00:00...
00:07Comment s'est venue l'idée de lancer la pétition alors que vous êtes aux archives ?
00:11L'idée ça a été de voir qu'après le 5 octobre et la réunion du comité central d'entreprise
00:16d'Air France,
00:17de voir, voilà, ça nous a profondément choqué de voir le sort qui était réservé aux travailleurs
00:22qui avaient eu qu'un tort, c'était de lever la tête, se mobiliser pour dire non aux suppressions d
00:26'emplois,
00:27non aux licenciements, parce qu'on parle bien de licenciements,
00:30et de voir comment les choses ont évolué entre le 5 et le 12 et l'interpellation au matin,
00:36comme les gangsters, comme les pires des trafiquants devant leur famille,
00:40ça nous a tout simplement bouleversés de voir à quel point la lutte des classes avait une réalité.
00:46Comment ne pas décider de protéger nos camarades ?
00:51Si nos camarades sont menacés, si nos camarades sont condamnés,
00:54c'est tous les travailleurs de ce pays-là, tous les syndicalistes,
00:57tous ceux qui osent lever la tête qui vont l'être.
00:59Protéger les camarades d'Air France, c'est protéger l'ensemble du monde du travail,
01:03tous les travailleurs, tous les syndicalistes.
01:05Et je crois que ça a été l'expression et le symbole du ras-le-bol.
01:10Il y en a un ras-le-bol.
01:11Si j'écris que c'est une lutte emblématique, symbolique,
01:14qu'on est en train de vivre là un moment...
01:16Je crois qu'il y a un moment dans la politique qui est menée par ce gouvernement.
01:25Le fossé, le schisme consommé avec le monde du travail a pris l'expression
01:30et a pris de notre point de vue, en tout cas, a pris âme dans ses salariés,
01:36nos camarades d'Air France.
01:37Même si on ne connaît pas leur nom, c'est incarné.
01:40Même si ce n'est pas toutes les luttes, ils se bagarrent pour leur emploi principalement.
01:46Il ne s'agit pas de les charger d'une responsabilité bien plus large que celle de leurs épaules.
01:51Mais en tout cas, c'est la marche à suivre.
01:54C'est une direction qui est donnée.
01:55C'est une orientation qui nous est donnée.
01:57Oui, la lutte des classes. Oui, la mobilisation.
01:59Parce qu'on ne peut pas dire que depuis l'élection de François Hollande,
02:02il y a eu la réponse à la hauteur des attaques qui ont été menées contre le monde du travail.
02:07Ça relève la tête, là ?
02:08Bien sûr.
02:08Nous, on le voit avec ce qu'ont été des dizaines de milliers de signatures recueillées.
02:15Vous êtes un chiffre ?
02:16On est en ligne, il y a plus de 26 000 signatures et 6 000 reçues directement.
02:21Toutes les UL, les UD, de tous les syndicats, des travailleurs, des salariés, des retraités, des jeunes.
02:28On a des pétitions, c'est très touchant, nous qui travaillons aux archives.
02:33On voit des pétitions signées sur l'établi par des camarades qui sont au boulot,
02:37des travailleurs, des ouvriers.
02:39Voilà, il y a une vraie prise de conscience de ce que...
02:43On ne peut plus continuer à vivre comme ça en bas.
02:46On ne peut plus continuer à vivre comme ça en bas.
02:486 millions et demi de chômeurs.
02:50On ne peut pas vivre comme ça.
02:51Et en gros, ils ne peuvent plus continuer à gouverner comme ça.
02:53On va leur rappeler, je crois que les camarades, beaucoup de jeunes à côté montrent cet exemple.
02:58Il y en a moins.
02:59Il y en a moins.
03:00Comme elle dirait Aubry, il y en a ras-le-bol de ce gouvernement.
03:03Il y en a ras-le-bol de ses guignobles.
03:05Il y en a ras-le-bol.
03:06J'estime que c'est important d'être solidaire parce que les conditions de travail se détériorent partout.
03:13Et Macron est en train de foutre en l'air le code du travail et c'est une aberration.
03:19Donc je pense qu'il faut se positionner au-delà de ses intérêts et qu'il faut défendre et être
03:25solidaire avec les autres.
03:27Et vous êtes en train de me dire que cette lutte-là est emblématique ?
03:30Oui, tout à fait. Parce qu'en fait, il faut se positionner dans un cercle beaucoup plus élargi.
03:39Nous, on a déjà beaucoup de luttes au sein de notre propre banque parce que vous êtes dans un monde
03:44en gros de requins
03:45et ils sont en train de tout casser, de tout externaliser.
03:49Je suis chez Natixis et je trouve que ce qui se passe, la façon de communiquer,
03:56notamment sur ce qui s'est passé à Air France en ne parlant que de la chemise et pas du
04:00tout du nombre de postes
04:01et de la violence des propos. Parce que nous, on est en CCE, donc c'est exactement la même chose.
04:06Donc je pense qu'il faut être solidaire avec tout le monde parce que c'est important.
04:11Aujourd'hui, on est en train de tout perdre.
04:14Je voudrais savoir ce qui a motivé votre présence ici aujourd'hui, au-delà de la solidarité syndicale.
04:20Vous, on vit les péripéties du monde salariat et on est tous touchés lorsque des camarades ou pas camarades,
04:31des salariés sont menacés, surtout des fleurons de l'industrie ou des services français.
04:36Voilà, ils vont annoncer des bénéfices aujourd'hui, Air France.
04:39Oui, c'est un monde schizophrène où les deux faits cohabitent.
04:44On est là pour défendre l'humain.
04:45On défend aussi les petites entreprises qui se battent plus difficilement.
04:49Et leur lutte est emblématique, elle aussi, aux petits, aux obscurs.
04:54Mais on a un monde où la visibilité, l'événement compte beaucoup et on ne peut pas faire abstraction de
05:03ça.
05:04La lutte est l'une des luttes emblématiques, mais loin d'être la seule.
05:06Allez, vous m'en citez une autre ? La vôtre ?
05:09Il y a une petite épicerie du coin où je les ai entendues râler ce matin.
05:15Au-delà de la solidarité, vous donnez quel sens à leur lutte ?
05:19Le sens, c'est que les gens sont au chômage, ils balancent au chômage.
05:25Donc à un moment donné, les jeunes comptent ce qu'ils vont avoir du travail.
05:28Là, avec la loi qui vient de se faire avec des retraites complémentaires, ils rajoutent deux ans.
05:33Alors voilà, je veux dire, c'est la casse sociale, le code du travail, les retraites complémentaires, la sécurité sociale.
05:43Il y a plein de choses qui vont nous tomber dessus.
05:45Les patrons veulent tout reprendre.
05:47En 68, les patrons ont dit, tout ce qu'on va vous donner aujourd'hui, on le reprendra demain.
05:53Et on est en plein dedans.
05:56Ce n'est pas socialiste.
05:58Même de Gaulle a dit.
05:59Il n'y a que le nom de socialiste.
06:01La preuve, ils ont quelqu'un dans le gouvernement Macron, il n'a même pas sa carte au PS.
06:06Alors voilà, ils sont main dans la main.
06:07Aujourd'hui, les patrons ne se plaignent pas.
06:08Le MEDEF et le gouvernement marchent ensemble pour casser les salariés et tout ce qu'on peut défendre.
06:14L'inspection du travail, les prud'hommes, tout ça.
06:17Et donc, il faut que de l'autre côté, ça marche ensemble.
06:19Ça vous intéresse que les pilotes soient avec les mecs du sol, par exemple ?
06:23Bien sûr, bien sûr.
06:24Bien sûr, bien sûr.
06:25Bien sûr.
06:27Et le jeu de la direction qui essaye de faire une guerre à terre.
06:31Qui est arrivé pendant quelques temps, qui semble peiner sur la...
06:34Oui, il faut s'y aller partout.
06:35Parce que comme le PDG de Air France 3, 400% d'augmentation, ça c'est une honte.
06:41C'est une honte.
06:42Oui, la réponse, elle est là.
06:43La réponse, elle est là.
06:43300 pilotes.
06:44Il y a 300 pilotes qui passent à la casserole.
06:461 900 pour un seul, 700 hôtes, c'est Stuart.
06:50Mais c'est le même discours dans toutes les boîtes.
06:53Nous, on a le même discours, c'est qu'on coûte trop cher.
06:55Si la boîte va mal, c'est qu'on coûte trop cher.
06:57Et bien sûr, c'est les plus bas salaires qui vont y passer.
07:01Les intérims, je ne sais pas, les prestataires, les mecs en apprentissage, tout le monde.
07:06Mais les cadres, ils morflent aussi.
07:07Les cadres, ils passent aussi.
07:08Les heures à n'en plus finir.
07:11C'est le coût du travail.
07:12La flexibilité, la productivité.
07:14On entend toujours les mêmes reprins.
07:15La tête de la piramide, eux, ils se ramassent.
07:17Non, mais le problème, c'est le gouvernement, quand même.
07:20Parce que les patrons, ce n'est pas eux qui font les lois et tout ça.
07:22C'est le gouvernement qui participe à la casse sociale.
07:24Ils font des lois exprès.
07:26Ce qui a été choquant chez Air France et au CCE, quand la chemise a été arrachée,
07:29dans le monde entier, on a parlé d'une chemise arrachée.
07:31Mais les 2 900 emplois qui sautaient, ça, ça ne choque personne.
07:34C'est ça qui est dingue.
07:35Quand ils sont venus chercher les salariés à 6 heures du matin, ça, ça commence à réveiller les consciences des
07:43salariés.
07:43Mais qu'est-ce que c'est que ça ?
07:44Il y a un sondage où 54% des Français, bon, ne sont pas pour la violence, mais comprennent.
07:49C'est même pas une violence.
07:52Mais tous les jours, quand t'as les mecs au SMIC et en région parisienne, ils font comment ?
07:57C'est hallucinant.
07:58Parce que le monsieur est calme.
07:59Avec les loyers, avec tout ce que tu dois appeler.
08:01Vous êtes cadre ?
08:02Oui.
08:03Vous gagnez combien ?
08:042 700 net par mois.
08:06Chez Dassault.
08:07Chez Dassault ?
08:08Ben c'est bien.
08:09Pas bien, c'est sûr.
08:11Franchement, j'aimerais bien que tous ceux de chez Dassault gagnent 2 700 net par mois.
08:14Oui, 1 800 net.
08:161 800 net après combien de temps de boîte ?
08:1811 ans.
08:2040 ans, 2 200 net.
08:22Et je suis quand même à un niveau, je ne suis pas le haut de là par rapport à...
08:26Et ils se vendent bien pourtant là les avions ?
08:27Ben bien sûr, il y a de l'argent.
08:29Ah ben bien sûr qu'il y a de l'argent.
08:30Il y a de l'argent.
08:328 millions les 10 plus gros salaires de Dassault.
08:34C'est dans les chiffres, c'est dans les bilans annuels.
08:35Dans le bilan social de l'année, oui.
08:378 millions.
08:38Légalement, ils se doivent de donner le chiffre, la somme, pas la répartition, mais la somme des 10 plus gros
08:43salaires annuels.
08:44Et c'est entre 7 et 8 millions à Dassault.
08:46Les 10 plus gros salaires.
08:47Cumulés.
08:47Cumulés, la somme, oui.
08:49Les ouvriers, il faut qu'on ait 34, 5 ans pour avoir 30 euros sur notre pays.
08:54Et là, le contrat Rafale, moi, ça m'a donné 16 euros.
08:59J'ai regardé mes fiches avant le contrat Rafale, j'ai gagné 16 euros.
09:04Eux, ils ont gagné des millions.
09:05Nous, on a voulu marquer notre solidarité en tant que travailleurs cheminots avec les travailleurs d'Air France, etc.
09:11Surtout par rapport à ce que je trouve scandaleux, ce qui est paru dans la presse au début,
09:17comme quoi c'était des voyous parce qu'ils ont déchiré une chemise, enfin voilà quoi.
09:21Et donc voilà, nous, on voulait marquer notre solidarité avec eux parce qu'on pense que c'est injuste qu
09:26'ils soient, qu'on les incupe, etc.
09:29Qu'ils aient des problèmes de justice.
09:32Et aussi, quelque part, pour leur montrer ça et puis aussi pour dire qu'on a un peu les mêmes
09:37problèmes.
09:38Alors, ce serait bien que chez nous, ça bouge un petit peu aussi.
09:40Pépi ne gagne pas ce que gagne de Juniang.
09:42Oui, non mais voilà, puis nous, on n'est pas encore officiellement complètement privés.
09:46Enfin voilà, sauf que la gestion de la SNCF, elle est comme celle d'une boîte privée depuis plusieurs années.
09:51Donc politique de rentabilité, de productivité, de baisse...
09:55De division des métiers.
09:56De division des métiers et surtout de, comment dire, de baisse des effectifs à tout va depuis des années et
10:03des années.
10:04Ce qui fait qu'aujourd'hui, bah oui, on a un service, j'appelle pas public, parce que le service
10:08public, il n'existe plus à la SNCF.
10:11Mais on a un service de train pour le public qui n'épend pas aux besoins des gens, qui est
10:19complètement dégradé.
10:20Enfin bon, je veux dire, moi j'ai encore en tête parce que je travaille sur cette ligne, la catastrophe
10:25de l'an dernier, il y a deux ans à Bretigny.
10:28Et bon, bah ça, c'est clairement quand même dû à des réductions drastiques au niveau des effectifs dans tous
10:36les...
10:36Ce qu'on appelle l'équipement à la SNCF, c'est-à-dire ceux qui s'occupent de réparer les
10:40voies ferrées, les bâtiments, etc.
10:42Ce qui fait qu'ils ont pu le temps de réparer et de faire de la prévention aussi, c'est
10:49-à-dire vérifier que les rails tiennent bon, que les boulons sont serrés, etc.
10:53On leur demande de faire comme s'ils avaient vérifié.
10:56L'un peuple, vous avez bien mobilisé ce qui se passe là autour d'eux, c'est emblématique.
11:00Il y a un truc qui...
11:01Au niveau des collègues, il y a des matchs de retour qui sont très bons par rapport justement au Salat
11:06d'Air France, très solidaires.
11:10Ils transposent facilement avec leur propre lutte.
11:13Ils ont tous été choqués par ce qui s'est passé et la façon dont ils ont été considérés.
11:16Vous êtes syndiquée, vous, militante ?
11:18Oui, oui. Surtout, je suis syndiquée, mais avant tout, je suis militante. Je suis une travailleuse militante, je ne sais
11:25pas comment vous dire.
11:26Vous êtes à Sud, là, à Véran-François ?
11:27Oui, je suis à Sud.
11:29Et le fait qu'il y ait les pilotes avec eux ?
11:32Alors, je suis conductrice de train, donc du coup, je ne sais pas pourquoi les pilotes, je ne comprends pas
11:40le problème qu'il y a les pilotes.
11:42Oui, il n'y en a pas.
11:42D'accord. Voilà, c'est... Comment dire ? Dans une boîte, en plus, j'imagine, c'est comme nous. Il
11:48y a des suppressions de postes.
11:49Quel que soit le type de poste supprimé, il y a d'abord des emplois qui sont perdus pour ces
11:54gens, mais pour tous ceux qui restent...
11:56Et pour aussi, vous êtes considérés que les conducteurs comme des privilégiés, etc.
11:59Mais c'est aussi pour les autres qui restent, qui gardent leur emploi, peut-être les pilotes ou d'autres,
12:04j'en sais rien, un travail différent, une augmentation de la pénibilité.
12:08Parce que, nous, c'est pareil, si on a des cheminots en moins, le boulot, il retombe sur ceux qui
12:13restent, même si on ne fait pas le même métier.
12:29Merci.
12:59Merci.