00:00Il y a une grande montée de l'extrême droite, de la transphobie, de l'homophobie,
00:03et c'est exactement pour ça.
00:05Même, c'est très réfléchi.
00:06On a fait cet événement avec une exposition avant
00:09pour contrer les gens qui disent qu'on vient d'apparaître, que c'est une mode.
00:12Non, on montre qu'on a clairement des objets qui montrent que ce n'est pas le cas.
00:17J'ai eu l'idée de créer un spectacle qui parlait de doute à la base,
00:22qui parlait de se poser des questions sur son genre, sa sexualité.
00:25Et en fait, pendant le spectacle, j'ai fait mon coming-out trans sur scène.
00:29Et à partir de là, avec mon co-auteur et metteur en scène, Amiel Mokad,
00:32on a vraiment tout construit pour vouloir raconter une histoire positive et joyeuse de transition.
00:38Parce que moi, j'en avais un peu marre de me dire « Ah ben, on n'est que triste.
00:42Du coup, est-ce que ça vaut le coup d'être qui on est ? »
00:44Et en fait, oui, ça vaut le coup.
00:46Mon spectacle s'appelle Mérou.
00:47Ça vient d'un poisson qui change de genre au cours de sa vie.
00:50Et c'était ma première représentation trans, tellement on n'a pas eu de représentation jusqu'ici.
00:55C'est vrai que là, en ce moment, c'est une période très, très compliquée.
00:59Il y a un grand recul du droit des personnes trans aux États-Unis.
01:02Mais en France aussi, vraiment, ça commence à se voir.
01:04Ce qui légitime de plus en plus la haine transphobe.
01:09On le voit sur les réseaux, on le voit dans la rue.
01:10Il y a de plus en plus d'attaques homophobes.
01:12C'est vraiment très, très présent.
01:13Moi, je veux répondre par la joie.
01:16Parce que la joie ne signifie pas qu'on met la colère de côté, ni la tristesse, ni le deuil.
01:21Ça veut juste dire qu'on décide de ne pas se laisser abattre.
01:24Parce que s'il y a un truc qui ne peut pas nous enlever, c'est notre joie.
01:27On ne peut pas faire une loi sur « vous n'avez pas le droit d'être joyeux ».
01:29Donc, je veux préserver ça.
01:31Et aussi parce que c'est prouvé, même sociologiquement.
01:34Militer via la joie, procurer de la joie, ça pousse plus à lutter pour nos droits que d'être abattus.
01:41Les institutions, l'État, les grosses productions, ils n'ont pas toujours suivi ce projet.
01:46Vous avez vraiment un pouvoir, un vrai pouvoir en allant voir des spectacles de personnes queer, de personnes racisées, de
01:51personnes féministes.
01:52Ça joue vraiment beaucoup.
01:54Par contre, à mes haters, je vous dis, s'il vous plaît, vous renseignez pour avoir des psys accessibles.
02:01Il en existe.
02:02Parce que souvent, je m'inquiète pour les gens qui haïssent ce que je représente.
02:06Je m'inquiète parce que souvent, ça ne veut plus dire qu'eux, ils sont mal à l'aise avec
02:09une partie d'eux-mêmes.
02:10Du coup, j'avoue que ça ne m'atteint pas tant que ça.
02:12À part quand ça devient physique et ça touche mes droits, évidemment, ça m'atteint.
02:16Mais quand c'est sur les réseaux, je suis inquiète pour la santé mentale de ces personnes.
02:20Et vraiment, prom dog, je suis en mode, je pense que ça calmerait tout le monde de juste se dire,
02:25peut-être.
02:25Que moi aussi, je me sens un peu coincée dans ce corps trop normé, où j'essaye par exemple de
02:30faire des régimes pour caler dans les normes.
02:32Et ce que les personnes trans disent, c'est que vous n'êtes pas obligés.
02:34Ça ne veut pas dire que soyez trans, ça veut juste dire habillez-vous, ayez le corps que vous voulez
02:39vous avoir.
02:39Là, on est à la Scala Paris pour un événement très, très particulier.
02:43À l'occasion du mois des fiertés, on fait une exposition avec les archives LGBTQIA+, de Paris et d
02:48'Île-de-France.
02:49On peut vous montrer enfin des archives trans qui n'ont jamais pu être montrées avant.
02:53C'est une grande célébration de notre histoire et de notre culture.
02:56Et j'ai quelques objets de l'exposition à vous montrer en avant-première.
02:59Venez avec moi.
03:00Le premier objet, c'est le premier drapeau trans qui a existé en France.
03:05Aujourd'hui, c'est un drapeau bleu clair, blanc, rose clair, c'est celui qu'on connaît.
03:09Mais à l'époque, c'était ces couleurs-ci.
03:12Donc du rose foncé, du violet et du bleu.
03:15Et ça, c'est même le deuxième drapeau.
03:17Puisque le premier était rose foncé, bleu foncé et fait comme le drapeau français.
03:21Ils se sont rendus compte en faisant la première manifestation.
03:24Les gens pensaient que c'était une manifestation nationaliste.
03:27Alors c'était pour les droits des personnes trans.
03:28Donc ce drapeau, ce qui est intéressant, c'est qu'il a été cousu au dernier moment.
03:32Et j'aime bien avoir ce genre d'objet qui sont en fait des erreurs
03:35qui ont été faites au dernier moment par quelqu'un.
03:38Je trouve ça très touchant.
03:39Il y a ma partie préférée de l'exposition.
03:41Il s'agit des toilettes qu'on a revisitées grâce à une artiste qui s'appelle Claire Translate.
03:46Qui est donc une artiste illustratrice qui a refait toute la signalétique des toilettes.
03:50Puisque les toilettes sont un grand endroit de violence pour les personnes trans.
03:54C'est le premier truc qu'on nous interdit.
03:56C'est là où il y a cette panique morale qui se crée autour du fait qu'on agresserait les
04:00gens dans une toilette.
04:00Et que c'est pour ça qu'on transitionnerait.
04:02Personnellement, moi quand je vais au toilette, je fais pipi.
04:03C'est tout, je ne manigance pas à une révolution.
04:06Je n'ai pas le temps.
04:07On a refait toute cette signalétique.
04:09Avec également des stickers qui disent que des personnes trans ont fait pipi aussi.
04:12Et que ce n'est pas la fin du monde.
04:14Et on a également un travail sur les miroirs.
04:16Pour que quand les gens se regardent, il y ait un autre genre que ce qu'ils pensaient avoir en
04:21venant ici.
04:22Nous, quand on va aux toilettes en tant que personnes trans, on a un peu paniqué.
04:25On ne sait pas trop où aller, où est notre place.
04:27Et bien là, on a inversé les rôles pour que ce soit les gens pas concernés qui soient un peu
04:32perdus.
04:33Et qu'on voit que ça ne change pas grand chose au bien vivre ensemble.
04:36Là, on a toute l'explication de pourquoi aussi on n'a pas tant d'archives que ça.
04:40C'est parce que tout simplement, il y a des archives qui ont été brûlées, qui ont disparu.
04:43Et il y a énormément de personnes qui n'ont pas la possibilité, par exemple, d'écrire, de laisser des
04:48traces.
04:49Puisqu'on est souvent très précarisé.
04:50Là, c'est la partie de l'exposition qu'on a pensée comme un boudoir.
04:53C'est-à-dire la chambre, le salon.
04:55Où en tant que personnes trans, on se retrouve.
04:58On peut enfin commémorer nos mortes.
04:59On peut parler librement, montrer des petits moments de la vie quotidienne qui sont hyper joyeuses.
05:04C'est vraiment ça que je veux montrer.
05:05Moi, la partie que je préfère le plus à cet endroit, c'est cet album qui est en libre-service,
05:15qui parle des intimités trans.
05:16Et en fait, c'est des gens qui me suivent depuis longtemps, qui ont envoyé leurs photos.
05:21Donc c'est des gens, parce que aussi les archives, les gens pensent qu'il faut être connus pour faire
05:24partie des archives.
05:25Pas du tout.
05:25Tout le monde peut participer.
05:27Et ça, c'est mes photos préférées.
05:28C'est des gens qui sortent des opérations trans en étant joyeux.
05:32Parce qu'on a cette image que c'est de la mutilation, c'est très grave et tout.
05:36En réalité, c'est vraiment des moments de bonheur.
05:38Une des spécificités de cette expo, et c'était aussi un souhait du Centre des archives LGBTQIA+, de Paris,
05:45c'est de ne pas faire une expo froide, avec du savoir froid.
05:48L'idée, c'est que les gens puissent participer.
05:51Une archive, c'est vivant, c'est maintenant.
05:53Ce n'est pas parce que ça s'appelle l'archive que ça vient de passer.
05:57Et du coup, on a cette boîte à archives spécifique où les gens peuvent laisser,
06:01via un formulaire, leurs informations pour laisser des archives.
06:05Ça peut être des photos, ça peut être de l'audio, ça peut être des musiques,
06:08ça peut être des objets aussi qui ont été importants.
06:12Et ça, moi, je trouve ça super de dire aux gens, mais en fait, c'est participatif.
06:16C'est collectif et ensemble, on construit notre culture et notre histoire,
06:20puisque l'État ne le fait pas.
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