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La marque laissée par Barack Obama sur la politique états-unienne et sur le monde apparaît très contrastée alors qu’il s’apprête à prononcer son discours d’adieu à Chicago. Bruno Odent journaliste à l'Humanité analyse ce bilan avec ses points positifs et négatifs et il constate si le passif est très lourd au plan intérieur, avec cet immense malaise alimenté par l’explosion inédite des inégalités à l’origine de la victoire La marque laissée par Barack Obama sur la politique états-unienne et sur le monde apparaît très contrastée alors qu’il s’apprête à prononcer son discours d’adieu à Chicago. Bruno Odent, journaliste à l'Humanité, analyse ce bilan et constate que, si le passif est très lourd au plan intérieur, avec cet immense malaise alimenté par l’explosion inédite des inégalités à l’origine de la victoire de Trump, on peut verser à l’actif du futur ex président sa détermination à réduire les interventions militaires sur le terrain international. Réalisation : Abrahim Saravaki
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00:01Donald Trump arrive et Barack Obama s'apprête à prononcer son discours d'adieu ce mardi 10 janvier à Chicago.
00:10Quelle est votre appréciation sur le bilan de 8 années présidence d'Obama ?
00:16Il faut bien différencier je pense entre la politique intérieure et la politique extérieure.
00:22Le bilan de politique intérieure est assez catastrophique.
00:26D'ailleurs l'arrivée de Donald Trump, les mis jurés d'Obama et de Hillary Clinton à la présidence, le
00:36prouve d'une certaine manière en soi.
00:38Commençons par la politique intérieure. Pourquoi est-il aussi mauvais ?
00:42La victoire de Trump sanctionne la politique intérieure d'Obama.
00:48Alors pourquoi on en est arrivé là ? Il faut savoir qu'Obama est arrivé aux affaires en 2008, c
00:56'est-à-dire juste après le krach financier de 2007-2008.
01:01Et c'est la méthode Obama qui a consisté à faire face à ce krach en renflouant massivement, en utilisant
01:11l'argent public pour renflouer et réutiliser jusqu'à 800 milliards de dollars.
01:16Je ne sais pas, ça fait 720 ou 730 milliards d'euros pour renflouer les banques, renflouer Wall Street.
01:25Or cette politique-là, sans toucher à tout ce qui avait fait l'emballement, l'enflure financière, tout ce qui
01:38avait nourri l'enflure financière dans la période précédente.
01:42Et donc tout cela a évidemment coûté très très cher et presque, je dirais naturellement, ce sont les classes populaires,
01:57les classes moyennes, jusqu'aux classes moyennes,
01:59qui ont été amenées à payer, qui ont été appelées à payer la facture, à payer la facture de la
02:05crise.
02:06Et en particulier, ce sont les classes populaires qui ont trinqué le plus fort.
02:10Ce sont elles qui avaient souscrit le plus massivement ces emprunts subprimes pour accéder à leur logement,
02:18en particulier dans les milieux noirs, parmi les minorités, les milieux...
02:24Hispaniens, etc.
02:26Et donc ceux-là se sont retrouvés confrontés d'un seul coup à des taux d'intérêt qui ont explosé
02:32quand la valeur de leur maison, compte tenu de la crise immobilière, a chuté.
02:37Bon, je ne respecte pas ce processus terrible qui fait que des millions de personnes,
02:44et plus particulièrement les plus pauvres, ont été frappées de plein fouet.
02:48Il y en a qui se sont retrouvés carrément à la rue, il y en a qui se sont retrouvés
02:50endettés,
02:52sur-endettés pour des périodes très très longues.
02:56Donc il y a ça.
02:57À cela s'ajoute la précarisation des classes moyennes,
03:01parce que les classes les plus populaires ont été encore plus...
03:05Les noirs ont été encore plus ghettoïsées, on le voit avec la réapérition,
03:10sinon on ne comprendrait pas, dans la période, enfin, la fin du deuxième mandat d'Obama,
03:16le ressurgissement de ces ségrégations, de ces discriminations à l'égard des noirs,
03:22c'est aussi directement lié à cela, avec cette série de policiers blancs
03:29qui ont tué des noirs désarmés, ce qui a mis le pays en ébullition.
03:33Mais le plus dur, dans cette facture qui a été réglée,
03:39c'est que cette facture qui a été réglée pour sauver Wall Street,
03:43elle a concerné aussi les classes moyennes.
03:45Et ce sont ces classes moyennes, une classe moyenne, on dit classe ouvrière blanche,
03:51pour résumer les choses, qui ont été soit touchées par la perte de leur emploi,
03:57la désindustrialisation de tout ce qu'on appelle la Rust Belt, l'Amérique industrielle du Nord,
04:02ce sont ceux-là qui ont voté massivement pour Donald Trump.
04:06Et ceux-là aussi, ils ont vu, dans la période, leur pouvoir d'achat baisser.
04:10La contradiction, c'est qu'Obama a été porté par un espoir formidable,
04:14un espoir de justice sociale, un espoir de justice raciale,
04:17je mets le mot « raciale » entre beaucoup de guillemets,
04:20mais compte tenu de l'histoire des États-Unis, ce n'était pas à 20 mots.
04:24Ces espoirs-là ont été fortement, ont été totalement déçus
04:28à cause de cette méthode qui l'a conduit à sauver le système avec l'argent public,
04:37plutôt que d'essayer de chercher une autre voie.
04:42Est-ce que ce n'est pas ce désir de réalisation d'égalité raciale
04:48qui n'a pas réveillé, avec l'arrivée d'Obama au pouvoir,
04:53le démon de racisme classique ?
04:57Non, c'est vrai, on dit souvent ça.
04:59On dit souvent ça, mais l'examen de la réalité.
05:03Imaginons qu'il y ait eu une vraie promotion des classes populaires noires
05:09dans la période Obama, une véritable promotion.
05:13Ce racisme aurait été balayé d'un revers de main.
05:17Non, ce qui a mis en échec Obama sur cet objectif-là,
05:23c'est précisément que ces classes populaires noires,
05:27au début du mandat d'Obama,
05:29ils étaient plus riches qu'à la fin, beaucoup, beaucoup, pas tous,
05:32évidemment, il y a une minorité qui est de classe bourgeoise,
05:37mais une immense majorité qui s'est retrouvée plus pauvre aujourd'hui
05:42qu'à cette époque-là.
05:44Et il faut dire que les inégalités sociales en général
05:48se sont approfondies comme jamais dans le pays.
05:52Et c'est cela qui est à la source du succès de Trump.
05:56Mais n'y a-t-il pas quand même quelques points positifs
05:59dans l'action du président Obama,
06:02comme la réforme de l'assurance maladie, Obama-Coeir ?
06:05Oui, vous avez raison de le souligner, c'est vrai.
06:08C'est une avancée.
06:11Le problème, c'est que là aussi, la méthode Obama
06:13a quelque part entravé cette avancée.
06:18Au lieu de recourir à un système de santé publique,
06:21tel qu'on le connaît sans faire de la France un modèle,
06:24tel qu'on le connaît en Europe,
06:25on connaît des systèmes publics,
06:27il en est resté sous la pression de Wall Street,
06:30sous la pression du lobby des assurances privées,
06:33il en est resté à un système,
06:36il a voulu en rester à un système
06:38totalement piloté par le privé.
06:39Et pour ça, il a en fait subventionné
06:42les plus pauvres, les plus démunis,
06:44pour qu'ils puissent s'acheter des assurances privées.
06:47Résultat, il y a des dysfonctionnements extraordinaires
06:51qui sont apparus, je passe sur les détails,
06:53mais au total, cela a provoqué encore
06:56le mécontentement des classes moyennes,
06:59puisque les salariés des classes moyennes
07:02arrivaient tant bien que mal
07:03à se payer leur assurance privée,
07:06leur assurance santé privée.
07:08Mais avec cette réforme-là,
07:12l'an dernier, l'année de l'élection,
07:15ils ont été confrontés à des augmentations
07:17de leurs primes annuelles de 15 à 25%.
07:20Donc déjà, des gens qui étaient touchés
07:23par la précarisation, par les difficultés,
07:25ont vu leurs primes d'assurance santé
07:27augmenter de 15 à 25%.
07:29Donc, Donald Trump, là-dessus,
07:31qui veut, lui, liquider tout ce qui était,
07:35tout l'aspect progressiste de l'Obamacare,
07:38qui veut liquider totalement l'Obamacare,
07:40qui a déclaré que ce serait l'une
07:41de ses premières interventions,
07:43il a joué sur du velours,
07:45parce que les gens,
07:46les gens étaient,
07:47l'Obamacare était dans certains milieux
07:50très impopulaires à cause
07:52de ces augmentations de primes.
07:54Donc, on vient vers la politique extérieure.
07:57Il y a quand même quelques points positifs
07:59pour rattraper cette politique intérieure
08:04néfaste, si on peut dire.
08:06Oui, c'est pour ça que je veux faire
08:09bien la différence entre politique intérieure
08:11et politique extérieure.
08:12Sur le plan de la politique extérieure,
08:14je pense que d'ici quelques temps,
08:16on risque beaucoup, dans le monde,
08:18de regretter la période Obama.
08:23Donc, Obama a essayé de tenir compte,
08:26de tirer enseignement
08:28de ce qui s'est passé
08:30avec son prédécesseur,
08:31de tout ce qui avait dysfonctionné,
08:34ou plus que dysfonctionné,
08:36de tout ce qui avait eu un impact
08:39extrêmement nocif
08:40sur les relations internationales,
08:42sur le monde,
08:43avec la politique de George W. Bush.
08:45Et en particulier,
08:46cette invasion de l'Irak,
08:49l'invasion de l'Afghanistan avant,
08:50mais l'invasion de l'Irak surtout,
08:52qui a conduit,
08:53qui, bon, la plupart des experts maintenant
08:55le reconnaissent,
08:56c'est cette invasion de l'Irak
08:57qui a conduit à l'émergence
08:59de mouvements islamistes,
09:01comme Al-Qaïda,
09:03qui s'est renforcé dans la région,
09:05et puis surtout,
09:06l'État islamique,
09:08qui a profité de cette...
09:10du vide...
09:11D'estabilisation.
09:12D'estabilisation de l'Irak
09:14et de la Syrie,
09:16pour s'engouffrer dedans.
09:17Et Obama a cherché
09:19à tirer enseignement.
09:21Ça, c'est incontestable.
09:22Il a cherché à tirer enseignement de ça.
09:24Il a organisé
09:27le retrait
09:28des troupes américaines
09:29d'Irak et d'Afghanistan.
09:32Il, et surtout,
09:33il n'a pas cédé
09:34à ses alliés,
09:36certains de ses alliés,
09:37qui lui recommandaient
09:39d'utiliser cette méthode Bush
09:42pour d'autres endroits.
09:44Surtout notre président actuel.
09:46Voilà.
09:47Surtout notre président actuel
09:48en Syrie,
09:49qui a essayé,
09:49qui, il y a deux ans,
09:51a essayé
09:52d'entraîner l'OTAN,
09:55d'entraîner ses alliés,
09:56et en particulier
09:57d'entraîner le plus important
09:58d'entre eux,
09:59sans qui une telle intervention
10:01n'aurait pas été possible,
10:02et qui a essayé
10:03d'entraîner Obama.
10:06Donc, François Hollande
10:06a essayé d'entraîner Obama
10:08dans une aventure militaire
10:10en Syrie,
10:10qui aurait été...
10:12la situation est déjà chaotique,
10:14mais elle aurait été
10:16invraisemblablement...
10:16Y contrôlable.
10:18Voilà.
10:18Invraisemblablement difficile
10:19s'il l'avait faite.
10:22Donc, voilà,
10:23ça, ce sont des...
10:26Des points positifs.
10:27Des points positifs.
10:29Il y en a d'autres.
10:30Moi, je pense,
10:31je pense par exemple
10:32à cette avancée
10:35que constitue aussi
10:37le début de normalisation
10:39des relations
10:41avec Cuba.
10:42C'est aussi,
10:43c'est quelque chose
10:43de complètement nouveau
10:44dans les relations.
10:45Ce qui, là,
10:46c'était...
10:46Les relations,
10:47c'était l'embargo
10:48et le boycott total
10:50de Cuba.
10:52Là,
10:53on n'en est pas encore sortis.
10:55L'embargo est toujours là.
10:57Persiste.
10:57économique est toujours là.
10:58Il doit être levé
10:59par le Congrès
11:02et compte tenu
11:02de la majorité républicaine
11:04du Congrès,
11:04les choses ne sont pas faites.
11:06Mais, bon,
11:07il y a...
11:08L'établissement
11:08de relations diplomatiques.
11:10Autre avancée aussi,
11:11c'est sur...
11:12C'est avec l'Iran,
11:13par exemple.
11:14Obama a été
11:16le promoteur
11:18d'un accord
11:19sur le nucléaire iranien.
11:21Là encore,
11:22avec...
11:23Malgré les freins
11:24de certains de ses alliés
11:26comme la France
11:29qui a...
11:31Même retardé.
11:33Hésité,
11:33retardé l'accord
11:35jusqu'au dernier moment.
11:36Mais, enfin,
11:37Obama est arrivé
11:38à obtenir cet accord
11:39qui est le seul point
11:40de la seule éclaircie
11:42qui vienne
11:43de toute cette région
11:44du Moyen-Orient
11:45aujourd'hui.
11:46Bon,
11:48autre...
11:49Point positif.
11:50Autre point positif
11:52avec l'Iran.
11:53Donc,
11:54la Palestine.
11:56Mais là,
11:57la politique
11:58de Barack Obama
11:59a été extrêmement
12:01timide.
12:02Et pendant tout son mandat,
12:03il n'a jamais osé
12:06comment dire,
12:07mettre en cause
12:09le gouvernement
12:11israélien,
12:12y compris quand c'était...
12:12La politique du gouvernement israélien.
12:13Y compris quand c'était
12:14un gouvernement extrémiste
12:15comme celui
12:15de M. Netanyahou.
12:16Il y a juste,
12:17juste,
12:18à la fin,
12:19à la fin,
12:20à l'extrême limite
12:21de son mandat,
12:22il y a une quinzaine de jours,
12:24il a fait...
12:25Alors qu'il y avait
12:26une résolution
12:27du Conseil de sécurité
12:29qui proposait
12:30de condamner
12:31la colonisation
12:32des territoires
12:33palestiniens
12:34en Cisjordanie
12:35par Israël,
12:36par Israël,
12:38par les colons
12:38israéliens.
12:39et là,
12:41Obama a,
12:42pour la première fois,
12:43a refusé
12:44de mettre
12:45son veto.
12:46C'est-à-dire que...
12:47Il s'est abstenu
12:48pour passer,
12:49pour faire...
12:49Oui,
12:50voilà.
12:50Il n'a refusé
12:51de mettre son veto.
12:52Ce qui est nouveau
12:54dans la politique américaine
12:56puisque jusque-là,
12:56toujours,
12:57quand le partenaire israélien,
13:00entre guillemets,
13:00était mis en cause,
13:01il y avait le veto
13:02américain
13:03systématiquement.
13:04Là,
13:05c'est une nouveauté,
13:06mais bon,
13:07évidemment,
13:08Donald Trump arrive derrière
13:10et il a promis
13:10monts et merveilles
13:11à son partenaire Netanyahou,
13:15son partenaire d'extrême droite
13:17qui est Netanyahou.
13:18Merci beaucoup.