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  • il y a 2 jours
La députée européenne LFI Manon Aubry mène la lutte depuis plusieurs mois au Parlement européen pour la levée des brevets des vaccins contre le Covid-19.

Cette lutte répond à deux impératifs, énonce Manon Aubry. D'abord, un impératif "moral, quand on sait que les pays riches préemptent 80% des vaccins dans le monde", une inégalité "insupportable" juge la députée.
Ensuite, un impératif sanitaire, "car si on ne vaccine pas partout, le virus reviendra sous la forme de boomerang avec des variants, à l’instar du variant Delta".

Le tout associé à un mot d'ordre martelé par les partisans de la levée des brevets depuis le début de la crise, "pas de profits sur la pandémie". "Il est insupportable que des laboratoires pharmaceutiques, qui produisent des vaccins grâàce à de l’argent public fassent des profits" assène Manon Aubry, soulignant les 30% de profits supplémentaires engendrés par Pfizer, ou l'entrée du Français PDG de Moderna dans le classement des plus riches milliardaires mondiaux.

"Il n’est pas normal que la santé devienne un marché comme un autre sur lequel on fasse des profits", déplore Manon Aubry, dénonçant au passage le rôle de la Commission européenne, qui "s'assoit sur le vote du Parlement" et organise plus de rencontres avec les lobbys pharmaceutiques, qu'avec les partisans de la levée des brevets sur les vaccins.

Derrière, c'est tout l'enjeu de l'influence des lobbys pharmaceutiques qui est soulevé. "Comment se fait-il qu'une poignée de laboratoires, qui ont une puissance économique colossale, ait pu négocier avec la Commission européenne des contrats dans la plus grande opacité ? Comment, nous, parlementaires européens, pouvons-nous ne pas avoir accès au détail deces contrats qui ont été signés avec l'argent collectif ?" assène la députée, mesurant qu'il s'agit ainsi, d'une véritable question de démocratie.

Entretien réalisé par Stéphane Sahuc, journaliste à l'Humanité.


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Transcription
00:00Manon Aubry, bonjour.
00:01Bonjour.
00:01Vous êtes députée France Insoumise au Parlement européen.
00:04Alors vous menez la lutte depuis maintenant plusieurs mois pour la levée des brevets sur les vaccins au niveau du
00:11Parlement européen.
00:12Est-ce que vous pouvez nous dire où est-ce que ça en est cette bataille ?
00:14Alors c'est vrai que c'est une bataille qu'on a entamée il y a longtemps.
00:17Alors au début on bataillait un peu dans le désert, ce qu'on était les seuls à s'intéresser au
00:21sujet.
00:21C'était il y a plus d'un an, au début de l'été, quand la question des vaccins s
00:26'est posée.
00:26Et donc de la massification de la production des vaccins et de la nécessité de lever les brevets.
00:31On a mené la bataille pendant un an, plus d'un an au niveau européen, pour que le Parlement européen
00:37prenne clairement une position.
00:38Et force la Commission européenne et les États européens à défendre la levée des brevets auprès de l'Organisation mondiale
00:44du commerce.
00:45Et je vous dis ça juste avant qu'on commence.
00:48Mais j'ai compté, j'ai en conférence des présidents de groupe dans laquelle je siège, puisque je suis co
00:54-président de notre groupe de la gauche au Parlement.
00:56J'ai demandé pas moins de 11 fois à ce qu'un débat se tienne et qu'une résolution se
01:03tienne.
01:03Entre temps, on a réussi à augmenter le rapport de force, à faire voter plusieurs fois des amendements en faveur
01:08de la levée des brevets.
01:09Et puis au début de l'été, en juin dernier, on a réussi à faire voter une résolution qui appelle
01:15clairement à la levée des brevets sur les vaccins.
01:18C'est intéressant de voir que le rapport de force a évolué.
01:21Au début, il n'y avait que notre groupe qui était mobilisé.
01:23Puis petit à petit, on a réussi à gagner des voix.
01:26Maintenant, la bataille n'est pas terminée, puisque la balle est dans le camp de la Commission européenne,
01:33qui est en train de littéralement s'asseoir sur la demande du Parlement.
01:36Donc on sera là pour lui rappeler et rappeler notre vote pour qu'enfin, auprès de l'Organisation mondiale du
01:41commerce,
01:42l'Union européenne défende la levée des brevets.
01:44Vous le disiez à l'instant, vous avez commencé un peu seul à prêcher dans le désert du Parlement européen.
01:48Qui est-ce qui vous a rejoint ? Comment et sur quels arguments vous avez réussi à convaincre
01:53pour arriver à devenir majoritaire, si je comprends ce que vous venez de me dire sur cette question-là ?
01:57C'est vrai qu'au début, on était vraiment tout seul.
02:00Il n'y avait que notre groupe, alors notre groupe de la gauche au Parlement européen.
02:05Malheureusement, nous, tout seul, on n'avait pas la majorité.
02:07Mais petit à petit, on a réussi à interpeller le groupe des verts, puis le groupe des socialistes,
02:11et puis même des libéraux qui nous ont rejoints dans cette bataille.
02:15Et l'argumentaire, il est assez simple.
02:17Il est d'abord un argumentaire moral quand on voit que les pays riches préemptent 80% des vaccins dans
02:25le monde.
02:26C'est une inégalité insupportable.
02:29Il y a une question, évidemment, d'efficacité aussi.
02:32Si on ne vaccine pas la planète entière en même temps, le virus va muter et revenir comme un boomerang.
02:38On l'a déjà vu avec le variant Delta, qu'on appelait avant le variant indien, et ça risque de
02:44se reproduire.
02:45Et puis, je pense aussi qu'il y a une nécessité et un mot d'ordre qu'on a martelé
02:49de pas de profit sur la pandémie.
02:51Il est insupportable que des laboratoires pharmaceutiques qui ont produit ces vaccins grâce à de l'argent public,
02:58derrière, fassent des profits comme c'est le cas à l'heure actuelle.
03:03Pfizer, pour ne citer qu'eux, c'est plus 30% de profits en plus.
03:07C'est des PDG derrière qui rentrent dans le classement des plus riches milliardaires au monde.
03:15C'est le cas du PDG de Moderna, par exemple, qui est un Français, Stéphane Bancel.
03:19Et donc, il n'est pas normal aujourd'hui que la santé devienne un marché comme un autre et sur
03:27lequel on puisse faire des profits.
03:28C'est le message qu'on a martelé et on ne l'a pas fait seul, aux côtés d'associations,
03:33de syndicats, de la société civile,
03:35qui s'est mobilisée à travers une initiative européenne, pas de profit sur la pandémie,
03:38et qui nous a aidés à transformer cette mobilisation sociale en mobilisation politique et finalement avoir cette victoire,
03:46comme quoi on peut partir seul et à la fin être nombreux.
03:50Justement, on vous attaque quand même à forte partie.
03:52On connaît le poids des lobbies pharmaceutiques.
03:54Vous rappeliez actuellement l'argent qui a été réalisé ces derniers mois sur la question des vaccins.
04:00On sait comment ils ont une capacité de peser aussi de tout leur poids dans les débats.
04:05À quoi vous êtes confrontés concrètement vis-à-vis de ces lobbies-là ?
04:08Est-ce qu'ils essayent vous aussi de vous mettre la pression ?
04:11Oui, clairement. La raison pour laquelle l'Union européenne avance autant à tâtons,
04:17c'est clairement parce que derrière, il y a une influence de la part des grands lobbies pharmaceutiques.
04:22Il y a eu une étude d'une ONG qui s'appelle Corporate Europe Observatory,
04:26qui a regardé le nombre de rendez-vous entre la Commission européenne et les laboratoires pharmaceutiques.
04:31On en est à plus d'une centaine, 138 je crois exactement de mémoire,
04:34alors que par exemple, des rendez-vous de la part de Médecins sans frontières,
04:39qui se bat pour la levée des brevets, là, la Commission européenne n'a pas donné suite.
04:44Donc on voit aujourd'hui que la Commission européenne n'a cessé d'écouter les laboratoires pharmaceutiques.
04:52Et je vais même plus loin, je pense que la Commission européenne s'est couchée face aux laboratoires pharmaceutiques.
04:57Et ça, dès le début, puisque au début quand même, je rappelle que les contrats, encore aujourd'hui, ne sont
05:02pas publics,
05:03payés avec de l'argent public, pourtant on ne sait pas, on n'a pas toutes les clauses du contrat.
05:08C'est au bon vouloir des laboratoires pharmaceutiques.
05:12Un certain nombre de labos, ensuite, n'ont pas respecté le calendrier de livraison.
05:15Et puis maintenant, s'accrochent à leur sacro-saint monopole de production.
05:21Et ça, la seule vraie raison, c'est parce qu'à la fin, ce sont les laboratoires qui décident.
05:27Et donc à nous d'en reprendre le pouvoir, le pouvoir citoyen, sur ces laboratoires qui font l'appui et
05:32le beau temps à Bruxelles.
05:33Donc est-ce qu'on peut dire qu'en fait, derrière la problématique de la levée des brevets, il y
05:36a une question sanitaire, une question économique, mais aussi une question démocratique ?
05:41Bien sûr, c'est une question démocratique.
05:43Comment ça se fait qu'on a une poignée de laboratoires pharmaceutiques qui ont une puissance économique colossale ?
05:50Comment ça se fait que ce soit eux qui fassent la loi ? Et le tout dans la plus grande
05:55opacité.
05:57Et donc c'est une vraie question qu'on pose.
05:58Comment ça se fait que nous, parlementaires européens, nous n'avons pas accès aux détails des contrats qui sont signés
06:05avec notre argent, votre argent, notre argent collectif, entre les laboratoires et la Commission européenne ?
06:11Et donc c'est une vraie question démocratique qui accompagne une autre question qui est celle de savoir est-ce
06:18que la santé est un marché comme un autre ?
06:20Et pour moi, c'est une brèche qu'on a ouverte avec cette mobilisation autour de la levée des brevets
06:25et qui devrait être transformée pour faire en sorte que demain,
06:29on puisse aussi lever des brevets sur d'autres médicaments qui sont indispensables, je pense notamment face au sida, par
06:37exemple,
06:38et qu'on sorte littéralement la santé publique, les hôpitaux, de la logique du marché, qu'on le remette complètement
06:47dans le giron public.
06:48Ça, c'est une première leçon.
06:49Et puis la deuxième leçon, que les grands lobbies ne peuvent pas faire la loi à notre place et qu
06:55'on a un mandat démocratique pour le faire.
06:57Et il est temps que la Commission européenne, qui n'a par ailleurs aucune légitimité démocratique, vienne enfin rendre des
07:03comptes en la matière
07:04et que nous, qui sommes élus pour le faire, nous puissions directement faire la loi.
07:08On a vu qu'on a réussi à obtenir une première victoire grâce à la mobilisation, mais en tout cas,
07:12moi, en ce qui me concerne, je ne compte pas m'arrêter là.
07:15Merci Madame Aubry.
07:16Merci.
07:17Bonne fête.
07:17Merci. Super fête.

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