00:00Manon Aubry, bonjour.
00:01Bonjour.
00:01Vous êtes députée France Insoumise au Parlement européen.
00:04Alors vous menez la lutte depuis maintenant plusieurs mois pour la levée des brevets sur les vaccins au niveau du
00:11Parlement européen.
00:12Est-ce que vous pouvez nous dire où est-ce que ça en est cette bataille ?
00:14Alors c'est vrai que c'est une bataille qu'on a entamée il y a longtemps.
00:17Alors au début on bataillait un peu dans le désert, ce qu'on était les seuls à s'intéresser au
00:21sujet.
00:21C'était il y a plus d'un an, au début de l'été, quand la question des vaccins s
00:26'est posée.
00:26Et donc de la massification de la production des vaccins et de la nécessité de lever les brevets.
00:31On a mené la bataille pendant un an, plus d'un an au niveau européen, pour que le Parlement européen
00:37prenne clairement une position.
00:38Et force la Commission européenne et les États européens à défendre la levée des brevets auprès de l'Organisation mondiale
00:44du commerce.
00:45Et je vous dis ça juste avant qu'on commence.
00:48Mais j'ai compté, j'ai en conférence des présidents de groupe dans laquelle je siège, puisque je suis co
00:54-président de notre groupe de la gauche au Parlement.
00:56J'ai demandé pas moins de 11 fois à ce qu'un débat se tienne et qu'une résolution se
01:03tienne.
01:03Entre temps, on a réussi à augmenter le rapport de force, à faire voter plusieurs fois des amendements en faveur
01:08de la levée des brevets.
01:09Et puis au début de l'été, en juin dernier, on a réussi à faire voter une résolution qui appelle
01:15clairement à la levée des brevets sur les vaccins.
01:18C'est intéressant de voir que le rapport de force a évolué.
01:21Au début, il n'y avait que notre groupe qui était mobilisé.
01:23Puis petit à petit, on a réussi à gagner des voix.
01:26Maintenant, la bataille n'est pas terminée, puisque la balle est dans le camp de la Commission européenne,
01:33qui est en train de littéralement s'asseoir sur la demande du Parlement.
01:36Donc on sera là pour lui rappeler et rappeler notre vote pour qu'enfin, auprès de l'Organisation mondiale du
01:41commerce,
01:42l'Union européenne défende la levée des brevets.
01:44Vous le disiez à l'instant, vous avez commencé un peu seul à prêcher dans le désert du Parlement européen.
01:48Qui est-ce qui vous a rejoint ? Comment et sur quels arguments vous avez réussi à convaincre
01:53pour arriver à devenir majoritaire, si je comprends ce que vous venez de me dire sur cette question-là ?
01:57C'est vrai qu'au début, on était vraiment tout seul.
02:00Il n'y avait que notre groupe, alors notre groupe de la gauche au Parlement européen.
02:05Malheureusement, nous, tout seul, on n'avait pas la majorité.
02:07Mais petit à petit, on a réussi à interpeller le groupe des verts, puis le groupe des socialistes,
02:11et puis même des libéraux qui nous ont rejoints dans cette bataille.
02:15Et l'argumentaire, il est assez simple.
02:17Il est d'abord un argumentaire moral quand on voit que les pays riches préemptent 80% des vaccins dans
02:25le monde.
02:26C'est une inégalité insupportable.
02:29Il y a une question, évidemment, d'efficacité aussi.
02:32Si on ne vaccine pas la planète entière en même temps, le virus va muter et revenir comme un boomerang.
02:38On l'a déjà vu avec le variant Delta, qu'on appelait avant le variant indien, et ça risque de
02:44se reproduire.
02:45Et puis, je pense aussi qu'il y a une nécessité et un mot d'ordre qu'on a martelé
02:49de pas de profit sur la pandémie.
02:51Il est insupportable que des laboratoires pharmaceutiques qui ont produit ces vaccins grâce à de l'argent public,
02:58derrière, fassent des profits comme c'est le cas à l'heure actuelle.
03:03Pfizer, pour ne citer qu'eux, c'est plus 30% de profits en plus.
03:07C'est des PDG derrière qui rentrent dans le classement des plus riches milliardaires au monde.
03:15C'est le cas du PDG de Moderna, par exemple, qui est un Français, Stéphane Bancel.
03:19Et donc, il n'est pas normal aujourd'hui que la santé devienne un marché comme un autre et sur
03:27lequel on puisse faire des profits.
03:28C'est le message qu'on a martelé et on ne l'a pas fait seul, aux côtés d'associations,
03:33de syndicats, de la société civile,
03:35qui s'est mobilisée à travers une initiative européenne, pas de profit sur la pandémie,
03:38et qui nous a aidés à transformer cette mobilisation sociale en mobilisation politique et finalement avoir cette victoire,
03:46comme quoi on peut partir seul et à la fin être nombreux.
03:50Justement, on vous attaque quand même à forte partie.
03:52On connaît le poids des lobbies pharmaceutiques.
03:54Vous rappeliez actuellement l'argent qui a été réalisé ces derniers mois sur la question des vaccins.
04:00On sait comment ils ont une capacité de peser aussi de tout leur poids dans les débats.
04:05À quoi vous êtes confrontés concrètement vis-à-vis de ces lobbies-là ?
04:08Est-ce qu'ils essayent vous aussi de vous mettre la pression ?
04:11Oui, clairement. La raison pour laquelle l'Union européenne avance autant à tâtons,
04:17c'est clairement parce que derrière, il y a une influence de la part des grands lobbies pharmaceutiques.
04:22Il y a eu une étude d'une ONG qui s'appelle Corporate Europe Observatory,
04:26qui a regardé le nombre de rendez-vous entre la Commission européenne et les laboratoires pharmaceutiques.
04:31On en est à plus d'une centaine, 138 je crois exactement de mémoire,
04:34alors que par exemple, des rendez-vous de la part de Médecins sans frontières,
04:39qui se bat pour la levée des brevets, là, la Commission européenne n'a pas donné suite.
04:44Donc on voit aujourd'hui que la Commission européenne n'a cessé d'écouter les laboratoires pharmaceutiques.
04:52Et je vais même plus loin, je pense que la Commission européenne s'est couchée face aux laboratoires pharmaceutiques.
04:57Et ça, dès le début, puisque au début quand même, je rappelle que les contrats, encore aujourd'hui, ne sont
05:02pas publics,
05:03payés avec de l'argent public, pourtant on ne sait pas, on n'a pas toutes les clauses du contrat.
05:08C'est au bon vouloir des laboratoires pharmaceutiques.
05:12Un certain nombre de labos, ensuite, n'ont pas respecté le calendrier de livraison.
05:15Et puis maintenant, s'accrochent à leur sacro-saint monopole de production.
05:21Et ça, la seule vraie raison, c'est parce qu'à la fin, ce sont les laboratoires qui décident.
05:27Et donc à nous d'en reprendre le pouvoir, le pouvoir citoyen, sur ces laboratoires qui font l'appui et
05:32le beau temps à Bruxelles.
05:33Donc est-ce qu'on peut dire qu'en fait, derrière la problématique de la levée des brevets, il y
05:36a une question sanitaire, une question économique, mais aussi une question démocratique ?
05:41Bien sûr, c'est une question démocratique.
05:43Comment ça se fait qu'on a une poignée de laboratoires pharmaceutiques qui ont une puissance économique colossale ?
05:50Comment ça se fait que ce soit eux qui fassent la loi ? Et le tout dans la plus grande
05:55opacité.
05:57Et donc c'est une vraie question qu'on pose.
05:58Comment ça se fait que nous, parlementaires européens, nous n'avons pas accès aux détails des contrats qui sont signés
06:05avec notre argent, votre argent, notre argent collectif, entre les laboratoires et la Commission européenne ?
06:11Et donc c'est une vraie question démocratique qui accompagne une autre question qui est celle de savoir est-ce
06:18que la santé est un marché comme un autre ?
06:20Et pour moi, c'est une brèche qu'on a ouverte avec cette mobilisation autour de la levée des brevets
06:25et qui devrait être transformée pour faire en sorte que demain,
06:29on puisse aussi lever des brevets sur d'autres médicaments qui sont indispensables, je pense notamment face au sida, par
06:37exemple,
06:38et qu'on sorte littéralement la santé publique, les hôpitaux, de la logique du marché, qu'on le remette complètement
06:47dans le giron public.
06:48Ça, c'est une première leçon.
06:49Et puis la deuxième leçon, que les grands lobbies ne peuvent pas faire la loi à notre place et qu
06:55'on a un mandat démocratique pour le faire.
06:57Et il est temps que la Commission européenne, qui n'a par ailleurs aucune légitimité démocratique, vienne enfin rendre des
07:03comptes en la matière
07:04et que nous, qui sommes élus pour le faire, nous puissions directement faire la loi.
07:08On a vu qu'on a réussi à obtenir une première victoire grâce à la mobilisation, mais en tout cas,
07:12moi, en ce qui me concerne, je ne compte pas m'arrêter là.
07:15Merci Madame Aubry.
07:16Merci.
07:17Bonne fête.
07:17Merci. Super fête.