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  • il y a 2 semaines
Baisse des retraites, EPHAD exsangues, crise de l'Hôpital public, participent d'une même politique qui vise à marginaliser les séniors en nivellant par le bas l'aide sociale qui leur est consacrée. Entretien avec la députée européenne Anne-Sophie Pelletier ( Gauche Unitaire européenne ), aide médico-psychologique en maison de retraite, auteur de "EHPAD, une honte française".

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Transcription
00:00...
00:11Anne-Sophie Pelletier, bonjour.
00:13Bonjour.
00:13Vous êtes députée européenne de la gauche unitaire européenne.
00:17Vous avez également été au printemps 2017 la porte-parole d'une grève qui a été victorieuse.
00:23C'était dans un EHPAD à Foucheran, c'est dans le Jura.
00:26Grève qui a duré presque 4 mois, je crois.
00:29On va en reparler tout à l'heure en quelques mots.
00:31Et au cours de laquelle vous avez dénoncé aussi bien le manque de moyens pour s'occuper des personnes âgées
00:37que le désespoir, les difficultés des personnels qui travaillent dans les EHPAD.
00:43Et des familles.
00:44Et des familles, oui. On va y revenir.
00:46Vous êtes vous-même aide médico-psychologique.
00:49Vous avez d'ailleurs publié, je crois que c'est l'an dernier, un livre qui s'appelait Pas d
00:52'une honte française.
00:53Et qui sort en poche le 23 janvier.
00:56Et qui sort en poche le 23 janvier, c'est important de le préciser.
00:59Alors, les personnels des EHPAD, on s'en rend compte dans les manifestations, sont très présents actuellement dans les mobilisations
01:05contre la réforme des retraites.
01:08Pensez-vous qu'il y a quelque chose qui relie ces deux choses-là ?
01:11Est-ce qu'il y a une continuité entre ce qui se passe à l'heure actuelle dans les EHPAD
01:15et finalement ce qui se passe du côté de la réforme des retraites ?
01:19Comment vous voyez les choses ?
01:20C'est important que vous le signaliez aujourd'hui parce que je voudrais juste rappeler qu'il y a 1000
01:25médecins qui sont démissionnaires de leur responsabilité.
01:27On va aussi en parler tout à l'heure de cela.
01:29Je tiens aussi à dire que les médecins n'ont pas envie d'être embrouillés dans cette réforme des retraites.
01:35Mais évidemment qu'il y a un lien entre la réforme des retraites et les personnels soignants.
01:39Puisqu'ils demandent des revalorisations de salaire.
01:43Ils demandent plus de personnel.
01:44Donc, ce qui derrière fait aussi plus de cotisations sociales.
01:46Et ce qui permet aussi d'avoir une retraite qui perdure.
01:53Et c'est notre modèle social, ne l'oublions quand même pas.
01:57C'est évident aussi parce que les personnels soignants qui sont en mobilisation, c'est quand même, il faut le
02:04rappeler, c'est une grève historique des personnels soignants.
02:08Depuis des mois et des mois, le personnel soignant est dans les rues.
02:12Depuis des mois et des années, le personnel soignant crie que l'hôpital est en burn-out.
02:16Alors, je ne veux pas parler que des EHPAD.
02:19Évidemment, la situation des EHPAD ne va pas bien.
02:21La situation à l'hôpital ne va pas bien.
02:23Mais la situation en psychiatrie ne va pas mieux.
02:25Aujourd'hui, c'est toute la santé qui est malmenée.
02:28Aussi bien du côté des patients, ou futurs patients, que du côté des médecins, que du côté aussi des familles.
02:34Parce que je ne veux pas oublier ces trois personnages qui font l'histoire.
02:38La santé est aussi le sort des personnes âgées, tout de même.
02:41Puisque dans la réforme des retraites, c'est bien ça qui est au cœur du problème.
02:45La manière dont on traite les gens à partir, j'allais dire, d'un certain âge.
02:49Sachant que par exemple, on sait que les difficultés qu'ont les personnes à partir d'un certain âge, tout
02:53simplement de trouver un emploi.
02:56Et c'est la question des retraites à l'heure actuelle.
02:58Et c'est aussi cette question dans les EHPAD, bien entendu.
03:00Le sort de la vieillesse, j'allais dire, dans notre société, tout simplement.
03:03Vous savez, il y a un proverbe qui dit, on mesure l'état d'une civilisation dans la façon dont
03:08on prend en soin ses patients, ses blessés et ses personnes âgées aussi.
03:13Aujourd'hui, je pense que les personnes âgées sont les grands oubliés de la République.
03:17Très honnêtement.
03:18Parce qu'ils sont invisibilisés.
03:20A partir du moment où on parle de l'EHPAD, là.
03:22A partir du moment où une personne âgée rentre en EHPAD, je considère...
03:26On ne la voit plus.
03:26On ne la voit plus.
03:27On lui enlève toute sa forme de citoyenneté.
03:32Puisqu'aujourd'hui, on peut en parler, puisqu'en plus on est au Parlement européen, mais quelle personne âgée en
03:37EHPAD peut continuer à voter ?
03:38Et voter, c'est faire son rôle de citoyen.
03:42Aujourd'hui, dans les EHPAD, est-ce qu'on n'est pas, dans certains, pas tout ça, on ne va
03:46pas se généraliser pour tous les EHPAD,
03:48mais est-ce qu'aujourd'hui, dans les EHPAD, on n'est pas finalement aussi dans des lieux de privation
03:51de liberté ?
03:52Et la retraite est importante.
03:54Parce que quand on voit aujourd'hui, et je suis très attachée aux services publics,
03:58quand on voit aujourd'hui qu'on ferme des EHPAD publics, en y trouvant toutes sortes d'excuses,
04:03c'est-à-dire que l'EHPAD n'est pas aux normes, ou alors il n'y a pas assez
04:07de personnel, on n'arrive pas à recruter.
04:09Aujourd'hui, quand on ferme des EHPAD publics, c'est pourquoi, finalement, et ça tombe bien qu'on soit au
04:13Parlement européen,
04:13on ne parle que de quoi ici au Parlement européen ? Que du marché.
04:16Et finalement, la vieillesse est devenue un marché.
04:18Et on ferme ces EHPAD publics pour les amener petit à petit vers de la privatisation.
04:22Or, la vieillesse n'est pas une marchandise.
04:24Pour qu'elle soit rentable.
04:25Pour qu'elle soit rentable.
04:26Ça s'appelle l'or gris.
04:27Et ça, c'est à dénoncer.
04:30Revenons un petit peu, en quelques mots, sur la grève que vous avez animée, je le disais tout à l
04:33'heure, à Foucheron, il y a deux ans.
04:37Qu'est-ce que vous exigiez exactement ?
04:39Et qu'est-ce que vous avez obtenu ?
04:40On parlera des conditions dans lesquelles vous l'avez obtenue, parce que c'est important aussi dans la conjoncture actuelle.
04:46Alors, ce que nous demandions, c'était tout simplement d'avoir du personnel supplémentaire.
04:50C'était la première de nos revendications.
04:53Ce que nous demandions, c'est de pouvoir accompagner une personne âgée dans ses gestes de la vie quotidienne.
04:59C'est-à-dire qu'à partir du moment où vous faites à la place de la personne âgée, vous
05:03devenez complice d'un système qui fait qu'elle perd en autonomie.
05:07Et ça, nous ne voulions plus le faire.
05:08Quand nous avions 15 minutes pour donner une douche à quelqu'un, pour la déshabiller, pour lui faire son lit,
05:14ce n'est pas suffisant.
05:15Aujourd'hui, vous et moi, on va bien.
05:17Nous n'avons pas de rhumatisme.
05:18Mais quand une personne âgée se lève le matin, qu'il faut qu'elle prenne un déambulateur ou qu'elle
05:22est douloureuse,
05:23eh bien, on ne met pas le même temps pour aller à la salle de bain.
05:25Et on ne peut pas généraliser sur des toilettes de 15 minutes, ce n'est pas possible.
05:29Parce qu'à un moment donné, on ne fait plus d'humains.
05:31Et aujourd'hui, tous les soignants, absolument tous les soignants qui ont cette envie de prendre en soin des personnes,
05:38quelles que soient les personnes âgées, personnes âgées ou patients ou personnes en situation de handicap,
05:44ils veulent faire quoi ?
05:45Ils veulent faire de l'humain, donner de l'humain.
05:48La quintessence de nos métiers, elle se résume en deux mots.
05:54Le savoir-faire, qu'on vous apprend à l'école, et le savoir-être.
05:58Et aujourd'hui, les soignants sont malheureux de ne plus pouvoir mettre en place leur savoir-être,
06:03c'est-à-dire toute l'humanité qu'ils ont en eux.
06:07Je reviens à ma question sur la manière dont vous avez mené la lutte,
06:11sur ce que vous revendiquez, ce que vous avez obtenu.
06:14Alors, ce que nous avons obtenu...
06:15Histoire de savoir, de voir quand même comment on peut essayer de gagner dans ces contextes-là.
06:21Alors, on gagne déjà parce qu'on est déterminé.
06:26Et nous avons donc obtenu des postes supplémentaires.
06:29Mais ça a été aussi une bagarre avec pas que l'EHPAD.
06:32Parce que finalement, l'EHPAD, même si c'est un EHPAD à but lucratif,
06:35ce que je dénonce aussi,
06:36c'est aussi beaucoup plus global comme question.
06:40C'est une question vraiment sociétale.
06:41Tant qu'il n'y aura pas de politique publique de la vieillesse,
06:43et tant que les ministères de la Santé ne mettront pas de l'argent pour les personnes âgées,
06:49ça ne pourra pas fonctionner qu'on soit en public ou en associatif, je dirais.
06:53Après, le lucratif, pour moi, c'est encore autre chose.
06:57Mais il y a un problème qui est à la fois,
07:01comment est-ce qu'on prend en charge la vieillesse sur des politiques publiques ?
07:05C'est-à-dire, comment est-ce que la solidarité nationale œuvre
07:07pour que derrière, on ait des personnes âgées qui soient bien traitées et respectées dans leur dignité ?
07:13C'est vous, c'est moi, c'est les générations à venir.
07:16Et puis, pour que les personnes âgées soient prises en soin dans la dignité qui leur est due,
07:21il faut qu'elles soient prises en soin par des soignants qui sont reconnus.
07:25Donc, il y a des choses à faire.
07:27Et ce que nous avons obtenu, justement, c'est des soignants supplémentaires.
07:30Mais ce fut une bagarre avec aussi bien l'EHPAD, aussi bien les ARS,
07:35qu'une bagarre avec nous-mêmes aussi.
07:39Parce qu'on n'a pas gagné sur tout.
07:40C'est une grève victorieuse, parce qu'aujourd'hui, la plus belle victoire que nous avons eue,
07:44et je remercie encore mes collègues, parce que je n'étais pas toute seule,
07:48c'est surtout d'avoir eu cet écho national.
07:50Et merci au journal de l'UMA, parce que vous avez été le premier à faire un article sur la
07:54grève à Foucheran,
07:57journal national.
07:59Ce que nous avons eu, c'est ça, c'est ce retentissement médiatique
08:03et ce regard un peu différent de la société,
08:06qui finalement ne ferme plus les yeux sur ce qui se passe dans les EHPAD.
08:09Et ça, ça a bougé, vous l'avez ressenti, ça a bougé ce regard.
08:11Et ça bouge encore.
08:12La seule chose qui ne bouge pas assez, à mon avis,
08:14ce sont les politiques publiques pour la vieillesse.
08:17Et ce sont aussi le fait que la peur n'a pas complètement changé de camp.
08:21Quand les familles ont quelque chose à dénoncer,
08:25elles ont très peur que derrière, il y ait une plainte en diffamation.
08:29Et nous avons eu, j'ai été interpellée, il y a très récemment,
08:32pour une dame qui n'avait pas de fauteuil roulant pour sa maman depuis deux ans,
08:34qu'elles n'arrivaient pas à faire monter.
08:36Il a fallu intervenir comme députée européenne pour que le fauteuil roulant soit monté.
08:40C'est juste un fauteuil roulant à monter.
08:42Alors ça, c'est une situation sur un établissement, une famille,
08:47mais combien il y en a sur tout le territoire ?
08:50Vous observez, j'imagine de très près, évidemment,
08:52ce qui se passe dans la lutte contre la réforme des retraites,
08:55aujourd'hui en France.
08:57Mais pas que.
08:57Mais pas que, mais tout de même, c'est tout de même ce qui est au cœur de l'actualité.
09:01Qu'est-ce que vous en pensez, qu'est-ce que vous pensez de la phase dans laquelle on se
09:06trouve
09:06et qu'est-ce que vous conseilleriez, enfin, en tous les cas, qu'est-ce que vous en dites ?
09:10Alors, en tant que gréviste, ancienne gréviste, pendant 117 jours,
09:15la phase dans laquelle on est pour avoir des amis syndicalistes,
09:19beaucoup, des copains cheminots, c'est dur pour eux.
09:25Ça fait plus d'un mois qu'ils sont en grève.
09:28Donc, ça veut dire que ça va être des feuilles de paye à zéro.
09:30Derrière, il y a des crédits.
09:31Vous avez connu ça ?
09:31Oui. Derrière, il y a des crédits.
09:33Derrière, il y a des enfants.
09:36Donc, c'est très dur.
09:38Et on voit bien que le gouvernement, aujourd'hui, malgré tout,
09:41parce que l'histoire de l'âge pivot, en fait, c'est de l'entourloupe.
09:46Bien sûr, c'est dit maintenant.
09:49De toute façon, dans le texte, il y avait deux âges pivots, déjà.
09:52Et on enlève l'âge pivot pour avoir un âge d'équilibre.
09:54Ce qui est, à mon sens, bonnet blanc et blanc bonnet.
09:58Donc, ça, pour moi, rien n'a changé.
10:00Il n'y a absolument aucun pas d'ouverture par le gouvernement actuel
10:04sur la réforme des retraites.
10:06Ce que je conseille, moi, mais en même temps,
10:08je n'ai rien à conseiller aujourd'hui.
10:10Oui, non, non, mais c'est votre opinion, votre avis.
10:12C'est important.
10:12Je pense qu'il ne faut pas lâcher.
10:16Il ne faut pas lâcher, même si c'est très dur.
10:18On voit quand même, et je voudrais aussi souligner
10:20que nos camarades du PTB, qui sont aussi à l'Agué,
10:23ont fait...
10:24À qui on a parlé à la précédente...
10:26Eh bien, voilà.
10:27On fait des soutiens en caisse de grève.
10:29Je voudrais quand même souligner qu'il y a des syndicats belges
10:31qui ont aussi mis en place des caisses de grève.
10:34Parce que cette réforme des retraites,
10:38il ne faut pas croire,
10:39mais nous avons quand même des voisins européens
10:40qui regardent beaucoup ce qui se passe chez nous.
10:42Parce que si c'est accepté chez nous,
10:44ils ont très peur que ça devienne après la même chose chez eux.
10:47On sait que le système par points,
10:50c'est finalement, vous achetez un ticket de tombola,
10:52mais vous ne savez pas ce que vous allez avoir au bout du lot.
10:55Donc, ce système par points, il faut carrément l'enlever.
10:59Nous avons un système qui n'est pas répartition.
11:02Il y a d'autres possibilités pour trouver des financements
11:04pour les retraites, l'augmentation des salaires,
11:06l'égalité salariale homme-femme.
11:08Il y a des possibilités.
11:10La France Insoumise a proposé un contre-projet
11:12sur le projet de droit des retraites.
11:14Donc, ce projet, qui est en plus un projet
11:18recommandé par la Commission européenne,
11:19qui demande de faire des économies sur les retraites,
11:22on voit bien encore que c'est une histoire de marché.
11:24Puisque derrière, ce qui est inquiétant,
11:26c'est que nous allons avoir peut-être des fonds de pension
11:28qui vont gérer des retraites.
11:30Donc, ce que je veux dire aux grévistes,
11:31c'est déjà merci.
11:33C'est peut-être rien, merci.
11:34Mais ils se battent à la fois pour eux,
11:37pour nous et surtout pour les générations à venir,
11:41comme nous nous sommes battus à l'EHPAD, finalement,
11:43pour les personnes âgées actuelles,
11:45mais aussi les personnes âgées qui vont venir,
11:48parce que c'est se battre pour la dignité,
11:50la dignité de chacun.
11:51On va revenir sur un aspect qui est annexe
11:54de la lutte contre la réforme des retraites.
11:56C'est la violence de plus en plus constatée par tout le monde
12:00envers les manifestants,
12:02ce traitement, on pourrait dire, policier,
12:03des questions sociales dont on parle à l'heure actuelle.
12:06Là aussi, on a un peu l'impression que tout ça,
12:09ça fait partie d'un tout politique.
12:12Comment s'opposer à ces violences ?
12:13Alors, je précise que vous avez tenté,
12:16la gauche unitaire européenne, hier, lundi,
12:19a tenté effectivement d'amener au Parlement européen
12:22ce débat sur les violences,
12:24sachant que ce débat est un débat européen,
12:26mais qui concerne aussi la France,
12:27sachant que le Conseil de l'Europe,
12:29qui est juste à côté de chez nous,
12:31ici, à quelques mètres de l'endroit où on se trouve,
12:33a lui-même mis en garde la France
12:35sur l'emploi de méthodes
12:37dans la gestion des manifestations
12:39et du maintien de l'ordre
12:41qui n'étaient pas cohérentes,
12:42qui n'étaient pas correctes
12:43et que la France devait arrêter.
12:46Pour l'instant, rien n'a bougé.
12:48On est dans un contexte un peu global, finalement,
12:51où, et on se rend compte de plus en plus,
12:53chaque manifestation, après chaque manifestation,
12:56on voit de plus en plus ce traitement,
12:58finalement, en dernière instance,
13:00policier de ces questions qu'on est en train d'aborder,
13:02dont vous parlez là,
13:03qui sont des questions
13:04qui ne sont pas les questions policières par nature,
13:06des questions de maintien de l'ordre par nature.
13:09Alors, cette demande que nous avons faite hier
13:11par le groupe de la GUE
13:12et par la délégation France Insoumise,
13:14c'était dans la continuité
13:15de ce qui s'est passé l'année dernière.
13:16L'année dernière, il y a eu une résolution
13:18qui a été votée,
13:20qui est passée largement
13:21sur le droit de manifester pacifiquement
13:23et l'usage proportionné de la force.
13:26Cette résolution, elle est passée.
13:28Nous avons vu, ce week-end, encore,
13:33des violences policières,
13:34c'est-à-dire, moi, je voudrais penser
13:35à cette jeune fille,
13:36on voit des images où elle subit un croche-patte,
13:40on voit ce tir de LBD à bout portant, pratiquement,
13:44on voit tous les jours, à chaque manifestation,
13:47et pour avoir vécu une manifestation,
13:51jeudi dernier, me semble-t-il, à Paris,
13:53je vous assure que quand on voit
13:55les forces de l'ordre,
13:56comme elles ont coupé les manifestations,
13:59et nous, au niveau de notre point fixe,
14:01nous avons été gazés,
14:03c'est très inquiétant.
14:04Je trouvais ça très inquiétant.
14:05Donc, comment est-ce qu'on peut essayer
14:07de faire aussi bouger les choses,
14:09parce qu'il faut le dire clairement aux gens,
14:11bien qu'il y ait eu une résolution
14:12qui ait été votée largement l'année dernière,
14:14vous avez raison,
14:15rien n'a changé.
14:16Et là, on ne veut plus en parler.
14:18Et le pire, aujourd'hui,
14:19c'est que moi, je regrette la position
14:21un peu plus ilanime des socialistes,
14:24qui était quand même majoritairement partagée,
14:29sur est-ce que débat, résolution...
14:31Ils pouvaient faire pencher la balance, on va dire.
14:33Ils pouvaient faire pencher la balance.
14:34Or, ils ne l'ont pas fait.
14:35Là, aujourd'hui, on se retrouve,
14:36ni débat, ni résolution.
14:38Et je pense que le Parlement européen
14:40ne s'honore pas sur cette décision.
14:42Très honnêtement, il ne s'honore pas.
14:43Le problème, aujourd'hui,
14:45ce que nous avons demandé,
14:47c'est que nous ayons un débat.
14:49Il faut pouvoir débattre des choses.
14:51Et que derrière, il y ait une résolution
14:52pour que le Parlement européen, aussi,
14:57ne donne pas d'ordre,
14:58ne donnons pas d'ordre aux États membres.
15:00Mais pour que le Parlement européen
15:01donne son avis sur, par exemple,
15:04l'interdiction des LBD,
15:06sur l'interdiction des grenades de désencerclement.
15:08Vous avez vu à Lyon,
15:09ces jeunes qui étaient en train de filmer
15:11et la manifestation et la grenade
15:13arrivent dans l'appartement.
15:14C'est comme ça, quand même,
15:16que Mme Zineb est décédée à Marseille,
15:18avec ce même genre de choses.
15:20Et nous demandions aussi,
15:22et là, c'est parce qu'il y a aussi ce cas
15:24qui est hors contexte des manifestations,
15:27mais il y a quand même ce cas de Cédric Chouvia,
15:28qui est décédé suite à une interpellation,
15:31avec un plaquage ventral,
15:33qui est interdit dans d'autres pays européens.
15:35Donc cette résolution avait pour impact,
15:40si je peux le dire comme ça,
15:42que nous interdisions et que nous nous exprimions
15:44au niveau du Parlement européen
15:47sur ces armes qui sont utilisées
15:50pendant le maintien de l'ordre.
15:52C'est quand même déblissé, démutilé.
15:55Ça ne peut plus durer.
15:56Mais vous n'êtes pas sans savoir,
15:57et vous avez remarqué, j'en suis persuadée,
15:59que malgré tout actuellement,
16:01le langage du gouvernement Emmanuel Macron
16:03s'exprimait il y a quelques minutes
16:06sur les policiers où il doit avoir une déontologie.
16:10C'est quand même la première fois
16:11qu'on a le gouvernement
16:13avec les images qu'on lui montre,
16:16comme Christophe Kassaner,
16:17qui nous dit peut-être qu'effectivement
16:21il y a eu des dérapages.
16:23Je pense très honnêtement
16:24que pour que les choses changent là aussi,
16:27parce que la France actuellement
16:28est vraiment le mauvais élève de l'Europe,
16:29mais je veux penser aussi à nos amis grecs
16:32qui subissent des violences policières aussi,
16:34mais la France est vraiment
16:35le mauvais élève de l'Europe.
16:37Je pense qu'il faut continuer cette pression.
16:40Les vidéos, par exemple, de David Dufresne
16:42qui montrent très fréquemment
16:45les violences policières,
16:46ça permet aussi qu'à un moment donné,
16:48les gouvernants sont obligés d'ouvrir les yeux.
16:51Et allons aussi plus loin,
16:53allons aussi plus loin,
16:55demandons un organe indépendant, paritaire,
16:58qui pourrait contrôler
17:00des faits de violences policières
17:03qui seraient rapportés.
17:05Demandons-le, pourquoi pas ?
17:06Vous venez de la société civile,
17:09comme on dit, Anne-Sophie Pelletier,
17:11vous êtes au Parlement européen
17:12depuis peu, finalement.
17:14Six mois.
17:14Six mois.
17:16Est-ce qu'on peut y agir dans ce Parlement ?
17:19Quelle est votre impression comme ça immédiate ?
17:21Est-ce que vraiment,
17:22on peut faire aboutir quelque chose
17:24dans tout ce qu'on est en train de dire là,
17:25depuis le début de cet entretien ?
17:27Comment vous le ressentez, ce Parlement ?
17:30Je ressens que le Parlement
17:31n'a pas de stabilité politique pour l'instant,
17:33puisqu'il a été changé à 61%, me semble-t-il.
17:38Donc, je trouve que, pour le moment en tout cas,
17:42on arrive à travailler avec des gens
17:44qui ne font pas forcément partie
17:45de votre groupe politique.
17:48Mais on peut travailler avec les verts.
17:50On peut travailler avec des sociétés du SND.
17:53On peut travailler avec d'autres...
17:56Évidemment, j'écarterai les partis d'extrême droite.
17:59Je n'ai pas besoin d'en parler.
18:00Mais on peut travailler avec des gens.
18:02Et oui, on peut arriver à faire des choses.
18:05Pour l'instant, c'est quelques frustrations
18:07puisque j'étais Shadow Rapporteur
18:09sur la directive Search and Rescue
18:13pour les personnes qui meurent en mer.
18:18Les personnes rescapées, malgré tout.
18:19On appelle ça Recherche et Secours en Mer.
18:22Voilà, c'est ça.
18:23Et cette résolution n'est pas passée à deux voies.
18:27Donc, forcément, c'est frustrant.
18:29Mais ça ouvre aussi le champ des possibilités.
18:31C'est pas loin.
18:32Sur la résolution d'hier,
18:34concernant les violences policières,
18:36elle n'est pas passée à 17 voies.
18:37On n'est pas loin.
18:38On n'est pas loin.
18:40Donc, je ne dis pas qu'on gagne tout.
18:44Mais en tout cas, on ne désarme pas.
18:47Et puis, il y a des fois des choses qui passent comme ça.
18:51J'ai pour souvenir la création d'un fonds européen
18:55pour rechercher Secours en Mer.
18:57Personne n'imaginait qu'il allait passer.
18:59Et il est passé.
19:00Et ça a changé les choses.
19:01Maintenant, on va voir si la Commission l'accepte ou pas.
19:03Voilà, c'est ça.
19:04Mais, c'est passé.
19:06Voilà.
19:06Il y a des choses comme ça.
19:07Et ça change concrètement un certain nombre de questions.
19:11Si vous voulez que je vous dise qu'on révolutionnera le monde,
19:14vous ne me l'entendrez pas dire.
19:15Mais qu'on sert à quelque chose.
19:19Ça, c'est évident.
19:20Voilà.
19:21Je vous remercie, Anne-Sophie Pelletil.
19:22Et je le rappelle, puisque vous l'avez appris vous-même,
19:25que votre livre n'est pas d'une honte française.
19:28Il paraît bientôt en livre de poche.
19:29Oui, 23 janvier.
19:30Donc, on va pouvoir le constater.
19:31Merci beaucoup.
19:31Merci beaucoup à vous.
19:32A bientôt.
19:33Sous-titrage Société Radio-Canada

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