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  • il y a 17 heures
À l'occasion de la Fête de l'Humanité, Gabriella Papadakis, championne olympique de danse sur glace et autrice de "Pour ne pas disparaître", et Vanessa Le Moigne, journaliste sportive à beIN Sports, partagent leur vécu.

Entre sexisme systémique dans le patinage artistique, violences psychologiques, lâcheté des institutions, silence médiatique ou déferlante de cyberharcèlement après la finale de la CAN 2025, elles livrent un témoignage croisé sur le coût de la parole des femmes dans le microcosme sportif et la nécessité de faire front collectivement.

Animé par Mejdaline Mhiri.

Disponible en podcast https://www.humanite.fr/les-podcasts-de-lhumanite

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00:00 Introduction : Vanessa Le Moigne et Gabriella Papadakis
00:01:02 Le livre de Gabriella Papadakis : briser l'omerta dans le patinage
00:09:50 Emprise, survie et déconstruction de la « fragilité »
00:15:21 Le coût de la parole et le silence complice des institutions
00:19:54 Journalisme de sport : relater les faits VS « ne pas abîmer le produit »
00:27:10 L'affaire de la CAN : Vanessa Le Moigne face au cyberharcèlement
00:43:57 Harcèlement : santé mentale et justice
00:50:13 Faire face ensemble : solidarité, outils et engagement

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Transcription
00:00:01Je vais accueillir mes deux invités, Vanessa Lemoyne, journaliste sportive, journaliste
00:00:06notamment sur Binsport, spécialiste de foot. Vanessa, je t'en prie, tu peux venir t'asseoir.
00:00:13Et Gabriela Papadakis, championne olympique de danse sur glace. Bonjour mesdames.
00:00:18Bonjour. Bonjour. Je suis trop contente de vous avoir toutes les deux sur le plateau.
00:00:23Merci pour l'invitation, parce que franchement c'est chouette.
00:00:25C'est une très très belle, c'est un très beau plateau, je suis trop contente.
00:00:28Évidemment le chat, parce que je sais que vous avez le seum de ne pas être à la fête de
00:00:32l'humain,
00:00:33et je le comprends, et c'est pour ça qu'on a mis en place tous ces plateaux, ce Twitch,
00:00:37etc.
00:00:38pour que vous puissiez profiter, donc n'hésitez pas à intervenir quand vous voulez,
00:00:43à faire les remarques que vous voulez, et moi je retransmettrai à nos invités,
00:00:47avec qui on va parler globalement de la place des femmes dans le sport,
00:00:51mais j'avais très envie de revenir sur vos derniers mois, sur ce qui s'est passé dans vos vies
00:00:56professionnelles,
00:00:56mesdames, parce qu'elles ont été extrêmement chargées.
00:00:59Je vais commencer par toi Gabriela, puisque en janvier dernier, donc le 15 janvier,
00:01:04tu sors le livre qui s'appelle Pour ne pas disparaître, qui est sorti chez Robert Laffont,
00:01:09où tu racontes pour la première fois des événements extrêmement traumatiques,
00:01:13puisque tu parles de viol, mais aussi, et c'est principalement d'ailleurs,
00:01:18ce qui a été retenu de la violence psychologique, on peut la qualifier comme ça,
00:01:24de ton ancien partenaire de danse, Guillaume Ciseron,
00:01:28ce qui fissure totalement la belle image qu'on se faisait du couple que vous formiez jusqu'à présent.
00:01:35C'est des mots assez courageux que tu as posés, c'est une démarche qui est très forte,
00:01:39très politique aussi, je le disais avant, parce que tu te dis,
00:01:43à quel point est-ce que tu as ouvert des livres, à quel point tu as pris conscience d'eux,
00:01:46à quel point, etc. Et à la fin, quand le livre sort, ce qu'on retient,
00:01:51ce n'est pas tant ton parcours, ce n'est pas tant tout ce que tu peux dire,
00:01:54c'est surtout ce qui s'est passé avec Guillaume. Est-ce que tu peux revenir d'abord,
00:01:59avant qu'on parle de la sortie, sur pourquoi est-ce que toi, tu l'écris à ce moment-là,
00:02:02ce livre ?
00:02:03Oui, en fait, c'est allé assez vite. On m'a proposé d'écrire un livre,
00:02:10et puis moi, je savais que j'avais beaucoup de choses à raconter,
00:02:14je sais aussi que j'ai une voix, j'avais pris conscience de beaucoup de choses,
00:02:17je voyais beaucoup de problèmes dans le monde du patinage, des problèmes systémiques,
00:02:20et en fait, je me suis dit que je n'avais pas le choix, entre guillemets,
00:02:25parce que c'était un peu une responsabilité, en tout cas, que je me donnais,
00:02:30de pouvoir mettre des mots sur mon histoire, parce que je savais que mon histoire,
00:02:33ce n'était pas seulement la mienne, c'était celle de toutes les femmes dans le milieu du patinage.
00:02:37Alors évidemment, avec mes propres expériences précises, mais quand même qui font partie d'un système
00:02:44qui existe pour toutes les femmes, et j'avais envie de donner voix à ces problèmes-là,
00:02:50et pour faire en sorte que les choses avancent, pour faire en sorte que les autres femmes se sentent moins
00:02:56seules,
00:02:56et qu'elles puissent reconnaître certaines choses aussi, elles.
00:03:02Et puis donc, je l'ai écrit, c'était vraiment, ça partait vraiment du cœur.
00:03:10Il a été facile à écrire, tu as mis du temps pour l'écrire ?
00:03:12Je n'ai pas mis beaucoup de temps, j'ai mis beaucoup de temps à m'y mettre,
00:03:16parce que j'avais envie que ça germe dans ma tête, j'avais envie de savoir exactement ce que je
00:03:20voulais raconter,
00:03:22j'avais besoin d'être prête aussi.
00:03:24L'écriture en elle-même n'a duré que 3-4 mois, avant les révisions, etc.
00:03:31Même si avant, j'avais commencé quand même à prendre des notes, etc.
00:03:35Et finalement, en fait, j'avais tellement écrit dans des journaux depuis des années, des années, des années,
00:03:40que finalement, c'est comme si le livre, je l'avais déjà écrit d'une certaine façon avant de l
00:03:46'écrire vraiment.
00:03:47Et donc, j'ai un peu comme si j'avais mon premier, on va dire que mon premier draft, c
00:03:57'est mon premier manuscrit.
00:03:58C'était finalement un deuxième manuscrit.
00:04:01Et du coup, sur la réception de ce livre-là, qu'est-ce que tu en as pensé ?
00:04:07Est-ce que les gens se sont concentrés sur ce que tu espérais qu'ils se concentrent ?
00:04:11Ouais, non, pas trop.
00:04:14Non, ça, c'était assez surprenant.
00:04:16Alors évidemment, quand on écrit quelque chose comme ça, j'étais pas naïve.
00:04:19Je savais qu'il y aurait beaucoup de réactions négatives.
00:04:24J'avoue qu'à ce point-là, je m'y attendais pas non plus.
00:04:28C'était assez...
00:04:29Tout ce dont j'avais peur, c'est un peu matérialisé et plus.
00:04:33Donc, c'était une sortie qui était très intense pour ça, très difficile.
00:04:37Je dois dire parce que oui, j'avais l'impression finalement que la plupart des gens qui parlaient du livre,
00:04:43en fait, finalement, ne l'avaient pas du tout lu et passaient complètement à côté du message.
00:04:48Moi, ce que j'ai vraiment voulu écrire, c'était un système et c'était un mode de fonctionnement
00:04:55dans lequel j'avais grandi, dans lequel j'avais évolué, mais qui ne m'appartient pas
00:05:00et qui est beaucoup plus grand, d'ailleurs, que tous les individus qui ont fait partie de cette histoire,
00:05:07de mon histoire, de ce que j'ai écrit.
00:05:09Mais évidemment...
00:05:10Tu décris surtout à quel point ce milieu, il est ultra sexiste dans son essence, en fait,
00:05:16ne serait-ce que par les tenues qu'on fait porter aux hommes et aux garçons,
00:05:20à quel point est-ce qu'on sexualise les jeunes filles.
00:05:22C'est tout ça que tu décris dans le livre.
00:05:24Oui, c'est beaucoup ça.
00:05:26C'est déjà dès le plus jeune âge, en fait, à quel point il y a déjà des rapports de
00:05:31force un peu malsains,
00:05:33une culture du silence, l'hypersexualisation des jeunes filles,
00:05:38une non-protection aussi des jeunes athlètes par rapport aux instances,
00:05:42par rapport aux entraîneurs, à toutes les personnes, en fait, à tous les adultes
00:05:47qui font partie de ce milieu-là et tout ce qui manque aussi pour protéger les athlètes.
00:05:54Et puis, étudier aussi et montrer un peu comment on évolue,
00:05:58comment on grandit dans un milieu qui est celui-là.
00:06:04Oui, pour sensibiliser, je pense, les gens à voir un peu ce qui ne va pas,
00:06:11ce qui manque et quoi faire pour que ça se passe mieux.
00:06:15Tu l'as observé, alors j'allais dire de long, parce que c'est pas peut-être le sport que
00:06:19tu couvres,
00:06:19mais finalement, c'est notre profession.
00:06:21Je ne l'ai couvert pas directement, pas aux commentaires ou dans les événements,
00:06:25quoique, en fait, moi, je suis journaliste et Omnisport aussi à la base,
00:06:31avant d'atterrir complètement dans le football parce que c'était mon objectif.
00:06:34Mais je la connais, donc évidemment, je l'ai toujours suivi.
00:06:38Je regarde les compétitions, mais après, au-delà de ça,
00:06:40en particulier, j'ai été tout de suite alpaguée par ce qui lui est arrivé,
00:06:44parce que j'ai eu une compréhension directe de ce qui se passait,
00:06:47de ce que tu dénonçais et du coup, de ce que tu vivais dans la continuité
00:06:50qui n'était qu'exactement un peu que le même fonctionnement.
00:06:55Tu parles de cas systémique, c'est le cas, mais parce que c'est une question de pouvoir.
00:07:00Donc, ce que tu racontes dans ton livre, c'est le pouvoir des hommes
00:07:04sur le corps des petites filles, des femmes,
00:07:08le pouvoir masculin qui s'affirme à chaque fois,
00:07:11en plus, dans plusieurs rencontres différentes, de façon différente,
00:07:15mais sur quelque chose qui t'est imposé, qu'on t'impose
00:07:18et qu'on tente, en fait, de faire disparaître aussi chez toi,
00:07:22c'est-à-dire ta voix.
00:07:23Donc, de façon assez logique, dans la continuité,
00:07:26quand tu sors ton livre, c'est exactement ce qui se passe,
00:07:29c'est ce que tu as vécu dans ton livre, qui, en fait, continue.
00:07:32Et tu deviens une icône, à la fois pour des nanas comme moi,
00:07:37qui se disent « waouh là là ».
00:07:39C'est incroyable, parce que finalement, réussir à poser des mots
00:07:43sur des mots comme ça, de dire les choses directement,
00:07:46parce que ça gêne, ça dérange, c'est très, très courageux.
00:07:49Mais après, au-delà de ça, c'est que tu deviens aussi une icône pour eux,
00:07:53tu deviens la sorcière, en fait.
00:07:55Et donc, le premier objectif, et c'est plus ça qui me dérange,
00:07:59au-delà des hommes, c'est que comme c'est systémique,
00:08:02même des femmes, en tant que médias,
00:08:04la première chose sur laquelle elles vont se focaliser,
00:08:08c'est l'histoire avec Guillaume Cizron.
00:08:10Parce que c'est médiatique et autres,
00:08:12et parce que c'est moins gênant que de parler du fond du problème
00:08:16et de ce que tu dénonces et de ce que tu racontes.
00:08:19Parce que finalement, tu n'attaques pas les personnes,
00:08:22tu attaques ce qu'ils t'ont fait.
00:08:24Et surtout, tu racontes ce que ça a provoqué chez toi.
00:08:28Ton mal-être, ton mal à toi, en fait, c'est ça que tu dénonces.
00:08:32Et je l'ai lu, le livre.
00:08:35Et de ce que je comprends, et de ce que tu as en plus essayé
00:08:37de défendre derrière, et où finalement, tu as abandonné
00:08:39et tu as très bien fait, c'est de dire,
00:08:42ce n'est pas tellement sur l'histoire de Guillaume Cizron,
00:08:44ce n'est pas lui que je pointe du doigt, en fait.
00:08:47C'est ce qui m'a fait, et à quel point ça m'a fait mal.
00:08:52C'est ça, en fait.
00:08:53Ce n'est pas lui, ça aurait été quelqu'un d'autre,
00:08:54ça aurait été exactement la même chose.
00:08:56Et c'est ça, toute l'ambivalence.
00:08:57Et je me suis beaucoup reconnue là-dedans.
00:08:59C'est-à-dire que la nuance, elle est aussi parfois
00:09:01que tu, et c'est ça l'emprise aussi,
00:09:03tu vas pouvoir aimer quelqu'un,
00:09:06tu vas avoir de l'affection pour quelqu'un,
00:09:08et malgré tout, elle te fait du mal,
00:09:10et à un moment donné, tu n'as pas d'autre choix
00:09:12que de lui faire du mal en disant ce qui se passe.
00:09:16Tout simplement.
00:09:17Et si tu retiens ce qui aurait été de négatif,
00:09:21évidemment la vague derrière,
00:09:23il y a une vague aussi positive,
00:09:26qui est beaucoup plus, on va dire, silencieuse.
00:09:29Et pourtant, elle était là.
00:09:31Et sache que pour, je pense que c'est la même chose pour Mejdaline,
00:09:34mais pour une femme comme moi,
00:09:35tu as été très inspirante.
00:09:37Et à ce moment-là, tu m'as donné encore plus de force
00:09:40pour aller au fond de ce que j'étais en train de faire
00:09:42et de me dire, OK, maintenant, on arrive à un âge
00:09:45où on va dire les mots et on ne va plus s'arrêter.
00:09:50Merci pour ces mots.
00:09:52Je suis très contente de te retrouver.
00:09:53Ah non, mais attends, je suis très contente
00:09:55de la retrouver à ce moment-là.
00:09:56Mais moi, je crois beaucoup au destin et au signe
00:09:58parce que vraiment, à ce moment-là,
00:10:01je te voyais, je te connaissais en plus.
00:10:04Alors peut-être pas intimement, on s'était croisés.
00:10:05Parce que tu l'avais déjà interviewé.
00:10:07En interview.
00:10:08Et après, en plus, le pire, c'est que je me suis refait
00:10:11cette interview.
00:10:12Alors je ne sais même plus si c'était avant
00:10:14ou après la médaille,
00:10:15mais je me suis refait cette interview.
00:10:17Et la seule chose qui m'était restée, justement,
00:10:21c'était à quel point tu étais discrète.
00:10:24C'est vrai.
00:10:25Et à quel point, finalement,
00:10:27il prenait beaucoup de place
00:10:29et que moi-même, en tant que journaliste,
00:10:33forcément, comme je voulais des réponses,
00:10:36j'essayais de te faire participer,
00:10:37mais j'étais constamment à le laisser parler.
00:10:40Et en fait, quand je revois cette dynamique-là,
00:10:44ça m'avait déjà frappé sur le moment.
00:10:45Mais du coup, avec ce que tu racontais,
00:10:48j'avais une compréhension un petit peu différente.
00:10:50Ce n'était pas de la timidité,
00:10:51ce n'était pas de la discrétion,
00:10:53c'était un mécanisme.
00:10:54Oui.
00:10:54Voilà.
00:10:55Oui, c'était drôle parce qu'après que le livre s'est sorti,
00:10:57on m'a beaucoup dit ça.
00:10:59On m'a dit,
00:11:00« Ah, mais tu étais si discrète ! »
00:11:02Alors que je suis la personne la moins discrète de l'univers.
00:11:05Non, mais c'est réel.
00:11:07En même temps, on dit discrète,
00:11:08et en même temps, par exemple, dans le livre,
00:11:10tu dis à quel point est-ce qu'on te dit que tu rigoles fort ?
00:11:12Tu vois ?
00:11:13Oui.
00:11:13Et c'est quand même…
00:11:14Mais sur les plateaux télé, en fait.
00:11:15C'est ça, en fait.
00:11:16C'est en interview,
00:11:17et il y avait une autre personne,
00:11:18effectivement, en dehors.
00:11:20Mais quoi que ?
00:11:21Embarqué dans un système d'aller,
00:11:23une machine,
00:11:24en plus,
00:11:24tu étais dans ton sport de haut niveau,
00:11:27mais aussi dans la même pratique
00:11:28avec l'exercice médiatique.
00:11:31C'est « tac ! »
00:11:32On vient, hop,
00:11:32on fait la tournée des médias,
00:11:34tac, tac, tac.
00:11:35Oui, en fait,
00:11:36c'est ce que j'ai réalisé plus tard,
00:11:37c'est que c'était une stratégie de survie,
00:11:40en fait.
00:11:40Quand tu es dans une dynamique comme ça,
00:11:43tu sais que moins tu prends de place,
00:11:44et plus tu es en sécurité, finalement.
00:11:47Moins tu as de problèmes,
00:11:49par rapport à ce que tu pourrais dire,
00:11:50par exemple,
00:11:50et qui pourrait énerver la personne qui est à côté.
00:11:52Oui.
00:11:53Mais en même temps,
00:11:54ce qui m'a aussi frappée,
00:11:56une fois que tu as pris la parole,
00:11:58et que j'ai revu d'anciens documentaires
00:11:59où tu étais,
00:12:00c'est qu'effectivement,
00:12:02il y a des choses,
00:12:02une fois qu'on a lu le livre
00:12:04et qu'on sait tout ce qui s'est passé derrière,
00:12:06que tu disais déjà par un bout,
00:12:08mais tu ne le disais pas exactement comme ça,
00:12:11tu ne mettais pas exactement les mêmes mots
00:12:13sur la violence, etc.
00:12:15À ce moment-là,
00:12:16on disait presque,
00:12:17Gabriella Papadakis,
00:12:18elle a une santé mentale fragile,
00:12:20elle a l'intelligence de le reconnaître, etc.
00:12:23Mais une fois que tu parles de ton parcours,
00:12:26et une fois qu'on sait dans quelle dynamique
00:12:27tu es précisément dans le couple de danse,
00:12:29quand même tout s'éclaire,
00:12:31et en vérité,
00:12:32tu le disais déjà un petit peu.
00:12:34Oui, je pense que ce que je disais,
00:12:36en fait,
00:12:36cette santé mentale fragile,
00:12:38en fait,
00:12:38c'était presque,
00:12:39c'était en fait complètement une couverture
00:12:41pour masquer la violence qui se passait,
00:12:44et donc la violence
00:12:46à cause de laquelle ma santé mentale
00:12:48était, entre guillemets,
00:12:49fragile,
00:12:49ou plutôt en tout cas abîmée,
00:12:52et en tout cas mise en péril finalement.
00:12:55Et à l'époque,
00:12:57ce n'est pas quelque chose
00:12:58que je réalisais complètement,
00:12:59je voyais quand même
00:13:00qu'il y avait des choses
00:13:01qui ne me correspondaient pas
00:13:01au niveau de la culture,
00:13:04de ce sport-là,
00:13:07que je voyais quand même,
00:13:08que je reconnaissais quand même
00:13:09étant plutôt sexiste,
00:13:11plutôt misogyne,
00:13:12avec les doubles standards aussi
00:13:13entre les hommes et les femmes.
00:13:14Donc je voyais déjà
00:13:15toutes ces choses-là,
00:13:15ce que je ne voyais pas encore,
00:13:17c'était ma situation à moi,
00:13:19ma situation personnelle,
00:13:20les rapports de force
00:13:22et de pouvoir
00:13:22que je vivais
00:13:23avec les gens
00:13:24avec qui je passais mes journées.
00:13:27Et donc,
00:13:28parce que je ne voyais pas
00:13:29ces rapports de force-là,
00:13:30ces rapports de pouvoir-là,
00:13:31cette violence-là,
00:13:32je ne pouvais expliquer
00:13:34mon mal-être
00:13:35que par l'intérieur,
00:13:38que par dire
00:13:39« Moi, j'ai une santé mentale fragile,
00:13:41j'ai toujours été comme ça,
00:13:42ça arrangeait aussi
00:13:44les gens de l'extérieur,
00:13:45c'est ce qu'ils me disaient,
00:13:46je leur disais aussi,
00:13:48tout le monde était bien content
00:13:50parce que comme ça,
00:13:51ça ne remettait personne
00:13:51en question. »
00:13:53Et ça,
00:13:54c'est quelque chose
00:13:54que j'ai déconstruit
00:13:55pendant des années en thérapie,
00:13:57en fait,
00:13:57de me rendre compte
00:13:58« Alors non,
00:13:58ma santé mentale,
00:13:59elle n'est pas fragile,
00:14:00au contraire,
00:14:01en fait,
00:14:02je n'aurais jamais tenu
00:14:03aussi longtemps
00:14:04si je n'avais pas été
00:14:05super forte déjà
00:14:06depuis le début.
00:14:07Par contre,
00:14:08oui,
00:14:08mes réactions émotionnelles
00:14:11étaient complètement adaptées
00:14:13finalement à ce qui se passait.
00:14:14Un symptôme ?
00:14:15C'était un symptôme,
00:14:16c'était un symptôme d'un problème,
00:14:17c'était un symptôme de violence
00:14:18et en fait,
00:14:20heureusement,
00:14:20parce que c'est un signe
00:14:21de bonne santé
00:14:21que de ne pas arriver
00:14:23à tolérer
00:14:24de la violence
00:14:25quotidiennement
00:14:26et en fait,
00:14:28moins j'arrivais
00:14:29à la supporter,
00:14:30plus je pensais
00:14:31que j'étais fragile
00:14:32alors qu'en fait,
00:14:33c'est que finalement,
00:14:34je me réveillais.
00:14:36Finalement,
00:14:36je prenais conscience
00:14:37encore inconsciemment
00:14:38mais je commençais
00:14:40à me réveiller
00:14:42à cette violence-là
00:14:44et ne plus arriver
00:14:44à la tolérer
00:14:45et finalement,
00:14:46c'était que je reprenais,
00:14:49que je renaissais
00:14:50d'une certaine façon.
00:14:51Mais souvent,
00:14:52on se demande
00:14:52le prix de la parole
00:14:54des femmes.
00:14:55On est dans une société
00:14:56qui est en train de vivre
00:14:56un moment où à la fois
00:14:57on dit aux femmes
00:14:58parler,
00:14:59à la fois on reconnaît
00:15:00que les violences sexistes
00:15:01et sexuelles existent,
00:15:02qu'elles existent massivement
00:15:04et à la fois,
00:15:05et c'est tout le travail
00:15:06dont je me suis rendue
00:15:08compte dans le livre
00:15:09que j'ai écrit
00:15:09La zone d'impunité,
00:15:10c'est que quand ça touche
00:15:11des personnalités célèbres
00:15:12et là,
00:15:13dans le sport,
00:15:13on est encore sur
00:15:15oulala,
00:15:16mais pourquoi est-ce
00:15:17qu'elle dit ça ?
00:15:18Depuis où elle le dit ?
00:15:20Etc.
00:15:21Quand même,
00:15:21il faut dire,
00:15:22Gabriela,
00:15:22que toi,
00:15:23ce que ça t'a coûté,
00:15:24alors Vanessa,
00:15:25elle a vraiment raison
00:15:26que je trouve
00:15:27de mettre l'accent
00:15:27sur le positif
00:15:28et je vais revenir à la fin,
00:15:29mais là,
00:15:30sur le négatif,
00:15:31de manière très concrète,
00:15:32tu devais commenter
00:15:33les Jeux Olympiques
00:15:34juste après pour NBC,
00:15:35tu perds ce contrat.
00:15:37La fédération,
00:15:38dis-moi si je me trompe,
00:15:40mais ne s'adresse
00:15:41quasiment pas à toi
00:15:43et donc,
00:15:43il y a une forme de,
00:15:44elle a dit ça,
00:15:46elle parle des violences
00:15:46dans ce sport,
00:15:48mais elle parle aussi
00:15:49des violences
00:15:49d'un homme en particulier
00:15:51et personne ne réagit.
00:15:53Oui,
00:15:53il y a eu
00:15:54un complète
00:15:56ignorement.
00:15:58Ça a été complètement
00:15:59ignoré,
00:16:00oui,
00:16:02évidemment pas par les médias
00:16:03qu'on sautait sur l'occasion
00:16:06pour faire les institutions.
00:16:08Oui,
00:16:09par les institutions,
00:16:10ça a été complètement ignoré,
00:16:12ce qui m'a un peu surpris
00:16:13d'une certaine façon
00:16:14et pas,
00:16:15encore moins après avoir lu ton livre
00:16:17que j'ai lu plus tard,
00:16:19mais qui m'a beaucoup éclairée.
00:16:24Mais oui,
00:16:25ça a été assez surprenant
00:16:26et en effet,
00:16:27c'est une façon
00:16:27de garder le statut quo
00:16:29et de ne pas trop déranger
00:16:31et surtout pas dans un moment
00:16:33de compétition
00:16:34parce que,
00:16:36oui,
00:16:37la société en protège
00:16:38les athlètes
00:16:39et il ne faudrait surtout pas
00:16:41qu'ils soient confrontés
00:16:43aux conséquences
00:16:43de leurs actions.
00:16:45Et puis,
00:16:48comme si,
00:16:49en fait,
00:16:49on les sortait
00:16:50de l'humanité,
00:16:53on en faisait des dieux
00:16:54et donc,
00:16:55et intouchables
00:16:57et que donc,
00:16:59ce qu'ils font dans la vie
00:17:00ou pas n'a aucun impact
00:17:05sur leur performance
00:17:07et sur ce qu'on voit d'eux
00:17:08et sur ce qu'on doit percevoir d'eux.
00:17:12Donc ça,
00:17:12c'était très difficile
00:17:13de faire face.
00:17:15Je pense qu'il y a beaucoup
00:17:15de gens aussi
00:17:17qui ont du mal
00:17:18à accepter
00:17:19comme tu disais tout à l'heure
00:17:21qu'une femme
00:17:23prenne la parole
00:17:24sur ce qu'elle a vécu
00:17:28et qui ont du mal
00:17:30à ne pas le percevoir
00:17:31comme une attaque personnelle
00:17:33et comme un désir
00:17:34de revanche.
00:17:36Moi,
00:17:36c'est quelque chose
00:17:37sur lequel j'ai beaucoup
00:17:39travaillé consciemment
00:17:40parce que moi,
00:17:40j'avais le réflexe justement
00:17:41de me dire,
00:17:42attends,
00:17:42mais si j'écris ça,
00:17:42si je dis ça,
00:17:43ça va faire de la peine,
00:17:45ça va énerver
00:17:46certaines personnes.
00:17:47Mais en fait,
00:17:48de me dire,
00:17:48oui,
00:17:48mais en fait,
00:17:49c'est ma vérité.
00:17:50Et moi,
00:17:50je ne peux pas continuer
00:17:51à protéger les gens
00:17:54des conséquences
00:17:55de leurs actions,
00:17:56en fait.
00:17:57Moi,
00:17:57ce que je dis,
00:17:58c'est ce que j'ai vécu,
00:17:59c'est ma vérité.
00:18:02J'ai une question,
00:18:03pourquoi c'était important
00:18:04justement de la dire,
00:18:05ta vérité ?
00:18:06Je crois que c'est une forme
00:18:07de réaffirmation de moi.
00:18:10Je pense que j'ai passé,
00:18:12comme je l'écris dans mon livre,
00:18:13j'ai passé en fait ma vie
00:18:15à me confondre
00:18:16dans les attentes des autres,
00:18:18à me confondre
00:18:18dans ce que les gens
00:18:21attendaient de moi,
00:18:22dans une certaine image aussi
00:18:24que je m'étais même
00:18:25complètement perdue là-dedans
00:18:27et de me réapproprier
00:18:29ma voix,
00:18:30mon histoire,
00:18:31mon identité,
00:18:32mes valeurs.
00:18:34C'était super important pour moi
00:18:36et c'était aussi important
00:18:37de le dire
00:18:38parce que je sentais
00:18:40qu'il y avait
00:18:42un immense fossé
00:18:44entre qui j'étais,
00:18:45qui j'étais devenue
00:18:46et ce que les gens percevaient de moi.
00:18:49Et ça, finalement,
00:18:50c'est très douloureux à vivre
00:18:51parce que les gens
00:18:52projettent une image
00:18:53qui est complètement fausse
00:18:55et il y a cette espèce
00:18:57de décalage
00:18:57que je vivais en permanence.
00:19:00Et pour moi,
00:19:00c'était super important
00:19:01de le dire
00:19:02pour moi
00:19:03et pour les autres aussi.
00:19:05En fait,
00:19:07j'avais l'impression
00:19:08qu'en me taisant,
00:19:10je validais un système
00:19:12qui m'avait fait du mal
00:19:13et qui continuait
00:19:14de faire du mal
00:19:15à d'autres personnes.
00:19:16Et j'avais l'impression
00:19:17de finalement participer
00:19:21à soutenir ce système-là.
00:19:23Et moi,
00:19:23je n'arrivais plus
00:19:24à vivre avec ça.
00:19:25À accepter ça.
00:19:26Il y a quelqu'un dans le chat
00:19:27qui dit
00:19:27est-ce que le désir de revanche
00:19:28est mal en soi ?
00:19:29Est-ce que le problème,
00:19:30c'est qu'on a du mal
00:19:30à imaginer la colère légitime
00:19:33des femmes féminines ?
00:19:35Oui.
00:19:36Oui, parce qu'on le voit d'ailleurs.
00:19:38Mon ancien partenaire
00:19:39a fait des commentaires
00:19:41beaucoup plus violents
00:19:42que ce que j'ai pu dire
00:19:43dans mon livre.
00:19:45Et personne n'a dit
00:19:47qu'il essayait
00:19:48de prendre sa revanche.
00:19:49Donc, on voit bien
00:19:50qu'il y a un immense
00:19:51double standard
00:19:52là-dedans aussi.
00:19:54Là-dessus, Vanessa,
00:19:55nous autres médias journalistes,
00:19:57on a une responsabilité
00:19:58considérable
00:19:59d'être capables,
00:20:00nous, en interview,
00:20:01dans nos reportages,
00:20:03etc.,
00:20:03de qualifier correctement
00:20:05la situation.
00:20:07Alors, je ne veux pas
00:20:07te mettre en difficulté, Vanessa,
00:20:08donc je ne vais pas te demander.
00:20:09Tu ne me mettras pas
00:20:10en difficulté,
00:20:11tu peux me poser
00:20:11les questions que tu veux.
00:20:12Non, mais ce que je veux dire,
00:20:13c'est que là,
00:20:14tu vois,
00:20:15sur les Jeux Olympiques
00:20:16juste après,
00:20:18France Télévisions
00:20:19ne dit pas un mot.
00:20:20En tout cas, moi,
00:20:21à chaque fois que j'ai regardé,
00:20:22il n'y a pas un seul mot
00:20:23qui est dit
00:20:24sur Gabriela Papadakis
00:20:25autre que
00:20:27elle essaye
00:20:28de leur faire du mal
00:20:29ou bien
00:20:31il y a des rumeurs
00:20:32autour
00:20:32du compagnon
00:20:36de Laurence Fournier-Baudry
00:20:37qui a été accusée
00:20:38de viol,
00:20:39mais le mot viol
00:20:40n'est jamais dit,
00:20:41mais ce qu'on a entendu
00:20:42sur le service public,
00:20:44c'est
00:20:45les médias américains
00:20:46cherchent à déstabiliser
00:20:47le couple français
00:20:47parce que
00:20:48le couple américain
00:20:50est celui qui peut
00:20:51peut-être gagner
00:20:52la médaille d'or.
00:20:53Et moi,
00:20:54j'étais sidérée
00:20:55d'entendre nos collègues
00:20:56et c'est pour ça
00:20:57on n'est pas là
00:20:58pour leur cracher dessus,
00:20:59mais que ce soit
00:21:00dans ce cas-là
00:21:01ou que ce soit
00:21:02par exemple
00:21:02dans le cas
00:21:03d'Ashraf Hakimi
00:21:04ou de tous les autres,
00:21:06on a une vraie responsabilité
00:21:07nous de qualifier
00:21:08la violence
00:21:08quand elle est là,
00:21:09de mettre les mots
00:21:10et d'accompagner
00:21:12la prise de parole
00:21:12des femmes.
00:21:13Qu'est-ce que t'en penses ?
00:21:14Moi, je suis complètement d'accord.
00:21:15Après,
00:21:15c'est toute la difficulté
00:21:17aujourd'hui,
00:21:17c'est la solitude
00:21:18du journaliste,
00:21:19c'est quand il y a une hiérarchie.
00:21:21Alors, je ne sais pas
00:21:22du côté de France Télévisions
00:21:23si c'était clair
00:21:24du coup,
00:21:25s'il y a quelque chose
00:21:26qui a été dit clairement là-dessus
00:21:28et est-ce que c'est
00:21:29la responsabilité
00:21:30du coup du journaliste
00:21:32en question
00:21:33de formuler ça ainsi
00:21:35ou est-ce qu'on lui a demandé ?
00:21:37Donc, en fait,
00:21:37c'est cette dynamique-là
00:21:39et donc,
00:21:39c'est ce qui va nous faire revenir
00:21:41dans le côté systémique
00:21:42en fait
00:21:43et ce silence,
00:21:45ces formulations
00:21:46qui disent juste
00:21:47tais-toi.
00:21:48Alors, à la fois à toi
00:21:49pour le coup
00:21:50mais à nous toutes.
00:21:52Donc, oui,
00:21:53on a cette responsabilité-là
00:21:54en tant que journaliste
00:21:54d'autant qu'en fait,
00:21:55nous, on a fait ce métier-là
00:21:56pour ça
00:21:56à la base.
00:21:58Bien sûr.
00:21:58En tout cas,
00:21:59qu'on soit journaliste sportif,
00:22:00politique, culturel,
00:22:01on est là pour rendre compte.
00:22:05Donc, factuellement,
00:22:06utiliser les bons mots
00:22:07sans donner notre avis.
00:22:09Donc, c'est aussi
00:22:10la présomption d'innocence,
00:22:12si tu as déposé plainte ou pas.
00:22:14Donc, c'est aussi être factuel,
00:22:17donner les faits
00:22:19et donc trouver les bons mots.
00:22:21Et ça, c'est notre travail
00:22:23en fait, tout simplement.
00:22:23Mais oui.
00:22:24Et puis, les affaires
00:22:25de violences sexuelles
00:22:26se multiplient.
00:22:27Mais tu vois, par exemple,
00:22:29pendant la dernière
00:22:29Coupe du Monde de foot,
00:22:31M6 diffuse le match
00:22:32Écosse-Maroc
00:22:33dans la journée.
00:22:34On a appris que
00:22:35Achraf Hakimi
00:22:35allait définitivement
00:22:36être envoyé en procès
00:22:37pour viol.
00:22:38Il n'y a pas un mot
00:22:39qui est dit sur M6.
00:22:40Je me dis,
00:22:40mais nous, dans ces moments-là,
00:22:41on ne fait pas notre métier
00:22:42de relater les faits.
00:22:44On est sur du fait.
00:22:45Il n'y a pas une rumeur.
00:22:46C'est un fait.
00:22:46Alors, en plus,
00:22:47c'est toute la difficulté
00:22:48parce que tu vois,
00:22:49c'est aussi une réflexion
00:22:50que je me fais
00:22:50parce que ce que j'ai vécu,
00:22:51c'est un peu,
00:22:52alors, toute proportion gardée
00:22:54parce qu'évidemment,
00:22:54ce n'est pas exactement
00:22:55la même chose.
00:22:58Mais dans le sport,
00:22:59on est aussi des diffuseurs.
00:23:01On est journaliste,
00:23:02mais on est aussi des diffuseurs.
00:23:04Et il y a cette notion
00:23:05de divertissement.
00:23:06Il ne faut pas abîmer le produit.
00:23:08Exactement.
00:23:09Voilà.
00:23:09Donc, du coup,
00:23:11où se place...
00:23:12Et donc là,
00:23:13on rentre dans la morale,
00:23:14dans la déontologie.
00:23:16Et c'est pour ça que je pense
00:23:17que c'est important
00:23:18pour que le journaliste
00:23:19ne se sente pas seul
00:23:20aussi face à ça
00:23:21que la hiérarchie,
00:23:23en fait,
00:23:23prenne ses responsabilités
00:23:25et disent les choses clairement,
00:23:27disent,
00:23:27voilà,
00:23:29vous pouvez dire ça,
00:23:30ça, non.
00:23:31Voilà.
00:23:31Et comme moi,
00:23:32il y a cette responsabilité-là
00:23:33et donc, du coup,
00:23:33qu'il y ait un message clair
00:23:34et que ce ne soit pas
00:23:35la responsabilité de chacun
00:23:36et que ce ne soit pas fait,
00:23:37donc, du coup,
00:23:38aussi avec la morale de chacun
00:23:40et son propre ordinateur.
00:23:42Voilà.
00:23:42Qu'il y ait quelque chose
00:23:43qui soit dit clairement,
00:23:44cadré...
00:23:44Oui, mais que ce soit
00:23:44des décisions collectives
00:23:45prises, tu vois,
00:23:47en réunion de rédaction.
00:23:47Et contrairement,
00:23:48si on n'est pas d'accord,
00:23:48on a la possibilité aussi
00:23:50de pouvoir, nous,
00:23:50en tant que journaliste,
00:23:52il y en a dans toutes les rédactions,
00:23:53tu peux dire des émotions
00:23:54de défiance,
00:23:55tout ce que tu veux
00:23:56et sans aller jusque-là,
00:23:56dire, je ne suis pas d'accord,
00:23:57moi, je ferai ça comme ça.
00:23:58Mais en tout cas,
00:23:59d'ouvrir le débat
00:23:59et d'en parler.
00:24:01Parce que je pense que
00:24:02pour France Télévisions,
00:24:02en tout cas,
00:24:10mais pour France Télévisions,
00:24:12je pense qu'il y a eu
00:24:12beaucoup de gênes.
00:24:13Je pense que ça les a gênés
00:24:16qu'ils ne savaient pas
00:24:17comment faire
00:24:17et que c'est une responsabilité
00:24:19un peu individuelle.
00:24:20Oui, et après,
00:24:21moi, je t'avoue que
00:24:22quand on va...
00:24:24Quand on s'intéresse à ça
00:24:25et qu'on va rechercher
00:24:26dans les détails
00:24:27et qu'on voit notamment
00:24:28qui sont leurs consultantes,
00:24:30l'une des consultantes
00:24:31de France Télévisions
00:24:32est donc l'ancienne femme
00:24:33de Gilles Beyer
00:24:35et également l'ancienne femme
00:24:39du patron
00:24:40de la Fédération Française
00:24:41de Sports sur Glace
00:24:43qui...
00:24:44Alors, juste par rapport à ça,
00:24:45parce que ne tombons pas
00:24:46non plus de nous.
00:24:47Tu vois, moi,
00:24:49en fait,
00:24:49t'es la femme peut-être
00:24:50de quelqu'un,
00:24:51mais tu restes quand même...
00:24:52Bien sûr,
00:24:52mais quand même,
00:24:54tu vois,
00:24:54quand tu as été à la fois
00:24:55la femme de quelqu'un
00:24:56qui a agressé sexuellement
00:24:58et que ça a été révélé
00:24:59et tu es à la fois
00:25:00la femme de Didier Gayaguet,
00:25:03donc celui qui a couvert
00:25:04tout ça,
00:25:05alors évidemment
00:25:05qu'il ne s'agit pas
00:25:06de...
00:25:08de tout confondre
00:25:09et de faire un procès
00:25:10d'intention,
00:25:11mais dans le même temps,
00:25:12tu peux aussi en conclure
00:25:14que tu n'es pas surprise
00:25:15que ce ne soit pas elle
00:25:16qui aille porter,
00:25:16par exemple,
00:25:17ce sujet-là.
00:25:18Et moi, j'avoue que...
00:25:19Quand on envoie une femme,
00:25:20justement,
00:25:21on envoie toujours
00:25:23la che-trompette,
00:25:24donc en gros...
00:25:25Celle qui ne va pas déranger
00:25:26l'ordre rétablié,
00:25:27en tout cas.
00:25:27Voilà, exactement.
00:25:28C'est plutôt ça.
00:25:28Mais c'est un procès d'intention aussi,
00:25:30mais...
00:25:31Par un bout,
00:25:31mais j'avoue que,
00:25:32en fait,
00:25:33quand j'ai découvert ça,
00:25:34quand j'ai découvert
00:25:35avec qui elle avait été mariée,
00:25:36je me suis dit,
00:25:36mais au bout d'un moment,
00:25:37le grand public,
00:25:39il ne peut que se dire
00:25:40mais comment est-ce que
00:25:42j'ai accès, moi,
00:25:42à la véritable information
00:25:44si on met...
00:25:45Tu vois,
00:25:46si les journalistes
00:25:46ne relatent pas les faits,
00:25:48si les consultants,
00:25:49consultantes choisies
00:25:51sont tellement impliqués
00:25:52dans le milieu
00:25:53qu'ils vont plutôt
00:25:54fermer les yeux
00:25:55à minima,
00:25:56tu vois,
00:25:56sur certaines choses.
00:25:57C'est ce climat-là,
00:25:58c'est cette atmosphère-là,
00:26:00je trouve,
00:26:01qui, à la fin,
00:26:02ne favorise pas
00:26:02l'émergence
00:26:03de l'information.
00:26:04Ce qu'on doit faire
00:26:05dans notre métier.
00:26:06Parce que je suis...
00:26:07Là, tu me parles de ça
00:26:08et donc du coup,
00:26:08je réfléchis aussi en même temps
00:26:09et je suis toujours
00:26:11un peu dans la nuance,
00:26:12c'est pour ça que je vais
00:26:13toujours faire l'avocat
00:26:14aussi du diable.
00:26:16C'est vrai que aussi
00:26:17quand tu as
00:26:19ce genre de fait,
00:26:21il appartient,
00:26:22si tu ne peux pas le faire
00:26:23dans le live,
00:26:23si tu n'as pas la possibilité,
00:26:25il y a aussi
00:26:26tous les médias
00:26:27qui sont autour,
00:26:29la presse écrite notamment,
00:26:30c'est pour ça
00:26:31qu'elle est importante,
00:26:32qui ont la possibilité
00:26:33d'avoir une écriture
00:26:36et de pouvoir développer
00:26:37ce que tu commentes,
00:26:39ce que tu ne peux pas
00:26:39forcément faire
00:26:40dans un live.
00:26:41Après, il y a plein
00:26:42de journalistes
00:26:43qui ont cette capacité
00:26:44et qui surtout
00:26:45ont cette responsabilité,
00:26:47qui doivent prendre
00:26:48ces moments-là
00:26:48pour le faire
00:26:49et c'est pour ça
00:26:50que j'insiste
00:26:50une nouvelle fois,
00:26:51c'est très important
00:26:53dans une hiérarchie
00:26:55de savoir aussi
00:26:57orienter sa rédaction
00:26:59et les personnes
00:27:01qui commentent.
00:27:01C'est très difficile
00:27:03quand on est journaliste,
00:27:04cette solitude
00:27:05face à ce genre
00:27:06de situation.
00:27:07Et ça doit effectivement
00:27:08être des décisions collectives.
00:27:10Vanessa,
00:27:11trois jours après
00:27:11la sortie du livre
00:27:12de Gabriela,
00:27:14tu te retrouves
00:27:15au cœur
00:27:15de l'œil du cyclone
00:27:17parce que
00:27:18tu réalises
00:27:19une interview
00:27:19après la finale
00:27:21de la dernière
00:27:22Coupe d'Afrique
00:27:22des Nations
00:27:23qui est une compétition
00:27:25qui est très regardée,
00:27:26très suivie
00:27:27et cette finale
00:27:27elle est très particulière
00:27:29avec beaucoup
00:27:30d'événements
00:27:31qu'on ne voit pas
00:27:31forcément nous
00:27:32à l'antenne.
00:27:34J'ai regardé
00:27:35évidemment ce match-là,
00:27:36j'ai regardé
00:27:37ton interview aussi
00:27:38et donc tu poses
00:27:39des questions
00:27:40au coach,
00:27:41au gardien
00:27:42du Sénégal,
00:27:45ça déclenche
00:27:46un tollé
00:27:47de dingue après.
00:27:48Est-ce que
00:27:48tu peux nous
00:27:50réexpliquer un petit peu
00:27:51ce qui s'est passé
00:27:51notamment pour Gabriela
00:27:52parce qu'à ce moment-là
00:27:53toi tu es à Montréal
00:27:54et que tu ne suis pas
00:27:55à la finale
00:27:55de la Coupe d'Afrique
00:27:56des Nations,
00:27:57je suppose ?
00:27:58Non.
00:27:59Mais tu as le droit
00:28:00Gabriela.
00:28:00Évidemment,
00:28:01j'ai suivi cette histoire
00:28:02et j'en ai entendu parler
00:28:03mais non,
00:28:05j'avoue.
00:28:05Alors,
00:28:06toute proportion gardée
00:28:07évidemment
00:28:08parce que moi,
00:28:09ce que je dénonce après,
00:28:11c'est plus les conséquences
00:28:13dans le sens
00:28:13le cyberharcèlement
00:28:15mais évidemment,
00:28:18par rapport à toi,
00:28:19je ne vais jamais
00:28:21comparer mon histoire
00:28:22à ce que tu racontes
00:28:23et que je trouve
00:28:24très courageux.
00:28:25Voilà.
00:28:26moi là-dedans,
00:28:27je n'ai pas de courage,
00:28:27j'ai juste une réaction.
00:28:29Donc déjà,
00:28:29je commence par ça.
00:28:31En fait,
00:28:31c'est très simple,
00:28:32c'est ce que je viens
00:28:33d'expliquer,
00:28:33c'est pour ça que je parle
00:28:34de la solitude du journaliste,
00:28:37c'est que moi,
00:28:38on m'a appris
00:28:39et c'est Charles Biétry
00:28:40qui m'a appris,
00:28:41c'est Patrick Chen surtout
00:28:42qui m'a appris ça,
00:28:45des personnes
00:28:45qui ont travaillé
00:28:47et fait évoluer
00:28:48le monde du sport
00:28:49et notamment
00:28:49la télévision sportive
00:28:52et qui m'ont appris
00:28:54en fait des fonctionnements.
00:28:56Et quand il se passe,
00:28:57et c'est ce que Patrick Chen
00:28:58m'a appris,
00:28:58quand il se passe
00:28:59ce genre de choses,
00:29:00il faut prendre la mesure
00:29:01de l'événement.
00:29:02Et là,
00:29:03en l'occurrence,
00:29:04moi,
00:29:04j'étais en bord terrain
00:29:05et j'ai vu tout ce qui s'est passé
00:29:07et tout ce que le diffuseur,
00:29:09donc nous,
00:29:10on est diffuseur,
00:29:10à ce moment-là,
00:29:11M6 l'est aussi,
00:29:12mais il y a une réalisation
00:29:14qui est donc internationale,
00:29:17on appelle ça comme ça,
00:29:18mais nous n'avons pas
00:29:19la main sur la réalisation,
00:29:20nous avons juste
00:29:21une caméra isolée
00:29:22où on peut prendre des images
00:29:23et donc nous avons enregistré
00:29:25les supporters
00:29:26qui rentrent sur la pelouse.
00:29:27Il ne s'agit pas
00:29:27de pointer du doigt
00:29:29une communauté
00:29:30ou des supporters,
00:29:31d'autant plus que moi,
00:29:32derrière,
00:29:32quand je me fais cyberharceler,
00:29:33je ne retiendrai uniquement
00:29:34pas les origines
00:29:35mais le fait
00:29:36que ce sont des hommes.
00:29:38Voilà.
00:29:39J'ai,
00:29:40dans cette interview-là,
00:29:41quand en fait,
00:29:42Edouard Mendy
00:29:42vient à notre micro,
00:29:44je suis en train
00:29:44de relater
00:29:45ce qui s'est passé
00:29:47durant la finale
00:29:47et ce que les gens
00:29:48n'ont pas vu.
00:29:49Donc je suis en train
00:29:49de montrer les images
00:29:52de l'envahissement,
00:29:53on raconte en fait
00:29:55factuellement
00:29:55ce qui s'est passé
00:29:56parce que c'est ce
00:29:56qu'on m'a appris en fait.
00:29:58Je suis journaliste,
00:29:59je suis là pour rendre compte.
00:30:00Et en fait,
00:30:01Edouard Mendy
00:30:01que je connais,
00:30:04je connais aussi son agent,
00:30:06je pense que quand il me voit
00:30:08à bord terrain,
00:30:10naturellement,
00:30:10en fait,
00:30:10il vient.
00:30:11Donc il s'attend
00:30:12effectivement à être
00:30:13peut-être
00:30:16d'avoir un autre angle
00:30:17dans l'interview,
00:30:18d'être plus
00:30:19dans la félicitation,
00:30:21dans la glorification
00:30:22de ce qui vient d'être fait.
00:30:23Parce que c'est le Sénégal
00:30:25qui a gagné
00:30:25puisque maintenant,
00:30:26on ne sait plus vraiment
00:30:26qui est champion.
00:30:28Sur le terrain,
00:30:29c'est le Sénégal
00:30:30qui a remporté
00:30:30cette finale.
00:30:31Il y a eu des faits de jeu
00:30:32avec,
00:30:33je rappelle brièvement.
00:30:35Vas-y,
00:30:35dis-le en quelques mots.
00:30:36Du côté du Sénégal,
00:30:37un but signalé,
00:30:40donc annulé,
00:30:41alors qu'en fait,
00:30:42il n'aurait pas dû,
00:30:43mais parce que l'arbitre
00:30:44a sifflé
00:30:45et donc du coup,
00:30:46le jeu a été arrêté,
00:30:47le but a été inscrit
00:30:48mais comme le jeu
00:30:48a été arrêté,
00:30:49il ne pouvait pas revenir
00:30:50avec le VAR
00:30:50sur ce qui s'était passé
00:30:52et en fait,
00:30:53il n'y avait pas faute
00:30:54justement sur Achraf Hakimi
00:30:56dans la surface
00:30:56et donc,
00:30:57ce qui fait que,
00:30:58en fait,
00:30:59le but aurait dû
00:31:00être accordé.
00:31:01Derrière,
00:31:03le côté organique
00:31:04de la canne
00:31:05fait que
00:31:07les supporters
00:31:08et sur le terrain,
00:31:09ça commence un peu
00:31:09à s'échauffer.
00:31:11Décision
00:31:12en faveur du Maroc
00:31:13à nouveau
00:31:14avec un pénalty
00:31:15qui est accordé
00:31:16pour le Maroc
00:31:17quasi dans la foulée
00:31:19et là,
00:31:19du coup,
00:31:20pétage de plomb
00:31:21du coach sénégalais,
00:31:24Paptio,
00:31:24qui donc s'énerve
00:31:26et donc,
00:31:26les supporters
00:31:27voyant le coach
00:31:29s'énerver
00:31:30commencent eux aussi
00:31:31à s'exciter
00:31:32donc ça balance
00:31:33des chaises,
00:31:34des trucs,
00:31:35ça commence à essayer
00:31:36de descendre sur le terrain.
00:31:38Paptio demande
00:31:38à ses joueurs
00:31:39de rentrer au vestiaire
00:31:40et ils vont rentrer
00:31:42au vestiaire
00:31:43et donc là,
00:31:44tout va commencer
00:31:45à déraper.
00:31:46Ça dure une dizaine
00:31:47de minutes,
00:31:48le fait qu'ils rentrent
00:31:48au vestiaire.
00:31:49Moi,
00:31:49dans mon canapé,
00:31:50je vois à quel point
00:31:52est-ce que c'est le bazar
00:31:53le plus complet.
00:31:55parce que c'est dangereux,
00:31:56en fait,
00:31:56c'est surtout qu'il y a
00:31:58le drame de Hazel,
00:31:58en fait,
00:31:59déjà en tête,
00:32:00à avoir
00:32:00quand on travaille
00:32:02dans le foot,
00:32:02dans le sport,
00:32:03on sait qu'il y a
00:32:04des moments
00:32:05où le foot
00:32:06n'est plus du foot
00:32:07et ça peut se transformer
00:32:08en drame.
00:32:09Beaucoup de les supporters
00:32:10de Liverpool
00:32:11en savent aussi
00:32:12quelque chose
00:32:12et donc,
00:32:14moi,
00:32:14à ce moment-là,
00:32:14je suis en bord terrain,
00:32:15j'ai peur.
00:32:16Je le dis très clairement
00:32:17et en fait,
00:32:18les joueurs reviennent
00:32:19sur la pelouse.
00:32:20Sadio Mane,
00:32:21le dernier,
00:32:21le seul,
00:32:22il n'est pas rentré,
00:32:22en fait.
00:32:23Il a fait revenir
00:32:24ses coéquipiers,
00:32:26ils reviennent
00:32:27sur la pelouse,
00:32:28le pénalty est tiré
00:32:29par Brian Diaz
00:32:30qui tente
00:32:30une palenka.
00:32:31Sauf que nous,
00:32:33bord terrain,
00:32:34moi,
00:32:34je suis,
00:32:35face à Edouard Mendy,
00:32:36donc je suis vraiment
00:32:37à côté,
00:32:38on se demande,
00:32:39mais il a fait exprès
00:32:40ou pas ?
00:32:41Il a fait exprès,
00:32:42il a voulu rater,
00:32:44qu'est-ce que c'est ?
00:32:45C'est une palenka,
00:32:45mais c'est un fou
00:32:46de faire ça
00:32:46à ce moment-là
00:32:47et puis surtout,
00:32:49face à un gardien
00:32:50comme Edouard Mendy,
00:32:51c'est une tentative
00:32:53d'humiliation,
00:32:54en fait.
00:32:55Et au moment,
00:32:55en fait,
00:32:56où le pénalty
00:32:56est tiré,
00:32:59il y a des supporters
00:33:00qui sont sur la pelouse.
00:33:02De l'autre côté,
00:33:03Edouard Mendy même
00:33:04montre à l'arbitre.
00:33:06Il rentre dans son match,
00:33:08le pénalty est sifflé,
00:33:10hop,
00:33:10ça passe,
00:33:10tout le monde remonte,
00:33:11patati, patata,
00:33:12sauf que moi.
00:33:13Cinq minutes après,
00:33:14il y a la prolongation,
00:33:18moi,
00:33:19je vois,
00:33:19dans les minutes
00:33:20qui vont suivre,
00:33:21le match continue,
00:33:22moi,
00:33:22je suis complètement sortie
00:33:23du match,
00:33:24il y a le but
00:33:24de pub game,
00:33:25mais moi,
00:33:25je vois passer,
00:33:26en fait,
00:33:26des stadiers,
00:33:27deux stadiers,
00:33:28dont un avec
00:33:30la mâchoire en vrac.
00:33:31On n'a toujours pas
00:33:32de nouvelles de lui,
00:33:33derrière,
00:33:33en plus,
00:33:34il y a eu des fake news
00:33:37disant qu'il était décédé,
00:33:38parce qu'en plus,
00:33:39il y a des récupérations,
00:33:40mais moi,
00:33:40en tout cas,
00:33:40je le vois passer
00:33:42avec la mâchoire en vrac.
00:33:43Je vois un autre stadier,
00:33:45pareil,
00:33:46inerte,
00:33:47porté par les pompiers,
00:33:50enfin,
00:33:51le SAMU de là-bas,
00:33:52et je me dis,
00:33:53mais qu'est-ce que c'est
00:33:55que ce truc,
00:33:55en fait ?
00:33:56Et donc,
00:33:57quand Edouard Mendy vient,
00:33:59nous,
00:33:59on a montré les images
00:34:00des supporters,
00:34:01on raconte ce qui s'est passé,
00:34:02l'histoire des serviettes aussi,
00:34:04voler à Edouard Mendy,
00:34:05et à quel point
00:34:05c'est lunaire
00:34:06et que ce qu'on a vécu,
00:34:07moi,
00:34:07je pars sur ce principe-là,
00:34:09c'est dramatique,
00:34:10en fait.
00:34:10Ce n'est pas normal,
00:34:11et ce n'est pas du foot,
00:34:12et c'est un mauvais exemple
00:34:13à montrer à nos enfants.
00:34:15Et donc,
00:34:17Edouard Mendy arrive au moment
00:34:18où on parle du pénalty,
00:34:19et donc,
00:34:20déjà,
00:34:20je lui dis,
00:34:22félicitations une fois,
00:34:22félicitations deux fois,
00:34:23il n'entend pas,
00:34:23je répète félicitations trois fois,
00:34:25mais en même temps,
00:34:25parce que moi,
00:34:26je pense au monsieur qui est passé,
00:34:27et je me dis,
00:34:28ça se trouve,
00:34:28il est mort,
00:34:29et moi,
00:34:30dans ma tête,
00:34:30me dire que je dis félicitations
00:34:31à quelqu'un pour un match de foot
00:34:33alors que quelqu'un est mort,
00:34:34c'est impossible.
00:34:35Et donc,
00:34:35je lui dis,
00:34:36en même temps,
00:34:36je ne sais pas si je peux vous féliciter,
00:34:38je vous laisse raconter
00:34:39ce qui s'est passé,
00:34:40et de la même façon,
00:34:41parce que lui,
00:34:42quand il arrive,
00:34:43l'énergie,
00:34:44alors l'énergie,
00:34:45quand vous sortez de vos compétitions,
00:34:47quand vous avez une épreuve,
00:34:49évidemment,
00:34:49elle est particulière,
00:34:50on vous sent.
00:34:51Et là,
00:34:52moi,
00:34:52j'avais le sentiment
00:34:53que c'était comme si
00:34:54le match était perdu pour lui,
00:34:55en fait.
00:34:56Et le connaissant en plus,
00:34:58il était dans une énergie
00:34:58qui était très négative.
00:35:00Et donc,
00:35:01du coup,
00:35:01il raconte
00:35:03ce qu'il a vécu,
00:35:05voilà,
00:35:05et moi,
00:35:05je lui demande,
00:35:06quand on montre les images du pénalty,
00:35:07mais on est d'accord
00:35:11que vous n'étiez pas mis d'accord,
00:35:12et vous n'étiez pas arrangé,
00:35:14il n'y a pas eu d'arrangement,
00:35:15vous n'étiez pas mis d'accord.
00:35:17Donc,
00:35:17en plus,
00:35:17j'utilise la négation,
00:35:19parce que c'est un questionnement
00:35:20qu'on a eu,
00:35:20nous,
00:35:20à ce moment-là.
00:35:22Évidemment,
00:35:22connaissant Brahim Diaz,
00:35:23et moi,
00:35:23en plus,
00:35:23je faisais la Liga,
00:35:24je sais très bien
00:35:25qu'il a fait exprès,
00:35:26mais c'est un questionnement
00:35:27qu'on a eu,
00:35:28que des gens sur le bord terrain,
00:35:29et donc Claude Leroy,
00:35:30qui,
00:35:31en plus,
00:35:31est venu intervenir,
00:35:33nous pose la question,
00:35:34il a fait exprès ou quoi ?
00:35:35Donc,
00:35:35on se pose sous cette question,
00:35:36donc,
00:35:37moi,
00:35:37ce qui m'intéresse,
00:35:38ce n'est pas tant ma question,
00:35:38c'est sa réponse.
00:35:39Je veux savoir,
00:35:40j'ai un protagoniste de l'histoire,
00:35:42un acteur,
00:35:42je veux savoir ce qui s'est passé,
00:35:44parce que mon travail,
00:35:45c'est ça.
00:35:46Ce n'est pas moi,
00:35:46ce n'est pas ma question,
00:35:47c'est toi,
00:35:48c'est ce que tu as à me dire
00:35:49en tant qu'athlète
00:35:49quand tu sors du terrain.
00:35:51Raconte-moi
00:35:51comment tu as vécu les choses,
00:35:53ce qui s'est passé,
00:35:54et est-ce que vous êtes parlé ?
00:35:55Parce qu'en plus,
00:35:56il se parle et compagnie.
00:35:57Et en fait,
00:35:58ce truc-là
00:35:58va faire un tollé.
00:36:01Incroyable.
00:36:02Et donc,
00:36:03chacun va émettre
00:36:04sa petite pièce.
00:36:05Et comme je suis
00:36:06avec l'algorithme
00:36:07sur les réseaux sociaux
00:36:09ouverte à tout le continent africain,
00:36:13je prends un cyberharcèlement
00:36:15qui est lancé en plus
00:36:17parce qu'il y a eu
00:36:18une armée numérique,
00:36:19en fait,
00:36:20donc par des personnes
00:36:21en particulier.
00:36:22Moi,
00:36:22comme j'ai porté plainte derrière,
00:36:23j'ai dû remonter des trucs,
00:36:25j'ai trouvé les messages,
00:36:25j'ai trouvé des messages
00:36:26originaux limite,
00:36:27retweetés même
00:36:28et repostés par des joueurs,
00:36:31eux-mêmes.
00:36:32Et donc,
00:36:33on est dans un contexte
00:36:34de cyberharcèlement total
00:36:35et avec des menaces de viol,
00:36:36menaces de mort
00:36:37et menaces sur mes enfants.
00:36:39Et un silence aussi
00:36:41à ce moment-là
00:36:42de moi,
00:36:43ma direction,
00:36:43qui est gênée
00:36:44par cette situation
00:36:45et qui ne sait pas
00:36:45comment réagir.
00:36:47Voilà.
00:36:47Je m'arrête là.
00:36:48Mais qui réagit
00:36:50deux semaines plus tard,
00:36:51une semaine plus tard
00:36:52parce qu'il y a
00:36:52un journaliste,
00:36:54un consultant
00:36:54de Beansport
00:36:55qui,
00:36:56en voyant
00:36:56une ancienne joueuse
00:36:58de football
00:36:58dans les tribunes
00:37:00dans un stade
00:37:01en France,
00:37:02elle est devenue
00:37:03la directrice sportive
00:37:05de la partie féminine
00:37:06du Paris FC,
00:37:08en train de discuter
00:37:09avec une autre femme
00:37:10et ce consultant-là
00:37:11de Beansport,
00:37:12Daniel Bravo
00:37:13pour ne pas le citer,
00:37:14dit
00:37:14« Tiens,
00:37:15elles doivent être
00:37:16en train de parler
00:37:16de lingerie. »
00:37:17il voit deux femmes
00:37:18dans un stade
00:37:18en train de parler
00:37:19pendant un match de foot,
00:37:20il dit ça.
00:37:21Ça déclenche
00:37:22un tel tollé
00:37:24que Beansport,
00:37:25deux jours plus tard,
00:37:26dit « On l'a mis à pied
00:37:30et on est solidaires
00:37:31de notre journaliste
00:37:32qui vit aussi
00:37:32du super harcèlement. »
00:37:33en disant jamais
00:37:34le nom de Vanessa.
00:37:36Et que surtout,
00:37:38en fait,
00:37:38sur cette finale,
00:37:39je fais mon travail,
00:37:40je pose des questions
00:37:41que j'ai des gens
00:37:42aussi dans le quart,
00:37:43dans mon oreillette
00:37:44et que c'est juste
00:37:46une couverture d'un match
00:37:47et que le cyber harcèlement
00:37:49vécu n'est pas normal
00:37:50mais que j'ai fait
00:37:51mon travail.
00:37:52Et tout ça n'est pas dit
00:37:53mais en revanche,
00:37:54on ne me cite pas
00:37:55et on qualifie.
00:37:57Et comme dans le cas
00:37:58au final de Gabriela,
00:38:00les instances,
00:38:01les institutions,
00:38:03les chefs
00:38:05de qui tu pourrais attendre
00:38:07un peu de courage
00:38:08et un petit peu...
00:38:09Le fameux silence
00:38:09qui dit « Tais-toi ! »
00:38:12Comme je n'ai jamais réussi
00:38:13à me taire,
00:38:14ma réaction
00:38:14est de dire,
00:38:15de montrer
00:38:16« Regardez ce que je reçois ! »
00:38:17En plus,
00:38:18mes collègues,
00:38:19ils se gargarisent
00:38:20de ma situation
00:38:21et en fait,
00:38:22ma santé mentale.
00:38:24Je suis jeune maman,
00:38:25j'ai laissé ma fille
00:38:26toute seule à la maison
00:38:27pendant plusieurs semaines
00:38:28avec son papa
00:38:29et toute ma famille
00:38:30qui est en train
00:38:30de s'organiser
00:38:31pour que moi,
00:38:31je puisse
00:38:32faire mon taf,
00:38:33kiffer et que vous,
00:38:34je vous propose un produit
00:38:36en travaillant comme une dératée
00:38:37et qu'on valorise un produit
00:38:38qui avant
00:38:39n'était absolument pas valorisé
00:38:41en plus en France
00:38:42parce que le côté un peu système aussi,
00:38:45c'est le continent africain
00:38:46donc ce n'est pas du foot
00:38:47et que je suis dans le truc
00:38:48de militer absolument
00:38:50à valoriser le football africain,
00:38:52je me prends ça dans la tête
00:38:53et donc je dis
00:38:53« J'arrête ! »
00:38:55En gros,
00:38:55allez vous faire voir
00:38:56parce que moi,
00:38:57c'est un travail
00:38:58et ma vie
00:38:59est prioritaire.
00:39:00mes enfants sont prioritaires
00:39:01aujourd'hui à 43 ans.
00:39:02Quand on sait ce que représente
00:39:03le football dans la carrière
00:39:04d'une journaliste de sport,
00:39:05c'est le Graal,
00:39:06c'est le sport le plus important ?
00:39:08Au-delà de ma carrière,
00:39:09dans ma passion,
00:39:11c'est un rêve,
00:39:13j'ai sacrifié ma vie,
00:39:15j'ai sacrifié ma vie
00:39:16juste pour aller là
00:39:17et j'ai mis,
00:39:17par rapport à d'autres,
00:39:19moi j'ai mis 20 ans,
00:39:20c'est-à-dire que ça fait 25 ans
00:39:21moi que je suis là,
00:39:2225 ans que je trime,
00:39:24que je bosse,
00:39:24que je fais des interviews,
00:39:25que je vais sur le terrain,
00:39:27je suis là depuis
00:39:27que j'ai 16 balais en fait,
00:39:28en vérité,
00:39:29j'en ai 43 aujourd'hui.
00:39:31Donc non en fait,
00:39:32et ce qui me blessait le plus,
00:39:34c'est pas tellement
00:39:35les menaces de mort,
00:39:37de viol,
00:39:37c'était le silence.
00:39:39Et ce silence
00:39:40qui avait une forme
00:39:41de validation en fait
00:39:42de ce que j'étais
00:39:42en train de subir
00:39:43et en plus,
00:39:44ces attaques qui me disaient
00:39:46qu'en gros,
00:39:47j'avais pas ma place,
00:39:49que j'avais pas à être là,
00:39:50alors que ça faisait
00:39:51des années que j'étais là
00:39:52et puis derrière
00:39:53avec Femmes Journalistes de Sport
00:39:55qui a publié
00:39:57de façon très maligne
00:39:58parce que c'était
00:39:58un hashtag
00:39:59qui est venu contrer
00:40:00l'algorithme
00:40:01et qui a retourné
00:40:02le truc,
00:40:03la compétence
00:40:04n'a pas de genre
00:40:05et qui a complètement
00:40:06changé l'algorithme
00:40:07et j'ai reçu
00:40:07des milliers
00:40:08de messages positifs
00:40:09derrière.
00:40:11Le cerveau ne retiendra
00:40:12que les messages négatifs
00:40:14mais à ce moment-là,
00:40:15surtout je me dis
00:40:16bah non en fait,
00:40:17je veux pas me faire chier
00:40:18pour être très simple,
00:40:20à bousiller ma vie
00:40:21parce que je suis en train
00:40:22de la bousiller,
00:40:23je suis en dépression totale,
00:40:25j'ai perdu mon père,
00:40:26j'ai accouché,
00:40:27il se passe trop de choses
00:40:28dans ma vie,
00:40:28je galère juste
00:40:29à réserver un billet de train
00:40:31pour aller sur la Ligue 2,
00:40:32je trouve personne
00:40:33pour garder ma fille,
00:40:35des trucs très terre-à-terre
00:40:36en fait,
00:40:36et je me saigne
00:40:37pour aller au Maroc,
00:40:39à Rabat,
00:40:40voir du foot
00:40:41comme ça,
00:40:42voir des choses choquantes,
00:40:45un entraîneur,
00:40:46un sélectionneur,
00:40:46un sélectionneur
00:40:48dans la troisième finale
00:40:49la plus importante au monde
00:40:51à mes yeux,
00:40:52dire à ses joueurs
00:40:53rentrer avec mon fils
00:40:54devant la télé,
00:40:55bah non en fait,
00:40:56ça c'est pas mon foot,
00:40:57allez tous vous faire foutre.
00:40:58Voilà,
00:40:59je préfère aller au McDo.
00:41:02Mais non,
00:41:02mais c'est vrai.
00:41:03Venez comme vous êtes.
00:41:04Mais tout à fait,
00:41:05et au moins,
00:41:06j'aurai la sensation
00:41:06que c'est sain
00:41:07et que c'est du vrai travail
00:41:09et que voilà,
00:41:10en face de moi,
00:41:11je viens,
00:41:12je propose un service,
00:41:13on me dit merci
00:41:14et si on me dit pas merci,
00:41:16bah je ferai la même chose
00:41:17et j'arrête.
00:41:20Gabriela,
00:41:20qu'est-ce que t'as suivi
00:41:21toi de cette histoire ?
00:41:23Alors moi,
00:41:24moi j'avoue que
00:41:25je suis pas beaucoup
00:41:26le foot.
00:41:27On me l'a beaucoup reproché.
00:41:28Moi j'ai dit
00:41:29je crois pas que les footballeurs
00:41:30ils suivent le patinage.
00:41:31Donc bon.
00:41:32Ça dépend.
00:41:33Détrume-toi.
00:41:33Détrume-toi.
00:41:37Mais donc,
00:41:37je connaissais pas
00:41:39toutes les,
00:41:40ben toutes les,
00:41:42on va dire,
00:41:42la complexité
00:41:43de ce que tu viens
00:41:44de raconter.
00:41:45L'injustice.
00:41:46Je ne retiendrai que ça.
00:41:47L'injustice par contre,
00:41:48moi je me rappelle surtout
00:41:49de ce que t'avais dit en fait,
00:41:52de tes prises de parole,
00:41:53de ce que t'avais dit
00:41:54et là,
00:41:54bon,
00:41:54il se trouvait que moi
00:41:55j'avais pas particulièrement besoin
00:41:56d'avoir,
00:41:57de comprendre le contexte précis
00:41:59pour savoir comment
00:42:00tu te sentais,
00:42:01comment t'avais pu te sentir.
00:42:02Le mécanisme.
00:42:03Le mécanisme.
00:42:05Et puis aussi,
00:42:06des fois en fait,
00:42:07ouais,
00:42:07comme tu dis,
00:42:08l'envie de dire
00:42:09moi je me barre quoi
00:42:10parce que ça suffit
00:42:13et ce truc de genre
00:42:14d'arriver à,
00:42:17ouais,
00:42:18le verre plein quoi.
00:42:18Tu te récupères,
00:42:19c'est ce que tu as dit
00:42:20tout à l'heure en fait,
00:42:21c'est moi mon j'arrête,
00:42:22c'est un j'arrête
00:42:24salvateur en fait.
00:42:25C'est-à-dire qu'on se lève
00:42:25et on se casse en fait,
00:42:26c'est le même
00:42:27que celui d'Adèle Haenel quoi.
00:42:29Non,
00:42:29mais c'est vrai
00:42:29parce qu'en fait
00:42:30à un moment donné,
00:42:31il n'y a plus de respect
00:42:32qui est servi
00:42:33sur une situation
00:42:33très simple.
00:42:35Alors après,
00:42:36j'en ai beaucoup parlé
00:42:36moi avec ma hiérarchie
00:42:37et je comprends
00:42:38le mécanisme de se dire
00:42:39et avec d'autres d'ailleurs,
00:42:40de ne pas remettre une pièce
00:42:41si jamais tu en parles
00:42:43du truc et tout.
00:42:44Sauf qu'en fait,
00:42:44si,
00:42:46remettons une pièce.
00:42:47En fait,
00:42:48si,
00:42:48allez on ouvre le débat,
00:42:49ok,
00:42:49on ne sera pas tous d'accord
00:42:51mais la nuance,
00:42:52elle existe aussi.
00:42:53C'est-à-dire que,
00:42:54tu vois,
00:42:55moi ce que me dit aussi
00:42:56ce que tu as pu vivre
00:42:57et comment tu le racontes,
00:42:58c'est des choses
00:42:59que j'ai pu vivre
00:43:00de façon différente
00:43:01et pas aussi extrême,
00:43:02évidemment,
00:43:03mais avec des comportements
00:43:04que je ne validais pas
00:43:06dans ma vie
00:43:06en tant que journaliste
00:43:08dans le sport
00:43:09et encore plus dans le foot
00:43:10que je ne valide pas
00:43:11mais je dénonce en fait
00:43:13les agissements,
00:43:15les propos
00:43:15mais ça ne veut pas dire
00:43:16qu'en fait,
00:43:17je veux bousiller la personne
00:43:18qui est en face de moi.
00:43:19Ce n'est pas le propos,
00:43:20c'est de dire
00:43:21le fonctionnement,
00:43:22il doit changer
00:43:24et en fait,
00:43:25il est trop dur,
00:43:26brutal
00:43:28et que je,
00:43:29moi de façon inhérente,
00:43:31de façon,
00:43:32je ne sais pas,
00:43:33ma nature humaine
00:43:35n'est pas de cette brutalité,
00:43:37je n'arrive pas à l'accepter
00:43:38et en fait,
00:43:38quand elle m'est proposée
00:43:39comme lors de cette finale
00:43:40ou après avec ce cyberharcèlement
00:43:42ou dans ce silence-là,
00:43:44je n'arrive pas à l'incorporer
00:43:45et donc,
00:43:47mon instinct de survie,
00:43:48c'est ça.
00:43:49En fait,
00:43:50c'est de créer
00:43:54une bouillie dans la bouillie,
00:43:55en fait.
00:43:57Gabriela,
00:43:57tu en as subi,
00:43:58toi,
00:43:58du harcèlement
00:43:59suite à la sortie du livre
00:44:01ou pas ?
00:44:03Qu'est-ce qui s'est passé
00:44:03notamment en ligne ?
00:44:05Oui,
00:44:06j'ai reçu beaucoup
00:44:06de harcèlement en ligne.
00:44:08Je pense que c'est ça
00:44:09qui était difficile au début
00:44:10parce que,
00:44:11même si maintenant,
00:44:12évidemment,
00:44:12je suis capable de dire
00:44:13oui,
00:44:13j'ai reçu plein de beaux messages
00:44:14aussi,
00:44:15plein de filles m'ont dit
00:44:16qu'elles avaient lu mon livre,
00:44:17que ça les avait aidées
00:44:18à mettre des mots
00:44:19sur ce qu'elles avaient vécu,
00:44:20que ça les a aidées
00:44:22à faire des choix différents
00:44:23aussi dans leur carrière,
00:44:26etc.,
00:44:26donc ça a quand même
00:44:28eu un aspect super positif
00:44:30pour plein de gens.
00:44:31Sur le moment,
00:44:32et les voix les plus fortes
00:44:35que j'entendais,
00:44:35c'était en effet
00:44:38beaucoup de cyberharcèlement,
00:44:39beaucoup de violence.
00:44:40Il y avait des gens
00:44:41qui trouvaient mon adresse e-mail,
00:44:42qui m'ont envoyé
00:44:42des trucs horribles.
00:44:44Et donc ça,
00:44:45c'était très très dur.
00:44:48C'était retraumatisant aussi
00:44:49parce que finalement,
00:44:50c'était que je sortais
00:44:52d'un espèce de traumatisme
00:44:54de gaslighting.
00:44:57Les gens ne me croient pas.
00:44:59Je me fais discréditer.
00:45:01Ma parole est en permanence
00:45:02pas crue.
00:45:04Je passe pour la folle du village
00:45:05dès que j'essaye
00:45:06de dénoncer quelque chose.
00:45:07C'est le principe
00:45:08de la sorcière.
00:45:09La femme est une sorcière.
00:45:10C'est-à-dire qu'à la base,
00:45:11elle ment tout le temps.
00:45:13Elle dit des choses
00:45:14parce qu'elle veut détruire
00:45:15les hommes.
00:45:16Voilà, c'est la sorcière.
00:45:18On m'envoyait des messages
00:45:19pour me dire
00:45:19que j'étais une sorcière.
00:45:20Moi aussi.
00:45:22Très concrètement.
00:45:23Oui, c'est facile.
00:45:25J'aurais bien aimé,
00:45:26mais non, malheureusement.
00:45:29Moi, je réponds merci.
00:45:32Une forme de distanciation
00:45:34des choses, je comprends.
00:45:35Et puis, c'est très poli.
00:45:38Mais oui, en effet,
00:45:39je me suis reçu beaucoup ça
00:45:41et c'était retraumatisant.
00:45:43Évidemment, c'était quelque chose
00:45:45où il a fallu passer au travers.
00:45:48J'ai quand même réussi.
00:45:50Tu peux t'apporter plainte ou pas ?
00:45:52Non.
00:45:53Pourquoi tu ne portes pas plainte ?
00:45:54Honnêtement, fatigue.
00:45:57Fatigue, anxiété, dépression.
00:46:00Oui, mais du coup, je pense que le...
00:46:03Alors, de toute façon,
00:46:04chacun voit...
00:46:07Mais la fatigue,
00:46:09la dépression, tout ça,
00:46:11en fait, ces mots-là,
00:46:12ils ont participé à ça.
00:46:15Oui.
00:46:15C'est que ton cerveau,
00:46:16le cerveau humain,
00:46:17il n'est pas si malin que ça.
00:46:18C'est-à-dire que ce qui va s'imprégner
00:46:20dans ça, en lui,
00:46:22ça va être tous ces messages négatifs
00:46:23et pas les messages positifs.
00:46:25Et ils ont un impact, mine de rien.
00:46:27Donc, après, je ne sais pas,
00:46:29c'est mal fait aussi.
00:46:30On est un pays sous-développé
00:46:31par rapport à ça,
00:46:32mais il y a des possibilités.
00:46:35Toi, tu avais réussi
00:46:35à faire condamner quelqu'un
00:46:36qui t'avait...
00:46:37J'avais réussi, oui.
00:46:38Et c'était une personne.
00:46:39Et bon, alors,
00:46:40j'avais demandé un eurosymbolique
00:46:41parce qu'évidemment,
00:46:44quand tu vois la personne derrière,
00:46:45tu comprends.
00:46:46Enfin, non, je ne comprends pas,
00:46:47mais parce que je pourrais
00:46:48ne pas faire ça.
00:46:50Mais dépressif,
00:46:53un breton.
00:46:55Je suis bretonne à moitié.
00:46:56Donc, du coup, je lui disais,
00:46:57mais non, pourquoi en fait ?
00:46:59Et qui avait dit,
00:47:00mais je l'aime beaucoup en plus.
00:47:01Mais alors, pourquoi ?
00:47:02En fait, c'est toute la complexité
00:47:04des réseaux sociaux,
00:47:04c'est donner la parole
00:47:05à des gens
00:47:06qui ne prennent pas la mesure
00:47:07du pouvoir qu'ils ont.
00:47:08Ils ont à ce moment-là
00:47:10cette capacité
00:47:10de pouvoir t'atteindre directement,
00:47:12de te parler directement.
00:47:13Il n'y a plus de filtre.
00:47:14Et en plus,
00:47:15ce sentiment d'impunité.
00:47:16Et donc, c'est pour ça
00:47:17qu'en fait, moi,
00:47:17à chaque fois,
00:47:18je porte plainte.
00:47:20Et donc là,
00:47:20j'ai porté plainte.
00:47:21C'est usant.
00:47:23Mais en fait,
00:47:24il faut qu'il y ait quelque chose
00:47:24qui s'enclenche.
00:47:26Oui.
00:47:26Absolument.
00:47:27Oui.
00:47:28Moi,
00:47:30c'est pas quelque chose...
00:47:31Tu t'es protégée,
00:47:32en tout cas.
00:47:33Tu t'as bloquée,
00:47:34tu as fait des choses...
00:47:35Oui, oui, j'ai bloqué,
00:47:35j'ai fait des choses,
00:47:36je bloque tout le monde,
00:47:37etc.
00:47:37Et puis, ça a fini par se calmer.
00:47:39Moi, j'ai l'impression,
00:47:41en tout cas pour moi,
00:47:41je le vis comme ça
00:47:42et en fait,
00:47:42heureusement qu'il y a des gens
00:47:43comme toi qui portent plainte.
00:47:44Moi, j'ai l'impression
00:47:45que c'est vraiment
00:47:45la double, triple,
00:47:48quadruple peine.
00:47:48Sur le moment,
00:47:49je suis genre,
00:47:49là, j'ai besoin d'une sieste.
00:47:51Oui.
00:47:51J'ai besoin de passer
00:47:52des bons moments
00:47:52avec mes amis.
00:47:53Oui.
00:47:53La dernière chose
00:47:54que j'ai besoin,
00:47:55c'est d'aller porter plainte
00:47:56parce que...
00:47:56De revoir les messages
00:47:57et de revoir les messages,
00:47:59de rechercher,
00:48:00d'aller réexpliquer
00:48:01à des gens
00:48:02qui, en plus,
00:48:03sont genre,
00:48:03oh, mais ça va,
00:48:04franchement,
00:48:04on passe à autre chose,
00:48:05c'est pas si grave.
00:48:06C'est pour ça que je pense
00:48:07que c'est la responsabilité
00:48:08des institutions.
00:48:09Oui.
00:48:09Donc, je pense que
00:48:10athlète et même moi,
00:48:12en vrai,
00:48:12c'est pas moi
00:48:13d'aller porter plainte
00:48:13toute seule dans mon coin.
00:48:14Alors, la première fois,
00:48:15Binsport m'avait aidée,
00:48:16là, pour le cyberharcèlement,
00:48:17pas du tout,
00:48:18mais parce que c'est chiant,
00:48:20je le comprends aussi,
00:48:21je suis un problème
00:48:22quand j'arrive avec mon truc,
00:48:23je veux porter plainte.
00:48:24Donc, j'ai un soutien moral,
00:48:27ce qui est très bien.
00:48:28Mais pour vous, athlètes,
00:48:30parce que ça vous gâche,
00:48:31au-delà de toi,
00:48:33de ton histoire,
00:48:34de ce livre,
00:48:35de ce que tu racontes,
00:48:36en tant qu'athlète,
00:48:37ça vous gâche
00:48:38votre performance aussi
00:48:39parce que vous avez besoin
00:48:40de votre mental
00:48:40et tu l'as dit,
00:48:43fatigue, dépression,
00:48:44ça veut dire que ça rentre
00:48:45dans vos cerveaux
00:48:46et que ça a un impact
00:48:47sur ce que vous êtes
00:48:48en train de produire.
00:48:49Et que donc là,
00:48:50on tombe aussi
00:48:52dans une forme de terrorisme,
00:48:54je pense.
00:48:54Demain, tu veux faire plier
00:48:56une équipe nationale,
00:48:58des athlètes
00:48:59qui représentent un pays
00:49:00et tu veux faire plier
00:49:01tout simplement un pays,
00:49:03donc des gens
00:49:04qui sont sur les réseaux sociaux,
00:49:05des Français.
00:49:06Qu'est-ce que tu fais ?
00:49:07Tu diffuses des choses négatives,
00:49:09tu leur montres
00:49:09à quel point ils sont nuls,
00:49:11tu les insultes
00:49:12et tu les tords
00:49:13dans tous les sens
00:49:14et après,
00:49:14ça te donne une France
00:49:16avec des gens
00:49:16qui sont dépressifs.
00:49:18En tout cas,
00:49:19ce qui est certain,
00:49:19c'est qu'au-delà,
00:49:20on va dire,
00:49:21du choix individuel
00:49:22d'aller ou pas
00:49:23porter plainte,
00:49:24vos parcours,
00:49:25ils ont ça de commun
00:49:26que vous êtes des femmes,
00:49:27des femmes très exposées
00:49:29avec beaucoup de visibilité,
00:49:31que toutes les deux,
00:49:31vous avez subi,
00:49:33vous vous êtes exprimées
00:49:34à un moment
00:49:35sur des violences
00:49:36que vous aviez pu subir,
00:49:38qu'on a redoublé
00:49:39de violences
00:49:40à votre encontre
00:49:43et que quand même,
00:49:46cette place des femmes
00:49:46dans le sport,
00:49:47elle est de manière générale
00:49:49parce qu'évidemment,
00:49:50tu n'es pas athlète
00:49:51de haut niveau,
00:49:53mais cette place des femmes
00:49:55dans le microcosme sportif,
00:49:58elle est quand même
00:49:58vraiment à questionner
00:50:00parce que,
00:50:01et je dirais en plus
00:50:02des femmes féministes,
00:50:03des femmes qui vont déconstruire
00:50:07aussi pour réussir
00:50:08à créer des environnements
00:50:10plus safe.
00:50:11C'est quand même ça
00:50:12l'enjeu, non Gabriela ?
00:50:13Oui, oui,
00:50:14100%,
00:50:14et puis comme tu l'as dit,
00:50:15en effet,
00:50:16ce n'est pas en parlant
00:50:18spécifiquement de porter plainte,
00:50:20mais pour tout,
00:50:21en fait,
00:50:21on ne devrait pas être seul
00:50:22face à ça,
00:50:23on ne devrait pas être seul
00:50:25face à des personnes
00:50:26qui nous agressent,
00:50:27face à des institutions
00:50:28qui nous adressent,
00:50:29il devrait y avoir
00:50:30des solutions plus faciles
00:50:31que ça,
00:50:32il devrait y avoir
00:50:32des choses qui,
00:50:36des mécanismes,
00:50:36en fait,
00:50:37qui nous protègent
00:50:37et qui nous défendent
00:50:39parce que toute seule,
00:50:40on ne peut pas le faire,
00:50:42en fait.
00:50:42Alors,
00:50:42en fait,
00:50:43c'est qu'il y en a,
00:50:43mais ce qui est bizarre,
00:50:46c'est qu'on n'en parle pas
00:50:46et donc,
00:50:48du coup,
00:50:48de chaque chose négative
00:50:50doivent naître
00:50:51des choses positives.
00:50:53C'est comme ça
00:50:53que je vois la vie
00:50:54et je pense que
00:50:56chaque chose
00:50:56qui nous arrive,
00:50:57qui nous impacte en mal,
00:50:59en fait,
00:50:59c'est fait surtout
00:50:59pour nous élever
00:51:00et nous permettre,
00:51:02si on en a la force,
00:51:03évidemment,
00:51:05de faire des choses
00:51:05constructives derrière
00:51:06et je m'engage
00:51:08contre le cyberharcèlement
00:51:09avec RespectZone,
00:51:10c'est une association
00:51:11qui est spécialisée.
00:51:13Tu y fais quoi ?
00:51:14En fait,
00:51:14je vais faire des tutos
00:51:16pour les athlètes,
00:51:17à destination des athlètes
00:51:18parce qu'on ne peut pas
00:51:19changer le monde comme ça.
00:51:20Il faut faire,
00:51:21c'est le principe
00:51:22de l'étoile de mer
00:51:24qu'on remet à l'eau.
00:51:26Voilà,
00:51:26tu ne pourras pas sauver
00:51:27toutes les étoiles de mer
00:51:27qui sont sur la plage,
00:51:28mais peut-être que pour celle-là,
00:51:29ça va compter.
00:51:30Donc,
00:51:30pour moi,
00:51:31le sport,
00:51:31c'est un miroir grossissant
00:51:32de ce qui se passe
00:51:33dans la société.
00:51:34Ce n'est pas tellement
00:51:34la place de la femme
00:51:35dans le sport,
00:51:36c'est la place de la femme
00:51:37dans la société.
00:51:38Et donc,
00:51:38ce qui t'est arrivé,
00:51:40c'est arrivé à plein de gens,
00:51:43de femmes
00:51:43et des très proches
00:51:45et beaucoup.
00:51:47Donc,
00:51:47ça dit quelque chose.
00:51:49Mais ce tuto,
00:51:49en fait,
00:51:50c'est permettre justement
00:51:51d'expliquer
00:51:52qu'il y a des solutions
00:51:53sans forcément,
00:51:54effectivement,
00:51:55aller porter plainte,
00:51:56mais que c'est la dernière
00:51:58et qu'il y a des moyens
00:51:59de faire.
00:52:00Et voici comment on fait.
00:52:01Mais tu as Pharos,
00:52:03qui normalement
00:52:04est là pour ça.
00:52:05Et je pense que,
00:52:06tu vois,
00:52:07c'est l'association
00:52:08Respect Zone
00:52:08et c'est un parieur en ligne
00:52:11qui s'associe à Respect Zone
00:52:12pour donner les moyens
00:52:13pour faire justement
00:52:14ces vidéos et compagnie
00:52:15et de mettre en place
00:52:16ce système-là
00:52:17parce qu'il faut de l'argent
00:52:18pour faire ça.
00:52:18Mais ça ne devrait pas
00:52:19être ça,
00:52:20en fait.
00:52:21Ça devrait être
00:52:22les institutions,
00:52:22ça devrait être
00:52:23la fédération
00:52:24de sports sur glace,
00:52:26ça devrait être
00:52:26le ministère des sports,
00:52:28en fait.
00:52:28Il y a un ministère
00:52:28du numérique,
00:52:29donc à quel moment
00:52:30ils ne s'associent pas
00:52:31et eux,
00:52:32ils ne proposent pas
00:52:32ce genre de choses.
00:52:33Pourquoi est-ce que
00:52:34c'est un site de Paris
00:52:36en ligne,
00:52:36en fait,
00:52:37qui fait ça
00:52:37avec une association
00:52:39Respect Zone ?
00:52:40Donc, c'est en marchant
00:52:41dans la tête, en fait.
00:52:42Il y a de plus en plus
00:52:42d'athlètes qui en parlent.
00:52:44Mélina Robert-Méchon
00:52:45l'a fait il y a quelques jours.
00:52:47Il y a eu Léa Fontaine
00:52:48qui a vécu
00:52:49un truc terrible
00:52:50alors qu'elle avait gagné.
00:52:51Elle a gagné
00:52:52le grand slam
00:52:53à Lausanne.
00:52:54Elle est super harcelée.
00:52:55C'est une judoka
00:52:57en plus de 100 kilos
00:52:59qui, du coup,
00:53:01gagne une compétition
00:53:02et qui se fait
00:53:02super harcelée
00:53:03parce qu'elle fait
00:53:04plus de 100 kilos.
00:53:05Oui, c'est sa catégorie.
00:53:06C'est pour être
00:53:07une grande championne.
00:53:08Quand c'était
00:53:08Mélina, on ne se pose
00:53:10pas de questions
00:53:10mais quand c'est une femme,
00:53:12du coup, on dit
00:53:12qu'elle a gagné
00:53:14parce qu'elle était
00:53:14plus grosse, etc.
00:53:16Bref, tout un tas
00:53:17de commentaires
00:53:19vraiment extrêmement douloureux
00:53:21mais effectivement,
00:53:21ça revient très souvent
00:53:22sur le devant de l'actualité.
00:53:24Pour finir, mesdames,
00:53:24j'aimerais bien vous poser
00:53:26une dernière question.
00:53:28Vous avez toutes les deux
00:53:29dit que vous alliez partir.
00:53:31Vous avez toutes les deux
00:53:34eu ce truc
00:53:34de on se lève
00:53:35et on se casse
00:53:36et finalement,
00:53:38tu restes journaliste sportive,
00:53:41tu restes à Binsport
00:53:42parce qu'il n'était pas question
00:53:43J'arrête le foot.
00:53:43Oui, c'est ça.
00:53:44Et il n'était pas question
00:53:45de mais j'espère
00:53:46qu'à un moment ou un autre
00:53:47de ta carrière
00:53:47si tu as envie de faire du foot
00:53:48tu as manger
00:53:49tu en referas.
00:53:51Gabriela, en même temps
00:53:52tu as quitté le milieu
00:53:53du patinage
00:53:54au sens de la compétition
00:53:56mais tu quand même
00:53:57tu continues
00:53:57à faire des choses
00:53:58dans ce milieu-là.
00:54:00Par un bout,
00:54:00qu'est-ce qui vous donne
00:54:01quand même envie
00:54:02de rester,
00:54:03de potentiellement
00:54:04changer les choses ?
00:54:05Qu'est-ce qui
00:54:07qu'est-ce qui vous donne
00:54:07envie de rester,
00:54:08de secouer le cocotier ?
00:54:11Alors,
00:54:12moi ça a été
00:54:13je pense
00:54:13la découverte aussi
00:54:15que
00:54:15en fait plus je prenais la parole
00:54:17plus évidemment
00:54:17je m'aliénais
00:54:18beaucoup de personnes
00:54:19de ce milieu-là
00:54:19mais en même temps
00:54:20plus j'allais rejoindre
00:54:21d'autres personnes
00:54:22qui avaient la même mentalité,
00:54:25qui avaient les mêmes valeurs,
00:54:25qui s'étaient rendues compte
00:54:26des mêmes choses
00:54:27et donc ça,
00:54:28ça a été assez merveilleux
00:54:29parce que j'ai pu
00:54:30me lier en fait
00:54:31avec des gens
00:54:32qui me ressemblaient
00:54:34qui avaient une vision
00:54:35alignée avec la mienne
00:54:36et finalement
00:54:36de trouver des projets
00:54:39alors il y en a moins
00:54:40évidemment
00:54:42et c'est plus difficile
00:54:43financièrement
00:54:44mais au moins
00:54:45de m'entourer de gens
00:54:47qui ont la même vision,
00:54:49les mêmes valeurs
00:54:50et d'essayer de construire
00:54:52quelque chose ensemble
00:54:52comme on peut
00:54:54parce que
00:54:56malgré tout
00:54:57on aime quand même
00:54:58notre sport,
00:54:58on aime quand même
00:54:59notre pratique artistique aussi
00:55:00qu'on a envie
00:55:01de le voir évoluer
00:55:02et que
00:55:04si on en a les capacités
00:55:05on a envie
00:55:06de pouvoir les utiliser
00:55:07à cette fois-là.
00:55:08Et puis c'est ce que tu dis
00:55:09dans ton livre
00:55:09effectivement
00:55:11la prise de conscience
00:55:12entraîne une modification
00:55:13de ton entourage
00:55:14très proche
00:55:15et en fait
00:55:16ça paraît simple
00:55:17comme conseil
00:55:18ou comme prise de conscience
00:55:19de s'entourer
00:55:19de gens qui te veulent du bien
00:55:21mais en fait
00:55:21ça change tout.
00:55:22Ça change absolument tout
00:55:23ça change absolument tout
00:55:25dans son travail
00:55:26dans son rapport à soi
00:55:28j'ai plus du tout
00:55:29l'impression que je suis folle
00:55:31j'ai plus du tout
00:55:31l'impression que
00:55:32j'ai une santé mentale fragile
00:55:33je ne suis plus du tout discrète
00:55:36je m'affirme etc
00:55:37et en fait
00:55:38oui en effet
00:55:39c'est merveilleux
00:55:39quand on s'entoure
00:55:40de personnes qui nous veulent du bien
00:55:41de personnes qui nous veulent du bien
00:55:43on se transforme
00:55:44d'une très belle façon
00:55:45et ça c'est très important.
00:55:48Vanessa
00:55:48qu'est-ce qui te donne envie
00:55:49de rester ?
00:55:49Tout à l'heure
00:55:50tu parlais de
00:55:51l'association Femmes Journalistes de Sports
00:55:52donc une association
00:55:54que je co-préside
00:55:56et où on est 300 femmes
00:55:57sur les 350 femmes
00:55:59qui font ce métier
00:56:00et se communiquer
00:56:01de presse
00:56:02ou en tout cas
00:56:03ce qu'on a fait
00:56:03sur les réseaux
00:56:04qui a permis
00:56:05tu as l'air de le dire
00:56:06d'inverser un petit peu
00:56:07la tendance
00:56:08le fait de se retrouver
00:56:09en groupe aussi
00:56:09et de dire
00:56:10merde ensemble
00:56:11c'est ça
00:56:12qu'il faut aussi
00:56:12qu'on a envie de rester ?
00:56:13Oui et d'autant plus
00:56:14que ce que vous avez fait
00:56:15parce que moi
00:56:15à ce moment-là
00:56:16j'étais vulnérable
00:56:17et en fait
00:56:18vous avez remis
00:56:20pour moi
00:56:21l'église au milieu du village
00:56:23c'est-à-dire que
00:56:24j'ai rebraqué aussi
00:56:25sur ce que je recevais
00:56:26de positif
00:56:27et j'ai reçu
00:56:27beaucoup de messages
00:56:28de papa
00:56:31qui parlaient
00:56:31de leur petite fille
00:56:34qui regarde le foot
00:56:35avec eux
00:56:37et en fait
00:56:38ça m'a fait écho
00:56:39à moi
00:56:39à mon histoire
00:56:40et en fait
00:56:41j'ai eu honte
00:56:41à ce moment-là
00:56:44et c'était vraiment
00:56:45un sentiment
00:56:45où je me suis dit
00:56:47j'ai pas la force
00:56:49j'arrive pas
00:56:50j'arrive plus
00:56:52à représenter ce truc
00:56:54parce qu'en fait
00:56:55le chemin il est long
00:56:56tu le sais
00:56:56et puis en vrai
00:56:57le vrai truc
00:56:58c'est qu'on gagne pas
00:56:59des milliers de cents
00:57:00on est surtout là
00:57:00pour faire notre passion
00:57:02mais essayer de manger aussi
00:57:03et de donner quelque chose
00:57:05à nos enfants
00:57:06en tout cas
00:57:06pour ce qui me concerne
00:57:09et que je suis dans
00:57:10une réalité
00:57:12très cartésienne
00:57:13en fait
00:57:13et donc
00:57:14comment je vais retrouver
00:57:15la force
00:57:16de me dire
00:57:16je retourne
00:57:17et bien en fait
00:57:18j'ai pas arrêté
00:57:19j'ai été directement
00:57:20quatre jours plus tard
00:57:21j'étais de retour
00:57:21sur les terrains
00:57:23par contre
00:57:23j'ai été au bout
00:57:24de mon truc
00:57:24parce que j'en avais besoin
00:57:25comme toi
00:57:26j'ai arrêté
00:57:27la ligue 2
00:57:27parce que ça ne me correspondait pas
00:57:29en fait
00:57:30je ne trouvais pas de sens
00:57:31à ce que je faisais
00:57:33j'étais là
00:57:33à parler avec des coachs
00:57:35qui n'en avaient rien
00:57:36à faire de moi
00:57:37qui étaient dans leur monde
00:57:38mes questions
00:57:39ils s'en foutaient
00:57:40je les dérangeais
00:57:42je trouvais les attitudes
00:57:44parfois aussi
00:57:46je ne sais pas
00:57:47ce n'était pas mon monde
00:57:48en fait
00:57:48c'était trop brut
00:57:49voilà
00:57:50c'était trop brut
00:57:51le après
00:57:52comme ça a été
00:57:53beaucoup vu
00:57:55on va dire
00:57:55que j'ai reçu
00:57:56beaucoup plus
00:57:57de gentillesse
00:57:58de bienveillance
00:57:58de la part de ceux
00:57:59que je rencontrais
00:58:01sur les terrains
00:58:02qui commençaient
00:58:03un peu à comprendre
00:58:04que dans une interview
00:58:05on est deux
00:58:06et que c'est bien aussi
00:58:06parfois d'être un peu sympa
00:58:07parce qu'il y en a
00:58:09qui n'étaient vraiment
00:58:09pas sympa
00:58:10et que dans ce que je vivais
00:58:13j'avais besoin
00:58:14que juste on soit gentil
00:58:16pendant 18 minutes
00:58:17dans un avant-match
00:58:18c'est con
00:58:19et donc j'ai arrêté
00:58:20la Ligue 2
00:58:21pour faire une émission
00:58:23le premier épisode
00:58:24va sortir là
00:58:24le 20 septembre
00:58:26avec Clarisse Abguyen et nous
00:58:27c'est ce qu'on vient de faire
00:58:28c'est une émission
00:58:29de conversation
00:58:30où en gros
00:58:31on se parle
00:58:32on parle de toi
00:58:33on parle aussi
00:58:34de ce que ça fait
00:58:36écho chez moi
00:58:37et puis surtout
00:58:38j'aimerais bien faire
00:58:39même si c'est petite pierre
00:58:40par petite pierre
00:58:40faire avancer les choses
00:58:43concrètement
00:58:43je ne sais pas quoi faire
00:58:44mais peut-être que
00:58:45je me dis que quelqu'un
00:58:47qui va entendre ça
00:58:48dans les institutions
00:58:49et va se dire
00:58:49attends mais moi
00:58:50il faut que
00:58:51à mon niveau
00:58:52j'essaye de faire quelque chose
00:58:53et si on se met à plusieurs
00:58:54on va inverser
00:58:56peut-être la tendance
00:58:56ou en tout cas
00:58:57on va faire attention
00:58:58à nos athlètes
00:58:59un peu plus
00:59:01donc j'espère que ça servira
00:59:02et je n'arrête pas le foot
00:59:04parce qu'il est hors de question
00:59:06que je laisse
00:59:06les petites filles
00:59:08qui regardent la télévision
00:59:09à côté de leur papa
00:59:10et que je laisse leur papa aussi
00:59:12qu'il les emmène au foot
00:59:13ou qu'il les emmène même
00:59:14à aller voir des matchs
00:59:16même si c'est ceux
00:59:16des grands frères
00:59:17les tournois du week-end
00:59:18il est hors de question
00:59:20que je laisse tous ces gens bien
00:59:22comme ça
00:59:22et on est plusieurs
00:59:23et donc je vais essayer
00:59:24de toujours garder ça en tête
00:59:26j'ai reçu beaucoup de câlins
00:59:28de gens d'institution
00:59:29vous recevez aussi plein de cœurs
00:59:30sur le Twitch
00:59:32oui
00:59:33et je répondrai juste
00:59:34à quelque chose
00:59:35que quelqu'un a dit tout à l'heure
00:59:36parce que ça me paraît
00:59:36ça me paraît important
00:59:37et donc je me concentre
00:59:40sur ce qu'il y a de positif
00:59:41et en me disant
00:59:42que en fait
00:59:43j'éduque mon cerveau
00:59:43voilà
00:59:44j'essaie d'éduquer mon cerveau
00:59:45et surtout
00:59:47ce dernier défi
00:59:48moi j'ai fait du foot
00:59:49parce que mon père
00:59:50regardait le foot
00:59:50à la télé
00:59:52et que donc du coup
00:59:53je voulais qu'il me voit
00:59:53dans la télé
00:59:54je vais partir en couille
00:59:57et donc
00:59:59je sais que
01:00:00beaucoup de papas
01:00:01se reconnaîtront
01:00:02donc je parle aussi
01:00:02aux hommes maintenant
01:00:03et je sais que
01:00:05le foot permet
01:00:06d'avoir une relation particulière
01:00:07avec ses enfants
01:00:08et que ça sert aussi à ça
01:00:09donc il y a quelque chose
01:00:10de positif là-dedans
01:00:11et donc la canne
01:00:12je veux la faire
01:00:13alors que je ne voulais
01:00:14absolument plus la faire
01:00:15je ne voulais plus
01:00:16en entendre parler
01:00:16mais parce que je le fais
01:00:18avec le cœur
01:00:19et que je veux être sûre
01:00:20qu'elle soit faite
01:00:22dans les bonnes conditions
01:00:23en tout cas la prochaine
01:00:24peut-être pas celle d'après
01:00:25parce qu'à un moment donné
01:00:26il faut lâcher l'affaire
01:00:27mais au moins la prochaine
01:00:29Vanessa je te donne
01:00:30quelques secondes
01:00:31pour répondre à la personne
01:00:32oui alors c'était
01:00:33par rapport au fait
01:00:33de porter plainte
01:00:34moi je n'ai pas d'injonction
01:00:35évidemment à te dire
01:00:36d'aller porter plainte
01:00:37ou autre
01:00:37je n'ai pas les moyens
01:00:39de payer un avocat
01:00:40dans la logique des choses
01:00:41parce que ça coûte cher
01:00:42et que c'est pas parce
01:00:43qu'on est athlète de haut niveau
01:00:45ou qu'on est journaliste
01:00:46à la télévision
01:00:46qu'on gagne beaucoup
01:00:47et généralement
01:00:48quand on est une femme
01:00:48en plus on gagne moins
01:00:50donc ça c'est quelque chose
01:00:50qu'il faut savoir
01:00:52et donc j'ai un ami avocat
01:00:54qui m'a aidé
01:00:54donc la première fois
01:00:55c'est Beansport
01:00:56qui avait financé
01:00:58et là la deuxième fois
01:00:59il l'a fait gracieusement aussi
01:01:00et donc c'est pour ça
01:01:02que je pense qu'il faut
01:01:03quand on est athlète
01:01:03qu'on vit du cyber harcèlement
01:01:04il faut en parler à ses proches
01:01:05il faut en parler autour
01:01:06aux institutions
01:01:07aux coachs
01:01:08aux associations
01:01:09qui peuvent mettre en relation
01:01:10aussi peut-être
01:01:11avec des gens
01:01:11qui sont investis
01:01:13et qui vont comprendre
01:01:14ou qui vont se dire
01:01:15ok je vais porter son cas
01:01:17et je vais m'en occuper
01:01:18parce que moi il m'a facilité la vie
01:01:19j'ai juste eu
01:01:20entre guillemets
01:01:21à me replonger
01:01:22dans tous ces messages
01:01:23à faire des captures d'écran
01:01:23je lui ai livré
01:01:25ça a été difficile malgré tout
01:01:26et en fait
01:01:28effectivement
01:01:28quand on va au commissariat
01:01:30ça ne sert à rien
01:01:31ça ne marche pas
01:01:32je l'ai déjà fait
01:01:32dans d'autres cas
01:01:33où c'est vraiment
01:01:34le recours d'advocate
01:01:35qui va au procureur
01:01:37qui va valider
01:01:38et c'est comme ça
01:01:39que j'ai fait la première fois
01:01:40parce qu'en fait
01:01:40il faut taper dedans
01:01:41sinon la plainte
01:01:42n'arrive jamais en haut
01:01:43et c'est ça moi surtout
01:01:44que je veux dire
01:01:44c'est que je dénonce
01:01:45ce système là
01:01:46cette façon de faire
01:01:47et je pense qu'on est
01:01:48sous-délevé par rapport à ça
01:01:50mais qu'on peut s'organiser
01:01:52il y a des gens
01:01:52qui ont plein de bonne volonté
01:01:53et donc
01:01:55voilà
01:01:55c'est pour ça qu'il faut
01:01:56en tant qu'athlète
01:01:57je pense qu'il ne faut pas
01:01:57rester seul en fait
01:01:58c'est juste ça
01:01:59il faut en parler
01:02:00il ne faut pas rester
01:02:01avec ce sentiment
01:02:02de dévalorisation
01:02:03qu'on porte plainte
01:02:05ou pas à la fin
01:02:05mais au moins de garder
01:02:06au cas où
01:02:07dans un cloud
01:02:08ou quelque part
01:02:09pour un moment donné
01:02:10si tu retrouves la force
01:02:11te dire
01:02:12ben non en fait
01:02:13je vais aller me payer
01:02:14des vacances
01:02:14avec vos insultes
01:02:15voilà
01:02:15c'est ce que j'avais à dire
01:02:18merci beaucoup
01:02:20Vanessa, Gabriela
01:02:21d'avoir été là
01:02:23c'était une belle rencontre
01:02:24c'était un beau moment
01:02:25passé avec vous deux
01:02:27pourquoi pas le refaire
01:02:29je ne sais quand
01:02:29je ne sais quel moment
01:02:30je t'invite
01:02:31dans mon émission
01:02:32du coup
01:02:33let's go
01:02:34je t'invite
01:02:36je t'invite

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