00:00Bonjour Christophe de Roubaix.
00:01Bonjour.
00:02Alors vous êtes le journaliste qui suit les élections américaines pour l'humanité.
00:05Joe Biden se rapproche de plus en plus de la victoire,
00:09puisqu'il ne lui manquerait plus que quelques grands électeurs
00:11pour remporter définitivement cette élection américaine.
00:14Quelle est la situation précisément à 18h30, heure de Paris ?
00:20Oui, bonsoir.
00:21La situation, c'est toujours une situation incertaine de suspense,
00:25puisque les dépouillements continuent dans six États.
00:31Pennsylvania, Caroline du Nord, Georgie, Nevada et Arizona,
00:38ce qui fait cinq d'ailleurs, demain,
00:40puisque le Michigan est maintenant attribué à Joe Biden.
00:43Joe Biden dispose de 253 grands électeurs, la majorité est à 270.
00:48Et s'il remporte la Pennsylvanie seule ou une combinaison de plusieurs États,
00:53il sera vainqueur de cette élection présidentielle.
00:56Donc Joe Biden est plutôt bien placé en termes de vote populaire,
01:01ce que les Américains appellent le vote populaire, c'est-à-dire le suffrage universel, en fait.
01:05Il dispose d'une avance de 4 millions de voix, donc c'est assez large.
01:09Et ce sera sûrement au final au moins 5 millions, peut-être 6 millions.
01:14Est-ce qu'il y a certains États qui donneront leurs résultats ce soir, dans la nuit ?
01:19On attend, le dépouillement se fait petit à petit, on le suit tous sur les applications du New York Times
01:23notamment.
01:25Donc ça progresse un peu en Georgie, c'est au coup d'à-coup d'en Georgie, ça a 15
01:27000 voix près.
01:28En Pennsylvanie, il reste encore, Donald Trump à 110 000 voix d'avance,
01:33mais il reste encore plusieurs centaines de milliers de bulletins par correspondance envoyés donc avant l'élection,
01:39qui restent à dépouiller.
01:40Ils proviennent majoritairement de démocrates, on le sait, et des hommes urbains.
01:45Donc les démocrates sur place disent qu'ils sont très confiants dans le fait que Joe Biden disposera d'une
01:50majorité en Pennsylvanie.
01:53Mais ça prend plus de temps.
01:55Alors traditionnellement, les élections américaines, on oublie peut-être un peu trop souvent,
01:58mais on ne sait pas comme en France, on n'a pas le résultat le soir à 20 heures
02:02et une confirmation d'épouillement le lendemain matin par le ministère de l'Intérieur.
02:06Donc ça prend toujours beaucoup de temps.
02:08D'autant que les États sont autorisés à recevoir des courriers envoyés par correspondance,
02:13mais donc cachés de la poste fait fleurale jusqu'à 3 à 7 jours après le vote.
02:19Alors de son côté, Donald Trump ne doute de rien puisqu'il continue de multiplier les procédures judiciaires,
02:26les recours juridiques.
02:27Alors quelle est sa marge de manœuvre et son parti surtout, est-ce qu'il restera unis derrière lui ?
02:34Alors sa marge de manœuvre est extrêmement étroite.
02:38Donc en fait, il multiplie les recours juridiques un peu partout,
02:41ne serait-ce que dans l'État de Georgie.
02:4412 recours juridiques ont été déposés par les Républicains concernant 12 comtés.
02:48Donc il sait très bien qu'au moins pour ce qui concerne le Wisconsin et le Michigan,
02:53où il accuse un retard de 30 000 voix et 110 000 voix, il a demandé un recompte.
02:58On ne recompte pas alors qu'il y a 110 000 voix de retard, alors on recompte dans tout le
03:01pays.
03:03On verra comment ça se terminera en Pennsylvanie et en Georgie.
03:07En fait, on recompte lorsqu'il y a vraiment, c'est vraiment très serré,
03:10quelques milliers de voix jamais plus.
03:13En fait, sa stratégie, ce n'est pas une stratégie dans un premier temps pour permettre un recompte.
03:21C'est une stratégie pour insinuer le doute et pour préparer le terrain éventuellement
03:28à une sorte de scénario de coup de force plus ou moins légal,
03:32qui est d'empêcher certains États de pouvoir voter lors du collège électoral le 14 décembre.
03:36Alors c'est un peu compliqué, c'est un scénario que j'ai essayé d'expliquer dans le journal de
03:39demain,
03:40un article que je viens de terminer.
03:42Mais par exemple, on prend l'État de Pennsylvanie où le gouverneur est démocrate
03:45et les assemblées d'État, l'équivalent d'une sorte de conseil général, est républicain.
03:51La Constitution n'est pas précise sur qui certifie les résultats.
03:55Donc on peut très bien avoir une double certification par le gouverneur démocrate,
03:59le gouverneur de Biden, si Biden est devant,
04:00et ou pour Trump, même si Trump n'est pas devant.
04:04Dans ce cas-là, la Cour suprême va devoir statuer,
04:07et la Cour suprême va dire que tant qu'on n'est pas d'accord,
04:10l'NPS-Livani ne peut pas participer au collège électoral le 14 décembre.
04:14Dans ce cas-là, il n'y a pas de majorité absolue au collège électoral.
04:20On s'est renvoyé dans la Chambre des représentants.
04:22Et la Chambre des représentants, contrairement au Sénat,
04:24où chaque sénateur vote individuellement,
04:26la Chambre des représentants, la Constitution stipule que l'on vote par délégation d'État.
04:30C'est-à-dire qu'un État qui a une majorité d'élus républicains
04:34compte pour une voix pour les républicains, et un personnel pour les démocrates.
04:38Sauf que le Wyoming, un député, a une voix.
04:43La Californie, 53 députés, a une voix.
04:46À l'heure actuelle, on est encore en train de décompter les voix
04:50pour certains sièges de députés.
04:54Pour l'instant, il y a 26 États qui sont républicains, 23 démocrates.
04:58Dans ce scénario-là, tout à fait légal,
05:00qui a été décrit par un professeur de droit public
05:03dès le mois de janvier dans un livre,
05:05permettrait à Donald Trump d'être rélu,
05:09tout en étant battu au vote populaire,
05:12au collège électoral de fait,
05:14simplement par une contestation et une sorte d'artifice
05:17profitant d'un trou dans la Constitution dans un État.
05:21En l'occurrence, à peine six minutes.
05:22Quelle serait la réaction des démocrates
05:26et des électeurs démocrates,
05:27plus que des élus démocrates ?
05:30Je ne sais pas, il y aura sûrement un recours
05:31devant la Cour suprême à un moment,
05:34et la Cour suprême risque de donner raison à Donald Trump
05:37ou de dire qu'il ne se mêle pas de ce processus
05:39face à une sorte de jurisprudence de la Cour suprême.
05:42Donc c'est un scénario tout à fait légal
05:44qui permettrait à Donald Trump d'être rélu,
05:46avec des conséquences sur la vie politique,
05:48et pas que sur la vie politique,
05:49sur la vie tout court du pays,
05:52qui sont incalculables, absolument incalculables.
05:54D'accord, donc on se dirige vers un scénario
05:57qui peut être encore avec de nombreux rebondissements.
06:00Ah oui, mais on n'est pas au bout,
06:01on n'est pas au bout,
06:02parce que là, normalement, durant le week-end,
06:05on va être un peu plus fixé sur la Pennsylvanie,
06:08la Georgie, le Nevada et l'Arizona,
06:13mais il y aura des contestations.
06:15La foulée, forcément, c'est une évidence.
06:17Et donc, en fait, la prochaine étape légale, juridique,
06:23constitutionnelle, si je puis dire,
06:24c'est le 14 décembre,
06:25et le vote du Collège électoral.
06:28D'accord. Merci Christophe Deroubet.
06:30On ne manquera pas de lire votre article
06:32dans l'Humanité dès demain matin.
06:34Au revoir.
06:35Merci, bonne soirée.
06:36Au revoir.
06:36Sous-titrage Société Radio-Canada