- il y a 1 semaine
🎥🔴 En direct avec la « Radio pour tous » de la cité des 4000 à La Courneuve, en Seine-Saint-Denis, les femmes des quartiers débattent avec Aurore Koechlin, militante féministe et doctorante en sociologie. Un débat animé par Latifa Madani, journaliste de l’humanité, dans le cadre de la journée internationale des droits des femmes.
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00:03Bonjour, c'est Kéina, vous écoutez Radio Pour Tous en direct de la Maison Pour Tous, Iwura.
00:10Bonjour, c'est Zeyna, vous écoutez Radio Pour Tous.
00:14Bonjour, c'est Sainira, vous écoutez Radio Pour Tous en direct de la Maison Pour Tous.
00:30La Maison Pour Tous, Iwura, à Zeyna, je m'appelle Nacera, en direct de la Maison Pour Tous.
00:37Bonjour, bonjour à toutes, bonjour à tous.
00:41Nous voici donc ici dans ce haut lieu, si on peut dire, des femmes de la cité.
00:46Donc la Maison Pour Tous, Césaria Iwura, qui a été inaugurée en juin 2015.
00:52Et je viens d'apprendre que l'architecte qui l'a conçue est Monique Labbé, est une femme.
00:58En fait, le journal l'humanité s'est délocalisé.
01:02S'est délocalisé pour aller à la rencontre des femmes des quartiers.
01:07C'est comme ça que nous voulons, à l'occasion du 8 mars, aborder des grandes questions autour des femmes
01:17et du féminisme.
01:18Donc nous sommes, comme l'a dit Nicolas Bertrand, en coproduction.
01:23En coproduction, le journal l'humanité, le journal l'humanité dans sa version numérique web.
01:31Et la radio pour tous, qui est la radio donc de la Maison Pour Tous de la Courneuve.
01:36Alors, j'ai avec moi Samira Amri, Nadjia Madadi, Hanen Mahboub.
01:49Bonjour.
01:50Alors, Sarah Aït Aïssi.
01:56Bonjour.
01:56Alors, vous êtes toutes des femmes engagées, impliquées dans la Maison Pour Tous.
02:03Vous allez nous en parler.
02:06Et puis, Aurore Coquelin, je vous remercie beaucoup d'être venue, d'être présente, doctorante en sociologie.
02:13Aurore Coquelin, qui vient de sortir, c'était en août 2019, l'ouvrage La Révolution Féministe, aux éditions Amsterdam.
02:25Un travail considérable sur l'histoire des luttes des femmes.
02:30Et ce travail est très intéressant pour nous parce qu'en fait, il repense le récit, la façon dont on
02:39a l'habitude de raconter les luttes des femmes,
02:42qui est beaucoup plus du point de vue d'un point de vue de l'Occident.
02:45Et là, c'est un peu un regard qui intègre les luttes des femmes des pays du Sud, notamment,
02:54et qui intègre aussi les différentes dimensions des luttes des femmes, la dimension sociale, la dimension post-coloniale, etc.
03:05Mais nous allons en parler.
03:07Et l'idée, c'était justement de vous faire rencontrer, donc de faire rencontrer la chercheuse, voilà, qui raconte avec
03:16les femmes engagées,
03:19des femmes de terrain qui s'impliquent.
03:21Et donc, c'est comme ça que nous voulons, nous, au journal L'Humanité, contribuer à la réflexion sur le
03:30féminisme.
03:31Et le thème que nous avons choisi cette année, c'est « Y a-t-il une quatrième vague de
03:36féminisme ? »
03:37Mais je vais tout de suite m'adresser à Aurore Coquelin, bien sûr, suite au travail considérable qu'elle a
03:44fait sur la révolution féministe
03:46et l'histoire des luttes des femmes. Et d'emblée, je vais y aller, pour lui demander, peut-on parler
03:52aujourd'hui d'une quatrième vague du féminisme ?
03:55Mais si oui, pourquoi ? Aurore Coquelin.
03:59Bonjour à tous et à toutes. Merci beaucoup pour l'invitation. Je suis ravie d'être ici et ravie de
04:05cette initiative
04:05parce qu'évidemment, je suis convaincue qu'on ne peut pas réfléchir sur les choses indépendamment d'un engagement.
04:11Moi, j'ai écrit ce livre à partir aussi d'un engagement féministe.
04:15Je fais partie d'un collectif qui s'appelle le Collectif Féministe Révolutionnaire.
04:19Tout ça, bien sûr, le savoir et l'engagement, ça va ensemble.
04:24Donc, sur la question de savoir si on serait aujourd'hui dans une nouvelle vague du féminisme,
04:31que moi, je nomme la quatrième vague, mais finalement, peu importe le numéro,
04:35déjà, ce qui est intéressant à souligner, c'est pourquoi est-ce qu'on parle de vagues ?
04:40Il y a toujours du féminisme à chaque instant.
04:44Il y a des femmes qui luttent, il y a des engagements féministes qui se développent,
04:49mais on constate dans l'histoire qu'il y a comme des poussées féministes plus ou moins fortes,
04:54d'où cette métaphore de la vague, finalement,
04:56et qui durent sur plusieurs années et qui sont toujours à une échelle internationale.
05:01Et là, ce qu'on peut constater, c'est que ces deux éléments,
05:04une poussée féministe forte qui dure sur plusieurs années à une échelle internationale,
05:09on le retrouve depuis les années 2010, milieu des années 2010.
05:14Et ce qui est intéressant avec cette nouvelle vague du féminisme,
05:16c'est qu'en plus, elle est partie de l'Amérique latine,
05:20elle est partie notamment de l'Argentine, mais pas uniquement.
05:23La plupart des pays d'Amérique latine sont très mobilisés sur les questions féministes en ce moment,
05:27et notamment autour de la question des féminicides,
05:30et de la fin des féminicides réclamée, la fin de la mort de ces femmes.
05:36Et par extension, ça s'est développé aussi autour de la revendication du droit à l'avortement,
05:41qui est encore non légalisée dans la plupart des pays d'Amérique latine.
05:47Et ça, ça a été comme un premier temps, finalement, de cette nouvelle vague.
05:50Et il y a eu un deuxième temps qui a été le temps MeToo,
05:54la déferlante, en fait, qui s'est développée à l'échelle internationale,
05:58alors qu'il est parti un peu des États-Unis,
06:00mais vraiment dans un deuxième temps, finalement, après l'Amérique latine,
06:03et qui a provoqué la libération de la parole qu'on constate encore aujourd'hui en France,
06:10dont on a les échos.
06:12Et je dirais qu'il y a un peu un troisième temps de cette nouvelle vague,
06:16et c'est suite à l'appel du collectif féministe argentin Niouna Menos en 2017,
06:23le fait d'appeler à une grève féministe internationale à chaque 8 mars.
06:28Et en fait, cet appel à la grève féministe internationale,
06:31ça a permis d'étendre la vague du féminisme dans de nouveaux pays,
06:35puisque chaque nouveau pays, finalement, s'emparait de cette date,
06:40de cet objectif de la grève, pour construire, finalement, le mouvement féministe chez lui.
06:45Voilà, donc, je pense qu'effectivement, on peut parler d'une nouvelle vague du féminisme,
06:51tout y est, en quelque sorte,
06:54et d'autant plus que dire une vague, c'est toujours l'affaire,
06:58c'est l'historienne Bibiapavar qui a cette phrase.
07:00En fait, je trouve ça très vrai à dire qu'on est dans une nouvelle vague,
07:03c'est contribuer aussi à ce qu'elle se développe.
07:07Oui, alors, Aurore Coquelin, vous travaillez à la lumière de faits, en fait,
07:17d'expériences, de luttes des femmes sur le terrain, dans les quartiers,
07:23dans les pays du Sud, notamment.
07:26Est-ce qu'on peut dire que, parmi les dimensions qui permettent de parler d'une quatrième vague,
07:32il y a cette dimension sociale, aussi ?
07:34Oui, tout à fait, et vous faites bien de le souligner,
07:37parce que cette quatrième vague, elle se déploie dans un contexte qui est un contexte particulier,
07:42qui est un contexte de néolibéralisme triomphant,
07:47de crise économique et sociale depuis 2008,
07:49ce qui fait qu'effectivement, les questions sociales, les questions économiques,
07:54elles ne peuvent pas être oblitérées, elles sont au cœur de toute mobilisation.
07:59Et en plus, dans le cas spécifique de la France,
08:02on constate que depuis 2016, avec la mobilisation contre la loi travail,
08:07pratiquement chaque année, finalement, il y a une nouvelle lutte sociale
08:11qui prend différentes formes, qui part de différents pôles,
08:15mais en tout cas, on est chaque année au cœur de cette lutte sociale.
08:19Et qu'est-ce qu'on constate dans ces luttes sociales ?
08:22Eh bien, c'est que les femmes sont vraiment à l'avant-garde,
08:24présentes et particulièrement médiatisées,
08:27parce qu'en réalité, les femmes ont toujours été de toutes les luttes sociales,
08:30souvent c'est même elles qui, historiquement, ont fait naître les révolutions.
08:35Donc il y a toujours eu des femmes dans les mouvements sociaux,
08:38mais on ne les a pas toujours autant visibilisées.
08:40Et là, dans le cadre de cette nouvelle vague féministe,
08:42justement, on les remarque davantage,
08:44elles prennent plus la parole, elles s'imposent dans le débat public.
08:49Ça a été notamment le cas avec les femmes gilets jaunes,
08:52pour donner un exemple, on a beaucoup parlé des femmes gilets jaunes
08:56qui se définissaient pas forcément comme féministes,
08:58mais qui avaient conscience qu'elles étaient spécifiquement opprimées en tant que femmes.
09:03Donc effectivement, les liens, ils sont là.
09:06En quelque sorte, on pourrait dire que la nouvelle vague féministe,
09:09elle a comme deux jambes, elle se développe dans deux espaces différents,
09:14dans un espace directement féministe, qui reprend l'étiquette contre les violences, etc.,
09:20mais aussi dans le mouvement social au sens large,
09:23où les femmes sont très présentes et mettent en avant des questions
09:28soit indirectement, soit directement féministes.
09:32Et donc, un peu, les perspectives, je pense, pour tout le monde,
09:36c'est d'unifier ces deux espaces.
09:39Voilà.
09:40Et tout à fait, également, unifier ici,
09:46cet espace, ces espaces dont vous parliez,
09:49et puis cet espace ici, Maison pour tous, Radio pour tous,
09:55avec vous, Samira, Nadia, Hanen, Sarah et d'autres, j'en oublie.
10:04Je vais m'adresser tout de suite à celle qui tient le micro, d'ailleurs, bien.
10:09À Nadia, à Nadia Madadi, parce qu'en fait,
10:14Nadia, vous êtes une de celles qui a été à l'origine de la création de la radio,
10:20si je me souviens bien.
10:23Vous êtes diplômée en littérature arabe.
10:26Il y a quelques, ça fait plusieurs années que vous êtes arrivée d'Algérie.
10:31Est-ce que vous pouvez nous dire, donc, le sens de votre engagement ?
10:36Pourquoi vous avez voulu vous impliquer dans cette maison pour tous ?
10:40Pourquoi ce projet de radio ?
10:42Qu'est-ce que c'est pour vous ?
10:45Le lien entre cet engagement, cette implication,
10:49et quand on parle du féminisme, ça vous dit quoi ?
10:52Nadia.
10:54Bonjour.
10:56Pour la radio, on a commencé, c'était simplement une réunion avec le maire.
11:01On est en train de parler de la maison pour tous.
11:04Qu'est-ce qu'on veut, tout ça.
11:05On a dit qu'il y a des gens qui ne savent pas lire,
11:08il y a des gens qui ne comprennent pas le français,
11:11qui ne comprennent pas d'autres langues que leur langue.
11:15On a parlé, on a dit, tiens, pourquoi on ne fait pas,
11:18on médiatise un petit peu tout ce qui se passe ici à la Courneuve.
11:25Juste des paroles seulement, après, on fait en radio.
11:30Eh bien, c'est fait, on a fait l'année dernière.
11:33On a fait pas mal d'interviews et tout ça avec des habitants de la Courneuve.
11:37Même où on est sortis, on a fait la petite enfance aussi,
11:41on a fait pas mal d'interviews aussi.
11:44Et le rêve, il est là.
11:46Et ça fait vraiment plaisir.
11:48On aimerait bien que tout le monde sache que 93,
11:56quand on dit la Courneuve, c'est pas que des délinquants.
12:00Il y a des gens respectueux, il y a des gens déplômés,
12:04il y a des gens vraiment...
12:08Il y a vraiment pas mal de relations sociales ici.
12:12Tout le monde est d'accord avec l'autre.
12:14On n'est pas là pour se battre, on n'est pas là.
12:16On est là pour prouver qu'on est là pour l'avenir de la France,
12:22pour l'avenir de nos enfants, ce qu'on veut dire seulement.
12:26En fait, vous créez du lien, justement, du lien de la solidarité.
12:33La radio, la Maison pour tous, c'est un outil pour vous,
12:36en tant que femme citoyenne, de créer ce lien
12:44pour faire face, effectivement, comme vous le dites,
12:47à ce climat de haine qui est en train de monter.
12:51Oui, c'est vrai.
12:55Vous m'avez dit, vous m'avez parlé de féminicité et tout ça.
12:59Je voulais juste vous dire quelque chose
13:02que moi, je ne parlais pas beaucoup,
13:05je ne sais pas beaucoup c'est quoi féminicide avant.
13:08Mais on a fait un théâtre, une pièce de théâtre,
13:13aux places de marché du 8 mai 45,
13:15là où il y a vraiment, c'est trop chaud là-bas.
13:18Le jour, le 22 novembre, on a parlé de féminicide.
13:22Chaque femme a présenté une personne
13:24qui était victime de féminicide.
13:27Et c'était vraiment malheureux qu'on est arrivés en 2020.
13:34À novembre, c'était 138 femmes victimes de féminicide.
13:40En 22 novembre seulement.
13:42Et que 2019.
13:44Alors là, je ne sais pas, on est arrivés jusqu'à quel...
13:47C'est horrible.
13:51Merci Nadia, je vais me retourner vers Hanen.
13:54Hanen Mahboub, je vais vous poser les mêmes questions,
13:56en fait, parce que vous êtes, vous, également engagée
13:59et impliquée dans la radio, si j'ai bien compris.
14:01Et donc, vous allez nous dire pourquoi ?
14:06Pourquoi j'ai fait de l'expérience de radio pour tous ?
14:11Parce que moi aussi, je ne parle pas en français beaucoup.
14:14Et je suis à la maison pour tous, on fait des cours de français.
14:20Et pour cette expérience de radio, pour parler,
14:24pour discuter avec les autres de la Courneuve,
14:28et qui habitent à la Courneuve, je suis, moi, ici à la Courneuve,
14:32cinq mois, ce n'est pas beaucoup.
14:34C'est pour ça, j'aime beaucoup l'expérience de radio pour tous,
14:39à la maison pour tous.
14:41C'est une expérience très, très, très importante pour moi.
14:45Parce que moi, la française, ce n'est pas bien,
14:48ce n'est pas couramment.
14:50Et la maison pour tous, elle donne beaucoup, beaucoup de choses
14:53pour faire des cours de français ici
14:55et pour l'expérience, pour prendre le français,
14:58couramment, et pour parler avec les autres couramment.
15:02C'est pour ça que je suis là, à la radio pour tous.
15:06Et pour les femmes, la femme, elle fait beaucoup de choses
15:10pour le monde, par exemple, pour les enfants,
15:14pour les mariés et tout.
15:15Mais la femme, c'est le monde.
15:20Parce qu'en arabe, on dit
15:25en français,
15:27c'est la derrière de chaque homme,
15:31c'est une femme.
15:34C'est pour ça, c'est la femme, c'est le monde.
15:39C'est bien dit, je pense qu'Aurore Coquelin va sans doute réagir
15:45avec beaucoup d'intérêt à ce que vous venez de dire.
15:48Alors, Samira Amri,
15:51pareil, vous allez nous dire
15:54depuis combien de temps vous êtes à la Courneuve,
15:56depuis combien de temps et pourquoi
15:58vous êtes engagée à la maison pour tous,
16:00qu'est-ce que vous y faites
16:01et qu'est-ce que vous pensez aussi
16:05du débat,
16:06dont on est en train de parler,
16:07le féminisme, etc.
16:09Voilà, ça fait 35 ans
16:11que je vis à la Courneuve,
16:13mais 25 ans dans le quartier ici.
16:16Et voilà, j'ai 5 enfants,
16:18j'en ai 3 de mes enfants
16:20qui viennent ici aussi
16:21à la maison pour tous.
16:23Et moi, c'est en début d'année
16:25que je l'ai vu construire,
16:26c'est vrai, la maison pour tous et tout,
16:28mais je ne me suis pas trop investie
16:29pour la maison pour tous.
16:31En fait, entre guillemets,
16:33je n'ai pas trop osé venir
16:34et de bouche à oreille
16:36avec des mamans et des femmes
16:37qui m'ont dit
16:38qu'il y a beaucoup de choses
16:39intéressantes dans la maison pour tous.
16:41Alors, j'ai franchi le pas,
16:43je suis venue.
16:44Je me suis même mis installée.
16:46Il y en a qui vont le confirmer.
16:48Je suis venue.
16:50Et voilà, puis il y a plein de choses
16:52pour nous.
16:53En fait, quand on est à la maison,
16:55quand on est en dehors,
16:56on est beaucoup avec le masque de mer.
16:58Et une fois qu'on est ici
17:00à la maison pour tous,
17:01on se découvre,
17:03on s'ouvre à nous-mêmes.
17:04Et puis, c'est vrai, on est femme.
17:06En fait, le dialogue
17:07avec les autres mamans,
17:09on ne parle pas d'enfants.
17:10Il faut dire la vérité.
17:11On ne parle pas de ce qui se passe
17:12à la maison.
17:13On parle entre nous.
17:13Il y a des conversations.
17:14Et là, on se découvre
17:15et puis on dit
17:16qu'on est quand même femme.
17:18C'est ça.
17:18Voilà.
17:19Parce qu'en fait,
17:20il y a des conversations
17:20qui se font de l'extérieur.
17:21C'est une femme et citoyenne.
17:22Voilà.
17:22Femme et citoyenne.
17:24Et on parle ouvertement.
17:28On peut dire plein de choses
17:29parce que de l'extérieur,
17:33on ne peut pas se permettre
17:34quand même de parler
17:35ouvertement comme on veut.
17:36Et puis ici,
17:37on a les portes ouvertes
17:39de tout.
17:40Si quelqu'un ne va pas,
17:41on va aller voir
17:42ce qui se passe chez elle.
17:44On va essayer de discuter,
17:45d'ouvrir les portes.
17:45On va chez quelqu'un d'autre.
17:46Et en fait, vice-versa,
17:48la conversation s'y met.
17:49Et on devient femme,
17:51on devient quelqu'un.
17:51Et puis ça fait plaisir
17:53parce que ça nous aide beaucoup.
17:54Et on va dire de l'oxygène
17:59parce qu'on est bien,
18:00on se sent bien.
18:00Dès qu'on voit par la fenêtre,
18:01oh, il y a les femmes
18:02qui sont parties.
18:03On y va.
18:04On jette le masque de mer.
18:06Et franchement,
18:09ça nous fait très, très plaisir.
18:10Et puis je me dis,
18:12depuis 2015,
18:13j'ai raté, je crois,
18:13des années derrière
18:14que j'en ai mis.
18:15Alors là,
18:16j'y vais aller.
18:18Vous les rattrapez.
18:19Voilà.
18:19Et puis, voilà quoi.
18:21Mais franchement,
18:22on est super contents
18:23que ça existe.
18:24Et puis dernièrement,
18:26la semaine dernière,
18:26il y a eu des réunions aussi
18:27avec, c'était psychologue, non ?
18:31Bon, il y a eu des discussions et tout
18:32que des mamans se sont ouvertes.
18:35Et ils sont contents
18:36qu'ils sont mamans
18:39qui s'occupent de chez eux.
18:41Mais c'est pas ça.
18:42Non.
18:43Il ne faut pas qu'on se laisse
18:44comme ça.
18:45Moi, j'ai des enfants,
18:45ils ont 26 ans,
18:46ils se sont mariés et tout,
18:47mais je me dis,
18:48il faut que je pense quand même à moi.
18:49Je suis une femme.
18:50Je suis une femme.
18:51Et on a besoin de ça.
18:54Pour continuer à parler,
18:55on a besoin de ça,
18:56de s'exprimer.
18:57Voilà.
18:58Surtout qu'ici en France,
18:59on a le droit de parler,
19:00on s'exprime,
19:01il se passe quelque chose.
19:02On y va,
19:02qu'on est voilé ou pas.
19:03parce qu'il y en a plein,
19:04ils nous cachent avec le voile
19:05à dire,
19:06oh,
19:07ils n'ont pas trop droit à la parole.
19:08Non, non, non.
19:09Moi, je suis née ici.
19:10Moi, il n'y a personne
19:10qui m'a forcée pour le voile,
19:12je l'ai mis moi-même.
19:13Et je m'exprime comme je veux.
19:15Je parle,
19:16dans des débats,
19:17je me mets,
19:18je vote,
19:18je fais plein de choses.
19:19Et voilà,
19:19je suis là.
19:21Voilà.
19:22Merci beaucoup.
19:22Vraiment,
19:23très forte parole
19:24de chacune d'entre vous.
19:26Je pense qu'Aurore Coquelin,
19:29je vais vous faire réagir.
19:31Je pense que vous avez sans doute
19:33beaucoup de choses à nous dire.
19:35La femme,
19:35c'est le monde.
19:36On est femme plus que mère.
19:38On redevient femme.
19:40On jette le masque.
19:43La parole qui se libère.
19:45Enfin,
19:45moi,
19:46je trouve ça,
19:47je trouve ces témoignages
19:48absolument fantastiques
19:49et très forts.
19:50Et c'est pour ça
19:52que nous avons,
19:54au journal L'Humanité,
19:56choisi,
19:57d'organiser cette rencontre
19:59parce que nous avons
20:01beaucoup à apprendre
20:03des femmes des quartiers.
20:05Qu'est-ce que vous en dites,
20:07Aurore Coquelin ?
20:08Première chose,
20:09sur la question
20:10de la parole qui se libère,
20:11je pense que c'est vraiment
20:14un effet
20:15de la nouvelle vague
20:16du féminisme
20:17sur la France.
20:18Parce qu'en France,
20:19contrairement à d'autres pays,
20:21il n'y a pas encore,
20:21on va dire,
20:22de mobilisation
20:23vraiment
20:26très, très forte
20:28féministe
20:28pour le 8 mars
20:29ou le 23 novembre,
20:30même si c'est en augmentation.
20:32Le dernier 23 novembre,
20:34il y avait 500 000 personnes
20:36dans la rue.
20:36Non, 50 000,
20:37je crois que j'ai...
20:38Oui, 50 000,
20:39je prends mes désirs
20:40pour des réalités.
20:41Bref,
20:42il y avait 50 000 personnes
20:43dans la rue,
20:43donc c'était beaucoup plus
20:44que les autres années.
20:45Mais c'est vrai
20:46qu'on n'est pas encore
20:47aux 5 millions
20:48ou 6 millions
20:49de personnes
20:50qui descendent
20:50dans la rue
20:50pour le 8 mars
20:51de l'État espagnol.
20:52Donc il y a quand même
20:53un peu
20:54un contrebalancement.
20:55Par contre,
20:56c'est vrai
20:56que la parole,
20:57elle s'est libérée.
20:59On l'a vu notamment
21:00autour de la question
21:02d'Adèle Hanel,
21:03qui est quand même
21:04devenue une des figures
21:05de cette libération
21:06de la parole.
21:07Mais ce ne sont pas...
21:09Ce n'est pas l'unique parole
21:10qui s'est libérée.
21:12Il y a plein d'autres paroles
21:13qui sont peut-être
21:14moins médiatisées.
21:15C'est pour ça que c'est bien
21:16qu'on fasse cette émission ici
21:17pour mettre au centre
21:19aussi d'autres profils.
21:22Voilà,
21:22les femmes,
21:23c'est une diversité.
21:24C'est aussi des femmes racisées,
21:27des femmes des quartiers,
21:28des femmes qui portent le voile.
21:29Et ça, je pense,
21:30c'est une autre question
21:32sur laquelle je réagis.
21:33C'est à quel point,
21:34en fait,
21:34le féminisme
21:35ne peut se concevoir
21:36aujourd'hui
21:37sans les luttes
21:38et indépendamment
21:39des luttes antiracistes.
21:40Et ça,
21:41c'est très important.
21:42Le féminisme français
21:43s'est enferré
21:44dans un débat
21:45autour du voile
21:46dont il n'arrive pas
21:47à sortir,
21:48dont j'espère
21:49qu'il va sortir
21:49pour se rendre compte
21:51à quel point
21:51il a été instrumentalisé
21:52dans une politique
21:54d'État islamophobe
21:56et dont il faut
21:57absolument sortir.
21:58Donc ça,
21:59je pense,
21:59c'est vraiment
22:00le deuxième point
22:01qui est important
22:02de cette discussion.
22:04Et le troisième point
22:06que j'avais relevé,
22:07c'est là où vous avez commencé
22:08sur la femme,
22:10c'est le monde
22:11et derrière chaque homme
22:12se situe une femme.
22:13Ça me fait penser
22:14à un autre slogan.
22:15c'est quand les femmes
22:17s'arrêtent,
22:17tout s'arrête.
22:18Et ça,
22:19c'est vraiment fondamental.
22:21C'est que finalement,
22:23pourquoi est-ce que
22:24les femmes ont une position
22:25particulière dans la société ?
22:26C'est qu'elles effectuent,
22:28elles sont assignées
22:29à toutes ces tâches domestiques
22:31qui sont à la fois
22:33fondamentales
22:34et à la fois
22:34qui sont parfois
22:35une assignation
22:36qui peut être
22:38dure à vivre,
22:40prendre énormément de temps.
22:41en fait,
22:42c'est un travail en soi.
22:43Qu'on ait un travail
22:45salarié en plus ou pas,
22:46soit on a un double travail,
22:48le travail à la maison
22:49et le travail salarié,
22:50soit quand on est femme
22:51au foyer,
22:51en fait,
22:52on travaille.
22:52C'est un travail immense
22:53et d'ailleurs,
22:54s'il fallait que quelqu'un
22:56s'en occupe,
22:57en fait,
22:57ça coûterait énormément
22:58d'argent à la famille.
23:00Donc,
23:00c'est bien la preuve
23:01que c'est un vrai travail
23:03et je pense que là,
23:04les témoignages le montrent
23:05et du coup,
23:06parfois,
23:06on a besoin
23:06de s'échapper
23:08de ce travail.
23:08Il y a plusieurs façons
23:10de pouvoir s'en échapper,
23:11créer des lieux
23:12comme ici,
23:13en non-excité,
23:13je pense que c'est une façon.
23:15L'autre façon,
23:16c'est aussi faire un peu
23:17une grève symbolique
23:19pour le 8 mars
23:19et c'était l'idée,
23:20justement,
23:21qui était mise au centre
23:22par le collectif argentin
23:23de Niouna Menos.
23:24Une grève féministe,
23:25c'est aussi dire,
23:26bon,
23:26aujourd'hui,
23:27c'est pas moi
23:28qui m'occupe des enfants,
23:29je m'occupe de moi.
23:30Voilà.
23:32Par exemple.
23:34Oui,
23:34alors,
23:35je reviens vers vous,
23:37Nadia,
23:38Samira,
23:39Hanan,
23:40il y avait aussi
23:41Sarah,
23:43Sarah Haït Aïssi,
23:45donc,
23:46qui s'occupe aussi
23:48de l'atelier radio.
23:50Alors,
23:51tout à l'heure,
23:52Sarah me disait
23:53qu'elle est là
23:54depuis septembre seulement,
23:56la Courneuve,
23:57en France.
23:59Bon,
24:00d'abord,
24:00elle s'occupe
24:01de l'accueil
24:01des enfants ici
24:02et de l'école
24:05pour les parents,
24:05en fait,
24:06elle milite
24:06pour une école
24:07pour les parents.
24:07mais avant de parler
24:09de ça,
24:09moi,
24:09ce qui m'intéresse
24:10de la part de Sarah,
24:12il faut savoir que,
24:13donc,
24:13Sarah,
24:13vous venez d'Algérie,
24:14ça ne fait pas longtemps.
24:15Oui.
24:16Et puis,
24:16en Algérie,
24:17il se passe des choses.
24:19On le sait,
24:19il se passe des choses.
24:20Il y a le Hirak
24:21et avec l'engagement
24:24des femmes algériennes
24:25qui a toujours été
24:27d'ailleurs important,
24:28même s'il a été
24:30occulté,
24:31que ce soit pendant
24:31la guerre de libération
24:32et contre le code
24:34de la famille
24:34et aujourd'hui
24:35dans le Hirak.
24:37J'aimerais, Sarah,
24:38que vous nous en parliez,
24:39que vous nous disiez,
24:40vous qui étiez en Algérie
24:41encore il y a quelques mois,
24:43que vous nous parliez
24:44de la lutte des femmes
24:45là-bas.
24:46Si, voilà.
24:48Si vous voulez.
24:49Et sinon,
24:49vous pouvez commencer aussi
24:50par nous parler
24:51de ce que vous faites ici
24:53à la Maison pour tous.
24:54Voilà.
24:55Mais en tout cas,
24:56on est curieux
24:57d'entendre votre parole
24:58en tant que jeune femme
25:01venant d'Algérie,
25:02parce qu'il y a beaucoup
25:03de choses intéressantes
25:03qui se passent là-bas.
25:05Oui, bonjour.
25:07Donc,
25:09pour la première fois
25:10où j'ai été au Hirak,
25:11c'était mon mari
25:12qui m'a encouragée.
25:13Il m'a dit,
25:13viens,
25:13c'était le 8 mars.
25:15Je lui ai dit,
25:16non,
25:17je ne vais pas aller au Hirak
25:18alors que mes droits
25:19en tant que femme,
25:20je ne les ai pas encore eus.
25:21J'aimerais bien me combattre
25:23pour moi-même
25:23avant d'aller combattre
25:28face au problème
25:29de l'État.
25:31Il m'a vraiment encouragée,
25:33il m'a dit,
25:33tout commence,
25:34tout va commencer d'abord.
25:37Présente-toi à l'extérieur,
25:39comme ça,
25:39tu vas t'aider à...
25:41Voilà.
25:43Donc,
25:43j'ai été plusieurs fois au Hirak.
25:45C'était une sensation
25:46très forte.
25:48C'était vraiment...
25:50Ça donne le courage
25:51à la femme
25:51de se montrer
25:53à l'extérieur,
25:55même si on n'avait pas
25:56cette liberté.
25:59Et voilà.
26:01On précise,
26:03pour ceux peut-être
26:03qui nous écoutent,
26:05le Hirak,
26:06donc,
26:06ça veut dire mouvement
26:07en arabe
26:08et ça nomme
26:10le soulèvement populaire
26:12qui a lieu en Algérie
26:13depuis...
26:14Ça faisait un an,
26:15le 22 février,
26:16qui a réussi
26:17à faire tomber
26:19le président Bouteflika,
26:21pas encore tout le régime,
26:22mais qui, quand même,
26:24est un mouvement révolutionnaire
26:26et on espère
26:28qu'il aboutira.
26:30Donc, Sarah,
26:31merci pour ce témoignage.
26:32Est-ce que tu peux maintenant
26:33nous dire,
26:34du coup,
26:35expliquer ton application,
26:38le sens de ton engagement
26:39ici à la maison
26:39pour tous ?
26:40Voilà.
26:41Donc,
26:42comme je suis nouvelle ici,
26:44je cherchais toujours
26:44de connaître,
26:47c'est-à-dire,
26:47je cherchais toujours
26:49comment...
26:53Et puis,
26:54je suis partie à la mairie,
26:55on m'a orientée
26:56à la maison pour tous,
26:57je fréquentais toujours
26:58la maison pour tous,
27:00donc je me suis engagée
27:01pour le LAP,
27:05à garder des enfants,
27:06accueillir des enfants
27:07et leurs parents.
27:09C'est quelque chose
27:10qui me fait vraiment plaisir
27:11et que j'aime bien
27:12parce que je suis...
27:13J'ai l'habitude
27:14d'accueillir des enfants.
27:17Vous êtes diplômée,
27:18assistante maternelle,
27:19déjà, c'est ça ?
27:20Oui, j'ai un diplôme
27:21d'assistante maternelle
27:22en Algérie
27:24et cela m'aide beaucoup
27:27pour...
27:28m'aide beaucoup,
27:29voilà.
27:30Et en fait,
27:31cet engagement,
27:32ça vous apporte quoi ?
27:35Vous apportez beaucoup,
27:37mais vous recevez aussi ?
27:39Quelque chose ?
27:40D'être toujours épanouie,
27:42c'est-à-dire,
27:43ça fait plaisir
27:43d'accompagner les enfants,
27:45de suivre leurs mouvements,
27:48leurs...
27:49Voilà.
27:51Merci,
27:52merci Sarah.
27:52Peut-être,
27:53avant de revenir vers vous,
27:56Aurore Coquelin,
27:58les femmes algériennes,
27:59parce que j'ai vu
28:00que dans votre travail,
28:01vous restituez aussi
28:02les luttes des femmes
28:03de Tunisie,
28:05d'Algérie,
28:05de ces pays.
28:06Alors,
28:06je les évoque,
28:08mais après,
28:08je ne suis pas spécialiste.
28:10En fait,
28:10c'est pour...
28:11un peu comme je disais,
28:13pour bien souligner,
28:15en fait,
28:15qu'on retrouve la lutte
28:17des femmes,
28:18même hors du champ féministe
28:20à proprement parler,
28:21et que dans toutes les révolutions,
28:23dans toutes les mobilisations,
28:25les femmes sont présentes.
28:26Et comme je disais,
28:27elles ont toujours été présentes,
28:28mais on les remarque plus.
28:30Effectivement,
28:31en Algérie,
28:31les femmes ont joué
28:32un rôle fondamental,
28:33et c'est vrai
28:34dans d'autres mobilisations
28:37à l'heure actuelle.
28:38On peut penser au Chili,
28:39par exemple,
28:41où il y a notamment eu
28:43donc les femmes chiliennes
28:44qui ont mis en place
28:45une chorégraphie
28:46« Un violeur sur ton chemin »,
28:49où, en fait,
28:50elles remettent en cause
28:54les violences,
28:55les viols,
28:56mais aussi le rôle
28:57que joue l'État
28:58dans la tolérance
29:01de cet état de fait.
29:03Et cette chorégraphie,
29:04elle a été reprise
29:06à l'échelle internationale
29:07parce qu'elle a été très forte,
29:09elle a été traduite
29:10dans plein de langues différentes.
29:12Et en fait,
29:12c'était très impressionnant
29:13de voir que dans chaque pays,
29:15la chorégraphie était reprise
29:18avec les propres mots
29:20des personnes de chaque pays.
29:21Donc, là aussi,
29:25on voit les liens
29:25vraiment forts
29:26entre lutte sociale
29:27et lutte féministe,
29:28finalement,
29:29au sein des luttes sociales,
29:30des questionnements féministes émergent.
29:32On l'a vu en France aussi,
29:34là, pendant la mobilisation
29:35contre la réforme des retraites,
29:38où là aussi,
29:39on a eu le droit
29:39à notre propre chorégraphie
29:42à cause de Macron
29:43et qui a été reprise
29:45à chaque manifestation.
29:48Alors, juste,
29:49je voulais justement,
29:50parce qu'on a parlé
29:53de la quatrième vague
29:54du féminisme et tout ça.
29:57l'Humanité dimanche
29:58qui sort le jeudi,
29:59c'est ça,
30:00on va dire l'Humanité dimanche,
30:01le magazine qui sort le jeudi.
30:04Notre hebdomadaire
30:06a choisi de titrer,
30:07je ne sais pas si vous voyez,
30:09Féminisme, la vague sociale.
30:10La photo est vraiment magnifique.
30:13Alors, vous voulez voir, voilà.
30:15Donc, c'est un dossier
30:16qui est consacré au féminisme
30:20extrêmement intéressant
30:21que je vous recommande.
30:22Et il y a bien sûr aussi
30:23beaucoup d'autres articles.
30:25C'est une des productions
30:26donc du groupe l'Humanité.
30:30Alors, Nadia,
30:32Nadia Samira Hanen,
30:34je ne sais pas dans quel ordre,
30:35je suppose que ça va être Nadia.
30:36Elle a le micro déjà entre les mains.
30:39Mais c'est normal,
30:40oui, oui, c'est normal.
30:41C'est une femme de radio.
30:42et moi, je voulais vous demander,
30:48tout à l'heure,
30:49vous nous avez apporté un témoignage
30:51vraiment extrêmement,
30:53très touchant sur beaucoup de choses.
30:55Mais plus précisément,
30:57je voudrais vous demander
30:58quelles sont les difficultés principales
31:01que vous rencontrez
31:04en tant que femme
31:05et en tant que femme,
31:06en tant que citoyenne.
31:08Est-ce que c'est des questions sociales,
31:12la question de l'emploi,
31:14la sécurité, la...
31:16Je ne sais pas.
31:17Allez, dites-moi
31:18à quoi vous êtes confrontés
31:20et qu'est-ce que vous aimeriez voir
31:24changer ou améliorer ?
31:28Je crois...
31:29Qu'est-ce que je peux changer, améliorer ?
31:32Je crois que c'est le voile.
31:34Le regard des hommes
31:36au regard de l'État aussi
31:38vers les femmes voilées,
31:41ils croient que ce foulard-là,
31:45derrière ce foulard,
31:46il y a une personne faible
31:48ou quelque chose comme ça.
31:49Non.
31:50On est des femmes.
31:51On est des mamans.
31:52On est présentes partout.
31:54Je crois, derrière,
31:56si vous voulez,
31:57une France...
31:59une France forte,
32:01une France forte
32:02dans tous les domaines, bien sûr.
32:04Il faut laisser ces femmes-là tranquilles.
32:06Moi, comme vous avez dit
32:08que je suis déplômée et tout ça,
32:10je peux faire...
32:12Je peux être secrétaire,
32:13je peux faire beaucoup de travail,
32:17n'importe,
32:18mais le problème,
32:18il y a toujours ce mur-là.
32:23Vous êtes voilé.
32:24À chaque fois,
32:25j'essaye de faire une formation impossible
32:28parce que même pendant la formation,
32:30il faut que je retire mon voile.
32:31je travaille,
32:33il faut que je retire mon voile.
32:34Je crois...
32:34C'est ça,
32:35moi,
32:35le barrage qui me dérange vraiment,
32:38c'est mon voile.
32:42Très bien.
32:44Samy,
32:44Hanen ?
32:45Pour moi,
32:46pour la voile,
32:47c'est pas en France,
32:49mais il y a des pays arabes aussi
32:51qui illimitent les femmes
32:54qui ont voile.
32:55En Maroc,
32:56il n'y a pas beaucoup
32:57et on est libres un peu,
32:59mais il y a des pays arabes
33:01quand ils cherchent du travail,
33:03ils disent non,
33:04tu mets le foulard,
33:05non,
33:05c'est bon.
33:06Il faut lever le foulard
33:08pour voir un travail.
33:11Mais ça,
33:12c'est pas bien pour nous.
33:14Il y a des femmes
33:14qui mettent le voile,
33:18mais il y a beaucoup d'expérience,
33:20beaucoup de choses à donner
33:21à votre pays
33:23ou bien à ce travail.
33:25C'est pour ça.
33:27Mais on est là même
33:29quand ils ont voile
33:31ou pas ont voile,
33:32non.
33:33Il faut voir
33:34à mon expérience,
33:36à mon université,
33:39les stages qu'ils ont fait,
33:41et tout.
33:42C'est pour ça,
33:43on va donner beaucoup de choses
33:45à mon pays
33:47ou bien...
33:48Mais il limitait beaucoup
33:50les femmes qui ont voile.
33:52C'est pas en France,
33:54mais à tous les pays,
33:55même les pays arabes,
33:56il y a des gens
33:57qui limitent
33:59les femmes en voile.
34:02Oui, Samira ?
34:04Oui, ben moi,
34:04je veux venir aussi
34:05parce que, bon,
34:06on est voilés,
34:07c'est beaucoup notre sujet à nous.
34:09Et comme je disais
34:10la dernière fois,
34:11il y a deux jours,
34:12je suis passée aussi
34:12avec votre collègue
34:13pour la radio.
34:14J'avais parlé aussi de mon cas
34:15parce que j'ai mon fils
34:16qui a un restaurant
34:17et je vais beaucoup
34:18lui donner un coup de main
34:19là-bas.
34:20Et quand je suis partie là-bas,
34:22il y a peut-être,
34:23on va dire un mois,
34:24je travaille tous les soirs
34:25là-bas et il y a eu
34:26sur le site Google
34:27qu'ils ont laissé
34:28un message en disant
34:29qu'on a voulu rentrer
34:31mais il y avait une femme
34:32voilée,
34:32on a fait demi-tour.
34:34Donc après,
34:34on l'a signalé,
34:35bon, sur Google,
34:36ça a été retiré,
34:38mais par contre,
34:39il y avait des autres gens
34:41et qu'ils ont laissé
34:43des messages en disant
34:43que vous n'avez rien compris.
34:46cette femme-là,
34:47super gentille,
34:48le concept,
34:49il est bien,
34:50on y vient pour manger,
34:52on se sent super bien
34:53et voilà.
34:54C'est pour vous dire
34:55que juste devant le restaurant,
34:56ils ont dit
34:56ah bon,
34:57on a fait demi-tour,
34:58ils l'ont écrit,
34:59on a fait demi-tour
34:59parce qu'il y avait
35:00une femme voilée.
35:01Voilà.
35:02C'est des petites choses
35:03comme ça qui,
35:04bon,
35:05on prend sur nous
35:06parce qu'on se dit
35:07non,
35:07on ne va pas s'arrêter là
35:08quand même.
35:09La vie, elle continue
35:09mais quand même,
35:11ça fait mal,
35:11ça fait mal.
35:12C'est pour ça que je reviens
35:13à eux,
35:13le voile,
35:14c'est vraiment pour nous
35:14un obstacle.
35:15C'est un obstacle.
35:16Oui, un obstacle.
35:18Oui,
35:18alors justement,
35:20on peut se poser la question
35:21de savoir si juste
35:22les femmes voilées,
35:24ce n'est pas la double peine
35:25parce qu'il y a
35:26y compris
35:27des femmes non voilées,
35:29femmes des quartiers
35:30non voilées,
35:31mais du fait
35:32de leurs origines
35:35qui aussi
35:37subissent
35:37une discrimination,
35:41notamment
35:41en ce qui concerne
35:42l'emploi
35:43et pas que.
35:44Et Aurore Coquelin,
35:46ça vous dit quoi ?
35:48Vous qui,
35:48justement,
35:48vous êtes beaucoup penchés
35:49dans votre approche
35:51du féminisme,
35:54de lier
35:55l'ensemble
35:57des problématiques,
35:58c'est-à-dire
36:00à la fois
36:01la question sociale,
36:03la question de classe,
36:04on va dire,
36:05mais aussi
36:05la question
36:08raciale.
36:09c'est ce qu'on appelle
36:10l'intersectionnalité
36:11dans les luttes.
36:14Alors,
36:14je vous fais réagir
36:15par rapport à ça
36:16et à ce que vous avez
36:17entendu des témoignages.
36:19Tout à fait.
36:19En fait,
36:20historiquement,
36:21les luttes,
36:22elles ont pu se développer
36:23en partie
36:24de façon autonome
36:25pour faire valoir
36:26justement
36:28tel ou tel aspect
36:29du monde social.
36:31Donc,
36:31il y a eu
36:31une autonomisation
36:32des luttes féministes,
36:33il y a eu
36:33une autonomisation
36:34des luttes antiracistes
36:35et ça,
36:36c'est une bonne chose
36:37dans le sens
36:37où ça garantit
36:38que ces questions-là,
36:39elles soient toujours posées
36:40dans l'espace social
36:41et dans l'espace
36:42du mouvement social
36:43en particulier.
36:44Mais aujourd'hui,
36:45je pense qu'il y a
36:46une très grande urgence
36:48à faire se croiser
36:50ces questionnements-là
36:51et à faire converger
36:52ces luttes-là
36:53parce que,
36:53de fait,
36:54et c'est toute la base
36:56de l'intersectionnalité
36:57telle qu'elle a été
36:59définie
37:00par l'afro-américaine
37:02Crenshaw,
37:04les vécus
37:06des individus,
37:07c'est des vécus
37:08qui vont intégrer
37:11toutes ces dimensions
37:12de la domination.
37:13Donc,
37:14ce n'est pas séparé
37:16dans le vécu.
37:17Il n'y a pas
37:17d'un côté
37:18des femmes,
37:19d'un côté
37:19des personnes racisées,
37:20d'un côté
37:21des personnes
37:23de classe populaire.
37:24En fait,
37:25dans le vécu
37:26des gens,
37:26il y a toutes ces dimensions-là.
37:28On est à la fois
37:29femmes,
37:30racisées,
37:30des classes populaires
37:31et du coup,
37:32les formes
37:33que prennent l'oppression,
37:34c'est des formes
37:35qui vont conjuguer
37:36tous ces aspects-là
37:37et créer une forme
37:38d'oppression aussi
37:39un peu spécifique
37:40et qu'il faut prendre en compte.
37:42Et l'idée
37:42de l'intersectionnalité,
37:43c'est remettre au centre
37:44ce regard
37:45des femmes racisées
37:47qui trop souvent,
37:48soit par les luttes féministes,
37:49soit par les luttes antiracistes,
37:51a été invisibilisée.
37:53Et donc,
37:54effectivement,
37:54aujourd'hui,
37:55il y a cette centralité
37:56de remettre ce regard
37:58au centre,
37:59comme on fait aujourd'hui.
38:00et c'est d'autant plus important,
38:02je pense,
38:02pour le mouvement féministe
38:04que,
38:05comme je le disais,
38:06il a été
38:07en grande partie
38:09instrumentalisé
38:09dans une politique d'État
38:11qui, finalement,
38:11a eu des fins
38:13racistes et islamophobes
38:14puisque,
38:15sous prétexte
38:15de libérer
38:17les femmes
38:18de leur oppression,
38:19en fait,
38:20on les a
38:20d'autant plus
38:22ciblées,
38:23opprimées.
38:24Et aujourd'hui,
38:25on en voit bien
38:26le témoignage.
38:26Donc,
38:27une politique féministe
38:28doit repartir
38:30du vécu
38:31des principales concernées.
38:32On doit entendre
38:33ce qu'elles ont à dire
38:34et c'est vraiment
38:35très important
38:36et surtout,
38:36une politique féministe
38:38doit toujours se dire
38:40que c'est pas
38:42à l'État
38:43de légiférer
38:44sur comment
38:45les femmes
38:47choisissent
38:47de s'habiller
38:48ou pas.
38:48À chaque fois,
38:49c'est ça qui pose problème,
38:51y compris dans les pays
38:52où c'est l'État
38:52qui,
38:53cette fois-ci,
38:53impose le voile.
38:55En fait,
38:55ce qui est important,
38:56c'est toujours
38:57de remettre au centre
38:58le choix
38:59des principales concernées.
39:01Samira,
39:02très rapidement.
39:03j'avais oublié
39:03un petit sujet
39:04autour de la violence.
39:06Il y a une semaine,
39:07on a eu ici
39:09un psychologue
39:09qui était venu
39:10pour parler aux femmes
39:12et ce que je trouve
39:13pas normal,
39:13c'est qu'il y a des femmes
39:14encore
39:15qui sont cachées
39:17à pleurer
39:17en violence
39:18par rapport
39:18à ce qui se passe
39:19chez eux,
39:19avec leur mari,
39:20tout ça,
39:20qu'ils n'ont pas le droit.
39:21Non,
39:22ils devraient sortir
39:23et police,
39:24tout ce qui se passe,
39:26mais s'interposer
39:27et de dire non
39:28parce que ces femmes-là,
39:29elles étaient en souffrance.
39:30Et ce que j'ai vu,
39:31je pense qu'il y en a encore
39:32qui sont derrière
39:33et qui pleurent en violence,
39:34ce qui se passe chez eux,
39:37avec leur mari,
39:38les enfants,
39:39la peur,
39:40la souffrance,
39:41ils n'osent pas.
39:41En fait,
39:42il y a beaucoup de femmes
39:42qui n'osent pas
39:43s'exprimer.
39:44Ils viennent soit du pays
39:46parce qu'ils se disent
39:46on a une image à donner,
39:47on n'a pas le droit
39:48d'aller voir la police,
39:49on n'a pas le droit
39:49on va nous voir du mauvais
39:51et que normalement,
39:52non.
39:52Maintenant,
39:52ils doivent s'exprimer,
39:53aller de l'avant
39:54et heureusement que,
39:55comme on dit,
39:56on est en France
39:56et qu'il y a beaucoup d'aide,
39:57il y a des portes ouvertes
39:59et il faudrait que ces femmes-là
40:01sortent de chez eux
40:02et dire stop à la violence.
40:03Voilà,
40:04parce qu'il y en a beaucoup
40:04qui en souffrent.
40:06La dernière fois,
40:06c'était vraiment émouvant.
40:08Voilà.
40:09Merci Samira pour ce témoignage.
40:12Moi, je voudrais enchaîner
40:13sur ce que vous avez dit
40:14Aurore Coquelin
40:16pour évoquer Françoise Vergès
40:20qui devait être parmi nous
40:21et qui malheureusement
40:22avait un contre-temps.
40:24Mais Françoise Vergès
40:25qui est vraiment une féministe
40:27qu'on appelle décoloniale.
40:29Elle est auteure
40:29de ce formidable ouvrage
40:32Un féminisme décolonial
40:34qui a été édité à La Fabrique
40:37en février 2019.
40:39Et comme vous,
40:40justement,
40:41elle dit que le féminisme
40:43vise à atteindre
40:44l'intersectionnalité
40:46et la convergence des luttes
40:47à la fois contre le sexisme,
40:49le racisme,
40:50le capitalisme
40:52et l'impérialisme.
40:53Et donc,
40:54c'est un peu cette convergence
40:59des luttes
41:01mais aussi cette interaction
41:04entre l'ensemble
41:05des inégalités
41:07et des discriminations
41:08qu'il est important
41:09de prendre en compte
41:10parce qu'on parle
41:11d'inégalités sociales,
41:12d'inégalités territoriales aussi
41:14parce que le département 93
41:17de Saint-Denis,
41:18on sait ce qu'il en est
41:21par rapport à d'autres.
41:23Mais il y a aussi
41:25les inégalités
41:26qu'on peut appeler
41:27raciales
41:28et postcoloniales,
41:30c'est-à-dire qu'ils sont
41:31issus
41:32du fait
41:33qu'on vient
41:35des anciennes colonies,
41:37même si ça fait déjà
41:38plusieurs générations.
41:41Et ces facteurs-là
41:43ont tardé
41:44à être pris en compte
41:47dans les études,
41:49les approches
41:50du féminisme
41:52occidental.
41:54Je vais vous demander
41:55au Rorcoquelin,
41:56est-ce que vous sentez
41:57qu'il y a
41:58aujourd'hui
41:59une évolution
42:00et que de plus en plus
42:01ces facteurs-là
42:02sont pris en compte ?
42:05Alors, oui,
42:07il y a une évolution,
42:08ça c'est certain,
42:09je pense,
42:10du fait
42:12du contexte social
42:13et historique
42:14dans lequel on se situe,
42:15du fait
42:16des luttes antiracistes
42:17en fait
42:18qui sont
42:18de plus en plus fortes,
42:20du fait aussi
42:21qu'un certain nombre
42:22d'ouvrages américains
42:24qui prennent plus
42:25à bras-le-corps
42:25ces questions-là
42:26commencent à être traduits,
42:28notamment tout ce qu'on a appelé
42:29le black feminism
42:32autour de figures
42:33comme Bell Hooks
42:34qui n'ont jamais été traduites
42:36jusqu'à très récemment
42:37commencent à être traduites
42:38et du coup
42:39on se réapproprie
42:41ces questions-là,
42:42donc ça c'est plutôt
42:43un message positif,
42:44mais je tenais à souligner
42:46quand même
42:46qu'en tant que doctorante
42:48en sociologie,
42:49je peux témoigner
42:50du point de vue
42:50de la sociologie
42:51par exemple là-dessus,
42:52ça reste un combat
42:53qui est loin d'être gagné,
42:56notamment la prise en compte
42:57en sociologie française
42:59de la dimension
43:01de domination ethno-raciale,
43:03c'est extrêmement difficile
43:07de le mettre en avant
43:08dans la sociologie française
43:10qui continue à avoir
43:11une lecture
43:11essentiellement centrée
43:12soit sur la classe sociale,
43:14soit sur la question
43:15de l'immigration,
43:16mais qui a beaucoup de mal
43:17à en fait intégrer
43:19la notion de race,
43:21entre guillemets,
43:21bien sûr,
43:22c'est une construction sociale,
43:23de race sociale
43:24dans son analyse.
43:26Donc à la fois
43:27il y a des évolutions,
43:28à la fois le chemin
43:29est encore long
43:31à parcourir je pense,
43:32et pour qu'il y ait
43:33de vraies évolutions,
43:35je pense qu'il faut
43:35qu'on ait un mouvement
43:37féministe,
43:37antiraciste fort.
43:40Oui, alors je vais
43:42revenir vers vous,
43:45nos chers camarades
43:47engagés de la Maison pour tous,
43:49je vais vous demander justement,
43:51par exemple,
43:51bon, le 8 mars
43:52il y a des manifestations,
43:54est-ce que vous,
43:55vous y allez,
43:55vous y joignez,
43:56ou bien est-ce que vous
43:58vous marquez cette journée
44:00d'une façon particulière ?
44:05L'8 mars,
44:07je crois que la Maison pour tous
44:08va nous bricoler un petit peu,
44:10elle va s'occuper de nous,
44:12on a des activités
44:13où il y a du salon de coiffure,
44:16de la manicure,
44:17un petit peu de tout.
44:18Donc déjà qu'on va marquer ce point
44:20avec la Maison pour tous
44:21qui s'occupe de nous,
44:23et puis on va voir
44:24ce qui va se passer,
44:25on suit,
44:25on est là,
44:25on est présente,
44:27on y va.
44:29Oui, Nadia ?
44:32Qu'est-ce que je voulais dire
44:33pour le 8 mars ?
44:35Moi j'ai participé
44:36l'année dernière
44:37et celle d'avant
44:39au gymnase Beatrice,
44:41c'est toute une journée,
44:43on fait toute la journée,
44:46deux roues symboliques seulement,
44:49on fait tout ce qu'on veut,
44:50la piscine,
44:52le pilates,
44:54il y a pas mal de sports,
44:55la femme,
44:56elle peut laisser les enfants,
44:58le mari,
44:59c'est le mari qui s'occupe,
45:02pas vraiment,
45:03mais quand même,
45:04il fait des efforts,
45:06et bien toute la journée,
45:07on est au gymnase Beatrice,
45:09même il y a à manger,
45:10alors la coupure de déjeuner,
45:13on ne rentre pas chez nous,
45:16toute la journée,
45:17on est là-bas.
45:18Cette année,
45:18je ne sais pas si je vais la faire,
45:20mais ils vont la faire aussi
45:21à Beatrice.
45:23il y en a beaucoup qui disent,
45:25on a souvent entendu dire,
45:27le 8 mars,
45:27ça devrait être tous les jours,
45:28il y en a même qui commencent
45:29à remettre en cause le fait
45:30qu'on célèbre les droits des femmes
45:33un jour seulement dans l'année,
45:36qu'est-ce que vous en pensez,
45:37Hanen ?
45:38Moi, à la maison pour tous,
45:39pour faire des coiffeurs,
45:41des maquillages,
45:43et des sports aussi,
45:45à la maison pour tous.
45:47Vous le faites aussi d'autres jours,
45:49pas que le 8 mars ?
45:50Oui, tous les jours,
45:51mais spécialistes à...
45:54Spécialement le 8 mars ?
45:55Le 8 mars,
45:55on va faire les coiffeurs,
45:57et tout.
45:59On ne touche pas la vaisselle,
46:00le 8 mars,
46:01c'est...
46:02Non, rien,
46:03c'est être coquette,
46:04et prendre vraiment ce jour-là
46:06pour nous,
46:06pour nous.
46:06On le prend par la suite
46:08les autres jours,
46:09mais ce jour-là,
46:09vraiment,
46:10on va le prendre pour nous,
46:11et on se dit...
46:11On fait une petite pause.
46:14Oui,
46:15pour moi,
46:16c'est une journée très importante,
46:18donc je ne vais pas hésiter
46:19à marquer cette journée.
46:21Voilà.
46:24Donc,
46:25je vais participer
46:26à la maison pour tous.
46:28Voilà.
46:30Merci.
46:31Il est très important que...
46:33Oui,
46:33mars,
46:34il faut changer
46:34le regard
46:36de la femme.
46:38La femme,
46:39c'est...
46:39C'est tout.
46:42Même,
46:42il faut changer
46:44le regard
46:45de la femme
46:45qui est envoilée.
46:47J'espère bien
46:48qu'il va changer
46:50à 8 mars
46:51tous les regards
46:53de la femme,
46:54qui est positif
46:55ou négatif.
46:56Oui,
46:57c'est-à-dire
46:57le regard des autres
46:59sur les femmes.
47:00Oui,
47:02Mais est-ce qu'il ne faut pas aussi
47:03peut-être
47:04travailler à changer
47:05l'image
47:07que les femmes
47:07elles-mêmes
47:08ont d'elles-mêmes
47:10parfois
47:10qui bloquent
47:11peut-être...
47:13Je ne sais pas.
47:15Nadia,
47:16elle me comprend,
47:17je crois,
47:17Nadia.
47:18C'est-à-dire un peu...
47:20Il faut avancer aussi
47:22et oser,
47:23oser franchir
47:24certaines barrières,
47:26des barrières mentales.
47:28Déjà,
47:28le fait de faire
47:30une journée
47:30qu'une journée
47:31pour la femme,
47:32pourquoi ils n'ont pas fait
47:32une journée pour l'homme ?
47:34Déjà,
47:35c'est discrimination-là.
47:36Parce que la journée
47:37de la femme,
47:38la femme,
47:38comme on dit nous,
47:39c'est le pilier
47:40de la société.
47:41Si elle n'est pas la femme,
47:42je ne crois pas
47:42que la société
47:43va exister.
47:46Changer la femme,
47:47le regard de la femme
47:49envers elle-même,
47:50je crois,
47:52la femme et l'homme,
47:54c'est...
47:55Normalement,
47:55ils sont chacun
47:57dans la main à l'autre.
47:58On n'est pas là
47:59en guerre
48:00entre les hommes,
48:01contre les hommes
48:02ou quelque chose comme ça,
48:03non.
48:03Mais les hommes,
48:04ils doivent changer
48:05leur mentalité aussi.
48:07La femme,
48:08il y a des femmes
48:09qui sont toujours,
48:10comme elle a dit,
48:11je crois,
48:14elle est soumise
48:15à l'homme.
48:18Soit disant,
48:18l'homme,
48:19il est fort
48:20et tout,
48:20mais je crois
48:21que c'est la faiblesse,
48:22la femme qui...
48:23L'homme qui bat
48:24sa femme
48:25ou qui la traite mal.
48:26Je crois que
48:27si une fille blesse,
48:29ce n'est pas de la force.
48:34très bien dit,
48:35bravo.
48:36Aurore,
48:37Aurore Coquelin,
48:38ça vous fait réagir ?
48:41Déjà,
48:43sur l'aspect du 8 mars,
48:45que c'est une journée,
48:46une seule journée
48:47et qu'il faut changer plus
48:48en profondeur
48:50les mentalités,
48:51moi,
48:51je suis tout à fait d'accord.
48:52Après,
48:52l'avantage du 8 mars,
48:53c'est qu'au moins,
48:54il a le mérite d'exister.
48:55Il y a cette journée symbolique
48:57qui fait qu'on va faire
48:58un effort,
48:59qu'on va soit,
49:00voilà,
49:01refuser les tâches domestiques,
49:03soit descendre dans la rue,
49:04enfin,
49:04en tout cas,
49:04se poser la question,
49:06ce qui est déjà pas mal.
49:07Puis après,
49:08l'idée,
49:08c'est que c'est un point d'appui
49:09pour construire au-delà.
49:10Dans d'autres pays,
49:11par exemple,
49:11ils appellent à faire
49:13la mobilisation le 8 mars,
49:14puis le 9 mars,
49:16enfin,
49:16bref,
49:17donc,
49:17bon,
49:17il y a cet aspect
49:18point d'appui.
49:19sur la question un peu aussi
49:22des hommes
49:23et que finalement,
49:24le féminisme,
49:26ça remet en question aussi
49:27les hommes
49:28et ça pose la question
49:29de la place des hommes.
49:30C'est tout à fait juste.
49:31Après,
49:31je pense qu'il faut toujours
49:32bien souligner
49:33que les femmes
49:35sont spécifiquement opprimées
49:36en tant que femmes.
49:37C'est pas le cas des hommes.
49:39Ils tirent un avantage
49:40de leur position genrée,
49:42même si c'est aussi contraignant,
49:44au sens où il y a aussi
49:45des normes de genre
49:46pour eux à respecter.
49:49Mais les hommes
49:50peuvent soutenir,
49:51en fait,
49:52la lutte des femmes,
49:53notamment en prenant
49:55en main
49:56les tâches domestiques
49:57le jour du 8 mars
49:58et puis le reste de l'année
49:59aussi,
50:00essayer de mieux répartir.
50:02Et puis,
50:03les hommes,
50:04c'est aussi des hommes
50:05qui sont racisés,
50:06qui sont des hommes
50:07des classes populaires,
50:08donc qui,
50:09eux aussi,
50:09sont opprimés
50:10sur d'autres axes
50:11et qui,
50:11à ce titre-là,
50:12sont bien sûr
50:13les alliés naturels
50:15des femmes,
50:16au sens où
50:16eux aussi,
50:17ils ont intérêt
50:18à mettre fin
50:19aux oppressions
50:20dans cette société-là
50:21parce qu'ils en souffrent.
50:22En fait,
50:23c'est une toute petite minorité
50:25de personnes
50:26qui ne sont pas dominées
50:27ni du point de vue
50:28de la classe,
50:29ni du point de vue du genre,
50:30ni du point de vue de la race.
50:31Donc,
50:32voilà.
50:33c'est tout à fait
50:34ce que disait
50:36Nadia,
50:36en effet,
50:37c'est pas
50:37l'homme contre la femme,
50:39mais c'est...
50:40Oui, oui,
50:40c'était très bien dit,
50:41c'est pas une guerre.
50:41Non, non,
50:42pas du tout,
50:42la question,
50:43effectivement,
50:44elle n'est pas là.
50:45Elle est effectivement
50:46entre dominant
50:47et dominé
50:48et il y a
50:49des dominants,
50:51voilà,
50:51des dominés,
50:52enfin,
50:52les hommes sont aussi
50:54des dominés.
50:56Écoutez,
50:57moi,
50:57je sais ce qu'il y en a
51:00ici,
51:00dans la salle
51:01qui voudraient
51:02prendre la parole,
51:03dire un mot,
51:05parce que,
51:06voilà,
51:06vous êtes...
51:07Voilà,
51:07c'est la liberté ici,
51:09vous êtes libre,
51:10vous l'avez dit tout à l'heure,
51:12votre parole se libère
51:13ici à la maison pour tous.
51:14Oui,
51:15alors,
51:16Corinne Cadet de Lhomme,
51:18adjointe au maire,
51:19merci d'avoir été présente
51:21pendant tout ce moment,
51:23merci de votre présence.
51:25Alors,
51:25moi,
51:26je voulais d'abord dire
51:27que les femmes
51:27de la Courneuve,
51:28elles sont très fortes.
51:29Moi,
51:29l'expérience que j'ai,
51:30c'est que c'est des femmes
51:31qui se battent au quotidien.
51:33Parfois,
51:33et je suis d'accord
51:34à se dire,
51:35Nadia,
51:35c'est pas les femmes
51:36contre les hommes,
51:37la société évoluera
51:38sur l'égalité
51:39quand les hommes aussi
51:40s'engageront plus
51:41pour que les femmes
51:42aient dans le couple,
51:43déjà au quotidien,
51:44mais aussi dans la société
51:45en général,
51:46et moi,
51:46je rappelle toujours
51:47qu'on se bat
51:48pour l'égalité
51:48des femmes et des hommes
51:49tous ensemble.
51:50Bien sûr que les femmes
51:51sont concernées
51:52au premier degré
51:56y compris les histoires
51:57d'origine,
51:59de race.
52:00J'aime pas trop dire race
52:00parce que pour moi,
52:01je sais bien qu'il y a
52:02un débat là-dessus,
52:03mais pour moi,
52:03il y a la race humaine
52:04et donc on fait tous
52:05partir de la même,
52:06mais je suis bien consciente
52:07qu'il y a des problématiques
52:08de domination
52:09et de discrimination
52:10par rapport à cette question.
52:11Voilà,
52:12donc les femmes de la Courneuve
52:12sont très engagées
52:13dans cette ville
52:14de multiples façons.
52:16Il y a beaucoup,
52:17on parle souvent
52:17des parents d'élèves,
52:18mais pas seulement.
52:18Les clubs sportifs
52:19tiennent souvent
52:20dans les bureaux
52:21quand on regarde.
52:21Les présidents
52:22sont parfois des hommes,
52:23mais toutes celles
52:23qui s'occupent
52:25de la compta,
52:25de l'organisation,
52:26sont souvent des femmes.
52:28Beaucoup de choses
52:28tiennent parce qu'elles
52:29sont engagées.
52:32Dans cette ville,
52:33il y a eu parfois,
52:33on a été discriminé
52:34l'image de la ville,
52:35mais quelque part,
52:37ça se passe globalement bien
52:38alors qu'il y a des personnes
52:39qui viennent de partout
52:40dans le monde,
52:40qui ont des difficultés sociales
52:42parce que les femmes
52:42jouent un rôle important.
52:44L'on dit,
52:44dans les quartiers,
52:45sur les questions de violence,
52:46de discussion,
52:48il y a un lien.
52:48Évidemment,
52:49cet équipement permet
52:50aussi ça,
52:51facilite cette rencontre,
52:53ce lien,
52:53et il a été fait pour ça.
52:55Donc moi,
52:56chaque fois que je le dis,
52:57je les trouve très fortes
52:58et très engagées,
52:58avec parfois des difficultés
53:00parce que socialement,
53:01on est quand même
53:02dans une ville
53:03où la population
53:04a un revenu
53:05qui est très très bas,
53:07où 43%
53:08vit en dessous
53:09du seuil de pauvreté.
53:10Donc c'est pas facile
53:11au quotidien.
53:11Moi, je dis qu'elles font
53:12des miracles tous les jours.
53:13Elles ont des systèmes
53:14d'impressionnants,
53:16une entraide,
53:16une solidarité très forte.
53:18Après,
53:19elles viennent aussi de...
53:20On vient de partout.
53:21En France,
53:22moi, j'ai un accent,
53:22mais dans le monde.
53:26Et on sait,
53:27voilà,
53:27être solidaires,
53:28penser à ce qui se passe
53:29aussi ailleurs dans le monde,
53:31parce que forcément,
53:31voilà,
53:32on vient d'un peu partout.
53:33Et je pense que c'est important,
53:35ce que vous avez raconté
53:36sur les luttes partout dans le monde.
53:37Ça aide aussi
53:38des femmes
53:39dans d'autres pays.
53:40Donc je pense
53:41que c'est très important.
53:42Mais je pense
53:43qu'il faut qu'elles continuent
53:44comme ça,
53:44qu'on continue ensemble
53:45à se battre.
53:46On a créé une délégation
53:47égalité femmes-hommes
53:48il y a plusieurs années
53:49avec notre député
53:51Muguet-Jacquin
53:51qui s'est beaucoup engagé
53:52à l'Assemblée nationale
53:53sur ces questions
53:54parce qu'on pense
53:55qu'il faut continuer
53:56tout le temps
53:57à en parler,
53:58à discuter.
53:59Et c'est vrai
54:00que ces derniers temps,
54:01la parole s'est ouverte.
54:02Donc on a de multiples initiatives
54:03de la ville
54:04ou d'associations
54:05pendant tout le week-end,
54:07notamment en débat
54:07avec Marie-Georges Buffet
54:08sur les femmes et le sport
54:10puisque ça fait partie
54:12de l'actualité,
54:13mais aussi un bal des femmes
54:14samedi après-midi.
54:15Voilà,
54:16on se dit
54:16on a envie de faire la fête
54:18aussi ce jour-là,
54:19de se retrouver
54:19et de partager
54:21des moments aussi
54:21de joie et de solidarité,
54:22pas que les moments
54:23difficiles non plus.
54:25Voilà.
54:26Eh bien, merci.
54:27On va garder votre parole
54:30en guise de conclusion
54:31et moi je vous recommande
54:33donc le livre
54:35d'Aurore Coquelin
54:37La Révolution Féministe
54:39et qui est en fait
54:41un livre,
54:42comme elle le dit,
54:43qui ne donne pas
54:44une recette toute prête
54:46mais une boussole
54:48avec laquelle nous dirigez
54:49et cette boussole,
54:50vous, Nadia,
54:52Samira,
54:52Hanane,
54:53toutes,
54:54Sarah et toutes les autres,
54:56vous, effectivement,
54:57nous la donnez.
54:58Elle nous est précieuse.
54:59Merci beaucoup.
55:00Je vais juste quand même
55:01vous signaler
55:03que vous pouvez
55:03vous abonner
55:04à nos journaux
55:05L'Humanité Quotidienne,
55:07L'Humanité Hebdo
55:08qui s'appelle
55:09L'Humanité Dimanche,
55:11également à la formule
55:12Weekend
55:14qui, donc,
55:15de L'Humanité Quotidienne
55:17et de L'Hima Hebdo
55:18et la version web.
55:20Vous pouvez aussi
55:21vous abonner
55:22à la version numérique
55:23de L'Humanité
55:24pour un euro seulement,
55:25donc n'hésitez pas.
55:26C'est vraiment
55:28le journal
55:28qui accompagne
55:30vos luttes.
55:31Merci à toutes,
55:32merci à tous
55:33et à bientôt
55:34sur les ondes
55:35de Radio Tous
55:36et sur le site
55:38de L'Humanité Numérique.
55:43Bonjour, c'est Salma.
55:44Vous écoutez Radio Pour Tous
55:45en direct
55:46de la Maison Pour Tous
55:47Évora,
55:48une radio réalisée
55:49par les habitants
55:49de la Courneuve.
55:50Bonjour,
55:51ni hao,
55:52moi je m'appelle
55:52Jean-Chiophen.
55:53Aujourd'hui,
55:54il y a des radios
55:55pour que vous
55:56vous vouliez
55:56et pour apprendre.
55:58Je vis à la Courneuve.