Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 1 jour
Adopté en première lecture à l'Assemblée nationale, le projet de loi de programmation pluriannuelle sur la recherche s'apprête à être examiné au Sénat.
Le sénateur communiste Pierre Ouzoulias, Marie-Pierre Dausse, enseignante - chercheuse à Paris VIII, ainsi que Thomas Lamarche, directeur du laboratoire UMR LADYSS nous expliquent pourquoi cette loi risque de perturber l'activité de la recherche en France.

📣 SUIVEZ L'HUMANITÉ
Tous nos articles : https://www.humanite.fr/
Facebook : https://fr-fr.facebook.com/humanite.fr/
Twitter : https://twitter.com/humanite_fr

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Malgré l'engagement de nos scientifiques, malgré notre histoire, malgré nos institutions scientifiques robustes,
00:05notre recherche étouffe.
00:07Dans les universités, dans les organismes, au cœur des laboratoires, le constat est connu, il est partagé.
00:12Nous pouvons parler d'une décennie perdue.
00:52La recherche, c'est une affaire de collectif qui bosse, c'est pas l'affaire de gens qui se mettent
00:56en concurrence en permanence.
00:58Et donc, la difficulté avec cette loi de programmation, c'est qu'elle mise tout sur la concurrence.
01:03La concurrence entre les personnes, la concurrence entre les laboratoires, et que c'est un coût énorme.
01:11D'ailleurs, dans les différents travaux qui ont été menés pour soutenir cette loi,
01:17on ne chiffre jamais le coût de cette mise en concurrence.
01:19Le temps infini qu'on passe dans nos labos à concourir, pourquoi ?
01:24Pour avoir des fonds pour pouvoir travailler.
01:26Et donc, ça, c'est proprement insupportable.
01:29C'est démoralisant pour les collègues.
01:31Et, en plus, ça produit du conformisme.
01:34C'est-à-dire, pour réussir à avoir des fonds, il faut réussir à lire quelque chose qui va plaire
01:37à des évaluateurs qu'on ne connaît pas.
01:39Et donc, il ne faut pas trop distordre le bâton, avoir des idées originales.
01:46Les exemples sont connus.
01:48On a plusieurs collègues qui travaillaient sur le coronavirus,
01:51et qui, il y a 15 ans, ont dû arrêter de travailler là-dessus parce que ce n'était plus
01:55la mode.
01:56Il fallait travailler sur d'autres pandémies à l'époque.
01:59Et donc, ils se sont réorientés.
02:00Maintenant, on dit « Ah, vous pourriez travailler dessus ».
02:02On a besoin d'avoir des fonds pérennes.
02:06Et la loi de programmation n'annonce aucun fonds pérenne.
02:09Et donc, notre demande est relativement simple.
02:11Il faut des postes de chercheurs et de chercheuses.
02:13Et il faut des fonds pérennes.
02:15Et la loi ne nous donne absolument rien dans cette perspective-là.
02:37Depuis plus de 10 ans, depuis la LRU,
02:41c'est progressivement la casse de l'université française comme service public.
02:45C'est comme les hôpitaux, l'éducation et notamment l'université est visée par cette réforme.
02:53Que notre ministre nous présente comme une réforme qui a toutes les qualités, forcément,
02:59et notamment de l'argent, que ce serait du jamais vu.
03:02C'est faux, en l'occurrence.
03:03C'est encore de s'enfermer un peu plus dans la précarité pour les enseignants qui vont être recrutés.
03:14Les doctorants aussi, à qui on ne promet quasiment plus aucun avenir, en fait.
03:18Si vous regardez à l'étranger, en Angleterre, en Suisse ou en Allemagne,
03:22les salaires pour mon type de poste, c'est deux, voire trois fois plus.
03:27Bon, il y a la question du salaire, il y a la question des moyens.
03:31Dans mon université, on n'a pas de bureau.
03:34On n'a pas de matériel, etc.
03:38Là aussi, c'est un mépris.
03:40On se sent oublié, méprisé, par rapport justement à nos collègues des autres pays heureux,
03:48au moins européens, sinon on se place à l'échelle de l'Europe.
03:50Mais là, le problème pour les doctorants ou ceux qui sont jeunes docteurs,
03:54c'est qu'il n'y a aucune perspective, quasiment, en fait.
03:57Je vous dis, on leur promet les petits contrats pendant 15, 20, voire 30 ans.
04:00C'est invivable, si on veut s'installer quelque part, fonder une famille,
04:06et puis vivre à peu près normalement.
04:09Donc même sur cette question, c'est compliqué, en fait.
04:20Ce texte, il arrive là, maintenant, en extrême urgence.
04:24Il a été examiné à toute vitesse à l'Assemblée nationale, bâclé.
04:28L'Assemblée nationale s'en est débarrassée.
04:31On a senti qu'elle avait peu d'intérêt pour la matière.
04:35Le projet politique de la ministre, il est clair, c'est une transformation néolibérale de l'Université de l'Archorche.
04:42Pour aller très vite, c'est transformer l'unité française sur le modèle anglo-saxon.
04:46Au Sénat, il y a un consensus sur un certain nombre de points qui nous semblent fondamentaux.
04:53J'en prends un, c'est tout simplement, on considère qu'il n'est pas légitime, il est même mauvais,
05:00néfaste,
05:01que la totalité des moyens budgétaires apportés par le gouvernement soit consacrée aux appels à projets.
05:08Moi, j'aurai évidemment un projet politique particulier, mais j'essaierai avec la majorité sénatoriale
05:16de construire sur un certain nombre de points un consensus fort
05:20pour essayer de faire que notre université républicaine ne disparaisse pas complètement avec ce texte.

Recommandations