00:00...
00:18Tony Gatli, bonjour.
00:20Bonjour.
00:20Vous êtes le parrain cette année du festival Vision Sociale
00:24qui se tient à Mandelieu-Lanapoule à la fin de cette semaine,
00:28du 14 au 20 mai prochain.
00:31Donc un festival qui vous va bien, on va y revenir.
00:34Mais avant, je voudrais qu'on parle un peu de cinéma et d'actualité et de la vie.
00:39Dans vos films, notamment dans le dernier, Géronimo,
00:42on voit des gens qui courent, c'est le cinéma un peu de l'exaltation,
00:46le cinéma du mouvement, le cinéma de la liberté,
00:48on peut dire ça de tous vos films.
00:50Et puis vous-même, vous êtes un gitant, vous aimez le dire,
00:54vous êtes issu d'un peuple nomade.
00:55Comment vous vivez actuellement le fait qu'on hérisse des murs en Europe,
01:00voire même des camps ?
01:01De voir ça sans rien faire, parce que personne n'a fait rien,
01:07ça m'a rend vraiment mal à l'aise.
01:09J'ai l'impression de vivre dans un autre siècle.
01:13Et pour être précis, au 19e siècle.
01:18On parle du 19e, parce qu'on sait ce qui s'est passé au 19e,
01:22la préparation du nazisme.
01:24Et donc avant, il y en avait aussi, la cruauté, la barbarie,
01:30les frontières fermées, des peuples massacrés.
01:35Mais le 19e siècle n'était plus dur encore.
01:38Et j'ai l'impression que c'est un peu comme une préparation de ça.
01:42Préparation, comme au retour du 19e siècle.
01:45Ce n'est pas parce qu'on n'est pas encore menacé par un fasciste international.
01:51Mais j'espère que ça va rester là.
01:53Et donc le fait qu'on laisse faire ça, sous nos yeux,
02:02j'ai l'impression d'être dans un autre siècle.
02:05Vous avez fait un film sur Podemos aussi.
02:08J'imagine que vous suivez très près ce qui se passe à Nuit Debout.
02:11Qu'est-ce que vous pensez de la puissance potentielle, en tout cas en nombre, du peuple ?
02:16Le jour où je ne crois pas au peuple, je crois que j'irai dans un désert,
02:20ou j'irai dans une île déserte, j'y crois, moi, au peuple.
02:26Et donc c'est ce qui me donne envie de vivre, c'est ce qui me donne envie de créer,
02:30c'est ce qui me fait bouger.
02:32C'est pour ça que je me bats.
02:33C'est pour le peuple, moi.
02:35C'est pour le peuple, pour ma famille, pour ma culture, pour mes amis, pour les tziganes, pour tout ça.
02:41Et tout ça, c'est le peuple.
02:42Et le peuple, c'est très important pour moi.
02:45Quand je dis « on », c'est presque nous le peuple.
02:47C'est nous le peuple.
02:48Et ceux qui n'ont rien fait, c'est les pouvoirs.
02:51C'est le peuple qui ne devrait pas, le peuple, on croit, ne devrait pas accepter ces murs.
02:55Mais malheureusement...
02:56Et vous ne devrez pas accepter non plus, si je puis me permettre,
02:58vous venez d'évoquer les tziganes, on est revenus quasiment à l'esclavage.
03:02On les a manipulisés.
03:03Au travail forcé pour les tziganes.
03:05Ils ont été manipulés avec les tziganes.
03:07Le peuple a été manipulé avec les tziganes.
03:09Le peuple a été...
03:13Les hommes qui avaient le pouvoir, les hommes qui ont le pouvoir et qui avaient le pouvoir avant en France,
03:18ils ont tout fait pour faire des tziganes, le bouc émissaire de notre société en France.
03:24Et donc, c'est très simple.
03:25Un bouc émissaire, ça veut dire qu'on lui colle sur le dos toutes les étiquettes et tous les méfaits
03:31qui soient.
03:32Et le peuple se manipule très très bien.
03:35C'est qu'on lui met 1500 pickpockets dans le métro et il déteste les tziganes.
03:43Vous comprenez ?
03:43Il va détester les tziganes.
03:45Et c'est ça.
03:46Et ça, c'est les 1500 pickpockets, ces petites tziganes dressées.
03:51Dressées comme des petits chiens.
03:53En Italie, par un mec qui était le roi, pas le roi des tziganes,
03:57mais qui était un genre, ce qu'on appelle en Rome, les boulybacha.
04:01Qui était des gens, un mec qui avait beaucoup de pouvoir et qui dressait tous les petits enfants
04:06qu'il prenait par-ci, par-là dans toute l'Europe.
04:09Diganes, attention.
04:10Et qui les dressait pour faire du pickpockets.
04:13Cet homme-là, tout le monde l'a presque la laissé faire parce que ça arrangé.
04:17Presque.
04:17Je ne dis pas qu'ils l'ont fait exprès eux-mêmes, mais ça arrangé qu'il y ait du
04:21pickpockets en France
04:22pour qu'un homme d'État se met à dire, je vais nettoyer la France.
04:26Mais ça ne va pas, non ?
04:26Va nettoyer la France avec l'idéologie, avant de taper sur les petits gamins déjà manipulés
04:33par un chef, déjà un bandit.
04:36Et donc, c'est-à-dire, je vais vous dire quelque chose.
04:40C'est que les grandes puissances ont toujours besoin de faibles
04:45pour se faire admirer, pour être victorieux.
04:50Pourquoi vous avez accepté Dialek ? En quoi ça vous parle, ces films sociaux ?
04:55Parce que vous, vous ne faites pas vraiment de documentaire.
04:57Enfin, il n'y a pas que des documentaires, il y a aussi des fictions.
04:59Mais en général, assez près du réel.
05:01Vous, vous avez une vision du réel un petit peu parabolique.
05:04C'est-à-dire qu'on n'est jamais dans la narration très réaliste des choses.
05:09Il y a toujours beaucoup d'exaltations, beaucoup de cris, de corps qui bougent, de tensions.
05:15C'est toujours très parabolique.
05:18Est-ce que le cinéma social, les films qu'on va voir comme Merci Patron,
05:23comme Fatima, comme Des lions, justement, ce film sur une grève victorieuse,
05:30en quoi ces films vous ont plu et vous parlent ?
05:34Parce que c'est un peu mon combat depuis très longtemps.
05:39Mon premier film, c'était un film social.
05:41C'était Les Princes.
05:43C'était Les Princes.
05:44Et ce n'était pas du tout exalté de quoi que ce soit.
05:46C'est juste une famille de Zigan qui était dans...
05:49Une famille gitane, Zigan, qui était sédentarisée en force,
05:54comme dans les années 69, après le carnet de nomades,
05:58après le carnet anthropométrique, mais le carnet de nomades a existé toujours.
06:02Et on les a sédentarisés de force dans les HLM,
06:05ce qu'on appelait les cités de transit.
06:07Et donc c'est ça, les films, Les Princes.
06:09Et donc on les a sédentarisés de force.
06:11Et comme ces HLM, ces bâtiments, ne pouvaient pas contenir plus que 6 personnes,
06:19on a mis la grand-mère, la petite fille, la femme, l'homme, et puis peut-être qu'un autre
06:25cousin.
06:26C'est tout.
06:26C'est tout ce qui pouvait contenir ces appartements-là.
06:29Ils ne contiennent pas les familles de Zigan.
06:31Les familles de Zigan, elles sont 200.
06:34Et on est Zigan quand on est au milieu de 200.
06:36Parce que c'est ça la culture de Zigan.
06:38Ce n'est pas séparé.
06:40Et c'est un petit peu ce qui s'est passé avec la culture arabe aussi.
06:42On va voir de vous Swing, c'est un film qui date de 2002,
06:45qui est très axé sur la musique, sur l'amitié, sur justement la communication entre les peuples, pour le coup.
06:52Et puis on va voir bien sûr Géronimo.
06:54Mais il y a les autres films, par exemple Merci Patron, j'imagine que vous l'avez vu comme tout
06:58le monde.
06:58Bien sûr.
06:59Alors vous en pensez quoi ?
07:00Moi j'aime bien tous ceux qui apportent autre chose dans le cinéma.
07:04C'est-à-dire qu'à un moment, un cinéma devient utile.
07:06Il devient utile.
07:08Il y a tous les cinémas.
07:09C'est-à-dire qu'un film, un cinéaste qui fait 15 millions d'entrées,
07:15pour moi c'est un cinéaste utile.
07:17Parce qu'il fait travailler le cinéma.
07:19Mais il y a des films qui sont utiles comme Merci Patron,
07:23ou ce qu'on a fait avant avec Stéphane Hesselle,
07:27qui s'aignait avec le film qui s'appelait Indiglados,
07:30sur le mouvement des jeunes aujourd'hui qui sont Podemos ou les Grecs.
07:36Et donc c'est très important, un cinéma qui apprend aux autres,
07:42aux spectateurs qui regardent le film, autre chose que ce qu'on voit d'habitude.
07:46Qu'est-ce que vous attendez vous de ce festival ?
07:48Qu'est-ce que vous comptez y faire ?
07:50Qui vous comptez y rencontrer ?
07:51Pour tout vous dire, j'ai vu pas mal de films déjà.
07:55Et c'est pour ça que la programmation m'intéresse et j'ai accepté.
07:59Je ne pouvais pas ne pas accepter un festival comme ça,
08:03un festival qui porte le nom social, vision sociale.
08:07Je ne peux pas ne pas l'accepter.
08:10Quand on m'a parlé la première fois d'être parrain,
08:14justement, je ne suis pas d'aller là-bas,
08:16et de rencontrer tout le monde et voir les films et tout,
08:19j'étais très pour, parce que vu ce qu'on m'a raconté
08:22de l'histoire de ce festival,
08:24c'était tout à fait dans mon créneau, dans ce que j'aime.
08:28Il devrait exister plus encore de choses comme ça,
08:31de manifestations, ou de choses comme ça,
08:34ou de festivals comme ça.
08:35Et donc, cette année, en fait, c'est presque le peuple,
08:40ça revient encore, c'est le peuple qui fait un son festival.
08:48En attendant, on vous donne rendez-vous à Vision Sociale,
08:52à Mandelieu-Lalapoule, et c'est du 14 au 20 mai.
08:55Merci beaucoup, Tony.
08:56Ah bien, merci bien.