- il y a 20 heures
Après l'emprisonnement en Italie de la capitaine du Sea Watch 3, qui a débarqué 40 migrants sur l'île de Lampedusa après 17 d'errance en Méditerranée, deux eurodéputé.e.s dénoncent la criminalisation des sauveteurs, et proposent des solutions. Avec Malin Björk (GUE-GVN) et Damien Carême, ancien maire de Grande-Synthe (Verts-ALE).
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:11Bonjour à tous et à toutes. Maline Björk, bonjour. Vous êtes députée européenne, je le rappelle, de la gauche unitaire
00:17européenne gauche verte nordique.
00:19On ne va pas l'oublier, là, le gauche verte nordique. Et puis Damien Karam, bonjour. Vous êtes députée des
00:24Verts Alliance Libre Europe.
00:25Merci à vous deux d'être autour de cette table. Aujourd'hui, les ONG sont venus alerter le Parlement européen
00:32sur la criminalisation de tous ceux qui pratiquent le sauvetage en mer, spécialement en mer Méditerranée.
00:38C'est un processus qui est en cours depuis un certain nombre de mois, orchestré par plusieurs pays. On va
00:44voir aussi quel rôle joue là-dedans l'Union européenne.
00:47Le dernier épisode en date, ça a été l'arrestation samedi en Italie de la capitaine d'une navire de
00:52sauvetage, le Sea-Watch 3, Carola Raquette.
00:55Elle est entrée dans le port de Ampeduzza, dont elle a forcé, entre guillemets, un petit peu le passage, encore
01:01qu'on ne force pas le passage pour rentrer dans un port avec un navire.
01:04Mais enfin, la situation, elle avait 40 migrants à bord. La situation était devenue invivable.
01:08Elle a considéré que c'était de son devoir et du devoir de sauvetage des gens qu'elle avait à
01:13bord de les amener à un endroit où ils pourraient effectivement être pris en charge.
01:18Ça n'a pas plu du tout à l'Italie, notamment au ministre Matteo Salvini, ministre de l'Intérieur, qui
01:24a parlé d'un acte de guerre, entre guillemets.
01:27On s'aperçoit, et on va en reparler par rapport à ce qui s'est passé par la suite, qu
01:32'il y a un véritable déchaînement de haine.
01:34On n'en est même plus à la dénonciation, mais de haine contre, par exemple, Carola Raquette et son équipage.
01:40On a vraiment insisté... La haine est montée d'un cran, on a l'impression, dans cette affaire.
01:46Qu'en pensez-vous, Amaline Bior ?
01:48Je trouve que c'est vraiment très, très inacceptable que les ports européens soient fermés.
01:57Et évidemment que l'Italie a été en tête de ça, le gouvernement avec Salvini et les 5 étoiles.
02:03C'était eux qui ont commencé ce mouvement.
02:05Mais tous les autres, par leur silence, soit par leur silence, soit par leur actif soutien à cette politique-là,
02:13sont coupables de cette politique eux-mêmes aussi.
02:18Et donc voilà, la question, ce n'est pas seulement l'Italie.
02:20On aura toujours des gouvernements, je dirais, malveillants et même violents,
02:25violents et qui mettent en danger les vies des personnes dans la Méditerranée.
02:32Mais la silence des autres pays, incluant mon propre pays, la Suède, et beaucoup d'autres,
02:38et le soutien des autres pays comme Hongrie, etc., à cette politique de Salvini et son gouvernement,
02:44c'est pour ça que c'est une question européenne.
02:47C'est aussi une question européenne parce que si on n'accepte pas qu'ils font cette politique,
02:54ça cessera tout de suite.
02:56Et une des raisons pour lesquelles il peut continuer aussi, c'est parce qu'il dit « de toute façon,
03:00sinon c'est l'Italie qui va accueillir tous les migrants et réfugiés ».
03:05Et évidemment que ce n'est pas une situation durable.
03:09Il faut qu'on partage la responsabilité.
03:12Mais c'est une responsabilité, ce n'est pas une option, ce n'est pas une possibilité, c'est une
03:15responsabilité.
03:16Donc il faut ouvrir les ports, partager la responsabilité d'accueil des réfugiés et migrants,
03:22et ensuite, ce n'est pas des solutions politiques très faciles s'il y a la volonté politique.
03:29Alors, on le disait, c'est Montecrescendo, cette criminalisation de ceux qui portent secours aux migrants,
03:39spécialement à ceux qui leur portent secours aux migrants qui viennent de Libye.
03:43C'est Montecrescendo, par petites étapes.
03:45On a commencé à chercher des noises, des chicanes au premier navire.
03:49On se souvient de ce qui s'est passé avec l'Aquarius.
03:51Et là, on franchit vraiment un degré supplémentaire,
03:56avec le fait qu'on n'hésite pas à mettre une capitaine de navire en prison,
04:01ou on la passe devant un tribunal.
04:03Les navires qui vont sur les zones où peuvent se trouver des navires en détresse sont menacés.
04:10C'est-à-dire que le droit considère aujourd'hui que,
04:12si jamais par hasard un navire croise un bateau, un canot de migrants,
04:17bon, il peut leur porter assistance, ça c'est le droit maritime,
04:20mais qu'en revanche, il n'a pas le droit d'aller sur les zones où on est sûr qu
04:23'on va en trouver, en gros.
04:24On est dans une conception absolument aberrante, absolument ubuesque,
04:30de cette question qui est la réalité de notre temps.
04:33Des gens partent de Libye pour tenter de regagner les côtes européennes.
04:37Oui, c'est une tristesse infinie.
04:39Je reprends les termes que Salvini a sortis.
04:43Sauver des personnes, ça serait un acte de guerre.
04:45On en est où aujourd'hui ?
04:46Dans cette Europe, on est au siège à Strasbourg du Parlement européen.
04:50C'est quand même un monde.
04:51que cette Europe ne soit pas capable aujourd'hui d'organiser le secours de ces personnes
04:56et effectivement de partager la responsabilité de l'accueil de ces personnes.
05:00On ne doit pas tout faire reposer sur un pays.
05:02La deuxième responsabilité qu'a l'Europe, c'est celle de passer des contrats avec la Libye,
05:06de passer des contrats avec un certain nombre de pays pour qu'ils gardent ces personnes chez elles.
05:10On sait bien aussi ce qui se passe dans ces pays et comment l'esclavagisme, comment les viols, comment les
05:15violences sont perpétrées dans ces pays-là.
05:19C'est vraiment honteux que l'Europe soit complice de ces politiques-là.
05:23Il faut peut-être se rappeler les racines de la construction européenne.
05:27Et là, elles sont vraiment mises à mal, ces racines de la construction européenne.
05:31Et on s'aperçoit que finalement, ça a des effets.
05:34Ces campagnes dont on entend parler depuis quelques mois,
05:38il n'y a pratiquement plus aujourd'hui de bateaux qui vont porter secours.
05:42De fait, en réalité, en Méditerranée.
05:44Le résultat, c'est quand même ça, aujourd'hui.
05:46Si on fait un peu de marche arrière, on voit bien qu'il y avait des sauvetages en mer,
05:55il y avait le Marais Nostrum, etc.
05:58Mais on a fermé ces...
05:59Et donc, les associations volontaires, Open Arms, Sea Watch, etc.,
06:07ils sont allés parce qu'il n'y avait rien d'autre.
06:10Et que leur responsabilité, c'est de sauver les vies.
06:13Et à ce moment-là, en fait, c'est des échecs multiples
06:19qui font qu'on est là où on est aujourd'hui.
06:21Mais au moins, je veux dire, on ne peut pas rêver à une situation
06:25où la solidarité est criminalisée.
06:27Parce que s'il est criminalisé en mer,
06:30il sera criminalisé en montagne, quand on accueille, si on nourrit.
06:35Elle a été repartie en France, Méditerranée.
06:38Où est-ce qu'on va ? Où est-ce qu'on est, en fait ?
06:40Donc je pense que c'est à chacun de nos politiciens ou politiciennes ou pas
06:45d'agir contre ça.
06:47Et je pense que les actions concrètes de solidarité
06:50vont être ciblées de plus en plus.
06:53Donc il faut être de plus en plus nombreuses à les soutenir
06:57et les faire, pratiquement, aussi.
06:59Parce qu'on ne peut pas aller vers un futur
07:02où la solidarité humaine soit criminalisée.
07:06Ce que vous disiez tout à l'heure, on est dans la subversion,
07:10le retournement pur et simple des valeurs européennes.
07:12C'est ceux qui portent assistance qui sont les criminels.
07:14Vous vous rendez compte qu'aujourd'hui, il y a à peu près 5 personnes
07:17qui meurent par jour en Méditerranée.
07:18Tout le monde le sait et on ne fait rien.
07:21On est complices d'un véritable génocide,
07:23de ce qui est en train de passer aujourd'hui.
07:24Combien de temps va-t-on fermer les yeux sur cette situation ?
07:27Comment, en ce qui concerne la France,
07:29le pays dit des droits de l'homme
07:30va continuer à accepter cette situation-là ?
07:32Je pense qu'il y a vraiment un travail avec les citoyennes
07:35et les citoyens européens qui ne sont pas du tout,
07:38moi, je ne les sens pas pour avoir beaucoup tourné en France,
07:41je ne sens pas du tout un rejet de ces populations exilées
07:44sur le territoire.
07:45Je pense que c'est les hommes politiques
07:46qui orchestrent tout ça pour des intérêts très particuliers
07:49et qui participent en mettant en œuvre une politique
07:52qu'appelle l'extrême droite partout en Europe
07:54à l'avènement de l'extrême droite.
07:56Donc, permettre la solidarité,
07:59organiser cette solidarité, cette répartition,
08:01permettra aussi de combattre les thèses de l'extrême droite
08:04et la montée de l'extrême droite chez nous.
08:05Techniquement, j'allais dire tout simplement,
08:07au niveau européen à l'heure actuelle,
08:09qu'est-ce qu'il faut préconiser,
08:10qu'est-ce que vous préconisez
08:12pour tenter de prendre à bas le corps cette question ?
08:15Il y a une directive européenne
08:17qui s'appelle la Facilitation Directive,
08:20la direction d'assistance.
08:23Et il faut changer cette directive.
08:25Il faut aller revoir les textes
08:29pour qu'on déclare clairement
08:32qu'un acte de solidarité,
08:34quand on ne gagne rien financièrement,
08:37ça ne peut jamais être criminel.
08:39C'est au contraire.
08:41C'est ça qui fait une société.
08:43C'est ça qui nous lie ensemble
08:45quand on fait quelque chose pour l'autre
08:47sans gagner quelque chose personnellement.
08:52Alors ça, c'est une chose...
08:53Parce qu'on est des législateurs ici.
08:55Donc ça, il ne faut absolument pas regarder.
08:57Il faut regarder les législations
08:58qu'il faut mettre en place.
08:59Il faut aussi un sauvetage en mer européen.
09:01Il faut aussi arrêter...
09:02Ce qui n'existe pas, rappelons-le,
09:04il n'y a pas de sauvetage en mer européen.
09:05Il n'y a pas de service public du sauvetage en mer.
09:07Et il faut arrêter cette mise en œuvre d'une politique.
09:10On va arrêter les gens
09:12avant qu'ils arrivent même en Europe,
09:14qu'on paye les milices en Libye,
09:19qu'on paye Erdogan en Turquie, etc.
09:21Ça, il faut arrêter aussi.
09:22Et il faut ouvrir le port.
09:24Donc on est des législateurs.
09:25On peut beaucoup faire ici au Parlement européen.
09:26Mais on va le faire avec les citoyens.
09:28Et on va mobiliser ensemble.
09:30On va faire ça avec la solidarité
09:32qu'on crée la pratique.
09:34Et comme ça, on va avancer pas à pas.
09:36Et comme vous dites,
09:37il s'agit aussi d'arrêter l'extrême droite
09:40dans un de leurs terrains
09:42le plus fertile pour l'instant.
09:44Parce qu'ils ont ce terrain-là.
09:45Ils ont plein d'autres aussi.
09:47Antidémocratiques, contre le droit de l'homme,
09:49plus globalement.
09:50Mais ce terrain-là, il faut le prendre aussi.
09:53Est-ce que, ici, au Parlement européen,
09:56Damien Carême,
09:57il vous semble qu'on est prêt à aborder
09:59une nouvelle fois cette question
10:01qui avait été un peu laissée à l'abandon,
10:03il faut bien le dire,
10:04au cours des dernières mois,
10:05au cours de la fin de la précédente législature.
10:07Est-ce que vous pensez que c'est votre boulot à vous,
10:09par exemple, qui avait œuvré énormément...
10:12Je rappelle que vous êtes maire de Grande-Synthe,
10:13que vous étiez le maire de Grande-Synthe
10:14et que, pendant des années,
10:16vous avez œuvré pour l'accueil des migrants.
10:18Grande-Synthe est une ville de la banlieue de Dunkerque.
10:21Et vous avez montré que c'était possible,
10:23même si ce n'est pas facile non plus.
10:24Non, non, non.
10:25Est-ce qu'il vous semble qu'ici,
10:28vous allez vous attaquer à un nouveau défi
10:31et que c'est possible qu'on mette cette question-là
10:33à l'ordre du jour,
10:34avec les difficultés que ça présente ?
10:35C'est indispensable qu'on la mette à l'ordre du jour.
10:38On ne peut pas, en tant que parlementaire européen,
10:40laisser la situation en l'État.
10:42Donc, il faudra qu'on l'aborde.
10:43Le président qui vient d'être élu a ouvert le dossier
10:45en disant qu'il fallait qu'on retravaille
10:46la directive de Dublin.
10:47On va au moins rentrer par ce champ-là
10:50sur la directive de Dublin.
10:51Mais il y a la directive retour.
10:53Il y a plein d'autres directives.
10:55Il y a toute l'aide au développement
10:57qui est conditionnée aujourd'hui
10:58au fait que les pays gardent les migrants chez eux.
11:01Donc, c'est un ensemble qu'il faut remettre sur la table.
11:03Ça ne va pas être simple.
11:04Et comme c'était dit tout à l'heure,
11:07on va s'appuyer sur la société civile,
11:09sur les citoyennes et les citoyens européens
11:11pour faire pression sur les chefs d'État.
11:12C'est comme ça qu'il faudra qu'on y arrive.
11:14Et il faut raconter la véritable histoire
11:16de ces réfugiés et de ces exilés.
11:17Souvent, on est dans l'ordre du fantasme.
11:19On vient dire qu'ils viennent, en France par exemple,
11:22ils viennent prendre notre protection sociale,
11:24ils viennent prendre leur boulot à la place.
11:26On sait très bien que ce n'est pas vrai,
11:27que toutes les études économiques
11:28qui ont été faites à travers le temps
11:29montrent que ça rapporte du PIB au pays.
11:32Donc, il faut combattre aussi ces idées reçues.
11:35Il faut le faire savoir,
11:36il faut faire de la pédagogie
11:37et il faut s'appuyer sur les citoyens.
11:39Donc, ça ne va pas être simple ici au Parlement.
11:41On va être nombreux, je pense,
11:42à travers différents groupes, je pense,
11:44à porter ces politiques-là
11:46pour essayer de faire influer
11:47et de manière extrêmement rapide
11:49parce qu'il y a une urgence humanitaire à le faire.
11:51C'est ça.
11:52Et le problème, la question ne va pas s'évaporer.
11:55Les migrations sont un fait massif de notre temps.
12:00Je parlais ce matin également
12:01avec un député de la GUE également,
12:04Stélios Koulouglou,
12:05qui connaît bien la situation grecque.
12:06En Grèce aussi,
12:08les départs de la côte turque
12:10pour venir sur les îles grecques,
12:12de Lesbos, de Kios, etc.,
12:14ont repris d'une certaine manière.
12:15Donc, on est devant un phénomène
12:17que ne peut pas ne pas voir l'Union européenne aujourd'hui.
12:21Oui, voilà.
12:22Et donc, en fait, la question de ce qui se passe,
12:25il faut tout simplement abandonner
12:27l'idée d'une forteresse Europe.
12:30Et une fois qu'on abandonne ça,
12:32il y a plein de champs de possibilités qui s'ouvrent
12:35au niveau de l'accueil,
12:36au niveau du partage des responsabilités,
12:39au niveau du développement économique et social et autres.
12:42Mais il faut abandonner l'idée d'une forteresse
12:45parce que ce n'est pas digne de cette Europe,
12:49ce n'est pas digne de 2019,
12:50ni dans le futur.
12:52Donc, voilà, c'est un choix politique à faire
12:56et il sera très, très important
12:58pour le futur de cette Europe.
13:00C'est un thème qui est important
13:02aujourd'hui aussi dans l'opinion.
13:04Vous parliez tout à l'heure du lien
13:05que vous pouvez avoir, vous,
13:06en tant que député européen
13:06avec les gens qui militent à l'heure actuelle.
13:09On a un exemple ici avec les sauveteurs
13:11qui sont venus parler.
13:13Ce qui est bien, on les voit.
13:14On voit qui ils sont et on les écoute,
13:17on peut parler avec eux.
13:18Ça semble aujourd'hui fondamental
13:20que le député ne soit pas dans son coin ici isolé,
13:22mais que tout se fasse effectivement
13:24avec ce qui se passe à l'extérieur.
13:25Avec les ONG, avec les associations,
13:27avec les citoyens, avec tous ceux qui militent là-dessus.
13:29Et ça fera autant d'ambassadeurs
13:30qui viendront parler de ces migrations
13:32de manière différente qu'une invasion
13:34et qu'en France, c'est la théorie du remplacement.
13:38On n'en est pas du tout là.
13:40Et d'ailleurs, en France,
13:41moi qui parcours beaucoup de villes en France
13:43autour du problème de l'accueil de ces personnes-là,
13:45je peux vous dire qu'à chaque fois,
13:46même quand il y avait des réticences à accueillir,
13:48une fois que les lieux sont ouverts,
13:50ça se passe extrêmement bien
13:51avec les populations locales.
13:52Et vraiment, on abat tous les fantasmes.
13:54Donc, c'est vraiment à construire sur le terrain
13:56et on y arrivera là-dessus.
13:57Voilà.
13:58Merci à vous d'être venus nous en parler.
14:01Bien sûr, on continuera à suivre
14:03forcément, obligatoirement, cette question.
14:05Merci à vous
14:06et merci à vous qui nous avez suivis.
14:08À bientôt. Au revoir.
14:09Merci.
14:09Sous-titrage Société Radio-Canada
14:12Sous-titrage Société Radio-Canada