00:01Laissons la peur du rouge aux bêtes à cornes.
00:04C'est une de ces jolies phrases qui avait fleuri en mai 68
00:08et qui visait ce qu'on appelle aussi la bêtise au front de Taureau.
00:12Cette bêtise anticommuniste qui traverse l'histoire, qui a traversé l'histoire.
00:17Alors, bêtise, oui et non, parce qu'on ne peut quand même pas imaginer
00:20que les rédacteurs du Figaro, qui ont, il y a deux jours,
00:24pour envoyer un véritable bombardement sur Jean-Luc Mélenchon de stupidité,
00:30croire à ce qu'ils écrivent, les chars soviétiques bientôt, place de la Concorde,
00:35pourquoi pas, on l'a dit, des puits de grenouilles,
00:37l'homme au couteau entre les dents qui mangeait petits-enfants, etc.
00:40Bon, tout ça est évidemment parfaitement ridicule.
00:42Mais ils n'y croient pas, mais ils le font, pourquoi ?
00:45Parce que ça obéit un objectif politique qui est d'agiter, comme au bon vieux temps,
00:49de la guerre froide, le spectre du communisme, pour faire peur aux bourgeois
00:54et donc pour sauver la candidature de François Fillon, doublée aujourd'hui par Jean-Luc Mélenchon.
01:00Mais ce qui est surprenant, c'est que d'autres se prêtent au même jeu,
01:03et notamment Emmanuel Macron, qui lui aussi parle du programme communiste de Jean-Luc Mélenchon,
01:09et qui du coup, je dirais, tombe un peu le masque,
01:12parce que ni de droite ni de gauche, oui, mais enfin quand même plutôt de droite,
01:15puisque au fond, celui qui était prétendument rassemblé depuis d'anciens communistes
01:23jusqu'à des gens du centre et justement des gens de droite,
01:26et bien dans cette charge ridicule, accusant Jean-Luc Mélenchon de communisme,
01:32il tombe le masque en effet, et il est effectivement bien de droite.
01:36Mais arrêtons-nous un instant sur ce mot communiste.
01:39Après tout, oui, pourquoi pas ?
01:41Parce que si être communiste, un programme communiste, c'est être pour davantage de justice sociale,
01:46pour davantage d'égalité, pour mettre en cause le pouvoir de la finance sur l'économie,
01:50pour plus de démocratie politique, n'en rajoutons pas,
01:54après tout, oui, pourquoi pas être communiste ?
01:57Mais Jean-Luc Mélenchon n'a jamais prétendu cela,
01:59et de toute manière, son programme, lui, est un programme profondément transformateur,
02:03et là n'est pas la question de l'appeler ceci ou cela.
02:06Bref, ce qui est encore aussi surprenant, c'est de voir François Hollande s'associer
02:10à cette campagne anti-Mélenchon, en disant en filigrane qu'en vérité,
02:15son candidat n'est certainement pas Benoît Hamon, mais Emmanuel Macron.
02:21Donc voilà, alors tout ça pourquoi ?
02:23Tout simplement parce que la candidature de Jean-Luc Mélenchon,
02:25à l'évidence, commence sérieusement à inquiéter, je dirais,
02:29ceux qui pensaient avoir distribué les cartes entre eux.
02:32Mais cette candidature de Jean-Luc Mélenchon,
02:35ce n'est pas seulement la candidature d'un homme, aussi talentueux soit-il,
02:38et là, personne ne le conteste.
02:40C'est, en fait, ce qui se passe, c'est que beaucoup de commentateurs
02:44avaient sans doute oublié qu'il y avait en France une gauche,
02:47et pas seulement une gauche des appareils,
02:50mais au contraire, une gauche des gens, une gauche du peuple.
02:53Les gens qui sont venus écouter Jean-Luc Mélenchon dans ses meetings,
02:56à Marseille, à Lille, il y a deux jours,
02:58ces gens-là, ce sont des syndicalistes, des gens des associations,
03:01ce sont des communistes, des socialistes, des écologistes,
03:04tous ces gens-là, ils ont des parcours,
03:06ce sont des gens qui réfléchissent, qui ont une intelligence collective.
03:08C'est cette intelligence collective qui est en marche.
03:11Et alors, ce qui est en train de se passer,
03:13c'est peut-être, je dirais, comme dirait Hegel,
03:16l'entrée de la raison dans l'histoire,
03:18ou peut-être que c'est le moment où les idées deviennent une force matérielle.
03:21En tout cas, il y a encore trois semaines, un mois,
03:24on pensait sans doute à cette phrase de Mark Twain,
03:27« C'était impossible, alors ils l'ont fait.
03:29Aujourd'hui, nous savons que c'est possible, alors faisons-le. »
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