui sont l'Égypte, la Turquie et le Qatar.
14:08Il y a évidemment ce danger que plus personne ne dirige réellement
14:13la bande de Gaza dans les semaines qui viennent.
14:16Je pense que notamment l'administration américaine n'y a pas intérêt pour l'instant,
14:21il faut voir quelle carte va jouer Netanyahou,
14:23en sachant qu'il y a des élections qui sont prévues,
14:25législatives qui sont prévues au mois d'octobre en Israël,
14:30donc il faut savoir, Netanyahou, comment va-t-il penser les choses ?
14:33Quelle carte peut-il jouer pour être sûr de remporter ces élections ?
14:36Est-ce qu'il faut qu'il joue la carte de l'ouverture légère
14:41ou est-ce qu'il faut qu'il joue la carte dure ?
14:43En sachant que quand on parle comme ça,
14:45derrière il y a des êtres humains,
14:48il y a des centaines et des centaines de milliers de personnes,
14:51de Palestiniens, de femmes et d'enfants,
14:53dont beaucoup ont été tués depuis octobre 2023,
14:56mais qui aujourd'hui essayent de subsister.
14:59Et donc l'enjeu aussi,
15:00et c'est aussi je pense pourquoi le Hamas a fait ce pas-là,
15:05c'est aussi pour permettre l'entrée totale et entière
15:10de l'aide humanitaire pour les populations
15:13et pour mettre en place une reconstruction.
15:16Parce que si la reconstruction ne commence pas,
15:18c'est évidemment tous les plans qui existent dans les tiroirs,
15:21notamment de nouvelles stations balderes du Moyen-Orient,
15:25ce genre de choses pour les riches du monde entier,
15:28qui pourraient être mises en œuvre.
15:29Et puis j'ajoute, on le soulève beaucoup moins,
15:33que depuis des années d'ailleurs,
15:36les Américains, les États-Unis et Israël,
15:39veulent une chose,
15:41c'est en finir avec cet organisme des Nations Unies
15:44qu'on appelle l'UNROI,
15:45qui s'occupe des réfugiés palestiniens.
15:48À travers les réfugiés palestiniens,
15:50c'est évidemment tout le drame historique
15:52qu'ont vécu les Palestiniens,
15:53notamment en 1948,
15:54avec ce qu'ils appellent la Nakba,
15:56la catastrophe,
15:57mais qui s'est poursuivie en 1967,
16:00après la guerre de Juin,
16:02la guerre des Six Jours,
16:03et puis encore récemment,
16:05avec le mois d'octobre,
16:06où les Palestiniens eux-mêmes évoquaient une nouvelle Nakba,
16:08puisque les Israéliens aujourd'hui disent
16:10« bon, aujourd'hui, les choses sont…
16:12ceux qui veulent partir peuvent partir ».
16:13Donc ça veut dire que le fait même d'évoquer
16:16cette possibilité-là
16:17montre que les Israéliens n'ont pas abandonné
16:21l'idée de faire partir
16:23les Palestiniens de la bande de Gaza,
16:25et quand on sait qu'à plus de 60%
16:27des Palestiniens de la bande de Gaza
16:29sont déjà des réfugiés,
16:30on voit bien l'enjeu politique,
16:32car la reconnaissance du statut de réfugié,
16:35c'est bien la reconnaissance
16:36de ce qui s'est passé en 1948,
16:38et le fait que même le partage de l'ONU
16:40décrété en novembre 1947
16:42n'a pas été respecté
16:43par les autorités israéliennes de l'époque,
16:45et notamment par David Ben-Gurion.
16:48Donc il y a un enjeu politique
16:50qui est fondamental,
16:51notamment autour de cette question des réfugiés,
16:53et donc aussi pour la suite
16:55de ce qui va se passer dans cette région.
16:57Et quand on veut continuer à parler
16:58d'une solution à deux États,
17:00je pense que ceux qui veulent en parler
17:02doivent prendre les mesures réelles
17:04qui s'imposent,
17:04que ce soit pour la bande de Gaza
17:06ou pour ce qui est en train de se passer
17:07en Cisjordanie,
17:08avec une tentative d'annexion
17:10via l'armée et les colons israéliens.
17:13Avant qu'on se quitte,
17:15Pierre, je voulais quand même
17:15qu'on évoque la venue d'Emmanuel Macron
17:18en Syrie.
17:19Il est arrivé hier soir.
17:21Peut-être que vous avez vu dans le chat,
17:23il y a eu des explosions ce matin,
17:25pas très très loin de là où Emmanuel Macron réside,
17:28lui et sa suite.
17:30Déjà, Pierre, est-ce que tu peux nous rassurer ?
17:32Est-ce qu'Emmanuel Macron va bien ?
17:36Écoute, je n'ai pas de ligne directe avec Emmanuel Macron.
17:38Comment ça, tu n'as pas de ligne directe ?
17:40Je pense que s'il n'allait pas bien,
17:42on l'aurait su.
17:43Oui, il va bien,
17:44il est réfugié dans le palais présidentiel,
17:47donc tout va bien.
17:48Mais oui, peut-être une dernière petite question,
17:50parce qu'on parle de la Syrie,
17:51mais c'est à quelques dizaines,
17:53voire centaines de kilomètres
17:54de ce qu'il se passe en Cisjordanie.
17:56C'est vraiment tout, tout près.
17:57Évidemment, il y a des enjeux hyper importants
17:59entre l'armée israélienne et la Syrie,
18:01notamment autour du plateau du Golan,
18:03du Golan, je vais essayer de bien le dire cette fois-ci.
18:07Et oui, ma question, c'est
18:09qu'est-ce qu'Emmanuel Macron vient faire en Syrie ?
18:12C'est la première fois qu'un dirigeant dit occidental
18:15se rend en Syrie après la chute de Bashar al-Assad
18:18et la nomination du nouveau président.
18:21Qu'est-ce qu'Emmanuel Macron vient faire à Damas ?
18:24De ce que je vois, j'en sens que c'est surtout pour le business.
18:29Oui, c'est clairement pour le business,
18:31mais j'ai envie de dire qu'il est venu faire un petit coup,
18:33en fait, puisque tu sais qu'il doit se rendre, en fait,
18:36au sommet de l'OTAN en Turquie.
18:38Bon, la Syrie étant limitrophe avec la Turquie,
18:41ça ne fait pas un grand détour.
18:43On pourrait même dire que symboliquement,
18:45celui qui est en place aujourd'hui en Syrie,
18:47Ahmed Al-Shara, qui s'appelait Al-Joulani,
18:50auparavant quand il était un militant d'Al-Qaïda,
18:53donc un militant djihadiste-terroriste,
18:55était largement soutenu par la Turquie.
18:59Donc, les choses faisant, aujourd'hui,
19:01Ahmed Al-Shara a quitté son treillis,
19:04porte la cravate, ou pas la cravate,
19:06parce que j'ai vu que dans le protocole et dans le dress code,
19:10ils sont allés à la mosquée des Omeyades
19:12en chemise blanche, retroussée et sans cravate.
19:16Mais bon, tout ça, c'est un peu du tralala.
19:20Tu as raison, il y a du business d'abord,
19:22peut-être pas toujours au mauvais sens du terme, d'ailleurs,
19:24puisque là, Emmanuel Macron était accompagné
19:27d'un certain nombre de patrons.
19:29On sait notamment que la question de la gestion
19:32du port de l'attaqué se pose pour les Français
19:35qui sont déjà installés.
19:37Il y a la question du tourisme,
19:40et notamment avec Accor et avec les hôtels.
19:43On se souvient du rôle malheureux de Lafarge en Syrie,
19:48qui a eu des problèmes avec la justice.
19:53Mais évidemment, il n'y a pas que ça.
19:55Il y a évidemment toute la question géopolitique.
19:57D'abord, parce que tu l'as rappelé,
19:59la Syrie n'est pas si loin de la Syrie en Tannique que ça,
20:02mais surtout, la Syrie est aussi spontanière avec le Liban.
20:05Le Liban, où la France a quand même des liens historiques patentés,
20:10notamment puisqu'il y avait le mandat français sur le Liban.
20:15Un Liban d'où la France aujourd'hui est quasiment écartée,
20:19exclue de tout le processus qui est en cours,
20:22puisque Israéliens et Américains se sont bien mis d'accord
20:24pour écarter la France et pour faire en sorte que le gouvernement libanais
20:28qui est en place et qui cède à leur pression,
20:33signe un certain nombre d'accords qui vont dans le sens voulu
20:36par les États-Unis et par Israël.
20:39Ce n'est peut-être pas évident que ce soit aussi pour les Libanais eux-mêmes.
20:43Mais tout est lié puisqu'on sait que dès la chute de Bachar el-Assad en décembre 2024
20:49et quand Ahmed Chahara s'est installé au pouvoir,
20:54Israël a immédiatement avancé.
20:56Israël, tu l'as rappelé, qui occupe une partie du plateau du Golan syrien,
21:01a immédiatement avancé en territoire syrien.
21:04Encore une fois, je crois que je l'ai déjà dit ici,
21:06mais j'ai pu le constater moi-même l'année dernière en reportage dans le sud de la Syrie,
21:12de voir les troupes israéliennes qui étaient là en territoire syrien
21:16et donc qui créent une espèce de zone tampon,
21:20comme elle crée cette zone tampon aussi au sud de l'Iban
21:22et comme elle veut créer une espèce de zone tampon aussi dans la bande de Gaza.
21:26Donc on voit bien qu'il y a une espèce de continuité politique et stratégique
21:30de la part d'Israël.
21:32Donc tout ça est complètement lié.
21:35Et puis on pourrait dire aussi que, encore une fois,
21:40la France ne veut pas être écartée de ce qui se passe,
21:42pas simplement d'un point de vue de la reconstruction,
21:45parce que ça va être des milliards et des milliards, évidemment,
21:47d'euros de reconstruction qui vont être en jeu,
21:51mais encore une fois, également,
21:53de savoir comment peser après la guerre menée par Israël
21:56et les États-Unis contre l'Iran,
21:58après l'accord passé entre les États-Unis et l'Iran,
22:01après l'accord qu'on appelle l'accord de Washington entre Israël et le Liban,
22:05de savoir comment est-ce que la France pourrait essayer de jouer un rôle positif.
22:10Je n'ai pas vraiment l'impression que la France joue un rôle positif
22:13dans la mesure où, comme elle a toujours,
22:15comme on dit vulgairement, le cul entre deux chaises,
22:18ça l'empêche complètement d'intervenir sur un positionnement
22:24comme il le faudrait.
22:26Et donc, vu les enjeux qui existent au Liban,
22:28mais vu le positionnement de la France, notamment par rapport au Hezbollah libanais,
22:33vu le positionnement de la France avec la Turquie,
22:36qui n'est pas toujours en très bon terme,
22:38bien que les deux pays soient membres de l'OTAN,
22:40c'est pour ça que le sommet a lieu en Turquie,
22:42il y a un certain nombre d'ambiguïtés et de, je dirais,
22:45de petites lâchetés politiques de la part de la France
22:47qui, au-delà des déclarations et au-delà des rondes jambes,
22:53empêchent en fait la France de jouer pleinement son rôle,
22:56qui devrait être le sien, notamment pour la paix des peuples au Moyen-Orient.