00:00Christophe de Roubaix, bonjour. Bienvenue sur ce direct avec nous.
00:04On vous a déjà eu ce matin, vous nous avez fait un premier point sur ce qui s'est passé
00:08cette nuit.
00:09Donc à l'heure à laquelle nous sommes, qu'est-ce qu'on peut dire de plus au niveau des
00:13résultats ?
00:14Et surtout, on a entendu que Trump, dès ce matin, se positionnait comme le gagnant de cette élection.
00:20Qu'est-ce que ça ouvre comme perspective pour la suite ?
00:22Oui, c'est un fait majeur le fait que le président des États-Unis ce matin,
00:26alors ce matin, heure française, mais dans la nuit, heure des États-Unis,
00:30alors que des millions de bulletins sont encore à dépouiller et à comptabiliser,
00:35déclare sa victoire, alors qu'on a encore 5 ou 6 États, je crois, qui sont en balance.
00:41C'est un fait unique dans l'histoire des États-Unis.
00:45Donc ça crée évidemment un précédent, qui est à la fois, selon moi, un aveu de faiblesse de Donald Trump,
00:52c'est-à-dire que s'il est sûr que la comptabilisation finale lui soit favorable,
00:57pourquoi ne pas aller au bout ?
00:58Mais en même temps, ça repose sur un élément de force de sa part,
01:03qui est qu'il n'a pas été noyé par une vague bleue comme les sondages le prédisaient,
01:09donc par parenthèse, encore un nouvel accident industriel 2.0 des sondeurs américains.
01:18Et donc la photographie ce matin, enfin ce midi même maintenant, ce matin aux États-Unis,
01:23c'est que Joe Biden va remporter le vote populaire de manière beaucoup moins large qu'on ne pouvait le
01:31penser,
01:323, 4 millions, 5 millions de voix maximum, ce qui est déjà beaucoup.
01:37Il domine pour l'instant au nombre de grands électeurs,
01:39mais il reste 5 ou 6 États, selon, qui sont indécis,
01:45dont les 3 fameux États du Midwest qui avaient fait sa fortune en 2016,
01:49le Pennsylvanie, le Wisconsin et le Michigan,
01:53où il y a encore de nombreux votes par correspondance à dépouiller et à compter,
01:58comptabilisés d'ici vendredi.
02:01Donc la situation, c'est Trump, pas subi de votre sanction,
02:05il a plutôt même élargi sa base.
02:07Joe Biden a élargi la base de Hillary Clinton sur la seule fonction de l'anti-trumpisme,
02:14mais ça a trouvé ses limites, manifestement.
02:17Donc ce qui permet à Donald Trump de rentrer dans une sorte de contestation,
02:21entre tentatives de coup de force légale, peut-être aller jusqu'à la Cour suprême,
02:26puis qui sait faire agir, faire intervenir des groupes armés.
02:32Alors il y a quelques cartes peut-être qu'on peut regarder pour essayer de comprendre un peu où on
02:35en est.
02:36Oui, parce que Biden n'a pas encore perdu, si on soit bien d'accord, il n'est pas encore
02:40perdu.
02:42Donc Trump n'est pas encore le nouveau président des États-Unis, peut-être qu'il ne le sera pas.
02:46On espère qu'il ne le sera pas.
02:47Et donc tu le disais tout à l'heure, ça se joue dans quelques États-clés,
02:50les fameux swing states, notamment la Pennsylvanie, je crois.
02:53Voilà. Alors globalement, la carte telle qu'elle est par rapport à 2016 n'a pas changé.
02:59Et le seul État qui a changé, alors qu'il n'est pas encore officiellement validé,
03:02c'est l'Arizona, qui est un vieil État conservateur,
03:05qui est même considéré comme le berceau de la révolution conservatrice depuis les années 60,
03:10qui a basculé du côté démocrate.
03:12Pour le reste, la Floride a voté Trump comme en 2016.
03:16La Georgie, c'est en Jean, ça peut peut-être pencher du côté des démocrates pour la première fois.
03:21La Caroline du Nord, comme en 2012 et en 2016, du côté des républicains.
03:27Et donc il y a ces fameux trois États du Midwest, de la rose bête, la ceinture rouillée,
03:32les États désindustrialisés, où Donald Trump est en avance un peu...
03:36Alors dans le Wisconsin, Joe Biden vient de devancer Donald Trump,
03:40en Michigan et en Pennsylvanie.
03:42Et alors, pour comprendre l'astuce, si je puis dire, de la demande de Donald Trump,
03:46on s'est dit, on va arrêter de compter maintenant.
03:48Parce que voilà, il faut connaître le vainqueur.
03:50Le reste, ce serait de la fraude.
03:52Évidemment, regarde, on prend un État comme le Michigan,
03:56dont la principale ville est Detroit, la ville de l'automobile.
04:00Ça, ce sont les votes qui ont été enregistrés.
04:05Donc le bleu, c'est la couleur du Parti démocrate.
04:06Le rouge, c'est la couleur du Parti républicain.
04:08Et la grandeur du rond, du périmètre, c'est le volume de votes.
04:14Donc on voit à peu près ce qui s'est passé là.
04:16Et on voit ce qui est à venir.
04:17Les votes, les bulletins qui sont encore à dépouiller.
04:20Évidemment, on est dans le bleu.
04:22Donc c'est des votes principalement démocrates qui vont arriver.
04:25Et c'est à peu près pareil dans le Wisconsin.
04:28Si je descends un peu.
04:31Hop, en Pennsylvanie, c'est pareil, autour de Philadelphie.
04:33La ville avec une forte proportion d'Africains-Américains.
04:37Et les banlieues, avec là plutôt des femmes diplômées qui votent pour Bayonne.
04:41Et Pittsburgh.
04:43Et si on descend dans le Wisconsin, donc le troisième État, c'est pareil avec la ville de...
04:48Alors il y a un peu moins parce qu'ils ont compté aujourd'hui le Wisconsin, donc avec Milwaukee.
04:54Donc ce sont des votes démocrates qui sont enregistrés.
04:56Donc on comprend, c'est plus qu'une astuce, c'est un tentatif pour couper court un processus électoral.
05:04— D'accord.
05:04Donc on peut dire que Biden est quand même en position plus favorable que Donald Trump pour l'instant,
05:10même si on n'est pas à l'abri de surprises.
05:12— Pour l'instant, oui.
05:12— On a déjà connu ça.
05:14Mais force est de constater quand même que Trump, qui était donné largement perdant, a fait mieux que résister.
05:20Est-ce qu'on a des éléments sur quels sont ces nouveaux électeurs que Trump est allé gagner ?
05:24— Alors ça, c'est la... ça va être la chasse de tous les journalistes américains et autres pour essayer
05:30de comprendre comment ça s'est passé.
05:32Il y a des bascules qui sont... enfin des progressions qui sont impressionnantes.
05:37C'est plus un million de voix en Floride, par exemple. C'est un million de voix en plus aussi
05:42au Texas.
05:43En gros, enfin là où j'en suis, moi, je n'ai pas encore une enquête, mais j'ai regardé
05:47un peu les chiffres, les cartes.
05:51On voit qu'il y a vraiment une très forte mobilisation dans les swing states. Très, très forte.
05:56C'est-à-dire que dans les États sans enjeux, républicains sans enjeux, Donald Trump retourne son niveau de 2016,
06:00même parfois un peu en dessous.
06:03Donc d'abord, l'enjeu fait que... et je pense que les sondages ont eu cet effet.
06:09Alors je ne sais pas s'ils étaient contre-productifs, parce qu'ils n'étaient peut-être pas faits pour
06:12mobiliser les démocrates.
06:13En tout cas, il s'est passé quelque chose et Donald Trump a pu s'appuyer sur quelque chose en
06:18disant
06:18« Vous voyez, on va avoir une vague démocrate. Ils auront tous les pouvoirs, la Chambre, le Sénat, la présidence.
06:24»
06:25Et donc ça a permis de faire sortir de l'abstention qui était prévue plusieurs millions d'électeurs.
06:31On ne sait pas encore exactement combien. Il faut attendre vraiment la comptabilisation finale.
06:35Mon intuition est que ça n'est pas possible de faire sortir 2, 3 ou 4 millions d'électeurs, disons
06:45en une semaine, deux semaines,
06:50des électeurs qui ne soient pas en fait des électeurs hors, en marge ou hors du système électoral.
06:56Voilà. Principalement, ils doivent être blancs, ils doivent avoir plus de 50 ans.
07:01C'est un peu l'archétype de l'électeur trumpiste.
07:04Quelqu'un qui n'a pas de diplôme, mais qui a un haut revenu.
07:07En fait, l'archétype du trumpiste, c'est ça. Pas de diplôme, mais au revenu.
07:12C'est des professions, cadre supérieur, un petit commerce.
07:18Après, on verra très précisément.
07:21Mais en tout cas, je trouve que du point de vue de sociologie électorale et de prostitution électorale,
07:26c'est assez impressionnant qu'il ait réussi à sortir comme ça des millions d'électeurs de l'abstention.
07:35D'accord. Du coup, maintenant, qu'est-ce qui peut se passer ?
07:38Est-ce que ça va aller tranquillement à son terme et on aura un résultat d'ici 48 heures ?
07:44Ou est-ce que Trump peut continuer à essayer de tendre les choses pour aller jusqu'au bout, lui, de
07:50sa tentative de coup de force, comme tu l'as dit ?
07:54Les deux. On va avoir les deux dans les 48 heures qui viennent.
07:57C'est-à-dire à la fois le processus de comptabilisation qui valait à son terme.
08:01Parce que la Cour suprême avait autorisé la Pennsylvanie à recevoir les bulletins par la poste jusqu'au 12 novembre
08:09et la Caroline du Nord jusqu'au 6 novembre.
08:12Donc ça va continuer. La Cour suprême ne t'arrivera pas jusque-là, à moins de se dédire, ce qui
08:16sera absolument incroyable.
08:20Donc ça va aller au bout.
08:21Dans le même temps, Trump va continuer à mettre la pression.
08:23Ils sont en train de frauder, ils sont en train de frauder, ils sont en train de frauder.
08:26Ce qui lui permet à la fois de préparer le cas où il est battu, en disant, vous voyez, il
08:31a fraudé.
08:32C'est pile, je gagne, face, tu perds, cette histoire.
08:35Voilà. Et donc elle a la Cour suprême.
08:37Et en même temps de dire à des groupes armés, attention, il faut peut-être se mobiliser.
08:43Ça viendra à un moment. Il y aura une phrase comme il l'a eu lors d'un débat récemment.
08:48Donc normalement, les résultats devraient être connus dans le Michigan et Pennsylvanie vendredi.
08:54Donc vendredi, on sera, au vu ce qu'on dit, ce sera sûrement aujourd'hui.
08:58L'Arizona, ils vont recompter à partir de ce matin, chez eux, de sa famille, chez nous.
09:05Vendredi, dernier délai, on aura les résultats. On saura qui a gagné le collège électoral.
09:10Et à partir de là, on verra si Trump accepte ses résultats ou décide d'aller plus loin.
09:14Dans mon sens, il va aller plus loin.
09:15D'accord. Dernière question. Dans quel état sort l'Amérique de cette séquence électorale ?
09:19C'est une Amérique qui est... Je ne sais pas quel est le mot après divisé.
09:22Parce que là, on a... Mais c'est même plus que fracturé.
09:25Parce que c'est... On s'est parfois interrogé dans les papiers qu'on fait.
09:32On se parle entre collègues sur le mot irréconciliable.
09:35Des fois, on me dit que c'est peut-être un peu fort, irréconciliable.
09:37Mais comment ces deux Amériques vont se réconcilier ?
09:40Elles sont en... Il y a un journaliste américain que tout le monde connaît un peu.
09:44C'est l'un des deux qui a révélé l'affaire du Watergate.
09:47Elle s'appelle Carl Bernstein, qui parle depuis...
09:50Il a utilisé une formule qui s'appelle... Il parle d'une guerre civile froide.
09:52Ça fait à la fois la référence, évidemment, à la guerre froide,
09:55mais à la guerre civile que les Américains,
09:57que nous, on appelle guerre de sécession, mais eux, on appelle guerre civile.
10:00Donc en mêlant ces deux éléments,
10:02on voit quel est le climat de tranchée politique
10:07qu'il y a aux États-Unis.
10:08Et puis il faut se souvenir que dans les manifestations,
10:10ces dernières semaines, et moi,
10:14il y a eu des affrontements physiques avec des morts par balles.
10:17Donc jusqu'où ça peut aller ?
10:18Comment l'Amérique va se réconcilier ?
10:20Pour l'instant, je ne le vois pas.
10:23Et sachant que, quel que soit le président,
10:26ce sera une Amérique qui sera bloquée institutionnellement.
10:28Puisque si Donald Trump est élu,
10:31il ne disposera pas de la Chambre des représentants qui reste démocrate.
10:33Et si c'est Joe Biden,
10:35il ne disposera certainement pas du Sénat,
10:37qui finalement reste républicain.
10:39Donc il y aura un blocage total institutionnel en haut,
10:42et un pays qui est de plus en plus divisé, fracturé, et plus.
10:47D'accord. Merci Christophe.
10:49Juste quelques informations.
10:50Bien évidemment, vous pourrez retrouver
10:51toutes ces informations tout au long de la journée
10:54sur le site internet de l'Humanité,
10:55et demain dans l'édition du quotidien de l'Humanité.
10:59Et on retrouvera, nous, Christophe, vers 17h,
11:01pour un nouveau point.
11:02Et bien évidemment, en fonction de l'évolution de la situation,
11:04peut-être que demain, on refera un direct
11:07un peu dans les mêmes conditions que aujourd'hui.
11:09Merci beaucoup de nous avoir suivis à tous les internautes.