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  • il y a 1 jour
Sociologue et coordinateur général de la Fondation Copernic, Willy Pelletier analyse le mouvement des gilets jaunes et explique comment celui-ci participe à sauver la démocratie face au danger de l’extrême droite. Un entretien réalisé par Valère Staraselski.

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Transcription
00:00Willy Pelletier, bonjour.
00:01Bonjour.
00:02Donc vous êtes fondateur, coordonnateur de la fondation Copernic.
00:08Oui, absolument.
00:08On peut dire de vous que vous êtes un intellectuel engagé, militant.
00:13Vous êtes plutôt de ceux qui, non seulement interprétaient le monde, mais qui travaillent à transformer.
00:19Oui, en fait, tous les intellectuels sont engagés.
00:22Il y a des intellectuels qui se disent dégagés parce qu'en réalité, ils sont dégagés des milieux populaires et
00:28de la volonté de transformer le monde.
00:30Et ils sont plutôt dans la conservation du monde.
00:32Ce sont ceux-là qui se disent dégagés ou neutres ou purs, etc.
00:36Mais les intellectuels aux gants blancs, c'est vrai que ce n'est pas trop notre genre à la fondation
00:40Copernic.
00:41Et on le revendique.
00:43Alors vous enseignez dans l'Aisne.
00:47Et quand on vous dit, on voit que vous êtes au milieu des couches populaires.
00:51Vous n'êtes pas à côté ?
00:53Oui, absolument.
00:54Parce que si vous voulez, dans l'université de Picardie, moi je suis dans l'Aisne,
00:59dans l'université de Picardie, ce sont essentiellement des enfants de première génération à avoir le bac.
01:07Des enfants d'ouvriers, des enfants d'employés, des enfants de techniciens.
01:10Moi, je chéris ce poste qui me donne la possibilité de faire en sorte que les enfants des classes populaires,
01:16par l'école, aillent le plus loin possible et changent le destin de leur famille.
01:23L'école reproduit le capital culturel.
01:26Quand on peut essayer de fissurer, au moins de contrarier cette reproduction,
01:32ma foi, c'est le sentiment d'être utile.
01:36Donc en fait, quand on a le savoir, on a un peu de pouvoir, de pouvoir faire.
01:43Oui, alors ça dépend quel pouvoir, parce que moi j'estime que le pouvoir, il est nécessairement collectif.
01:49Et que ce sont des groupes sociaux qui ont le pouvoir.
01:53On le voit d'ailleurs aujourd'hui, avec qui colonise par exemple l'Elysée ou les ministères.
01:59C'est un groupe social particulier, une élite, une noblesse d'État néolibérale qui est faite de patrons,
02:09de DRH de grands groupes et qui s'en vont dans un profil de carrière maintenant assez bien typifié,
02:14qui s'en vont dans des hautes fonctions d'État pour revenir ensuite à de plus hautes fonctions du CAC
02:1940
02:20et revenir dans l'État avec une sorte de circularité qui casse l'État.
02:25Mais c'est vrai, mais il n'y a pas que ceux qui nous dirigent, il n'y a pas
02:28que ceux qui appartiennent au CAC 40
02:31qui ont, comment dire, un certain aveuglement ou en tout cas parfois même un certain mépris pour les couches populaires.
02:41On peut, si ces gilets jaunes ont occupé les ronds-points, c'est bien pour être au centre.
02:49En plus, Carrefour, c'est crucial. Donc on peut dire que la société française est quand même atteinte de cette
02:58cécité
03:00au-delà de ceux qui nous dirigent, non ? Dans les couches moyennes supérieures, par exemple.
03:05Oui, bien sûr. Moi, je ne parle pas de la société française parce que ça me semble un concept, une
03:10notion trop englobante.
03:12Il y a des classes sociales qui, d'ailleurs, se pensent comme classe ou pas.
03:17Les Pinçons-Charlot ont bien montré que la dernière classe sociale à se penser comme classe, c'était la haute
03:22bourgeoisie,
03:23avec ses lieux fermés, etc. Mais il y a des groupes sociaux, des catégories sociales où, évidemment, existent,
03:30je crois que c'est Marx qui le disait, les conditions d'existence déterminent les consciences.
03:34Donc existent, bien sûr, des cécités, des aveuglements, des mépris de classe, un racisme de classe même,
03:41qu'on a pu voir s'exprimer en large avec tous ces députés La République en marche,
03:52qui ne comprennent absolument pas ni le mouvement des Ilées jaunes, ni auparavant,
03:57que des étudiants pauvres, par exemple, pouvaient, contre la baisse des APL, de 5 euros.
04:03Ils ont commencé leur quinquennat comme ça, c'était tout un signe.
04:06S'insurger, parce que pour eux, 5 euros, c'est rien, c'est même pas un café, quoi.
04:10Mais pour un étudiant, c'est un repas, peut-être d'eux-mêmes, des fois.
04:14Alors, les sociologues, l'objet de la sociologie, c'est, je vais me dire si je me trompe,
04:20c'est l'étude des êtres humains dans leur relation sociale.
04:23C'est une définition possible.
04:25Les sociologues, ils ont vu venir ça, là, ce qui arrive ?
04:29Non, mais tant mieux.
04:31Parce que tous ceux qui le prétendent, à mon avis, sont globalement des charlatans.
04:36C'est Max Weber qui rémunissait beaucoup contre l'idée
04:41que les sociologues seraient des prophètes sociaux.
04:45Les professeurs de sciences politiques ou les politistes ne sont pas des prophètes électoraux
04:49et les sociologues ne sont jamais des prophètes sociaux.
04:51Et les économistes sont très rarement, d'ailleurs, des prophètes de l'économie réelle.
04:56Beaucoup d'économistes orthodoxes sont plutôt des idéologues de l'économie libérale.
05:01Donc, personne n'a vu venir ceci.
05:04Mais ça fait tout de même extrêmement longtemps que nous alertons
05:11contre ces mépris perpétuels dans lesquels sont tenus les classes populaires.
05:18Et qui sont absolument invisibles, non seulement du président des riches,
05:23on devrait plutôt nommer d'ailleurs le président des blindés,
05:25parce qu'il cumule la possibilité d'être le président des blindés de thunes
05:29et le président des blindés de la gendarmerie sur les Champs-Elysées,
05:31ce qui est tout de même assez rare.
05:34Mais donc, il est invisible de la part de cette caste libérale,
05:39mais invisible aussi de la part de tous ceux, finalement, qui décident,
05:44des DRH qui sacrifient des centaines de vies
05:47et qui se plaignent lorsqu'un bouton de leur chemise est déchiré.
05:51Bon, ben, moi, je suis du côté des gens qui se félicitent, oui,
05:55que ce bouton soit déchiré, parce que lui, il déchire des vies.
05:59Et c'est une autre histoire, et c'est une autre peine,
06:02et c'est un autre niveau de souffrance.
06:07Alors, avant d'en venir à la question peut-être centrale
06:10de qu'est-ce que ça peut exprimer, ce mouvement des Gilets jaunes,
06:14que ça peut exprimer d'essentiel,
06:17est-ce que vous n'avez pas l'impression qu'à gauche,
06:21on a fait passer la lutte, la bataille, l'action contre les discriminations
06:28en lieu et place de ce que j'appellerais, moi,
06:30la lutte pour les positions de classe,
06:33contre l'exploitation de classe.
06:34Est-ce que ça, ce qui peut être quand même...
06:38Est-ce que les Gilets jaunes, c'est pas le fait de dire aussi
06:42vous occupez de la périphérie, mais le centre, quand même, c'est nous ?
06:46Je caricature, mais est-ce qu'il n'y a pas quelque chose comme ça, quand même ?
06:51Les Gilets jaunes, moi, je l'appréhende comme une bataille pour la survie.
06:56Alors, c'est pas simplement une colère, je dirais peut-être tout à l'heure,
06:59en quoi c'est aussi un bonheur et c'est aussi une réconciliation, les Gilets jaunes.
07:04C'est une lutte pour la survie, mais c'est aussi fondamentalement une lutte pour l'égalité.
07:08Et c'est pourquoi, sous ce rapport de la lutte pour l'égalité,
07:12on ne peut pas différencier, séparer les luttes contre les discriminations des racisées,
07:21les discriminations envers les femmes perpétuelles, les harcèlements, etc.
07:25Et la lutte pour l'égalité sociale, ça participe d'une même et seule lutte,
07:30qui s'appelle la lutte pour le respect et la lutte pour ce qui nous est dû,
07:36pas pour l'aumône que s'en va verser, peut-être, peut-être,
07:41et dans quelle mesure ce n'est pas une entourloupe, on le sait maintenant, Macron,
07:46mais la lutte pour les fruits du travail que nous produisons comme richesse.
07:52Car les richesses, c'est le travail qui le produit.
07:55Et ce n'est pas le capital, le capital vole les richesses que le travail produit.
08:01Et donc, beaucoup de gens ont commencé vraiment à le comprendre,
08:05ont commencé vraiment à penser que ça suffisait.
08:09Alors, il y a certaines mesures qui ont cristallisé, évidemment, la colère,
08:12notamment la suppression de l'ISF, entre autres choses.
08:16On pourrait citer aussi le CICE, mais enfin, tous les frais bancaires
08:19qui s'accumulent dès que les gens sont endettés.
08:23Mais effectivement, ça devient terrible.
08:25Et on vit une drôle de période où, en réalité, une civilisation sociale
08:31conquise par les militants d'hier, les luttes d'hier, les militants communistes d'hier,
08:38les militants libertaires d'hier, les militants ouvriers d'hier,
08:41les militants féministes d'hier, toute cette civilisation sociale
08:44est aujourd'hui attaquée.
08:46En fait, Macron, pourrait-on dire, a commencé comme Brutus,
08:50en assassinant son père politique.
08:52Et il se fait maintenant Néron, qui s'en va brûler Rome,
08:56qui s'en va brûler une civilisation sociale,
08:58dans une étrange noce du fric et des coups de tri.
09:02Bon, ben, tout ça, ça ne peut pas continuer.
09:04Donc, on est bien d'accord qu'il n'est pas au bout de ses peines.
09:07Mais quand même, je ne veux pas m'apesantir là-dessus,
09:12mais je le fais un peu quand même.
09:13Il y a un loupé quand même à gauche.
09:15Parce que moi, ce que j'ai vu ces dernières années, ces dernières décennies,
09:20c'est quand même des luttes contre la discrimination.
09:23Et vous avez raison, intellectuellement, vous avez raison.
09:25Mais dans la pratique, la lutte pour l'égalité, l'égalité sociale,
09:29elle est quand même passée au second plan.
09:32Je parle dans les pratiques.
09:34Vous ne pensez pas ?
09:35Tout est passé au second plan.
09:37C'est-à-dire que comme la gauche a été à droite,
09:40à chaque fois qu'elle est arrivée au pouvoir, quasiment,
09:42il serait bon qu'on ait enfin une bonne gauche, j'allais dire,
09:46qui arrive un peu dans la face des gens qui ont tout
09:51pour aider ceux qui n'ont rien.
09:54Je lisais hier un mot de Guy Mollet qui disait
09:57« Je ne suis pas un ministre socialiste, je suis un ministre ».
10:01Moi, j'aimerais bien qu'il y ait enfin des communistes, des socialistes,
10:04de toutes les couleurs de la gauche,
10:06qui soient d'abord, premièrement, des communistes ou des socialistes
10:09avant d'être récupérés comme ministres,
10:11et comme disait Pierre Bourdieu,
10:13dominés par leur domination, hérités par l'héritage.
10:17Parce qu'on a besoin, aujourd'hui, d'une vraie redistribution,
10:23non seulement des richesses, mais des dignités et des égalités.
10:27Et cela n'est pas une histoire de couleur de peau.
10:31Ce n'est pas une histoire de quand on est arrivé,
10:34quand on fait partie de la classe ouvrière, on en fait partie,
10:37quelle que soit sa couleur de peau.
10:38Enfin, j'ai la faiblesse d'être encore sur ce qui pourra apparaître
10:42aux libéraux bien-pensants et belles-âmes comme des vieilles lunes,
10:45mais qui sont analytiquement de plus en plus d'actualité, je crois.
10:50D'accord. Donc, voilà, c'est un mérite de la clarté.
10:52Alors donc, vous citez Guy Mollet, je citerai le général de Gaulle,
10:56qui disait « Les possédants sont possédés parce qu'ils possèdent ».
10:59Absolument.
11:00Et donc, on voit où ça mène.
11:03Il y a, pour continuer un peu dans mon propos,
11:05il y a quand même, disait un chroniqueur du journal Le Monde hier,
11:12un silence assourdissant du côté des milieux artistiques aujourd'hui, culturels.
11:19Est-ce que ça dénote pas, ça connote pas quelque chose justement de ce que je disais,
11:24c'est-à-dire cette invisibilité quand même ?
11:27Je ne sais pas, je prends un exemple.
11:28Dans le domaine du cinéma, les couches populaires s'identifiaient à Jean Gabin,
11:35qui avaient des rôles, la bête humaine, etc.
11:38Ils s'identifiaient à un certain nombre de comédiens ou d'actrices
11:41qui étaient, qui représentaient ces milieux.
11:43Est-ce qu'il n'y a pas eu une rupture, une fracture,
11:48mais qui remonte à assez loin ?
11:50Oui, il y a eu une invisibilisation des milieux populaires dans l'art,
11:55pourrait-on dire.
11:56Mais en même temps, l'art est dans la rue.
12:00Il a sans doute été dans la rue maintenant, plus qu'auparavant.
12:06On le voit avec toute cette jeunesse qui se réapproprie la rue.
12:10Et puis sur les ronds-points, l'art était dans la rue, sur les ronds-points.
12:15Nous, je vois, dans le soissonnais, il y avait une sono qui diffusait,
12:19et c'était d'ailleurs vraiment, ça me mettait les poils, comme on dit,
12:25qui diffusait de la musette, qui diffusait de l'électro,
12:27qui diffusait du rail, qui diffusait du zouk, etc.
12:32Donc une population mélangée.
12:35L'art n'est pas réservé à ceux qui sont consacrés à artistes.
12:39L'art, il s'invente aussi dans les pratiques populaires,
12:43qui sont un art non consacré par les dominants,
12:47mais qui sont aussi de l'art, y compris un art de vivre.
12:50Donc en fait, ce que j'appelle moi, cette confiscation,
12:55va peut-être trouver un terme dans ce mouvement, dans cette dynamique,
12:59parce que vous avez raison, je pense, d'insister là-dessus.
13:02D'ailleurs, vous-même, vous avez raconté,
13:04quand vous avez écrit des choses qui sont fort intéressantes,
13:07et qui sont, comment dire, qui touchent, je ne sais pas,
13:10je disais, un intellectuel du milieu,
13:11parce que vous êtes au milieu, vous n'êtes pas en surplomb.
13:14Et en fait, ce qu'il apparaît dans ce que vous écrivez,
13:18c'est que si on peut résumer, en tout cas,
13:21une des caractéristiques essentielles du mouvement des Gilets jaunes,
13:25c'est la solidarité, qui corrobore votre visée politique.
13:31Absolument.
13:32Beaucoup de personnes qui voulaient défendre les avantages des plus riches
13:36ont dit que ce mouvement n'était pas démocrate.
13:38Il était, au contraire, extraordinairement démocrate.
13:41C'était la démocratie solidaire contre ces modernisations libérales
13:45qui nous rendent solitaires, qui nous rendent chacun seul,
13:48et notamment dans le monde rural pauvre,
13:50où il y a eu beaucoup de votes, Le Pen.
13:52Si vous me permettez, j'y reviendrai en une seconde,
13:54c'est très important.
13:58Contre le chacun seul, contre le chacun sa merde,
14:00contre cette sorte de sauf-qui-peu général dont la générale s'appelait Marine Le Pen.
14:07Eh bien, là, des pratiques de solidarité, de covoiturage,
14:11de prêts d'outils, de garde d'enfants, de coups de main en informatique,
14:14et qui vont déborder le mouvement des Gilets jaunes,
14:17ont vu le jour.
14:19Ce fut une démocratie féministe.
14:21On le dit trop peu, voilà.
14:24Parce que les femmes, sur les ronds-points,
14:27étaient, avec les garçons, jamais harcelées.
14:32Jamais harcelées.
14:33Jamais considérées simplement réduites à leur genre.
14:37Ça se trouve où, ça ?
14:38Chez les professionnels de la politique ?
14:40Dans les entreprises ?
14:41Nulle part.
14:42Mais par contre, en milieu populaire qui se bat,
14:44c'était le cas.
14:45Une démocratie solidaire, une démocratie par en bas,
14:49une démocratie féministe.
14:51Et puis enfin, je crois que ce mouvement,
14:53on verra les résultats,
14:55mais participe à sauver la démocratie contre Marine Le Pen.
14:59Parce que moi, je me souviens,
15:01c'était un exemple d'un jeune gars que j'ai vu encore,
15:05il y a deux jours, Johan.
15:07Au départ, il me disait,
15:10bon, moi, je n'aime pas les bougnoules.
15:11Il avait voté Marine Le Pen, etc.
15:13Et puis, on était tous mélangés sur les barrages.
15:18Il est tombé amoureux, d'ailleurs, de Malika.
15:20Il est plombier.
15:22Les dimanches, il est passé Oussoune et Hassan et Luna,
15:27pardon, qui sont les parents de Malika,
15:30où il refait la plomberie, etc.
15:31Et ses meilleurs potes, maintenant,
15:33sont des jeunes beurre et des jeunes blacks.
15:36Et il me dit, en fait,
15:38ça a fait sauter des bouchons dans ma tête,
15:40je prends ces mots,
15:41ça a fait sauter des bouchons dans ma tête,
15:43ce mouvement.
15:46Mais on a tous les yeux bleus dans les gyrophards.
15:50Mais ce que vous dites là, bien sûr,
15:52c'est, à mon avis, l'essentiel.
15:54C'est-à-dire que c'est dans l'action,
15:56dans la dynamique,
15:57dans la lutte pour la dignité,
15:59pour le respect.
16:00Et donc, vous dites solidarité,
16:03donc une solidarité qui montre d'ailleurs
16:05que les mœurs ont changé,
16:07les mœurs peuvent changer,
16:09vers plus d'émancipation.
16:11Mais vous parliez aussi
16:13beaucoup d'entraide,
16:14d'entraide sociale.
16:15Oui.
16:16Et...
16:17C'est comme ça que les partis politiques
16:19peuvent se reconstruire.
16:20Parce qu'il ne faut pas se leurrer,
16:22les partis politiques de gauche
16:23ont aujourd'hui un vrai problème
16:25d'assises populaires,
16:26d'ancrage dans les milieux populaires.
16:27Oui, on le disait tout à l'heure.
16:28Voilà.
16:29Ils fonctionnent beaucoup en vase clos,
16:32comme...
16:33On peut dire que l'entre-soi
16:34est aussi,
16:36et peut-être même l'endogamie,
16:38presque,
16:38je reprends une expression,
16:41caractérise quand même
16:44le fonctionnement,
16:45pas complètement,
16:46mais quand même de ces partis.
16:48Absolument.
16:49On vient de...
16:50Pardon, excusez-moi,
16:50ils ont une chance là,
16:51de sortir de ça.
16:52Je pense qu'ils ont une chance historique.
16:54Et il serait infiniment grave
16:56qu'ils ne la saisissent pas.
16:57Ce sera peut-être la dernière.
16:58On vient de publier,
17:00coordonner avec Daniel Gaxi,
17:02un ouvrage
17:03qui s'appelle
17:04« Que faire des partis politiques »
17:05où la conclusion est exactement...
17:08Je l'ai là,
17:09je le montre à la caméra.
17:11...est exactement celle-ci.
17:12C'est-à-dire que...
17:13C'est une édition du croquant, pardon.
17:14Voilà, l'édition des croquants,
17:16tout à fait.
17:16C'est sorti en octobre.
17:19Et de fait,
17:20la conclusion est celle-ci.
17:22Elle est que
17:22les partis de gauche
17:24ont aujourd'hui été dévalués
17:26dans les milieux populaires
17:27pour plein de raisons,
17:28mais notamment parce qu'ils n'ont rien
17:29apporté de concret au milieu populaire.
17:31Rien.
17:32Et donc,
17:33il serait temps
17:33qu'ils apportent maintenant
17:34des aides concrètes.
17:35C'est pourquoi nous plaidons
17:37pour des partis
17:38dont les permanences
17:39soient des zones
17:41d'entraide sociale.
17:42D'entraide sociale
17:43pour des droits,
17:44d'entraide sociale
17:45pour,
17:46y compris,
17:48céder,
17:49je ne sais pas,
17:49en informatique,
17:50pour s'apprendre des choses
17:51comme les bourses du travail.
17:52auparavant,
17:53étaient des lieux
17:54d'entraide dans le mouvement ouvrier,
17:56d'entraide pour,
17:57même,
17:58préparer des entretiens d'embauche,
18:00même préparer des accueils
18:02dans les CAF,
18:03même,
18:04y compris,
18:05aider pour les impôts,
18:06pour les plus âgés
18:07qui subissent
18:08la fracture numérique,
18:09etc.
18:10Mais,
18:10soit des entraides sociales,
18:12ou y ait même,
18:12y compris,
18:13des médecins
18:14qui puissent exercer
18:16de façon bénévole.
18:19Il y a mille possibilités
18:20d'entraide,
18:21mais qu'enfin,
18:22ces parties servent
18:23concrètement
18:24les milieux ouvriers
18:25qu'ils doivent représenter.
18:27Ou bien,
18:28ça n'existera plus.
18:31Les parties de classe,
18:32comme on les a connues auparavant,
18:34si ce n'est qu'existeront
18:36comme parties de classe,
18:37les parties de droite
18:38et d'extrême droite,
18:40qui sont des parties
18:41de la bourgeoisie mobilisée.
18:42C'est ça,
18:43comme vous qui êtes
18:44un spécialiste,
18:46vous connaissez bien
18:46l'œuvre de Tocqueville,
18:47il disait,
18:48on est de sa classe
18:48avant d'être de ses idées.
18:50On peut dire
18:50que les possédants
18:51sont vraiment
18:52de leur classe
18:53avec leurs idées.
18:55Alors,
18:56sur ce que vous dites
18:57des parties politiques
18:58et notamment à gauche,
19:02oui,
19:02l'entraide,
19:03moi,
19:04je vois ça
19:04comme un pan
19:05absolument nécessaire
19:06qui existait,
19:08mais quelle visée ?
19:09Parce que,
19:10comme le disait
19:11le directeur
19:13dans son édito
19:14de l'Humanité Dimanche,
19:15le directeur de l'Humanité,
19:16Patrick Puyaric,
19:18il y a
19:18comme un ébranlement.
19:20Mais aujourd'hui,
19:21il y a
19:22comme un ébranlement.
19:23Et donc,
19:24cet ébranlement,
19:25c'est évidemment
19:26pour se retrouver
19:28et s'aider
19:29à vivre,
19:30ce qui est,
19:30à mon avis,
19:31une condition sine qua non,
19:32sans laquelle rien n'est possible.
19:34mais quelle visée on peut ?
19:36On voit bien
19:37que le système
19:38dans lequel nous sommes
19:39est un système mortifère
19:41et on voit bien
19:43que ce système
19:45n'est pas capable
19:46d'offrir une alternative,
19:48je veux dire,
19:48en même temps écologique,
19:50absolument,
19:50je veux dire,
19:52vitale
19:52et de répondre
19:54aux besoins,
19:55enfin,
19:55je veux dire,
19:55à des besoins
19:56élémentaires
19:57pour des gens
19:58qui sont dans la précarité.
20:00Donc,
20:00oui,
20:01à l'entraide,
20:02mais encore,
20:04je pense qu'il faut
20:05placer au cœur
20:06de la politique
20:07l'égalité.
20:09L'égalité
20:10des possibilités
20:11de réussite à l'école
20:12et par exemple
20:13en élevant
20:13énormément les bourses
20:15pour permettre
20:16aux personnes,
20:17les étudiants,
20:18pour un sur deux
20:19travaillent
20:20pendant qu'ils font
20:22leurs études.
20:22Évidemment,
20:23ça ne produit pas
20:23les mêmes types
20:24de résultats.
20:25Donc,
20:25l'égalité
20:26dès le plus jeune âge,
20:28l'égalité
20:28en matière
20:30de redistribution
20:31des richesses
20:31parce que
20:34ce ruissellement
20:35dont on a parlé,
20:36il va aujourd'hui
20:36du bas
20:37vers le haut
20:38au lieu d'aller
20:39du haut vers le bas.
20:39Donc,
20:40reconstruire
20:41un système
20:42d'imposition
20:42qui redistribue,
20:44une égalité
20:44aussi
20:45qui empêche
20:48des revenus
20:49d'être
20:50obscènes.
20:51Nous,
20:52à la Fondation Copernic,
20:53l'an prochain,
20:53nous publions
20:54un ouvrage
20:54pour un revenu maximal.
20:57Il y a des revenus
20:58minimaux,
20:58il devrait y avoir
20:59socialement admis
21:01par référendum
21:02peut-être
21:02dans une société
21:03un niveau maximal
21:04de revenu.
21:06L'égalité.
21:06Et puis,
21:07ce qui est
21:09la garantie
21:10de l'égalité,
21:12une civilisation
21:13des services publics.
21:14Cette civilisation sociale
21:16dont je parlais
21:17tout à l'heure
21:17est une civilisation
21:19des services publics.
21:20sans services publics,
21:21le tissu
21:22des solidarités
21:24se défont.
21:25Le rapport
21:26avec ce que
21:26l'État
21:27peut faire
21:28pour nous,
21:28ce que représente
21:29même l'impôt
21:30se défait.
21:31Il faut donc
21:32aujourd'hui
21:33que les services publics
21:34sont encore
21:35en train
21:36d'être attaqués
21:36et ont été
21:37tellement défaits,
21:38refaire les services publics.
21:40Et nous proposerons
21:41dans peu de temps
21:42un programme,
21:44on espère
21:44un programme commun
21:45de reconstruction
21:46d'une civilisation
21:48des services publics.
21:49un programme
21:50de gouvernement
21:50car la gauche,
21:52moi je viens
21:52du socialisme libertaire,
21:55mais je pense
21:55que la gauche
21:56ne peut plus
21:56aujourd'hui
21:57se payer de mots.
21:59Elle doit gouverner.
22:00Elle doit gouverner
22:01autrement,
22:02non pas verticalement.
22:03Elle doit inventer
22:04des procédures
22:05de gouvernement
22:06qui associent
22:07dans la co-construction
22:08des décisions
22:08les usagers
22:10qui vont subir
22:11ces décisions.
22:12Mais la gauche
22:12doit gouverner.
22:13Qu'entends-je
22:14par la gauche ?
22:15Toutes les traditions
22:16de la gauche,
22:17les vertes,
22:18les roses,
22:18les noirs,
22:20les rouges,
22:21toutes les couleurs
22:22arc-en-ciel
22:23de la gauche
22:23doivent aujourd'hui
22:24céder pour gouverner.
22:27On ne peut plus
22:28se payer le luxe
22:29des compétitions électorales
22:30qui au total
22:32accouchent de quoi ?
22:33De quelques célébrités,
22:34de quelques députés.
22:36Mais pour quels résultats
22:37qu'on crée ?
22:38Les résultats qu'on crée,
22:39moi je les vois
22:39quand on va faire
22:40nos courses à Cora
22:41et qu'on voit
22:42des petites jeunes filles
22:43caissières en CDD
22:44dans l'insécurité
22:45absolue
22:46et dans l'impossibilité
22:48de se construire
22:48un avenir
22:49ou des jeunes garçons
22:50d'ailleurs.
22:51Pareil,
22:52ça, ça ne peut plus durer.
22:53Et il est de la responsabilité
22:55de notre génération,
22:56de nos générations
22:57maintenant,
22:58de s'unir
22:58pour gagner.
23:00Si nous ne le faisons pas,
23:01nous ne serons pas
23:02à la hauteur
23:02de ce que les luttes
23:03du passé
23:04nous ont légué.
23:05Alors,
23:06on entend bien
23:07l'urgence
23:08à être responsable,
23:10c'est-à-dire
23:11à prendre des choses
23:12en main
23:12pour gouverner.
23:14On entend bien aussi
23:15dans ce que vous dites
23:16que le logiciel
23:17c'est l'égalité,
23:18l'égalité de traitement
23:20mais d'accès aussi.
23:22Et donc là,
23:22évidemment,
23:25on contre-carte
23:26complètement,
23:26ça se télescope
23:27avec la pratique
23:30de la capitalisme
23:31tel qu'il est aujourd'hui.
23:34mais tout de même,
23:36pour en revenir
23:37à ces gilets jaunes,
23:38pour en revenir
23:38à ces couches populaires
23:40qui étaient invisibles,
23:42le lien entre démocratie
23:43et politique
23:45et démocratie sociale
23:46parce que Robespierre disait
23:49je ne parle pas
23:51au nom du peuple,
23:52je suis du peuple.
23:53Aujourd'hui,
23:5450% de la population
23:55française active
23:56est ouvrier et employé.
23:58Il y en a que 2,5%
23:59à l'Assemblée nationale.
24:01Quel message
24:02vous pourriez donner
24:03ou qu'est-ce que
24:04que vous pensez
24:04qu'on puisse faire maintenant
24:06pour que ces gilets jaunes,
24:09pour que ces couches populaires
24:12se réapproprient
24:13la politique
24:15dans toutes ses dimensions,
24:16y compris dans la pratique,
24:17y compris en s'engageant ?
24:18Aujourd'hui,
24:19on vit une démocratie
24:20censitaire,
24:21en réalité.
24:22Cette démocratie
24:23n'est qu'un mot.
24:25Elle n'a de démocratie
24:26que le nom.
24:27On a un président
24:29de la République
24:30qui s'espérait Jupiter
24:32et qui est Janus,
24:34Janus aux deux visages,
24:36où il fasse...
24:37Voilà.
24:38C'était donc ce dieu
24:39qui avait...
24:39Ce dieu aux deux visages.
24:41Et l'un de ces visages,
24:42à Macron,
24:43est Marie-Antoinette
24:44et l'autre père Ubu,
24:45probablement.
24:46Et alors,
24:47dans cette situation,
24:49qui est une situation bloquée,
24:50que faire
24:51quand on a
24:52des partis politiques
24:53qui représentent
24:54si peu
24:54les classes populaires.
24:56Avec Daniel Gaxi
24:57et tous les auteurs
24:58de l'ouvrage
24:58Que faire les partis politiques,
24:59là aussi,
25:00c'est le second volet,
25:01j'allais dire,
25:01de notre proposition finale,
25:05qui est de considérer
25:07que doit être conditionné
25:09le financement
25:09des partis politiques.
25:12Paradoxalement,
25:13aujourd'hui,
25:13les partis politiques
25:14sont très financés
25:15par l'argent public.
25:16Par l'argent public ?
25:18Bien.
25:18Mais l'argent public,
25:19c'est aussi
25:19l'argent des classes populaires.
25:20bien sûr,
25:21qui payent l'impôt.
25:22L'impôt,
25:23c'est-à-dire notamment
25:24fortement les taxes,
25:25qui sont extraordinairement
25:26inégalitaires.
25:27Et très peu,
25:28finalement,
25:29le seul impôt
25:30qui redistribue
25:31un tout petit peu
25:31l'impôt progressif.
25:32Mais nous proposons
25:34que soient conditionnés
25:36les financements
25:37des partis politiques
25:38avec des règles
25:39de parité sociale.
25:42La parité entre hommes
25:43et femmes
25:44a réussi à être mise en place.
25:46La parité sociale
25:47doit pouvoir être mise en place
25:48avec une reprise
25:50et une représentation
25:51à déterminer,
25:53on propose des chiffrages,
25:56mais une représentation
25:57obligatoire
25:58des ouvriers
25:59et des employés
26:00sur les listes
26:02et parmi les candidats,
26:04sous peine
26:04de voir
26:06les financements
26:07de partis partis politiques
26:08en question
26:08baisser
26:09ou n'exister plus.
26:12il n'est plus possible
26:14de vivre dans la démocratie
26:15censitaire
26:16que j'évoquais.
26:17Les personnes,
26:18aujourd'hui,
26:18ne votent plus.
26:19Pourquoi ?
26:20Pour de bonnes raisons.
26:21Elles ont voté.
26:22Moi, je me souviens
26:22de Sylvie,
26:23il y a trois jours,
26:24qui me dit
26:24« Moi, j'ai voté,
26:25j'ai voté non.
26:26J'ai voté non au TCE. »
26:28TCE, rappelé ?
26:30Voilà,
26:30le traité constitutionnel européen
26:32en 2005.
26:33En 2005, oui.
26:34Et pour lequel,
26:35d'ailleurs,
26:36Copernic avait lancé
26:37au départ
26:37l'appel des 200
26:39contre ce traité,
26:42réuni à Versailles,
26:43pourrait-on dire
26:44les Versaillais,
26:45députés et sénateurs confondus,
26:47ont voté
26:48les principales dispositions.
26:49Donc,
26:50quand le peuple vote,
26:51il se voit trahi.
26:52Il se voit trahi
26:54d'abord par qui ?
26:55Par des gens
26:55qui n'ont aucune attache populaire,
26:58qui ne connaissent
26:59aucun employé,
27:00je l'ai dit,
27:00aucun ouvrier.
27:01Alors,
27:02à partir de là,
27:03ils sont hors sol,
27:05hors sol social.
27:07Et ça,
27:08il faut que les partis politiques
27:09soient inscrits dans la loi,
27:11cette nécessité
27:12de faire la démocratie,
27:13enfin,
27:14si l'on veut
27:14qu'elle soit représentative,
27:16moi,
27:16je préférais qu'elle soit
27:17le plus possible directe,
27:18mais si l'on veut
27:19qu'elle soit représentative,
27:20qu'elle représente
27:21la population.
27:22Aujourd'hui,
27:23on a un sommet
27:26qui est dans la lune
27:27d'un point de vue social
27:29et puis une population
27:32qui est laissée à l'abandon.
27:35et ça ne peut plus durer.
27:37Donc,
27:38il faut l'union de la gauche,
27:39un programme commun
27:40d'union de la gauche
27:42qui soit applicable
27:45et qui soit porté
27:46par des partis
27:47qui s'encastrent de nouveau
27:49dans les milieux populaires.
27:50Au moins,
27:51est-ce notre souhait ?
27:55Écoutez,
27:55Willy Pelletier,
27:56merci.
27:56Je rappelle donc
27:57le titre de l'ouvrage
27:59que vous avez co-écrit
28:01avec Daniel Gagsy
28:02aux éditions Le Croquant.
28:04Que faire des partis politiques ?
28:06Donc,
28:07la question démocratique
28:08est au centre.
28:09La question de l'égalité,
28:10j'imagine aussi.
28:12Ce numéro de Libre Parole
28:14est terminé,
28:15mais comme le disait Pasolini,
28:17la vérité n'est pas dans un rêve,
28:19mais dans plusieurs.
28:19Donc,
28:21on s'attache à,
28:23comment dire,
28:24à inviter des personnalités
28:27de points de vue différents,
28:28bien sûr,
28:29indépendantes et progressistes.
28:31Rendez-vous jeudi prochain
28:34à la même heure
28:35pour une émission
28:37sur les besoins énergétiques,
28:41les besoins en énergie
28:42et la transition écologique.
28:44Comment faire en sorte
28:46que cette contradiction
28:47ne soit pas antagonique,
28:48car il y a des solutions.
28:50Merci,
28:51merci Willy Pelletier
28:53de la Fondation Copernic.
28:55Merci d'être venu ici
28:56répondre aux questions d'humanité
28:58et à jeudi prochain.

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