Passer au playerPasser au contenu principal
Le documentaire À la vie d’Aude Pépin, sorti en salle le 20 octobre, suit la sage-femme Chantal Birman, féministe de longue date qui à consacré sa vie à lutter pour la liberté des femmes.

La caméra de la réalisatrice d’Aude Pépin accompagne ainsi sans filtre Chantal Birman, proche de la retraite, au cours de ses dernières tournées à domicile chez des patientes de Seine-Saint-Denis (93).

L’occasion de questionner et de déconstruire de nombreux sujets déterminants dans la vie des femmes. Maternité, grossesse, comment se rapprocher de son bébé, quel rôle doivent endosser les sages-femmes, mais aussi avortement, post-partum et suicide des jeunes mamans... Aude Pépin et Chantal Birman reviennent dans un long entretien accordé à l’Humanité sur ce film, ce qu’il soulève, ce qu’il révèle de notre société, et ce qu'il espère faire bouger.

📣 SUIVEZ L'HUMANITÉ
Retrouvez tous nos articles sur 👉 https://www.humanite.fr/
Notre page Facebook 👉 https://fr-fr.facebook.com/humanite.fr/
L'Humanité est aussi sur Twitter 👉 https://twitter.com/humanite_fr

#sagesfemmes #àlavie #maternité

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:01Vous avez beaucoup d'amis ici ?
00:03Je vous mets amis, c'est très important.
00:06Il faut que tu dormes un petit peu quand même, d'accord ?
00:09Vous avez la tétine ?
00:10On peut aussi la mettre la nuit.
00:12Vous pouvez faire ce que vous voulez.
00:14Une maman fait confiance à son enfant.
00:16Et plus on fait confiance à quelqu'un, plus la force.
00:20Chantal Birmand, sage-femme de base.
00:21Votre méprime réalisatrice.
00:23De base.
00:25Est-ce que vous pouvez nous donner votre définition
00:28de ce que doit être le rôle d'une sage-femme ?
00:30C'est de prendre quelqu'un à l'endroit où il est,
00:35de manière à l'aider, et c'est ça le rôle de la sage-femme,
00:38à négocier des états presque innégociables
00:43en ce qui concerne les femmes.
00:44C'est-à-dire que ce dans quoi sont les femmes à ce moment-là,
00:49c'est des choses qui sont quasi inhumaines.
00:53Le fait d'avoir un professionnel en face d'elle
00:55qui sache ça de l'événement qu'elle traverse,
01:00et qui lui dit que c'est bon ce qu'elle fait,
01:04et qu'elle va y arriver au moment où elle, elle croit que c'est fini,
01:07qu'elle ne peut absolument pas y arriver,
01:09et bien je crois que c'est ça une sage-femme.
01:11On doit laisser les sages-femmes pouvoir faire le trajet jusqu'à la personne.
01:16C'est du temps, énormément de temps.
01:19C'est de la culture.
01:21C'est-à-dire que oui, les sages-femmes, il faut qu'elles lisent.
01:25Oui, il faut qu'elles réfléchissent.
01:28Oui, il faut beaucoup plus de culture générale dans les études,
01:34et entre autres de la philo, de l'histoire.
01:37Il faut qu'elles aient ces possibilités de réflexion-là,
01:40qui sont la possibilité à la fois sur les racines d'où on vient,
01:46et à la fois où est-ce qu'on veut aller.
01:48Et pour ça, c'est ce qu'on appelle la culture.
01:51Et donc, en aucun cas les cultures uniquement scientifiques ne suffisent, bien évidemment.
01:57Alors donc, la profession de sage-femme, c'est une culture qui ramasse justement,
02:02et c'est peut-être la seule à ce point-là, qui ramasse les cultures scientifiques,
02:06parce qu'elles sont absolument obligatoires pour être responsables
02:10et pouvoir faire bien son métier,
02:12et les cultures humanistes, qui sont absolument indispensables
02:16pour savoir bien faire son métier.
02:18Chantal, elle était payée donc 50 euros pour sa consultation,
02:23déplacement compris.
02:25Essence compris.
02:25Essence compris.
02:26Et PV compris.
02:27Et PV compris.
02:28Voiture compris.
02:29En gros, par rapport à ça, j'avais calculé que c'était 100 fois moins
02:34que le changement d'un pneu, un bébé.
02:38Donc voilà, ça en dit long sur la valeur d'une sage-femme et d'une femme,
02:44et d'un petit être, et d'un homme qui devient père,
02:48et d'un petit être qui arrive au monde.
02:49Le flux tendu en salle de naissance, on sait ce que c'est,
02:51mais là, c'était le flux tendu tout le temps.
02:53C'était pas...
02:54T'as un flux tendu pendant 4 jours, et puis après, t'as quelques guerres de calme,
02:58où c'est...
02:58Ou tu...
03:00Tu juste, tu remplis tes armoires, tu vois, s'il te manque rien.
03:02Non, ça, jamais on avait le temps.
03:03J'avais l'impression d'aller me faire maltraiter.
03:05Je...
03:06Et de maltraiter des femmes.
03:07Enfin, je...
03:07Je maltraiterais pas les femmes, mais...
03:10Cette impression de...
03:11Elles auraient pu vivre autre chose si t'avais été dans d'autres conditions ?
03:14C'est ça que tu veux dire ?
03:15Ben oui, parce que je l'ai connue, cette autre condition.
03:16La gestion hospitalière a pris complètement le pas sur le soin.
03:22C'est aujourd'hui l'argent qui gouverne...
03:25Enfin, même pas l'argent, l'économie d'argent, parce que de l'argent, il n'y en a pas.
03:29Donc, l'économie d'argent qui gouverne le manque, là où avoir de la santé, avoir un avenir,
03:39c'est l'inverse du manque.
03:41C'est le moment où tu construis les choses et où tu es dans du généreux, au contraire.
03:46Donc, on est dans deux positions hospitalières qui sont en train de faire un grand écart l'une avec l
03:53'autre
03:54et qui ne se comprennent plus.
03:55Et là, pour le coup, du fait de la maintenance de la position d'économie à l'hôpital,
04:03ce qui se passe, c'est que l'ensemble de l'hôpital, ce n'est pas spécifique des sages-femmes,
04:07ça,
04:08est en train de mourir debout, parce qu'ils restent debout, mais ils ne peuvent plus faire leur travail.
04:16Ils se sentent complètement violés dans ce qu'ils sont à perpétuellement,
04:20puisqu'ils sont faits pour quelque chose et on leur fait faire autre chose.
04:23On leur fait quoi faire du travail à la chaîne et chronométrer.
04:29Donc, je peux vous dire que vous aurez beaucoup moins de conflits aujourd'hui dans les hôpitaux
04:34que vous auriez pu en avoir il y a 15 ou 20 ans, là où on n'en était pas
04:38là.
04:38Pourquoi ? Mais parce que le conflit prend du temps.
04:40Donc, si vous restez très polis, lisses, etc.
04:44et que vous répondez très, très, très superficiellement le plus possible aux questions,
04:48ça va aller, vous pouvez passer à l'étape d'après et à l'étape d'après
04:52et vous pouvez enchaîner plusieurs personnes l'un à la suite de l'autre.
04:56Et ils sont en train d'apprendre ça et il y a un moment donné,
05:00ils savent que c'est absolument pas satisfaisant et qu'en fait,
05:04quand ils ont voulu être dans le soin, ils étaient juste dans l'inverse de ça, juste.
05:10Il y a un moment donné, on t'apprend à te trahir toi-même,
05:14c'est-à-dire que tu sais ce que tu peux faire et on te met dans des conditions.
05:18Ça s'appelle l'injonction paradoxale.
05:20Oui, exactement.
05:227 étudiants sur 10 sont en dépression actuellement
05:27et quand ils rentrent dans le monde du travail, parce que,
05:30oui, c'est vrai que les études de sage-femme, il y a beaucoup de stages,
05:32donc du coup, ils le voient le monde du travail.
05:34Et c'est tellement loin du pourquoi ils ont choisi ces études-là
05:39et en même temps, ils travaillent comme des bêtes quand même
05:42pour arriver à passer leur examen et donc là, il y a un truc qui ne peut pas coller.
05:48Et d'un seul coup, tu te dis, mais si j'avais été avec cette femme,
05:54putain, ce qui lui serait arrivé là, c'est pour le restant de sa vie qu'elle l'aurait fort
05:59dans le corps.
06:00Et là, je ne l'ai pas abandonné.
06:05J'ai fait tout ce que je pouvais, mais avec...
06:08J'ai vraiment fait, mais je me suis démerdée pour qu'elle prenne une péridurale
06:13parce que, évidemment, je ne pouvais pas l'accompagner, ce n'était pas possible.
06:15Donc, évidemment, elle, elle, elle pense qu'elle a pris sa péridurale,
06:18que c'est elle qui a décidé, mon Dieu, que ce n'est pas vrai.
06:21Mais ça ne fait rien, tu vois.
06:24Et elle ne saura jamais.
06:25Mais moi, je sais ce qu'elle aurait pu vivre.
06:28Et ça, c'est un truc qui est terrible.
06:30La péridurale, au fur et à mesure du temps, donc, n'a plus été utilisée pour des problèmes de douleur
06:38ou même d'obstétrique parce que ça peut assouplir un col d'avoir une péridurale
06:43et ça peut être utile aussi pour une dilatation qui stagne ou quelque chose comme ça.
06:48Donc, quand on retire tout ça, on ne devrait pas dépasser les 40%.
06:53Or, en France, on est à 90% de péridurale.
06:56On est le pays au monde qui fait le plus de péridurale,
06:58mais où le nombre de femmes par sage-femme est le plus important.
07:01Les sages-femmes ne veulent juste pas abandonner les femmes
07:03parce qu'elles savent très bien qu'arrivé au moment X, très important,
07:07là, il y a besoin de cette parole-là,
07:10dont on a parlé tout à l'heure à la définition du métier.
07:13Et si elles n'ont pas cette parole-là,
07:16eh bien, ça bascule dans de la torture, bien sûr.
07:21Et surtout dans du non-sens.
07:23Il y a un moment donné où la douleur,
07:26ça te met dans une telle solitude,
07:28on ne souffre pas à deux.
07:31On ne souffre que seul.
07:32Et quel que soit l'amour du compagnon pour sa femme,
07:37sa tendresse, etc.
07:38Et quelle que soit la compétence de la sage-femme,
07:41la contraction d'après est 100% pour la gueule à la femme.
07:45Voilà.
07:45Personne ne peut lui en prendre.
07:47Donc, il va falloir qu'elle se la fade.
07:49Je te trouve un peu seule, là, aujourd'hui.
07:54Aujourd'hui ?
07:56Tu as un petit blues, là, hein ?
07:59Je ne sais pas, peut-être.
08:04Je me dis, là, il était là tous les jours, ton homme,
08:08et il est parti, là, aujourd'hui ?
08:10Oui, juste l'après-midi, oui.
08:12Il est parti juste l'après-midi ?
08:14Oui, après-midi.
08:15Est-ce que tu pleures comme ça, un petit peu, ou non ?
08:18Non.
08:19Non.
08:20J'ai eu des moments d'émotion,
08:23et puis aussi de fatigue physique,
08:26ou une douleur physique,
08:28parce que je n'arrivais pas à dormir.
08:30Il y a effectivement ce moment de flottement, là,
08:33et c'est l'objet du film qu'a fait Aude.
08:36C'est ce moment où on essaye
08:38de rapprocher la femme du bébé, un petit peu,
08:42de la rapprocher de sa nouvelle forme corporelle,
08:47en fait, de s'accepter telle qu'elle est,
08:51pour avancer dans la relation à son bébé.
08:55C'est plus difficile à préparer un compagnon,
08:57parce que ça ne lui arrive pas.
09:00Ce qui lui arrive, c'est qu'il va avoir un enfant, voilà.
09:04Et que sa femme est enceinte, et que, éventuellement,
09:08il sent le bébé bouger, etc.
09:11Mais c'est extérieur à son corps,
09:15et ça devient intérieur au moment où le bébé arrive.
09:19Où là, d'un seul coup, il a ce bébé dans les bras,
09:23et où il est, dans un processus adoption,
09:27et dans la relation à l'enfant,
09:29il est plus facile pour un homme,
09:31à ce moment-là, justement, d'adopter,
09:34parce qu'il n'a pas de deuil corporel à faire.
09:38Alors que du côté de sa femme,
09:41elle ne se retrouve pas elle-même,
09:43et elle ne sait pas d'où peut partir cette relation,
09:46puisqu'elle ne sait pas où elle est.
09:47Avant de m'allonger, je vais vite fait faire ceci,
09:51faire cela, vite fait faire ma toilette,
09:54et vite fait lancer une lessive,
09:55et vite fait appeler ma mère,
09:57et faire ceci, cela, et à coup de vite fait,
10:00je calcule qu'il me reste 40 minutes avant qu'il se réveille.
10:03Donc je vais, ah, il faut que je dorme.
10:06Il faut que je dorme.
10:07C'est impossible de dormir.
10:11Non, mais après l'avoir écoutée, vue,
10:13pendant des heures en salle de montage,
10:14j'ai toujours un immense respect,
10:16une immense gratitude d'avoir rencontré cette femme,
10:18parce que pour moi, c'était une intelligence,
10:21c'est un diamant d'intelligence,
10:24et je l'ai déjà dit, mais c'est vrai,
10:26ce qu'elle dit, c'est à la fois philosophique parfois,
10:31mais aussi, tout simplement, c'est du bon sens aussi.
10:33Et je crois que vraiment ma génération attendait,
10:36et je vois celles, les nouvelles,
10:38les jeunes filles qui sont nées justement post-MeToo,
10:41enfin, qui sont nées, enfin, qui ont eu 10 ans, là, au Vermeetoo,
10:45je vois vraiment qu'il y a un soulagement à se dire
10:47qu'il y a une figure, il y en a de both, bien sûr,
10:50que Chantal Bièrement, et heureusement,
10:52mais qu'il y a au moins une figure qui leur parle,
10:55qui les regarde et qui leur donne de l'énergie
10:57et cette intelligence-là.
10:58Et puis moi, bien sûr, ça a résonné en moi,
11:00parce que, bien sûr, tout ce qu'elle dit
11:02me touche particulièrement,
11:03et je trouve que c'est absolument vrai,
11:05parce que voilà, moi, je me suis retrouvée dans la...
11:07Je suis maman, j'ai deux enfants,
11:08une qui a bientôt 15 ans
11:09et une qui va avoir 6 ans.
11:10J'ai eu ma première fille assez jeune,
11:12j'avais 26 ans, bon, à Paris, c'est plutôt jeune,
11:14en province, voilà, c'est parfois plus courant,
11:16mais en tout cas, dans le milieu professionnel
11:17dans lequel j'étais,
11:18j'étais vraiment la première à avoir une enfant.
11:21À l'époque, le père de ma fille était musicien,
11:24il était en tournée en permanence,
11:27et voilà, donc ma fille a failli mourir à la naissance,
11:30et de la manière dont on m'a traité,
11:32et dont on a traité mon compagnon de l'époque,
11:36voilà, je ne m'y attendais absolument pas.
11:39En fait, je ne m'attendais pas à cette violence de l'institution
11:43et du manque de moyens,
11:44et à quel point ça allait être répercuté
11:47et, comment dire, fragiliser ce que j'étais.
11:50J'ai eu une grossesse un peu compliquée,
11:52où j'ai été très suivie, donc ça là-dessus, voilà,
11:54mais très suivie en même temps,
11:57très dégagée vite fait, c'est-à-dire qu'à la fois,
11:58bon, on a plein d'examens médicaux,
12:00il y a des gens qui nous font comme ça très peur,
12:02avec les mots, qui ne prennent pas les mots,
12:05pour vous expliquer ce qui se passe,
12:06j'ai failli perdre même déjà ma fille à 3 mois de grossesse,
12:09et voilà, j'étais tombée sur une sage-femme
12:10qui m'a dit des choses vraies,
12:11mais avec une espèce de grande violence et d'appropté,
12:14parce que je sentais déjà qu'il n'y avait pas le temps de ça, en fait.
12:17Et puis voilà, une fois que j'ai accouché,
12:20et là, elle s'est arrêtée de respirer en sortant,
12:22et c'est vrai que les petites sages-femmes qui étaient là,
12:26c'était des étudiantes d'ailleurs,
12:27sont revenues en pleurs,
12:29voire me disant, je ne sais pas ce qui s'est passé,
12:31j'ai tout bien fait, je ne comprends pas.
12:33Et alors quand quand même, tu as ta sage-femme,
12:35qui est toute jeune et qui est en pleurs,
12:36tu te dis bon, alors déjà,
12:38en termes de formation justement,
12:40tu sens qu'elle a été quelque part,
12:42qu'elle est dépassée, submergée par ce qui se passe quand même,
12:45donc c'est comme, ça fait peur,
12:47elles avaient mon âge,
12:47je crois qu'on se moque les filles.
12:48Puis là, l'interne de nuit vient me voir,
12:50la gynécologue,
12:51et voilà, m'enlève le bracelet de ma fille,
12:53me dit, bon écoutez, on va tout faire pour la sauver,
12:54mais maintenant madame,
12:55il faut remonter dans votre chambre,
12:57parce qu'il n'y a personne là pour vous accompagner avec nous,
12:59et monsieur, vous rentrez chez vous,
13:01parce qu'il n'y a pas de lit, quoi.
13:02Et donc je me suis retrouvée
13:03avec ce petit bracelet de petite fille,
13:05de nouveau-né que j'ai mis autour de mon pouce,
13:07et j'ai attendu,
13:08je me disais, mais là,
13:09peut-être qu'elle est en train de mourir,
13:10je ne peux pas le savoir.
13:11Et j'ai fini par être amenée à ses côtés,
13:14mais bon, voilà,
13:15c'était, je voyais bien que des femmes
13:17travaillaient d'arrache-pied pour nous aider,
13:18ça a été deux jours entre la vie et la mort,
13:21et on est resté quelques jours à l'hôpital,
13:23et enfin, voilà, je suis rentrée chez moi,
13:24je me suis retrouvée complètement seule à l'époque,
13:26il n'y avait pas de Prado,
13:27d'ailleurs qui est en train de disparaître,
13:28ce que je montre dans le film,
13:29quand même, ça disparaît,
13:31donc qui était déjà pas suffisant,
13:32disparaît.
13:33Pour l'instant, on ne prévient les femmes
13:34de la possibilité d'un suivi par une sage-fade
13:38en post-natal
13:38qu'à celles qui font des sorties précoces à deux jours.
13:41Voilà les nouvelles directives de l'assurance maladie,
13:42quand même.
13:43Donc moi, à l'époque, ça n'existait pas,
13:44ou en tout cas, je n'étais pas au courant,
13:45mais je crois que ça n'existait pas le Prado.
13:47Et donc, je me suis retrouvée toute seule, quoi,
13:48toute seule,
13:49avec ce bébé qui n'arrêtait pas de pleurer,
13:52pas préparée du tout,
13:53à ne pas savoir décrypter les pleurs de mon enfant,
13:58à ne pas dormir.
13:59Ma mère n'était pas du tout là-dedans,
14:01elle ne pouvait pas m'aider,
14:02psychologiquement pour elle,
14:03ce n'était pas possible en ce moment-là.
14:06Et donc, je me suis retrouvée vraiment seule,
14:07face à moi,
14:08face à cette nouvelle personne que je ne reconnaissais pas,
14:10face à ce corps qui coulait de partout
14:12et qui ne savait plus comment se ramasser.
14:14Et je me suis dit,
14:15mais quelle est cette société
14:16qui accueille son début de vie
14:22et les gens qui la constituent de cette manière-là.
14:24Ce n'est pas possible,
14:25il faut que les choses changent,
14:26il faut qu'on le dise,
14:27comment ça se fait que personne ne le dit.
14:28Je ne me suis pas mise à militer tout de suite,
14:30même pas du tout,
14:31d'ailleurs je n'ai jamais fait partie de l'association,
14:32mais quelque part en moi,
14:34c'était cassé pour l'éternité
14:36et en même temps,
14:39une flamme brûlante s'était réveillée.
14:42Et j'avais quelque chose comme ça en moi qui était là.
14:44Et quand j'ai rencontré Chantal,
14:46je me suis dit que ce que j'avais à raconter de ça,
14:49j'avais trouvé la personne pour le dire.
14:51Je ne sais pas si vous allez entendre bien
14:56tout ce que je vais vous dire là maintenant.
14:58Si vous en entendez un peu, c'est déjà beaucoup.
15:02D'accord ?
15:03Je vais faire tout ce que je peux là
15:05pour essayer de vous faire avancer sur ce plan-là.
15:20Ce qu'on apprend dans le film, c'est que c'est la première cause de mortalité...
15:24Avec les accidents cardiovasculaires.
15:26Avec les accidents cardiovasculaires.
15:28Est-ce que vous pouvez nous en parler ?
15:29Toutes les femmes font un baby blues plus ou moins important.
15:34Ça, c'est vrai que c'est variable d'une femme à l'autre.
15:37Et puis, au bout d'un certain temps,
15:40il y a des femmes qui basculent dans de la dépression.
15:43Alors ça, on a les chiffres.
15:44C'est entre 12 et 15 % de dépression.
15:48Dans le film, toutes,
15:50elles sont toutes pile dans le moment du baby blues.
15:54Aucune n'aura fait de dépression dans le film.
15:56Maintenant, une fois qu'on est en dépression,
15:59ben, on est malade.
16:00D'accord ?
16:01Et là, les propositions d'Adrien Taquet
16:04seraient que les femmes aillent en période de dépression
16:07voir des médecins ou des sages-femmes
16:11pour dire qu'elles ne vont pas bien.
16:12Or, au fond de la dépression, tu ne sors pas de ta couette.
16:15Donc, c'est l'inverse.
16:16Il faut installer des gens qui viennent chez toi
16:18et qui comprennent que tu es en train de glisser.
16:21Et que là, il faut te rattraper.
16:22On est dans un cadre de prévention de santé publique.
16:26Donc, moi, ce qui m'intéresse,
16:27c'est qu'elles ne se tuent pas, les petites.
16:29Et donc, ce que je veux, c'est qu'on puisse aller à domicile
16:32avec les temps qui soient correspondants
16:34et avec l'écoute qui soit nécessaire pour les diagnostiquer.
16:39Tout ce que veut voir, soi-disant, la société.
16:43Mais ce n'est pas vrai, finalement.
16:45Puisqu'il y a des gens qui viennent voir le film.
16:48Donc, mais jusqu'à présent, l'accouchement, le bébé, la naissance,
16:53le papa, la maman, c'était rose et bleu.
16:56Et tout ce qu'on voulait, c'était
16:57« Poussez, madame, poussez, poussez, poussez, poussez.
17:00Oh, qu'il est beau, votre bébé ! »
17:02Voilà, c'était que ça et rien que ça.
17:04Et derrière, la mère, la jeune mère est complètement associée à ça.
17:08Ce qu'on lui donne, c'est des crètes pour devenir femme.
17:11Ça veut dire, ton histoire de mère, on s'en fout.
17:14Je vois qu'il me dit « Écoute, c'est ce jour-là et ce n'est pas un autre
17:18jour. »
17:19Je dis « D'accord, je suis de garde.
17:21Donc, je vais demander à une collègue de me remplacer. »
17:24Aucune collègue des Lilas a voulu me remplacer.
17:26Je leur aurais dit « Je vais me faire avorter.
17:29C'est ma garde. Est-ce que je peux... »
17:31Alors, elles m'ont dit « Non, on ne va pas te prendre ta garde parce que tu avortes. »
17:35Autre moment très fort dans le film, c'est quand tu dis
17:37« Je suis prête à mourir pour l'avortement. »
17:40Qu'est-ce que tu veux dire par là ?
17:41Au moment où j'ai dit cette phrase-là, que je ressens toujours comme vraie,
17:46j'ai vu toute l'histoire des femmes.
17:48J'ai vu tout ce que vivent les femmes dans des pays où il n'y a pas de liberté.
17:52J'ai vu ce que sont les régimes non démocratiques
17:56et la situation des femmes à l'intérieur de tout ça.
17:59Et je sais que le pouvoir des femmes de dire oui ou non à une grossesse
18:04est un pouvoir qui est fondamental.
18:08Et donc, empêcher les femmes, une fois qu'elles sont, entre guillemets,
18:12je le fais exprès, c'est de la provoque,
18:15inséminer, de dire oui ou non à une grossesse,
18:18et bien justement, c'est dire qu'elles sont des animaux.
18:24Alors que le propre de l'humanité, c'est la relation et le langage.
18:31Et donc, c'est ce qu'il y a entre la tête de la femme et son ventre.
18:35L'existence de l'individu femme est écrasée.
18:39Donc, en tant que sage-femme, accompagner des femmes et vouloir leur liberté,
18:44c'est forcément militer.
18:46Est-ce que tu es surprise du succès du film ?
18:48Je dirais que je suis submergée, pour le dire très clairement,
18:52parce que, en fait, je me rends compte, et c'est ça qui, à la fois, me rend terriblement triste,
19:00que beaucoup de femmes ressentent ce que j'ai vécu, en fait,
19:03et que c'est partagé, en fait, ce vol de la puissance féminine est vraiment partagé.
19:07Et pas seulement par les mères, justement.
19:09C'est ça qui est le plus fort, aussi, par les femmes qui ne le sont pas.
19:14Et donc, il parle à tout le monde.
19:15Je me rends compte que moi, j'avais besoin de cette parole,
19:17mais qu'en fait, toutes les femmes en avaient besoin,
19:20et que ça leur fait du bien et que ça les met en travail.
19:23Parce que, voilà, comme je reçois des messages parfois,
19:26les premières et avant-premières, c'était à Pantin,
19:28d'amis, d'ailleurs, qui n'ont pas d'enfants et qui me disent
19:30« J'y pense encore, il est resté ancré en moi, ce film. »
19:33Ça a réveillé quelque chose en moi.
19:35Il y a beaucoup, beaucoup de témoignages, de gratitude pour Chantal,
19:38pour aussi mon travail.
19:40C'est une expérience extraordinaire, mais vraiment extraordinaire.
19:43Les femmes s'emparent du film.
19:44Et d'ailleurs, les hommes, ce matin, on me disait qu'il y avait de la parité,
19:47dans la salle du Panthéon, là, à Paris,
19:51qu'il y avait vraiment des hommes et des femmes.
19:52Et ça, c'est vraiment le but absolu,
19:55c'est que les hommes aussi puissent voir ce film,
19:56parce que c'est eux qui sont en position de pouvoir et de puissance aujourd'hui.
20:00Et c'est eux qui vont pouvoir faire changer les choses pour nous aussi,
20:03avec nous, pas pour nous seulement, mais avec nous.
20:05C'est pour ça que j'ai hâte de rencontrer Adrien Taquet,
20:07pour qu'on puisse lui en parler.
20:09C'était aussi l'objet avec ce film, quelque part,
20:11qu'on puisse…
20:12Enfin voilà, moi, c'est peut-être complètement démago,
20:14mais j'en ai rien à faire.
20:15Quand on fait du cinéma, il faut bien rêver,
20:17sinon on ne fait pas de cinéma.
20:17J'espère qu'avec ce matériau-là, on va pouvoir travailler à faire changer les choses.
20:21Quand on sait qu'il n'y avait qu'une sage-femme,
20:22qui faisait partie du comité des mille jours d'Adrien Taquet,
20:26et que c'était une sage-femme qui n'était plus vraiment sur le terrain,
20:30c'est quand même hallucinant.
20:31On parle du zéro aux deux ans du bébé,
20:33et on prend tout sauf une sage-femme.
20:35Que des psys qui ne sont jamais là à ce moment-là.
20:37Là, on a besoin qu'il y ait un vrai changement,
20:39qu'il y ait une vraie réflexion autour de la maternité,
20:42et de l'après-maternité,
20:43et c'est peut-être le moment.

Recommandations