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  • il y a 1 semaine
Présenté au Festival de Cannes dans la sélection de l'Acid, La Colline nous emmène au coeur du Kirghizistan, où le démantèlement du modèle soviétique a plongé des populations entières, mélangées du fait des déportations staliniennes, dans le chaos.

C’est une colline, à une dizaine de kilomètres de Bichkek, capitale du Kirghizistan, au cœur de l’Asie centrale, à côté de la Chine. On pourrait dire un monticule, à peine plus d’une dizaine de mètres de hauteur, quelques hectares, un monticule dont on ne sait pas trop de quoi il est constitué, sans doute de terre, mais comment nommer le mélange qui se forme avec les déchets en décomposition ? Ce qui a été des sacs poubelle se fond dans un magma informe, puant, fumant, agité parfois de petites explosions d’aérosols.

Des hommes, des femmes, des enfants vont et viennent, fouillent à droite et à gauche, entourent les camions bennes qui déversent leur lot de “marchandise” et repartent avec de gros sacs de toile plastifiée. C’est l’économie de la colline, le rebut, ce qui est considéré comme rien retrouve une valeur, c’est tant le kilo de bouteille plastique, de carton, de verre, le métal.

Le lieu, d’abord, comme une citadelle, écrasée par la chaleur, battue par le vent, dévastée par la pluie, embrumée par des combustions délétères.

Les gens, surtout, les perdants de l’éclatement de l’URSS et de la crise économique et sociale qui s’en est suivie. Difficile de ne pas se dire que les rejetés d’une société n’ont qu’un seul endroit où aller, là où elle met ses déchets.

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Transcription
00:26Sous-titrage MFP.
00:33Musique d'ambiance
01:00Un éblouissement, parce que ce lieu avait en même temps, on pourrait presque parler d'une scénographie,
01:08et il avait une puissance qui en elle-même en faisait déjà comme une scène de théâtre,
01:18d'une certaine manière, cette colline constituée de monticules, de déchets parcourus par le vent,
01:26sillonnés par les oiseaux, et donc il y avait, et ces hommes, et ces camions,
01:35tout ça, il faut créer un lieu d'une très très grande puissance,
01:41et évidemment tout ça n'aurait pas existé si on aurait été dans un objet esthétique,
01:47si les personnes qu'on a rencontrées, et qui a rencontré Lina,
01:55n'avaient pas perçu quand même très vite que ces deux-là,
02:02cette caucasienne et ce français, avec sa caméra,
02:12n'étaient pas là dans une logique journalistique de venir faire un coup,
02:21parce que souvent des équipes arrivent, débarquent, posent trois questions,
02:27et balancent ça sur Youtube.
02:30Là, jour après jour, ils nous voyaient,
02:33et c'était une manière, pour eux ça a été une évidence,
02:37qu'ils étaient sous un regard et dans une écoute.
02:42En fait il faut expliquer un petit peu ce que c'est ce qu'on pille,
02:45parce qu'on connaît assez mal ici en France ce pays,
02:49qui n'est pas très grand, mais qui a une place stratégique très importante
02:53entre la Chine et la Russie, et qui était le refuge,
02:57mais aussi la destination pour les peuples punis par Staline.
03:02Donc il y a une diversité incroyable des ethnies,
03:05des gens qui sont arrivés dans différents moments,
03:10des Ouïghours, des peuples caucasiens, des Coréens, des Allemands, etc.
03:17Et du coup, en fait, on a découvert ce lieu,
03:20c'est grâce à une copine kyrgyz,
03:23et quand on a vu cette fumée,
03:27ce lieu incroyable,
03:29qui vraiment incarne, je dirais, charmellement, matériellement,
03:34la question qui m'a préoccupée,
03:37je pense que je ne suis pas la seule,
03:39mais toute une génération qui a vu s'effondrer le recess,
03:43l'État soviétique,
03:44qui a vu monter ce monstre de l'État putinien,
03:48quand on a vu ce lieu, on s'est dit,
03:51et surtout les gens qui avaient des récits très très puissants,
03:54qui racontaient, voilà,
03:56des différents destins de cet empire,
03:59on s'est dit, voilà, c'est le lieu où il faut filmer,
04:02il faut filmer ces gens-là,
04:04et ça raconte beaucoup de choses, en fait.
04:06...
04:11des femmes, des enfants, des enfants,
04:15ils se sont en train de se faire.
04:19Je suis en train de se faire.
04:23Après, il y a eu en train de se faire de la police.
04:28Après, ils me réveillent,
04:32quand je suis en train de se faire.
04:34Parce que j'ai brisé....
04:36Tout ce qui me trappait...
04:37C'était la câble.
04:38C'était la câble.
04:39La câble, la câble.
04:40La câble, la câble.
04:42La câble, la câble.
04:43La câble, l'atim.
04:45La câble, la câble.
04:48Je ne défi souligner la ceci.
04:51L'an dernier casseux des Grosnogu.
04:55Lui.
04:56Lui, c'était la casseux.
04:58Ce ne peut déter.
05:00J'annonce pas à dire.
05:05Ils se sont en train de l'horser.
05:10L'hors de l'horser, les taux de l'horser.
05:17C'est ce qui n'a pas vu, ce n'a pas vu.
05:22C'est ce qui n'a pas vu.
05:24C'est ce qui a besoin de voir.
05:27если бы кто-нибудь вот в тот момент бы заснял
05:33там вот так вот люди бегут тут взрыв вот такая каша
05:43утром я встал контуженный был мне это землей ударила на я выключился
05:54утром отчухался я встал что кровь что земля одного цвета
06:00он а rencontré des personnages qui encarnais selon moi des personnages qu'on
06:14rencontre un peu partout dans l'espace post sovietic en fait et c'est un ancien
06:20soldats russes qui portent le sentiment de la culpabilité de sa
06:25propre monstruosité pendant des décennies c'est une femme qui
06:32pleure ses enfants qui portent toute la charge de la famille qui doit se
06:36battre malgré tout ce qui lui est arrivé c'est juste inconcevable une tragédie
06:41inconcevable mais elle continue se battre pour les enfants qui sont restés en
06:46vie une adolescente qui qui qui qui aussi doit porter la charge de la
06:52famille très tôt mais qui est qui juste éblouissante sont des figures que j'ai
06:58vu moi aussi au cocasse c'est c'est des figures pour moi tellement proche et
07:05reconnaissable que c'était comme des évidents c'est effectivement on a
07:10choisi des gens mais chaque fois c'était des gens incroyables mais qui disait
07:14beaucoup plus et qui ce qui est incroyable si chez eux c'est que chaque
07:18personne avec qui on a fait des entretiens pouvait surmonter sa propre
07:25situation sa propre douleur et se penser justement penser l'humanité se
07:32penser comment dire dans le temps c'est c'est vraiment incroyable
07:40la grande force des personnes que nous avons rencontré c'est que on n'était
07:49pas dans la plainte c'était pas l'exhibition d'une misère c'était
07:56l'expérience il communiqué du bain à humain une expérience humaine forte et avec une
08:07conscience politique le monde n'est pas exact mais en tout cas une conscience qui
08:16de ce que leurs paroles les dépasser eux mêmes et qu'ils avaient donc qu'ils
08:22étaient investis presque d'un devoir de parole oui surtout parce que j'ai envie de
08:29dire que ce sont des figures qui sont invisibles aujourd'hui on a très peu de
08:35à mon connaissance de documents produits sur ces femmes qui ont fait survivre à
08:43toutes les familles sur ces hommes qui ont traversé des guerres qui sont restés
08:48complètement traumatisés on n'en pense pas c'est sur ces enfants qui grandissent dans
08:54ces conditions je pense que c'était aussi ça ils sentaient que on reconnaît en
08:58fait leur invisibilité et ils se sentaient aussi responsables du coup de parler en
09:04fait de porter cette parole il ya quelque chose dans le dans la manière dont nous
09:11parle alexandre l'ancien soldat qui peut pas aussi pour quelqu'un de ma génération ne
09:18n'ont pas évoqué les anciens du vietnam qui ont qui en ont pris plein la
09:25gueule et son revenu à avec le sentiment d'avoir mené une mauvaise guerre et donc
09:34qu'est-ce que c'est destructeur d'avoir perdu ses copains dans une guerre au cas
09:41qu'elle n'y peuvent pas adhérer
10:06je me suis posé une règle c'est d'expliquer à chacune et chacun notre
10:12démarche dès le début parce que c'est vrai que c'est une société si je peux
10:17parler de la société de la coline très fermé les gens en fait là beaucoup de
10:24gens qui travaillent là bas qui ne veulent pas le dire à ses familles que le cache
10:30parce que c'est un travail qui qui considère comme déshonorant donc ils
10:38sont très aux aguirs et en plus il ya aussi ce lieu en fait il est géré par les mafieux
10:46et qui ne veulent pas laisser filmer surtout les enfants le travail des enfants donc c'est
10:53filmé ce lieu était pas assez compliqué donc il fallait négocier avec tout le monde et j'ai envie de
11:02dire
11:03évidemment j'ai dû tout le temps expliquer notre démarche que on n'allait on n'allait pas
11:09publier ça sur youtube que c'était pas pour ça que on voulait comprendre ces gens voulait
11:16documenter leur vie mais j'étais à un moment j'étais ému parce que on a vu un petit conflit
11:23en fait avec ceux qui géraient le lieu qui m'ont dit bah ok il faut que tu parles à
11:28notre chef qui
11:29était un mafieux et on a parlé et j'ai pu le convaincre que c'était vraiment très important de
11:37filmer ces gens là et j'étais même un peu ému parce que ce sont des gens comme qui exploite
11:43ces
11:46travailleurs sont gens qui profitent du fait qu'ils ont ils ont pas d'autres moyens de survivre mais
11:53même eux ils ont accepté ça et c'était vraiment pour moi une petite victoire même si évidemment il
12:00fallait tout le temps continuer à prendre temps mais je pense que ils ont le droit aussi enfin je
12:06trouvais ça toujours tout à fait légitime qu'ils nous demandent des explications qu'on leur explique
12:13qu'est ce qu'on fait pourquoi on le fait donc chaque fois j'essayais de prendre mon temps
12:19s'il fallait s'arrêter jean s'arrêter et on discutait voilà mon travail il est sur des
12:26décennies de deux paroles est toujours dans une parole où il ne s'agit pas de témoigner il s'agit
12:39même pas de donner la parole il s'agit de faire surgir une parole et que des personnes
12:50nous transmettent très simplement ce que ce qu'est leur expérience de leur expérience de la vie telle qu'ils
12:59vivent ce que ce qu'ils vivent c'est à dire qu'on n'est pas on n'est pas
13:06dans la dénonciation on n'est pas dans la
13:09plainte mais on est dans on parle de personnes c'est des personnes dans leur singularité qui s'adresse à
13:23à des
13:24spectateurs c'est à dire à une entité qui est relativement abstraite ceux qui pourront voir le film dans un
13:33espace qui n'est pas
13:34défini dans un temps qui n'est pas défini mais qui prend sa dimension universelle
13:40précisément par là par le fait que c'est pas défini et qui parle qui parle d'abord à une
13:47personne précise à une
13:49personne en dans une relation et là c'est la relation avec avec lina mais ce qui est très frappant
13:57c'est que ça c'est
14:00compris quand même très très vite de la part des personnes c'est très très vite avec une très grande
14:07acuité et une très
14:08grande précision dans dans l'énonciation de de ce qu'ils avaient à dire est ce que c'est à
14:18mettre en rapport avec
14:19l'éducation soviétique poste soviétique parce qu'ils dans dans tous ces pays le sait qu'il ya quelque chose
14:32qui reste un
14:33qu'il ya une marque très très précise je ne sais pas toi tu pourras mieux le voir mais c
14:43'est sûr que c'est ce qui fait s'il y avait pas eu ça il y avait pas de
14:47film on
14:47pouvait toujours filmer des beaux paysages mais si les paysages sont pas habité pourquoi amour ne pioche
14:55et on soit 25 ans
14:58sais tek意 hогда
15:00ça y attendu
15:02au podre
15:03Chaque jour, chaque jour, il n'y a pas de pire, il n'y a pas de pire.
15:18Parce qu'il m'a dit mon enfant, c'est pourquoi mon enfant est mort ?
15:33Je me dis pas, mais je ne sais pas, je ne sais pas.
16:17La femme qui raconte ça, qui parle de sa douleur, si on n'est pas dans le temps, on n
16:24'est pas
16:26avec elle. Précisément, là, le montage est à mettre avec ce qui s'est passé, est à mettre en rapport
16:35avec ce qui s'est passé.
16:38La caméra, le fait, c'est pas la caméra comme ça, c'est pas l'outil, évidemment, mais c'est
16:44la puissance symbolique à laquelle je référais tout à l'heure.
16:49C'est à qui je m'adresse, à une humanité complète, si je puis dire, totale.
17:03Voilà, et donc il y a une mise en responsabilité de donner plus que ce qu'on s'attend, que
17:17donner plus que découvrir, d'une certaine manière, en parlant, sa propre parole.
17:26Ce que moi, je trouve incroyable, je te l'ai déjà dit, tu le sais, dans le travail de Denis,
17:33c'est que, et ce qui a rendu aussi possible ce film,
17:39c'est qu'on ne perd jamais, malgré, voilà, c'est quand même le feu, la fumée, etc.
17:48On ne perd jamais cette dimension humaine.
17:51Et donc ce purgatoire, c'est pas un purgatoire sublime, comment dire ça, un peu divin, si je peux dire.
18:03C'est justement un lieu très, très humain.
18:08Et quand on voit le feu, quand on voit tout ça, c'est ça aussi, le paradoxe et la puissance,
18:15peut-être, pour revenir à la question du monstre de l'État,
18:20de la monstruosité, mais aussi de ce qu'ils disent, le personnage, le destin, c'est que c'est à
18:29la fois très humain,
18:30et en même temps, c'est impressionnant, mais on ne laisse jamais de côté l'humain, en fait.
18:37On reste toujours, on le regarde depuis l'humain, avec l'humain.
19:12Couches-toi !
19:14Couches-toi !
19:14Je vais te sacs un peu !
19:16Je vais te déjeuner !
19:18J'ai l'çu !
19:25Pendant le film, c'était une relation que j'ai construite avec lui.
19:30qui était très compliqué
19:32pour moi
19:34c'était très compliqué
19:36je pense que pour lui aussi
19:38c'était une tension
19:40qui s'est créée entre nous
19:42parce qu'il me regardait
19:44comme quelqu'un qui vient du Caucase
19:48tout en me disant
19:50droit dans les yeux
19:51qu'il tuait
19:53les Tchétchènes
19:56et qu'il se sentait monstre
19:58du coup
19:59mais par le même geste
20:03il cherchait comme
20:06de moi
20:07la reconnaissance de son humanité
20:09et c'est vraiment
20:11des questions très profondes
20:12qui se posent
20:14et qui se poseront
20:16évidemment pour tous ceux
20:18qui partent à la guerre en Ukraine
20:20c'est à dire que
20:22c'est pas seulement une tragédie
20:24une nuit
20:25pour toutes les victimes ukrainiens
20:28c'est aussi
20:29une tragédie humaine
20:33pour tous les soldats russes
20:37mais aussi pour toute la Russie
20:39et c'est d'autant plus
20:42douloureux pour moi
20:44que
20:46j'ai grandi dans l'état putinien
20:49qui était un état raciste
20:53où
20:55on pouvait humilier
20:56des gens venus de l'Asie centrale
20:58venus du Caucase
20:59je me souviens très bien
21:01de ces manifestations
21:04racistes
21:04qui ont lieu
21:05près de Kremlin
21:05quand j'étais à la fac
21:07à Moscou
21:08je ne l'oublierai jamais
21:13et donc
21:14ce qui est vraiment
21:15très douloureux pour moi
21:16c'est que
21:16on en voit
21:17aujourd'hui
21:19précisément
21:20des gens
21:20issus de ces peuples
21:22des peuples non russes
21:25à la guerre en Ukraine
21:27et
21:28c'est inconcevable pour moi
21:30c'est inconcevable
21:31quand je vois
21:32les Tchétchènes
21:36voulant prendre
21:38Kiev
21:38alors que
21:40c'est tellement
21:41ça évoque tellement
21:42Grozny
21:43et toutes ces atrocités
21:45ils évoquent tellement
21:46ce qui s'est passé
21:47en Tchétchénie
21:47que c'est juste
21:49inconcevable pour moi
21:50après évidemment
21:52je prends la parole
21:53aussi au nom
21:54de tous ceux
21:55qui ne veulent pas
21:57de cette guerre
21:57qui
22:00ont fui
22:01la Russie
22:02pour ne pas
22:03y participer
22:05ou qui sont juste
22:07ne peuvent pas fuir
22:08parce que c'est pas possible
22:09pour eux
22:11économiquement
22:11enfin bref
22:13qui sont contre la guerre
22:15mais qui ne peuvent pas
22:16exprimer parce qu'on n'a pas
22:18de liberté
22:18de s'exprimer
22:19au Caucase
22:20notamment
22:21depuis très longtemps
22:23et aussi
22:24il existe aussi
22:25des Tchétchènes
22:25qui combattent
22:27du côté des Ukrainiens
22:28aussi
22:28il ne faut pas
22:29oublier ça non plus
22:30donc c'est une guerre
22:32très complexe
22:32mais
22:34ça me fait quand même
22:35mal au cœur
22:36je ne peux pas
22:38ne pas faire
22:38cette association
22:40et j'ai l'impression
22:41que le cauchemar
22:42que je n'ai pas oublié
22:43depuis mon enfance
22:44c'est la guerre
22:45en Tchétchènie
22:45et qu'on a essayé
22:47de retrouver
22:48dans ce film
22:49en fait
22:50qu'on a pu
22:53documenter
22:53il s'est réalisé
22:55maintenant
22:55en Ukraine
22:56et c'est vraiment
22:57très très dur
22:58pour moi
22:59comme pour beaucoup
23:00de gens
23:00et c'est vraiment

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