- il y a 21 heures
Témoignage inédit. Yvonne Abbas naît en 1922 à Pérenchies. Elle fait sa scolarité à La Madeleine jusqu'au certificat d'études. Issue d'une famille modeste, orpheline de père, elle commence à travailler dès l'âge de 13 ans et devient syndicaliste. Elle se marie à Florent Debels à 16 ans et adhère notamment à l’Union des jeunes filles de France dès sa fondation, en 1936. Elle fréquente de grands noms de la future Résistance.
Elle s’engage elle-même dans la Résistance dès le début de l'occupation, sa "piaule" sert d'hébergement et de dépôt de matériel. Presse clandestine, tracts, faux-papiers : ses activités lui valent d'être arrêtée par la « Police Spéciale » française le 29 avril 1942 - le jour de ses 20 ans - avec Louis Petit et Jean Bracq (qui seront fusillés par les nazis). Elle est emmenée au commissariat central de Lille, subit des interrogatoires musclés, de la torture morale mais ne parle pas.
Devant la cour spéciale de Douai, elle se défend seule, estimant que tous les avocats sont des collabos et est condamné à huis clos, comme « bandit ». Elle est incarcérée à la prison de Cuincy,
Elle est ensuite transférée à la prison de la Petite Roquette, à Paris.
Yvonne Abbas est ensuite transférée à la Centrale de Rennes, avant d'être confiée à la Gestapo, puis envoyée à Romainville.
De là, elle est déportée en train au camp de concentration de Ravensbrück, le plus grand camp de femmes.
Le convoi ferroviaire durera 5 jours et 4 nuits dans des conditions épouvantables avant d'arriver dans ce camp pour femmes dont 92 000 déportées ne sont jamais revenues.
À son arrivée, elle devient le matricule 35138. Elle est ensuite déplacée dans le camp de travail d'Holleischen, en Tchécoslovaquie.
Le 5 mai 1945, "Vony" comme on l'appelait dans le camp, vit la Libération.
Elle apprend alors que son mari, Florent Debels, a été arrêté le 2 mai 1942, à Sin-le-Noble (Nord) à la suite "donné" par un résistant gravement blessé, puis torturé et fusillé. De la prison de Cuincy, il avait été envoyé à la prison de Louvain (Belgique) où le tribunal militaire allemand l'avait condamné à mort le 5 juin 1942 pour « détention d’armes à feu et propagande illégale communiste ». Il est fusillé au crépuscule du 1er juillet 1942 au fort du Vert-Galant, à Wambrechies (Nord) avec Louis Petit et Jean Bracq.
Yvonne a consacré la fin de saviez à témoigner et à se battre pour la mémoire, notamment auprès des jeunes, souvent accompagnée de sa tenue de "bagnarde". Elle est décédée en décembre 2014.
Le témoignage livré ici a été recueilli par Laurence Mauriaucourt en octobre 2007, alors que Nicolas Sarkozy venait de s'appuyer sur la dernière lettre du jeune fusillé communiste Guy Môquet, à des fins électoralistes .
Elle s’engage elle-même dans la Résistance dès le début de l'occupation, sa "piaule" sert d'hébergement et de dépôt de matériel. Presse clandestine, tracts, faux-papiers : ses activités lui valent d'être arrêtée par la « Police Spéciale » française le 29 avril 1942 - le jour de ses 20 ans - avec Louis Petit et Jean Bracq (qui seront fusillés par les nazis). Elle est emmenée au commissariat central de Lille, subit des interrogatoires musclés, de la torture morale mais ne parle pas.
Devant la cour spéciale de Douai, elle se défend seule, estimant que tous les avocats sont des collabos et est condamné à huis clos, comme « bandit ». Elle est incarcérée à la prison de Cuincy,
Elle est ensuite transférée à la prison de la Petite Roquette, à Paris.
Yvonne Abbas est ensuite transférée à la Centrale de Rennes, avant d'être confiée à la Gestapo, puis envoyée à Romainville.
De là, elle est déportée en train au camp de concentration de Ravensbrück, le plus grand camp de femmes.
Le convoi ferroviaire durera 5 jours et 4 nuits dans des conditions épouvantables avant d'arriver dans ce camp pour femmes dont 92 000 déportées ne sont jamais revenues.
À son arrivée, elle devient le matricule 35138. Elle est ensuite déplacée dans le camp de travail d'Holleischen, en Tchécoslovaquie.
Le 5 mai 1945, "Vony" comme on l'appelait dans le camp, vit la Libération.
Elle apprend alors que son mari, Florent Debels, a été arrêté le 2 mai 1942, à Sin-le-Noble (Nord) à la suite "donné" par un résistant gravement blessé, puis torturé et fusillé. De la prison de Cuincy, il avait été envoyé à la prison de Louvain (Belgique) où le tribunal militaire allemand l'avait condamné à mort le 5 juin 1942 pour « détention d’armes à feu et propagande illégale communiste ». Il est fusillé au crépuscule du 1er juillet 1942 au fort du Vert-Galant, à Wambrechies (Nord) avec Louis Petit et Jean Bracq.
Yvonne a consacré la fin de saviez à témoigner et à se battre pour la mémoire, notamment auprès des jeunes, souvent accompagnée de sa tenue de "bagnarde". Elle est décédée en décembre 2014.
Le témoignage livré ici a été recueilli par Laurence Mauriaucourt en octobre 2007, alors que Nicolas Sarkozy venait de s'appuyer sur la dernière lettre du jeune fusillé communiste Guy Môquet, à des fins électoralistes .
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00:00:005 mai 2015, il y a 70 ans, Yvonne Abbas, native du Nord, était libérée du camp de Ravensbrück, en
00:00:11Tchécoslovaquie, où elle fut déportée.
00:00:14D'abord, j'ai toujours habité à Madden. Je suis née le 29 avril 1922, à Pérenchy.
00:00:21Je suis suis d'une famille, ma mère qui était flamande, et de père ingérien.
00:00:27Déjà, c'était un problème à l'époque, d'accord ?
00:00:30Et malheureusement, ma mère, en première noce d'ailleurs, s'est trouvée veuve de guerre en 1916 avec un enfant
00:00:42de 2 ans.
00:00:44Et ses frères, mes oncles, ont fait les campagnes de Verdun.
00:00:49Inutile de te dire que c'était une famille nombreuse, et que mes dimanches, la conversation se penchait toujours.
00:00:56Il n'y avait rien d'autre, sur la guerre.
00:00:59Les gens prenaient un petit café, un biscuit, et nous, quand on était gamines, les gamins, les cousines, tout ça,
00:01:05on était près de nos parents,
00:01:07et on nous en parlait naturellement de la guerre, des souffrances de la guerre de 1914-1918.
00:01:11Ça, c'est une chose.
00:01:14De nouveau, ma mère va se trouver veuve de mon père.
00:01:17Là, j'ai 12 ans, c'est-à-dire en 1934, par conséquent, et il y a à ce moment
00:01:23-là aussi beaucoup de chômage.
00:01:26Aussi, ma mère fait quelque chose comme 20-24 heures, il y a aussi le manque de travail à ce
00:01:31moment-là.
00:01:33Et donc, on n'est pas malheureux, mais on est pauvre.
00:01:36On vit de très peu de choses, ce qui finit avec les petits produits de jardin, etc.
00:01:40Mais enfin, on n'est pas malheureux.
00:01:43Et l'école, à l'époque, était jusqu'à l'âge de 13 ans.
00:01:47Il y a six classes, ici, à l'école primaire de la Madeleine, je suis en ville de la Madeleine.
00:01:52Il y a six classes, et quand on est apte, on passe le certificat d'études.
00:01:56Donc, je passe mes six classes.
00:01:58À l'âge de 12 ans, je passe le certificat d'études.
00:02:01Mais je ne peux pas travailler, puisqu'on ne peut pas travailler avant l'âge de 13 ans et trois
00:02:04mois.
00:02:05À la Madeleine, il n'y a pas collège, il n'y a ni lycée.
00:02:07Et ma mère n'a pas les moyens de me faire poursuivre des études.
00:02:10Par conséquent, il y a une directrice d'école à la Madeleine, de Mme Poulin,
00:02:15que je vais retrouver après la guerre, et qui avait fait de la licence,
00:02:21et qui me va me donner, pendant un an, comme un certain, qui doit se désactère,
00:02:25celle qui avait envie d'avoir des connaissances, de continuer, un an de cours complémentaires.
00:02:31Ma mère était ouvrière textile, et elle avait juré, comme beaucoup,
00:02:35comme les mineurs qui disaient, mon fils ne sera pas mineur,
00:02:38et ma mère disait, tu n'iras jamais de travailler en filature.
00:02:42Donc, ma mère va faire ce qu'on possible, et je vais être embauchée dans ce qu'on appelle les
00:02:47épiceries, les naines.
00:02:48Les naines, c'était comme les NEN, les nouvelles épiceries du Nord,
00:02:51comme les docks du Nord de l'époque, les copes, avec des circuits, ça, ici, loin.
00:02:55Et je vais donc être embauchée aux épiceries du Nord,
00:02:57qui se trouve située à la Madeleine, rue de la Fille de Vitesse,
00:03:01où j'habille des bouteilles de champagne individuellement.
00:03:04C'est-à-dire qu'à l'époque, le champagne n'était pas répandu comme maintenant,
00:03:08et on habillait la bouteille d'un sabreau.
00:03:11Donc, ce n'était pas un travail très, très dur,
00:03:13mais clairement très mal payé, puisqu'il n'y avait pas de tarif syndical.
00:03:16Donc, ça m'amène ça à mes 13 ans et 3 mois.
00:03:21Et j'arrive, c'est en 1935, ça.
00:03:24Et en 1936, il y a...
00:03:28Alors, pendant cette période-là,
00:03:30parce qu'on me rendait notre semaine à l'Unard, n'est-ce pas,
00:03:34qui donnait une pièce pour mettre de côté pour acheter les bas de soie,
00:03:38parce que j'avais déjà des goûts de luxe,
00:03:39mais enfin, j'avais vu les bas de soie.
00:03:42Et ça permettait, au bout de certaines semaines,
00:03:44d'avoir une paire de bas de soie, quoi.
00:03:46Qu'on remailait soi-même et tout ça.
00:03:49Toujours est-il que, donc, j'arrive en 1936.
00:03:52Avant 1936, avant les opéraments, les grèves,
00:03:55je pense que je ne gagne pas assez.
00:03:57Je vais voir mon patron qui s'appelait Monsieur Dumont.
00:04:01Je ne peux pas oublier son nom.
00:04:02Il s'appelait Monsieur Dumont.
00:04:04Et je lui ai dit que je ne gagne pas assez.
00:04:07Et naturellement, comme il se doit, il me dit
00:04:08« Ecoute, tu n'es pas contente ? Tu vas, tu t'en vas. »
00:04:10Alors moi, faire comme une crotte,
00:04:12on me donne la semaine,
00:04:14on me donne la semaine et tu t'en vas.
00:04:16N'est-ce pas, je te donne ça à ma mère,
00:04:18parce que j'ai des filles à te remmener d'argent
00:04:20sans avoir travaillé, pas contente du tout.
00:04:22Mais je ne lui t'en fais pas, maman.
00:04:23Je vais trouver du travail.
00:04:25Et je vais donc aux établissements à Gâche.
00:04:27Et je ne serai pas à l'affilature.
00:04:29Et je vais me faire embaucher comme bobineuse.
00:04:32Parce que c'est un travail qu'on appelle aux pièces.
00:04:34Plus tu travailles, plus tu gagnes.
00:04:36Alors, comme on travaille à la chaîne,
00:04:38donc je gagnais plus qu'en travaillant
00:04:40en naturellement aux épiceries du Nord.
00:04:42Ce n'était pas le désert,
00:04:43il n'y avait pas de tarif syndical à l'époque.
00:04:46Et arrivent les grandes grèves de 1936,
00:04:48naturellement,
00:04:49mais quand tu travailles jeune,
00:04:51tu as aussi une maturité plus jeune aussi.
00:04:53J'étais pareil que les femmes, moi, là.
00:04:56C'est moi qui allais arrêter les métiers.
00:04:57Il y avait les petites grèves,
00:04:58j'étais avec les petites grèves.
00:04:59Si bien que je vais être une jeune syndicaliste.
00:05:04Donc, fégétiste.
00:05:05Fégétiste en 1936.
00:05:07C'est déjà un départ très infugurant.
00:05:11Meneuse, on peut dire.
00:05:12J'étais meneuse dans beaucoup d'endroits.
00:05:15Ma mère est une femme très pieuse.
00:05:18Mon père n'est plus là.
00:05:19Ma mère est une femme très pieuse.
00:05:21Et j'ai été élevée en fille
00:05:23pendant la scolarité,
00:05:25mais pas les vacances comme maintenant, plus ça.
00:05:27Et pendant les vacances,
00:05:29le dimanche, les jeudis,
00:05:31les mois de vacances scolaires,
00:05:34je suis à la Madeleine au couvent Saint-Mort.
00:05:36Toute la journée,
00:05:37je n'ai pas souffert.
00:05:39Oui, je n'ai pas souffert.
00:05:40J'étais très bien avec les religieuses
00:05:42où on apprend, on apprend à coudre,
00:05:44on apprend à faire du...
00:05:45Et on joue quand même au ballon, tout ça.
00:05:47Et puis, on a un petit goûter l'après-midi.
00:05:50Voilà comment j'ai été élevée
00:05:51jusqu'à l'âge de mes 14 ans.
00:05:53Et avec mes 14 ans, ça s'est arrêté.
00:05:55Mais j'ai été élevée en femme.
00:05:58En fille.
00:05:59Pour tenir une maison, pour être...
00:06:01Pour tenir une maison.
00:06:02Parce que ma mère était une femme comme ça.
00:06:04Et tu sais que les mères, à l'époque,
00:06:06faisaient très attention à leur fille.
00:06:07Parce qu'il ne fallait pas qu'eux,
00:06:08il ne fallait pas qu'eux, il ne fallait pas qu'eux.
00:06:10Les garçons, c'était dangereux.
00:06:11Parce que, parce que, parce que.
00:06:12Mais il ne fallait pas.
00:06:14Mais elle me donnera quand même sa confiance.
00:06:17Et par conséquent, avec certains contacts,
00:06:21il faut dire aussi que pendant ces années-là,
00:06:22je vais connaître Martha Derumeau.
00:06:25Martha Derumeau, qui était une France syndicaliste,
00:06:27de chez nous, n'est-ce pas ?
00:06:29J'adhère aux jeunes filles de France.
00:06:31Et à cet effet-là, je vais donc aller porter
00:06:34chez Martha Derumeau, quand elle accouche,
00:06:36un hortensia bleu pour son petit Louis.
00:06:39Voilà.
00:06:39Tu vois, c'était déjà en moi, la déléguée.
00:06:41C'est faire comme une trotte.
00:06:43Et ma mère me fait confiance.
00:06:45Je suis donc alliante aux jeunes filles de France.
00:06:47Et en connaissant Martha Derumeau,
00:06:48je vais aussi connaître Jeanne Vermech,
00:06:51qui deviendra plus tard l'épouse de Maurice Thorey.
00:06:54Voilà dans quelle nuit je gante Grelin.
00:06:55J'ai toujours autour de moi des gens plus aînés que moi.
00:06:58Je vais connaître aussi Suzanne Dubois,
00:07:01qui n'a pas longtemps décédée,
00:07:02qui attendait 19 ans,
00:07:04et qui est dans la résistance, d'ailleurs,
00:07:05à Thénomé-Colonel,
00:07:07dont les cendres, il n'y a pas longtemps,
00:07:10ont été déposées au milieu des fédérés à Paris.
00:07:13C'est-à-dire que Suzanne Dubois,
00:07:15pour moi, c'était une femme formidable.
00:07:17Et notre présidente nationale
00:07:19s'appelle Daniel Casanova.
00:07:22Toujours dans des bonnes mains,
00:07:24n'est-ce pas ?
00:07:25Et Daniel Casanova, plus tard, sera arrêtée,
00:07:28on le sait.
00:07:28Elle était dentiste écorce,
00:07:30et elle sera arrêtée,
00:07:32et elle va mourir en 1943 à Oswissi.
00:07:35Je suis adhérente aussi aux Amis de la Nature.
00:07:38Alors, pourquoi les jeunes filles de France ?
00:07:40Parce qu'il y avait eu à l'époque
00:07:42les jeunes communistes, les JC.
00:07:44Il y a la Joc, dans les Sommes, il y a les JC.
00:07:46Et on est adhérents aussi,
00:07:47on est dans les mains aussi de la Joc.
00:07:49Mais il s'avère qu'avec les familles,
00:07:51les mères, les mères de l'époque,
00:07:53n'aiment pas tellement que c'est mix.
00:07:55C'est pourquoi les jeunes filles de France
00:07:56ont été créées,
00:07:58donc je suis adhérente aux jeunes filles de France,
00:08:00personnellement,
00:08:00et je reste aux jeunes filles de France,
00:08:02ainsi que toutes mes copines,
00:08:03toutes mes copines de l'époque,
00:08:04et dont la Présidente s'appelait Madame Porquet.
00:08:08Madame Porquet qui se fera arrêter également
00:08:10et que je vais retrouver au camp de Rames-Bruc.
00:08:14Donc, les Amis de la Nature,
00:08:15les Amis de la Nature,
00:08:18les jeunes filles de France,
00:08:19et les Auverges à jeunesse.
00:08:20Je suis dans le bon de main.
00:08:22C'est-à-dire que j'ai une jeunesse pauvre,
00:08:24mais avec une jeunesse très saine.
00:08:26Bon, toujours est-il que je travaille donc très jeune.
00:08:28J'ai d'accord 14-15 ans,
00:08:31et à l'âge de 16 ans environ,
00:08:35dans ces jeunesses,
00:08:36je rencontre Florent Debesse,
00:08:39n'est-ce pas,
00:08:39qui a deux ans de plus que moi,
00:08:42et ça devient mon petit ami,
00:08:44mes petits amis à l'école,
00:08:45à l'époque, attention,
00:08:46c'est très réservé.
00:08:48Puis ma mère m'a aidé religieusement,
00:08:49donc on ne ment pas.
00:08:51On ne ment pas.
00:08:52Et moi, j'ai dit à ma mère,
00:08:54voilà, j'ai un petit ami,
00:08:56mais il faut qu'il vienne à la maison.
00:08:58Et j'ai 16 ans,
00:08:59j'ai 16 ans et demi,
00:09:00et ma mère et celle du garçon disent,
00:09:03il faut les marier.
00:09:04La majorité, tu as 21 ans,
00:09:06mais il y a d'accord.
00:09:07Oui, mais il y a d'accord,
00:09:09mais il y avait d'accord les parents.
00:09:10Oui, c'est eux qui poussent.
00:09:13Majorité à 21 ans,
00:09:14mais sans majorité,
00:09:16c'est l'autorisation,
00:09:17avec autorisation.
00:09:18Mais moi, j'ai 16 ans et demi,
00:09:20et mon petit copain,
00:09:23il y en a 18,
00:09:24et ma mère et les parents du garçon,
00:09:28de Florent,
00:09:29disent qu'il faut les marier.
00:09:30Bon, on se marie.
00:09:31Et ça, ça se passe en 1938,
00:09:33par conséquent, tu vois.
00:09:34Bon, on arrive en 1939,
00:09:38n'est-ce pas,
00:09:39et on pensait pareil,
00:09:43on n'avait pas d'appartement,
00:09:45on n'avait pas,
00:09:45on vivait avec les parents,
00:09:47mais on mangeait à la table,
00:09:48la même table,
00:09:48c'est-à-dire qu'on était des enfants mariés,
00:09:50mais qu'on était mariés légitimement,
00:09:54donc il n'y avait pas de problème,
00:09:55et on avait une autre chambre
00:09:57avec Jean-Méth, mon mari,
00:09:58mais enfin, voilà.
00:10:00Et donc, en 1938,
00:10:03il arrive un gros problème,
00:10:04naturellement,
00:10:05c'est la non-intervention,
00:10:08en Tchécoslovaquie,
00:10:10Tchécoslovaquie,
00:10:11toute la politique de 1938.
00:10:16Et Florent et moi,
00:10:18on est licenciés de notre travail,
00:10:20parce qu'on a fait la grève,
00:10:21dans une minorité.
00:10:22Donc on est licenciés.
00:10:24Et lui et moi,
00:10:25on n'est pas,
00:10:25comme on n'est pas riches non plus,
00:10:26ni les parents non plus.
00:10:27Il est toujours chez un gâche, là.
00:10:29Toujours chez un gâche.
00:10:30Lui, il est tissant,
00:10:31et moi, je suis domineuse.
00:10:33Donc, ouvrière textile,
00:10:34et lui aussi.
00:10:36Et par conséquent,
00:10:37comme on a fait grève,
00:10:41et qu'on est dans une minorité,
00:10:43eh bien, nous sommes licenciés.
00:10:45Nous, on a un carnet de travail.
00:10:46Dans ce carnet de travail,
00:10:48on était déjà licenciés plusieurs fois.
00:10:50C'est-à-dire,
00:10:50tu es présent ce matin,
00:10:52tu es un peu en retard,
00:10:53la portée fermée,
00:10:54tu es mis à pied.
00:10:56On appelle ça mise à pied.
00:10:58Il te revient trois jours plus tard,
00:10:59tu es réembauché,
00:11:00mais ça figure,
00:11:01c'est quand on est fait de travail.
00:11:02Voilà, celui,
00:11:03c'est ton casier judiciaire
00:11:04de l'entreprise,
00:11:05on va dire.
00:11:06Mais là,
00:11:07cette fois-là,
00:11:08c'est à l'encre rouge.
00:11:09Donc, tu ne peux plus être embauché.
00:11:11Et ça, ça va durer pendant deux mois.
00:11:12Mais comme on n'est pas aidé à l'époque,
00:11:14comme nous ne sommes pas aidé à l'époque,
00:11:16il n'y a pas le bureau de bienfaisance,
00:11:18il n'y a pas les trucs comme maintenant,
00:11:20et puis, on a notre fierté.
00:11:22Florent et moi,
00:11:23nous allons acheter une voiture à bois,
00:11:25on va aller au HAL,
00:11:26et on va vendre des pommes de terre dans la rue.
00:11:28Moi, pas bête comme toujours,
00:11:30je vais vendre des pommes de terre
00:11:31par 5 kilos,
00:11:32et je vais gagner ma vie.
00:11:33À part qu'on n'est pas assurés sociaux,
00:11:36à l'époque,
00:11:36c'était des assurances.
00:11:37Oui, oui, oui.
00:11:38On n'est pas assurés sociaux,
00:11:39mais tu penses que c'est très dur
00:11:41de pousser la voiture à bras
00:11:43et de vendre des pommes de terre.
00:11:45On avait une balance
00:11:47de pâtre de traînement...
00:11:49Pas très juste.
00:11:515 kilos, pas ça.
00:11:53Mais on gagnait notre vie.
00:11:54Parfait, ça ne pouvait pas durer.
00:11:56Deux mois plus tard,
00:11:56on a quand même été réembauché.
00:11:58Lui, de son côté,
00:11:59et moi, du mien.
00:12:00Donc, on reprend notre travail,
00:12:01et arrive la déclaration de la guerre.
00:12:04Pas réembauché dans la même usine,
00:12:06si ?
00:12:06Si, si, si.
00:12:07Dans la même usine.
00:12:08On est rembauché dans la même usine,
00:12:09avec les mêmes fonctions.
00:12:11Et puis, enfin, ça, ça continue.
00:12:13Mais clairement,
00:12:14il y a les copains et les copines
00:12:16qui n'ont pas publié les mouvements de grève.
00:12:18Ça a toujours existé, ça.
00:12:20Ça a toujours existé.
00:12:20Et à l'époque,
00:12:23on arrive donc à la déclaration de la guerre,
00:12:25qui est le mois de septembre,
00:12:27n'est-ce pas ?
00:12:28Il y a aussi vite la dissolution du Parti communiste,
00:12:32même avant la déclaration de la guerre.
00:12:34Donc, on est visé.
00:12:35On est visé.
00:12:36Et comme on habite chez les parents,
00:12:38les parents de mon mari,
00:12:42nos responsables de jeunesse à l'époque,
00:12:44que j'ai mieux connus,
00:12:46notamment, j'ai milité avec René Denis,
00:12:47tout ça de lui, des non-connus.
00:12:49J'ai milité également aussi avec les fils Martel,
00:12:52le fils Martel,
00:12:54principalement germinal,
00:12:55que je ne connaissais que sous le nom de Georges.
00:12:59Et il nous dit,
00:13:01il ne faut pas rester avec les parents,
00:13:03parce que les parents risquent des ennuis,
00:13:05dans le cas où vous auriez des ennuis vous-même.
00:13:08Donc, très vite,
00:13:09on se trouve une chambre ailleurs.
00:13:10Et on se trouve une chambre à la Médvain,
00:13:12au 211 rue de Marquette,
00:13:15qui est maintenant à la rue Pompidou.
00:13:16Donc, ça va comme ça,
00:13:18on est une chambre.
00:13:19Mais avec la dissolution du parti,
00:13:20très vite,
00:13:21très vite,
00:13:22on est, en 1940,
00:13:24avec la déclaration de la guerre,
00:13:26on est occupé,
00:13:27on est occupé,
00:13:28naturellement.
00:13:29Alors, imagine-toi,
00:13:30étant jeune,
00:13:31avec mes copains,
00:13:33que ce soit Martha Derumeau,
00:13:35que ce soit ma copine,
00:13:37qui est jeune Dubois,
00:13:38que ce soit la jeune Vermeij,
00:13:40et ça se ferait d'autres,
00:13:42Alfred, Alfred Dubois,
00:13:44tout ça,
00:13:45eh bien,
00:13:46on est sous le bon cap,
00:13:48si on peut dire,
00:13:49et on sait ce qui se passe en Allemagne.
00:13:51Vous êtes informés de tout.
00:13:53On sait,
00:13:54on sait,
00:13:54on n'a pas les lectures qui correspondent,
00:13:56mais on sait qu'en Allemagne,
00:13:57il y a le nazisme et le fascisme,
00:13:59on sait ce qui se passe en Italie,
00:14:01et en 1906,
00:14:01nous avons la guerre d'Espagne.
00:14:03Et qu'on va aider,
00:14:05par des petites choses,
00:14:06à récupérer,
00:14:07pour pouvoir aider,
00:14:09disons,
00:14:10les gars qui s'en vont en Espagne.
00:14:11Donc,
00:14:12on est déjà investis,
00:14:13très très jeunes,
00:14:15et avec l'occupation allemande,
00:14:19et les camarades qui vivent déjà
00:14:21dans la clandestinité,
00:14:23puisque certains seront déportés à Alger,
00:14:25comme par exemple,
00:14:26comment je vais dire ?
00:14:28Le père de Guimaud,
00:14:29oui,
00:14:29comme Martel,
00:14:31et Martel de Saint-Denob,
00:14:33qui s'est éputé,
00:14:34il y a eu beaucoup d'œuvres,
00:14:35n'est-ce pas ?
00:14:36Et comme on a vécu dans ce milieu-là,
00:14:38il va de soi qu'on a esprit
00:14:41de commencer une résistance.
00:14:44Et on nous appellera à ce moment-là,
00:14:46dans l'organisation,
00:14:47ce sont des poignées de main,
00:14:48parce que les hommes sont prisonniers de guerre,
00:14:51mais dans la population,
00:14:52qu'est-ce qu'il reste ?
00:14:53Des hommes très jeunes,
00:14:55et des hommes très vieux,
00:14:56et surtout des femmes.
00:14:58Alors,
00:14:58on ne sait pas que la guerre va durer longtemps,
00:15:00mais c'est déjà des femmes
00:15:02de prisonniers de guerre
00:15:03qui ont des enfants,
00:15:04et qui vont devoir,
00:15:06comment je vais dire,
00:15:06en pensant à elles,
00:15:08parce que c'est toujours la femme,
00:15:09qui vont devoir se débrouiller,
00:15:11avec peu de piquets d'invitaillement,
00:15:12avec très peu d'argent,
00:15:13et faire vivre leurs enfants.
00:15:15C'est déjà une cause.
00:15:16Mais dans la population,
00:15:18il y a aussi Pétain,
00:15:21qui nous a trahis.
00:15:22Qui remporte un certain succès,
00:15:24on va dire.
00:15:25Un grand succès.
00:15:26Un très grand succès.
00:15:26Un très grand succès.
00:15:27Et dans la population,
00:15:29il y a l'épivation,
00:15:30il y a des bombardements prévus
00:15:31avec l'occupation,
00:15:32et nous avons, nous,
00:15:34à la Madeleine,
00:15:35ici, que tu vois la guerre de la Madeleine,
00:15:37à peu près,
00:15:37jusqu'à hauteur,
00:15:38tu vois, au niveau,
00:15:39en face de la Madeleine,
00:15:40il n'y a que des châteaux.
00:15:41Et les châtenins ont fui,
00:15:43et là,
00:15:44ce sont des soldats allemands.
00:15:45Les soldats allemands
00:15:46ne vont plus loger,
00:15:48comme dans la Première Guerre mondiale,
00:15:50chez l'habitant,
00:15:50comme ma mère,
00:15:51elle avait eu,
00:15:52mais ils sont logés
00:15:53individuellement dans ces châteaux.
00:15:54Voilà,
00:15:54ils réquisitionnent, en fait.
00:15:56Voilà,
00:15:56ils sont logés.
00:15:57Par contre,
00:15:58du côté de la nuit de la République,
00:15:59si tu vois le Lame-Saint-Mort,
00:16:02maintenant,
00:16:03on fait du pain, là.
00:16:04Auparavant,
00:16:05c'était une brasserie
00:16:06qui s'appelait la Rotonde,
00:16:07et là,
00:16:07ça deviendra une salle de torture,
00:16:10dans les caves.
00:16:11Il y a aussi la rue François de Basse,
00:16:13où il y aura aussi
00:16:14une salle de torture
00:16:15très vite organisée,
00:16:17de l'occupation allemande.
00:16:18Mais dans la population,
00:16:20la population est pétiniste.
00:16:22Pourquoi ?
00:16:22Parce que, d'abord,
00:16:24il y a eu la première guerre mondiale,
00:16:26qu'à peine,
00:16:27les familles n'étaient pas remises
00:16:28de cette première guerre mondiale,
00:16:30pas plus ma mère que d'autres.
00:16:32Donc, on ne veut pas se battre.
00:16:33Ils souffraient encore
00:16:35dans leur cœur et dans leur cœur,
00:16:36parce qu'on a été rattrapés
00:16:38très vite,
00:16:39contrairement à maintenant
00:16:39qu'on vit dans la paix
00:16:40et qu'on ne vit pas
00:16:41depuis 1945.
00:16:43Et là,
00:16:43ces familles-là,
00:16:44bien,
00:16:46ces familles-là,
00:16:46en général,
00:16:47sont pétinistes.
00:16:49Il y aura des premiers sabotages,
00:16:51l'organisation,
00:16:52on appelle ça l'OS,
00:16:54c'est-à-dire l'organisation spéciale,
00:16:56rattachés au FTPF,
00:16:57les frontières partisans.
00:16:59Si tu les vois sur les murs,
00:17:00si tu les vois,
00:17:01tu verras très souvent
00:17:02l'homme-métis à côté,
00:17:04comme par exemple à Arras,
00:17:05il y a 210 fusillés à Arras,
00:17:07et en général,
00:17:08tu regarderas à côté,
00:17:09ils marquaient FTPF.
00:17:10Une majorité,
00:17:12FTPF,
00:17:13pas obligatairement des communistes,
00:17:14mais dans les FTPF,
00:17:15une majorité de communistes.
00:17:17Si on veut discuter là-dessus.
00:17:18Parce que je crois
00:17:19que ça va pointiller
00:17:20encore une fois dans l'histoire
00:17:21avec l'histoire de Guy Mouquet.
00:17:24Alors,
00:17:25quand il y a des sabotages,
00:17:26dans la presse,
00:17:27qu'est-ce qu'on est ?
00:17:28Nous sommes des bandits
00:17:29et nous sommes des terroristes.
00:17:31Comment veux-tu
00:17:32faire comprendre
00:17:33à la population
00:17:35contre ça ?
00:17:36Parce que le journal
00:17:36qui est lu,
00:17:38ensuite,
00:17:38les hommes sont prisonniers de guerre,
00:17:39il y a des bombardements,
00:17:40il y a des privations.
00:17:42Donc,
00:17:42quand il y a tout ça,
00:17:43tout c'est de la faute
00:17:44des...
00:17:46Vous êtes des dangereux.
00:17:47Il y a des dangereux.
00:17:49Voilà comment
00:17:50on est considéré
00:17:51dans la population.
00:17:53Donc,
00:17:53c'est une minorité
00:17:54d'hommes et de femmes
00:17:55qui sont au début
00:17:56de la résistance.
00:17:58Et moi,
00:17:58je dis FTPF
00:17:59parce que j'ai été contacté
00:18:00par le syndicat
00:18:02et le FTP.
00:18:04Je n'ai pas été contacté ailleurs.
00:18:05Peut-être que j'aurais été ailleurs,
00:18:06mais compte tenu
00:18:07d'où je viens,
00:18:09c'est normal aussi
00:18:09que je sois sur l'FTP.
00:18:11Et ensuite,
00:18:11sera formé
00:18:12ce qu'on appelle
00:18:13le Front National le vrai.
00:18:14Parce que tu peux avoir
00:18:15dans un témoignage
00:18:17une personne
00:18:18qui dit
00:18:19« Moi, je n'étais pas FTP,
00:18:20j'étais Front National
00:18:21et c'était un mouvement reconnu. »
00:18:23Et ça,
00:18:24il faut l'expliquer
00:18:24à chaque fois dans les collèges.
00:18:26Le vrai Front National.
00:18:27On est bien sur
00:18:28le Front National
00:18:28de libération.
00:18:30Le vrai Front National
00:18:31parce que
00:18:33quand Le Pen
00:18:34a pris ce nom-là,
00:18:35nous l'avons attaqué
00:18:36et nous avons perdu
00:18:37notre procès
00:18:38parce que le Front National
00:18:39pendant la guerre
00:18:40n'a pas pu être reconnu
00:18:42officiellement.
00:18:43il n'a pas déposé.
00:18:43Oui, il était indiqué
00:18:44parce qu'il était inserdi.
00:18:45Donc, c'est Le Pen
00:18:46qui a gagné
00:18:47ce qu'il y a.
00:18:47Ça, on doit
00:18:48nous expliquer
00:18:49à chaque fois
00:18:49dans les témoignages
00:18:50et c'est nécessaire.
00:18:52Voilà.
00:18:53Donc, Florent,
00:18:54très vite aussi,
00:18:55sera mis dans l'illégalité,
00:18:57dans la clandestinité.
00:18:58Et on a vu
00:18:58à ce moment-là
00:18:59au 6,
00:19:00place de la boucherie
00:19:01à la Menden.
00:19:02Pas très loin d'ici encore,
00:19:04au 6,
00:19:04place de la boucherie
00:19:05à la Menden.
00:19:07Et Florent,
00:19:08là, vous n'avez pas de sous,
00:19:09il n'y a pas d'argent
00:19:09pour le copain.
00:19:10On doit chercher
00:19:11des plantes
00:19:12pour héberger
00:19:13tous ceux
00:19:13qui sont dans la clandestinité.
00:19:15On a hébergé
00:19:16des Anglais,
00:19:17parce qu'on vient souvent
00:19:18sur des Anglais
00:19:18comme s'il n'y avait
00:19:19que des Anglais,
00:19:20mais tous les copains
00:19:21qui sont dans la clandestinité,
00:19:23ils n'ont pas
00:19:23de ticket d'arbitaillement,
00:19:24ils n'ont pas de sous
00:19:25pour les héberger
00:19:26pour trouver des familles
00:19:28qui vont ici et là,
00:19:30moi, je vais être chargé
00:19:31de ceux-là
00:19:31entre la Menden
00:19:32jusque dans le Cambrésil.
00:19:34Et je le ferai.
00:19:35Et je le ferai.
00:19:36Et on trouvera.
00:19:37C'est à leur risque
00:19:38que périsse
00:19:38que c'est interdit.
00:19:39Tout est interdit.
00:19:40Et puis aussi,
00:19:43comme on a...
00:19:44Il y a la presse
00:19:45qui dit
00:19:45qu'on est demandée,
00:19:47il faut créer une presse.
00:19:48Mais créer une presse
00:19:49à l'époque,
00:19:50ce n'est pas facile
00:19:50parce qu'il faut
00:19:51une machine d'écrire,
00:19:53il faut des stencils,
00:19:54il faut du papier
00:19:55et il faut une Renéo.
00:19:56Alors, il faudra
00:19:57être à la recherche
00:19:58de complicité
00:20:00dans les préfectures,
00:20:01des administrations
00:20:02pour faire sortir
00:20:03au cœur de la bête,
00:20:04finalement.
00:20:04On ne peut pas
00:20:06le réquisitionner.
00:20:07Ce n'est pas possible.
00:20:09On ne peut pas
00:20:09l'acheter,
00:20:10on ne peut pas
00:20:10réquisitionner.
00:20:11Il faut convaincre
00:20:11à l'intérieur.
00:20:12Les emprunts
00:20:12et ça va sortir
00:20:13et après,
00:20:14trouver une maison
00:20:15pour les mettre.
00:20:16Mais pour être raisonnable,
00:20:17parce que moi,
00:20:18j'avais une machine
00:20:18à écrire,
00:20:19mais tu sais,
00:20:20une machine à écrire,
00:20:20si tu entends
00:20:21des vieux films,
00:20:22tu entends combien
00:20:23ça fait le bruit
00:20:24et ça t'entends
00:20:25chez ton voisin.
00:20:26Pourquoi t'appelles ?
00:20:27Et on disait à l'époque,
00:20:29le mur ont des oreilles.
00:20:30Donc, il faudra
00:20:31trouver des maisons.
00:20:33Là, on mettra
00:20:34une machine d'écrire,
00:20:35là, on mettra
00:20:36à la Roneo
00:20:36et là, on mettra
00:20:37le papier.
00:20:38Le papier,
00:20:38tu ne peux pas
00:20:39l'acheter non plus
00:20:39puisqu'il est contingenté
00:20:41et si tu achètes
00:20:42du papier,
00:20:42il faut dire pourquoi.
00:20:43Donc, on n'en a pas.
00:20:44Mais là encore,
00:20:45il y a du papier
00:20:46qui sortira
00:20:47d'administration.
00:20:48L'administration,
00:20:50préfecture,
00:20:50mairie.
00:20:51On a la Madeleine
00:20:52où je travaille plus tard.
00:20:55Nous avons deux hommes.
00:20:56Un qui s'appelle
00:20:57Monsieur,
00:20:58on a toujours rappelé
00:20:59Monsieur Dupré,
00:21:00lui qui faisait
00:21:01les forces cartoïques
00:21:02d'identité.
00:21:03Un jour,
00:21:03il va être dénoncé
00:21:04et arrêté.
00:21:05Il va être déporté,
00:21:06il va mourir en déportation.
00:21:07Et on a appris plus tard,
00:21:09plus tard,
00:21:10qu'il ne faisait pas que ça.
00:21:11Et on a un deuxième gars,
00:21:12Georges Desruels,
00:21:13qui était plus près de nous,
00:21:14qui a aussi pris le relais,
00:21:16qui a fait des vrais
00:21:17forces cartes d'identité.
00:21:19Et c'était parce que
00:21:21on savait,
00:21:22nous,
00:21:22il y a la fu des banques
00:21:24qui vont distribuer
00:21:25les tickets d'arrêtement.
00:21:26Il y a eu des vols,
00:21:27des vols de banques,
00:21:28de tickets.
00:21:29Et il y a eu aussi,
00:21:31pour le préfet Car,
00:21:34le préfet Car,
00:21:34je le dis bien,
00:21:35avait donné les ordres
00:21:36aux municipalités
00:21:37du soir,
00:21:39tous les tampons,
00:21:40les mettre dans les coffres.
00:21:42Ce n'était pas innocent,
00:21:43parce qu'il savait bien
00:21:44qu'on était à la recherche
00:21:45de cachets
00:21:45pour établir
00:21:46des faux papiers.
00:21:47Donc,
00:21:49il y a des gars comme ça
00:21:50qui ont établi
00:21:50des vrais forces cartes
00:21:51d'identité.
00:21:52Il s'est dénoncé,
00:21:53lui sera dénoncé également,
00:21:54Georges Desruels,
00:21:55mais avec la chance
00:21:56qu'il va aller
00:21:57à la prison de Loss.
00:22:00Il a été dénoncé tardivement
00:22:01et qu'il ne sera pas déporté
00:22:04par le dernier train de Loss,
00:22:06mais qu'il sera
00:22:06quelques mois de prison
00:22:07et libéré
00:22:08avec la libération de Loss.
00:22:11En ce qui nous concerne,
00:22:13nous,
00:22:14qu'aura en vie
00:22:15dans la clandestinité,
00:22:16nous avons des très bons camarades,
00:22:20n'est-ce pas,
00:22:21qui ont une solide amitié,
00:22:22Germinal Martel,
00:22:24d'autres,
00:22:26d'autres,
00:22:27comme ça,
00:22:28René Léonis
00:22:29qui sera assassiné
00:22:30en 1942
00:22:31par la police française,
00:22:32par exemple,
00:22:34d'autres encore.
00:22:35Et le camarade
00:22:36qui me dit,
00:22:37je ne citerai pas son nom,
00:22:38je ne citerai pas son nom
00:22:40parce qu'il a encore
00:22:40la famille vivante
00:22:41et je ne le cite pas.
00:22:42Je ne le cite pas
00:22:43parce qu'il a encore
00:22:44la famille vivante.
00:22:45Toujours est-il,
00:22:46il sait où il a logé,
00:22:47comme il vient aussi
00:22:48loger à la maison,
00:22:49que ce soit Mait Martel,
00:22:51que ce soit,
00:22:52comment je vais dire,
00:22:53qui sait où est Florent.
00:22:55Des femmes,
00:22:55des femmes,
00:22:56comme René de Berriot
00:22:58pour qui j'ai réussi
00:22:58à faire une rue
00:22:59en 2005
00:23:00à la Maubeuge,
00:23:02comment je vais dire,
00:23:04d'autres femmes
00:23:05qui vont être hébergées
00:23:06à la maison aussi.
00:23:08notre adresse,
00:23:09c'est porte ouverte.
00:23:11D'ailleurs,
00:23:11j'étais élevée
00:23:12avec une mère flamande
00:23:12qui était pieuse
00:23:13et mon père qui est algérien
00:23:15et c'est porte ouverte.
00:23:16Donc,
00:23:16on a appris
00:23:18à vivre porte ouverte
00:23:19pendant la résistance
00:23:20ce qui va se passer.
00:23:21On sait qu'on peut venir
00:23:22chez nous,
00:23:23que tout le monde
00:23:23sera bien reçu,
00:23:24plus difficile,
00:23:25c'est de nourrir
00:23:25parce qu'on n'a rien,
00:23:26mais enfin,
00:23:27on se débrouillera
00:23:27avec les muscles
00:23:28de ce qu'on peut.
00:23:29Et ce camarade-là,
00:23:31il est à...
00:23:31Je vais te le dire tout
00:23:33si tu veux,
00:23:33parce que ça sera
00:23:34peut-être plus pratique.
00:23:37Parce que je fais
00:23:38un témoignage.
00:23:39Vers le 24 avril 1942,
00:23:42un camarade OS,
00:23:44c'est-à-dire OS
00:23:45l'organisation spéciale,
00:23:48FTPF,
00:23:48parce qu'on a eu
00:23:49des FTP
00:23:50qui étaient
00:23:51publiatement français,
00:23:53est arrêté
00:23:54par une patrouille
00:23:54de la police française
00:23:55après le couvre-feu.
00:23:57Il est porteur
00:23:58d'une vraie
00:23:58fausse carte d'identité
00:23:59et d'un revolver.
00:24:01Il ne devait pas
00:24:02avoir ce revolver
00:24:02parce qu'il n'était pas
00:24:03en mission.
00:24:04Il n'avait pas
00:24:05beaucoup d'armes.
00:24:05Le peu d'armes
00:24:06que nous avions,
00:24:08c'est quand les...
00:24:08Comment dirais-je ?
00:24:10Nous,
00:24:10il n'y a pas de parachutage
00:24:11ici,
00:24:12on n'est pas dans
00:24:14des maquilles,
00:24:15tout ça.
00:24:16Le peu qu'on nous
00:24:17avait d'armes,
00:24:18c'est quand les soldats
00:24:19français ont été
00:24:20prisonniers de guerre
00:24:21et que certains,
00:24:22en chantant,
00:24:23nous ont dit
00:24:23nous n'avons pas
00:24:25tous rendu nos armes
00:24:26et nous les avons
00:24:27abandonnés
00:24:28près de la Deule.
00:24:30Il n'a pas dû chercher.
00:24:31C'est bien qu'on a
00:24:32été déchargé.
00:24:33Alors ici et là,
00:24:33ces armes,
00:24:34pas tellement nombreuses,
00:24:35mais il y avait
00:24:36des revolvers,
00:24:36des trucs,
00:24:37des fusils
00:24:39qui ont été
00:24:39rapistolés,
00:24:40mais enfin,
00:24:41ce n'était pas
00:24:41grand-chose.
00:24:43Alors,
00:24:43il avait donc
00:24:44un revolver sur lui
00:24:46alors qu'il n'était
00:24:46pas en mission.
00:24:48Il connaissait
00:24:49de nombreuses adresses,
00:24:51interrogé et torturé
00:24:52par la police spéciale
00:24:54française
00:24:54pendant plusieurs jours.
00:24:56Il révèle
00:24:57et dénonce
00:24:58des noms,
00:24:58dont le mien.
00:24:59La police française
00:25:00le remet
00:25:01aux nazis allemands.
00:25:03Condamné à mort
00:25:04par le tribunal
00:25:05militaire allemand
00:25:06de Bruxelles,
00:25:07il sera fusillé
00:25:08le 1er juillet 1942
00:25:10au Vergalan
00:25:11avant Bruchy
00:25:12avec quatre autres camarades.
00:25:14Alors,
00:25:14les quatre autres camarades,
00:25:16il s'agit de Louis Petit
00:25:18avec qui j'étais arrêté.
00:25:21En raison des adresses
00:25:23énoncées,
00:25:24on vient chez moi,
00:25:25chez toi,
00:25:26on s'en fait.
00:25:26Chez moi,
00:25:27on s'en fait.
00:25:28Arrêtez-moi.
00:25:29Mais on était
00:25:30en Réunion de Troie,
00:25:31parce qu'on appelait ça
00:25:32les Réunion de Troie.
00:25:33À la maison,
00:25:34il y a du matériel,
00:25:35du matériel qui sert
00:25:36au sabotage,
00:25:37qui sortait
00:25:38de chez Kuhlman,
00:25:38de la médezaine.
00:25:40Il y avait donc
00:25:40des pots,
00:25:41un tas de trucs.
00:25:42Et naturellement,
00:25:43on ne peut pas prévoir,
00:25:44il y avait Louis Petit
00:25:46qui était condamné
00:25:47à mort par Cotumas
00:25:48et Jean Braque
00:25:49de Caudry
00:25:49qui était condamné
00:25:50à mort par Cotumas.
00:25:51On est à Troie,
00:25:53ça ne pardonne pas,
00:25:54nous sommes arrêtés.
00:25:55Et ils seront,
00:25:57je le dis plus loin,
00:25:58le 29 avril 9-142,
00:26:00c'est tout à fait
00:26:01la fatalité,
00:26:02c'est le matin
00:26:03de mes 20 ans.
00:26:04Dans les archives,
00:26:05il est marqué
00:26:05le 30 avril
00:26:06et non pas le 29.
00:26:08Et moi,
00:26:08je sais que c'est le 29
00:26:09parce qu'en raison
00:26:10de mon anniversaire,
00:26:11mais ce matin
00:26:12de mes 20 ans.
00:26:13Je suis arrêtée
00:26:14par la police spéciale
00:26:15à la maison
00:26:166 places à Boucher
00:26:17à Madeleine
00:26:17où nous étions
00:26:18en Réunion,
00:26:19groupe de Troie,
00:26:20avec Louis Petit,
00:26:21le Denain
00:26:22et Jean Braque
00:26:22de Caudry,
00:26:23tous deux condamnés
00:26:24à mort
00:26:25par tante humasse
00:26:26et recherchés
00:26:27activement
00:26:27par la police française
00:26:28qui,
00:26:29après les avoir arrêtés,
00:26:30interrogés
00:26:31et torturés,
00:26:32les ont remis
00:26:33au nazi allemand.
00:26:34Le tribunal allemand
00:26:35de Bruxelles
00:26:36les condamne à mort.
00:26:37Ils seront exécutés
00:26:39le 1er juillet 1942
00:26:41au Bergalan
00:26:42à Montbruchy.
00:26:43Pour ma part,
00:26:44je suis conduite
00:26:45au commissariat central
00:26:46de Lille.
00:26:47C'est face
00:26:48d'un noble tour.
00:26:50Du 29 avril 1942
00:26:51au 5 mai 1942
00:26:53et enfermé
00:26:54dans l'un des cachots
00:26:55pour y suivre
00:26:56les interrogatoires
00:26:57musclés
00:26:58de la police spéciale
00:26:59française.
00:27:00Je ne parlerai pas.
00:27:01Transférés
00:27:02le 5 mai 1942
00:27:03à la prison
00:27:04de Coincis
00:27:05dans une cellule
00:27:06de 8 mètres carrés
00:27:07pour plusieurs personnes
00:27:08sans électricité
00:27:09ni eau
00:27:10et juste
00:27:11une kinette
00:27:11pour les besoins
00:27:12naturels
00:27:13et 2 paillasses
00:27:14au sol
00:27:14pour 4 ou 5 personnes.
00:27:16La direction
00:27:17et les gardiennes
00:27:18sont à la solde
00:27:18des Allemands
00:27:19et sous les ordres
00:27:21du préfet Carles.
00:27:22Je suis condamnée
00:27:23par la cour spéciale
00:27:24de Douai
00:27:24à huis clos.
00:27:25Les juges
00:27:26sont français.
00:27:27Il n'y a pas
00:27:28de témoin
00:27:28en dehors des gendarmes
00:27:30d'où mon refus
00:27:32de recevoir
00:27:32l'aide d'un avocat.
00:27:33J'ai décarré
00:27:34ce jour-là
00:27:35qu'ils étaient
00:27:36tous des collaborateurs.
00:27:37Il m'a dit
00:27:37ma fille
00:27:38ça va te coûter cher
00:27:38mais pour moi
00:27:40les avocats
00:27:40qui étaient là
00:27:41les juges
00:27:42pour moi
00:27:42c'était
00:27:42tous des collaborateurs.
00:27:44Tu es jugée
00:27:44pour des faits précis ?
00:27:46Oui.
00:27:46J'étais condamnée
00:27:47parce que j'étais
00:27:49une...
00:27:50Comment dirais-je ?
00:27:52D'ailleurs
00:27:52avec ce qu'il y avait
00:27:52à la maison.
00:27:53Le matériel.
00:27:54Le fait de détenir
00:27:55la présence
00:27:56des deux copains
00:27:57du matériel
00:27:58qu'ils ont saccagé
00:27:59parce qu'ils ont
00:28:00enlevé la cuisinière
00:28:03du mur.
00:28:04Ils ont ouvert
00:28:06des matelas
00:28:06tout ça.
00:28:07Donc il y avait
00:28:08du matériel
00:28:09de l'hyposulfite.
00:28:10Il y avait du matériel
00:28:11pour faire des...
00:28:14des sabotages
00:28:15de la poudre
00:28:18et faire...
00:28:19Exactement.
00:28:19Pour faire
00:28:20des cocktails
00:28:20et disons
00:28:22que je refusais
00:28:23d'un avocat
00:28:24parce que selon moi
00:28:25j'ai eu tort
00:28:25de déclarer
00:28:27que c'était tous
00:28:27des collaborateurs.
00:28:29J'ai eu tort
00:28:29parce que j'ai terminé
00:28:30ma déportation
00:28:31de peau
00:28:32avec maître Martinage
00:28:33de Lille
00:28:34qui défendait
00:28:34une mauvaise cause
00:28:35qui a été arrêtée.
00:28:36On en a connu
00:28:37des avocats quand même.
00:28:38Je pense
00:28:38à Joël German.
00:28:40Mais c'était
00:28:41ma déclaration
00:28:41de ces collages
00:28:42encore une fois
00:28:43sous la colère.
00:28:46Nouveau transfert.
00:28:47J'ai mené de main
00:28:48et boulet au pied
00:28:49à la prison
00:28:50de la Roquette.
00:28:51Les gardiens
00:28:52de la direction
00:28:52sont collaboratrices.
00:28:54Parmi elles,
00:28:55il y a des religieuses.
00:28:56Alors,
00:28:56t'imagines,
00:28:57moi j'ai été élevée
00:28:57religieusement.
00:28:58qu'on revienne de ça.
00:28:59Je n'ai rien.
00:29:00Je n'ai rien.
00:29:03J'ai passé que du bon temps.
00:29:04J'ai fait ma communion.
00:29:06Alors,
00:29:06quand on arrive
00:29:08en détail,
00:29:09on arrive à la prison
00:29:09de la Roquette,
00:29:10une prison vraiment vétuse
00:29:11et sale
00:29:12avec des punaises
00:29:13et tout ça.
00:29:14Et puis,
00:29:14on voit des religieuses.
00:29:16On explique notre cas
00:29:18particulièrement aux religieuses.
00:29:19On n'en revient pas.
00:29:20On ne savait pas
00:29:21qu'il faut avoir
00:29:21des gardiennes religieuses.
00:29:23Mais auparavant,
00:29:24elles avaient des droits communs.
00:29:25Elles étaient habituées
00:29:26à recevoir des droits communs.
00:29:27et elles n'ont qu'aujourd'hui
00:29:28à dire pareil
00:29:29puisque nous sommes
00:29:30des bandits,
00:29:33des terroristes.
00:29:35Avec un dossier,
00:29:36parce que le dossier
00:29:37suit toujours.
00:29:38Avec le dossier,
00:29:39donc,
00:29:40elles font faire
00:29:41le même rôle
00:29:41que les gardiennes civiles.
00:29:43Même à l'heure
00:29:44de nos éplications.
00:29:46Et puis,
00:29:47c'est plus la centrale
00:29:47de Rennes
00:29:48où étaient emprisonnées
00:29:49des femmes,
00:29:50des droits communs,
00:29:51des criminels.
00:29:52Les résistantes incarcérées
00:29:54ne recevrent
00:29:55aucune considération.
00:29:56Au contraire,
00:29:57après une révolte
00:29:58pour obtenir
00:29:59un statut
00:30:00meneuse,
00:30:01je suis punie
00:30:02dans les cachots
00:30:02de cette centrale
00:30:03des Vétustes.
00:30:04La direction
00:30:05me remet aux Allemands
00:30:06direction Romainville.
00:30:08On les accompagne
00:30:09en chantant
00:30:10à Romainville
00:30:12dans les casemates.
00:30:15Les casemates,
00:30:16tu sais ce que c'est, hein ?
00:30:17Les casemates,
00:30:17quand il y a un fort,
00:30:18il y a des casemates.
00:30:19Tu vois ça,
00:30:20bon,
00:30:20du ou ailleurs
00:30:21ou à Overgalan,
00:30:22sur le côté,
00:30:24c'était les lents
00:30:25où ils mettaient leurs armes,
00:30:26à même la terre.
00:30:28Alors,
00:30:29dans les casemates,
00:30:30où chaque jour,
00:30:31derrière nos barreaux,
00:30:32parce que c'est à même la terre,
00:30:34nos barreaux,
00:30:35il y a les barreaux,
00:30:37où chaque jour,
00:30:38derrière nos barreaux,
00:30:38passent des hommes
00:30:39et les pelotons
00:30:40des excursions,
00:30:42et naturellement,
00:30:43ces condamnés
00:30:45chantent.
00:30:45On les accompagne
00:30:46en chantant la Marseillaise,
00:30:48et eux,
00:30:48la chantent
00:30:49pour la dernière fois.
00:30:49C'est souvent
00:30:50la Marseillaise
00:30:51et souvent aussi
00:30:52l'international
00:30:53et qu'on chante avec eux,
00:30:54mais on est impuissant,
00:30:56on est derrière nos barreaux.
00:30:57C'est ensuite
00:30:58le singulier
00:30:59départ pour Aves-Bruc,
00:31:00c'est-à-dire,
00:31:02bon,
00:31:02là,
00:31:03je repasse sur,
00:31:04un mot que je n'aime pas,
00:31:04c'est sur les détails.
00:31:07Voilà,
00:31:07quand j'étais,
00:31:09par exemple,
00:31:10à la prison
00:31:11de Coincis,
00:31:12n'est-ce pas,
00:31:13où il y a du courrier,
00:31:14tu as le droit
00:31:15de temps en temps
00:31:15à du courrier,
00:31:16mais on te remettra,
00:31:17tu vois là,
00:31:18c'est parce que
00:31:18ça a été censuré.
00:31:20Tu vois ?
00:31:21Ça a été censuré.
00:31:22La lettre a été lue.
00:31:23Alors,
00:31:24la lettre,
00:31:25j'ai l'enveloppe,
00:31:26mais je n'ai pas la lettre.
00:31:26Tu n'as pas la lettre.
00:31:27Mais on te donne l'enveloppe,
00:31:28c'est-à-dire que c'est
00:31:29une punition
00:31:30peut-être encore pire
00:31:31que de ne pas savoir du tout.
00:31:32Par contre,
00:31:33par ça,
00:31:33vous avez bon cœur
00:31:34les gardiens des prisons.
00:31:35Autrement dit,
00:31:36il y a des droits communs
00:31:37d'à côté,
00:31:38on est des politiques,
00:31:41parce qu'à l'époque,
00:31:41on est considéré
00:31:42comme politique.
00:31:44On n'est pas des droits communs,
00:31:45on est des politiques,
00:31:46on est des bandits.
00:31:48Et alors là,
00:31:49quand je suis
00:31:49à la centrale de Rennes,
00:31:51comme par hasard,
00:31:53quand j'ai appris le cachot,
00:31:54comme je l'ai expliqué,
00:31:55après le cachot,
00:31:56je remonte,
00:31:57et là,
00:31:58ce sont les Français
00:31:59qui me remettent aux Allemands.
00:32:01Ce n'est pas eux qui viennent
00:32:01me chercher,
00:32:02ce sont les Français,
00:32:03la direction.
00:32:04parce que nous avions demandé
00:32:05une entrevue,
00:32:07tu sais,
00:32:07on avait une attenue de bure,
00:32:08comme les droits communs,
00:32:10et on avait des gros sabots
00:32:11de bois,
00:32:12et puis on a froid.
00:32:14Alors,
00:32:14on bat du sabot
00:32:15parce qu'on a froid,
00:32:16et on demande quand même
00:32:17une entrevue,
00:32:18parce que les gardiennes de prison
00:32:20ne sont pas à côté.
00:32:22Elles sont dans des géoles,
00:32:23mais haut,
00:32:24c'est-à-dire que tu ne peux pas parler,
00:32:26tu n'as pas le droit de parler.
00:32:28Tu ne les vois jamais
00:32:28dans les yeux.
00:32:30Si tu dois aller en toilette,
00:32:31tu lèves les doigts,
00:32:32si tu veux une serviette hygiénique,
00:32:34tu lèves les doigts.
00:32:34Il ne lui parle pas.
00:32:35Il se passe comme ça.
00:32:36Et elles te surveillent.
00:32:38Ce sont naturellement,
00:32:39elles ont des ordres,
00:32:40comme elles ont dit,
00:32:40après la guerre.
00:32:41Elles ont eu des ordres,
00:32:42qu'elles ont appliqués.
00:32:44Et,
00:32:45donc,
00:32:45il y a un courrier qui arrive,
00:32:47il y a un courrier qui arrive là-bas,
00:32:48tu vois,
00:32:49ça c'est l'écriture,
00:32:50qui a été reprise
00:32:51dans le numéro spécial,
00:32:52d'ailleurs,
00:32:53qui a été écrit
00:32:53par la voix du Nord.
00:32:55Partie,
00:32:56tu vois,
00:32:57partie sans adresse,
00:32:58retour à l'expéditeur.
00:32:59Alors que ce sont elles
00:33:01qui m'ont remis
00:33:01les gardiens de prison,
00:33:03la direction de la prison
00:33:04qui a refusé de nous recevoir
00:33:05pour expliquer
00:33:06que nous n'étions pas
00:33:07des droits communs,
00:33:08mais bien des patriotes,
00:33:09n'est-ce pas ?
00:33:10Et d'ailleurs,
00:33:11tu vois bien,
00:33:11là,
00:33:11il est marqué...
00:33:13Donc,
00:33:13elles savent très bien où t'es,
00:33:14elles ne font pas suivre le courrier,
00:33:15elles renvoient l'expéditeur.
00:33:16Et ça repart,
00:33:17tu vois,
00:33:17à Caudry.
00:33:17Je suis là,
00:33:18je suis donc avec ce courrier-là
00:33:20pour ma famille,
00:33:21à partir de ce moment-là,
00:33:22il n'y a plus du tout de nouvelles,
00:33:23n'est-ce pas ?
00:33:24Plus du tout de nouvelles.
00:33:25Ta famille sait que tu n'es plus à Rennes,
00:33:26mais ne sait pas où tu es, quoi.
00:33:28Après,
00:33:28elle n'est plus rien,
00:33:29puisque ce courrier retourne
00:33:30et ça fait boule de neige.
00:33:32Mais il n'y a plus à la dresse.
00:33:33Ça fait boule de neige,
00:33:33il n'y en a pas d'autre,
00:33:34il y a que cette enveloppe-là
00:33:35qui, par chance,
00:33:36a été passée,
00:33:37qui ont été remises,
00:33:39que j'ai retrouvées après la guerre,
00:33:41à cette personne,
00:33:41parce qu'elle s'est retournée à l'expéditeur
00:33:43et qu'elle a conservée,
00:33:44à Caudry.
00:33:45Je ne sais plus de quand ça date,
00:33:46mais enfin,
00:33:46il n'y a pas de la vie concernée.
00:33:47Cette personne,
00:33:48maintenant,
00:33:48est décédée aussi.
00:33:50Alors,
00:33:51à mon retour,
00:33:51après 37 mois de détention,
00:33:53c'est le néant.
00:33:54Mon appartement,
00:33:55ayant servi de guet-apens
00:33:56par la police française,
00:33:58qui a tout saccagé
00:33:59avant de quitter les lieux
00:34:01en laissant l'habitation abandonnée.
00:34:04Ceux qui ont vu ça,
00:34:06semble dire,
00:34:06les inspecteurs ont occupé ça,
00:34:08il paraît qu'ils ont fugué,
00:34:09enfin,
00:34:09ils ont...
00:34:10Passons.
00:34:11Toujours étiqués
00:34:11avec quand même mes papiers
00:34:12dans l'université de travail,
00:34:14des photos de mon mari,
00:34:15des photos de mariage,
00:34:16des photos qu'on peut avoir
00:34:17quand on est jeune.
00:34:19Donc, moi,
00:34:19quand je rentre,
00:34:20eh bien,
00:34:21je suis à poil.
00:34:22Voilà, c'est ça.
00:34:22Dans ma tenue bannière,
00:34:24je suis à poil.
00:34:25Et quand je reviens
00:34:26de déportation,
00:34:27quand je peux faire savoir
00:34:28que je rentre,
00:34:30parce qu'on passe d'abord,
00:34:32comment je vais dire,
00:34:33à l'hôtel du Tessia à Paris,
00:34:34où il y a le tri,
00:34:36n'est-ce pas,
00:34:36où tu peux,
00:34:37à ce moment-là,
00:34:38c'est la séparation de tous,
00:34:39tu quittes tes copines,
00:34:40tu quittes tout le monde,
00:34:41chacun va vers son endroit.
00:34:42Et moi,
00:34:43j'arrive avec le train,
00:34:44sans payer d'ailleurs,
00:34:45et j'arrive à la Madeleine,
00:34:46et je fais savoir
00:34:48que je rentre.
00:34:50Au fur et à mesure
00:34:50que je rentre,
00:34:52on me dit
00:34:53de ne pas aller chez moi.
00:34:54Chez moi,
00:34:54c'est plein de la boucherie.
00:34:56Et non plus,
00:34:57pas sur ma mère,
00:34:58parce que ma mère
00:34:59est malade.
00:35:01Elle a été,
00:35:02s'est trouvée
00:35:03veuve de guerre
00:35:03en première,
00:35:05en 16,
00:35:06et ce fils
00:35:07s'est engagé
00:35:08dans l'armée de l'âtre,
00:35:09dans la guerre,
00:35:10pour se faire tuer
00:35:11en 1944
00:35:11à Belfort.
00:35:13Ma mère savait donc,
00:35:14ne savait pas où j'étais,
00:35:16elle sait que son beau-fils
00:35:17est fusillé,
00:35:18et elle sait aussi
00:35:19que son fils
00:35:20a été tué à Belfort.
00:35:21Et que moi,
00:35:22normalement,
00:35:23je suis considérée
00:35:25disparue.
00:35:26Alors,
00:35:26on veut
00:35:27l'aménager,
00:35:28l'aménager.
00:35:28Donc,
00:35:29je suis reçu par une tante
00:35:30et qui m'apprend
00:35:31donc toute la vérité.
00:35:34Alors,
00:35:35ma famille
00:35:35avait été durement touchée,
00:35:36mon frère
00:35:37aussi sera tué
00:35:38dans l'armée de l'âtre
00:35:39en octobre 1944
00:35:40à Belfort.
00:35:43Ça,
00:35:43c'est pour,
00:35:44naturellement,
00:35:44ce bruit de l'homme-ménère.
00:35:46Faut-il ajouter
00:35:46à ce témoignage
00:35:47les cinq camarades
00:35:48d'Yotinia-Coinci
00:35:49par des Français ?
00:35:50Parce que quand on est
00:35:51à la prison de Coinci,
00:35:53on ne peut pas voir,
00:35:54mais on entend
00:35:54des bois qui se montent.
00:35:56Mais tu ne le vois pas.
00:35:57L'échafaud.
00:35:58Mais on sait,
00:35:58on sait par les gardiens
00:36:00très charitables
00:36:01que ce sont des gars
00:36:02qui vont être guillotinés.
00:36:04Ils tétoient
00:36:04des antacillules.
00:36:06Pour lesquels
00:36:07une plaque
00:36:08rendant hommage
00:36:08à ces héros
00:36:09de la résistance
00:36:10a été apposée
00:36:11par nos soins,
00:36:12nous,
00:36:12sur le mur
00:36:13de l'entrée de la prison
00:36:14en 1993.
00:36:15Si tu passes devant
00:36:16cette prison de Coinci,
00:36:17tu lèveras la tête
00:36:18et on l'a mise
00:36:19assez haute
00:36:20pour qu'elle ne soit pas
00:36:21qui est pas gravité.
00:36:23Ainsi que l'assassinat
00:36:24par la police française
00:36:25de René Denis,
00:36:26Eusebio Ferrari
00:36:27et Pabloski
00:36:29en février 1942.
00:36:31En conclusion,
00:36:32je n'ai aucune haine
00:36:33pour le peuple allemand,
00:36:34mais l'oubli
00:36:35est impossible.
00:36:36Également,
00:36:36envers des agents
00:36:37policiers français
00:36:38qui ont participé
00:36:40aux arrestations
00:36:41sous les ordres
00:36:42de la collaboration
00:36:43pétiniste,
00:36:44alors qu'ils auraient
00:36:46pu rejoindre
00:36:46la résistance
00:36:47comme tous ceux
00:36:48qui ont dit non
00:36:49à l'occupant
00:36:50et au nazisme.
00:36:51pour eux,
00:36:51j'éprouve encore
00:36:52du mépris.
00:36:53Ça, c'est un témoignage
00:36:55que j'ai fait
00:36:56pour Yves-le-Manère
00:36:57lors d'un colloque
00:36:58qui date de ?
00:36:59Le témoignage,
00:37:01celui-là,
00:37:01je l'ai fait en 2004
00:37:02lors d'un colloque.
00:37:03Un colloque, hein ?
00:37:05Alors, c'est ça.
00:37:06Par ailleurs,
00:37:08mon mari,
00:37:09Florent de Belge,
00:37:10pendant ce temps-là,
00:37:11oui.
00:37:12Pendant ce temps-là ?
00:37:13Que devient Florent ?
00:37:14Comment ?
00:37:15Que devient Florent ?
00:37:16Alors,
00:37:17que devient Florent
00:37:18et voilà,
00:37:19voilà ce qu'il écrit.
00:37:20Comme il ne sait pas
00:37:21où je suis,
00:37:22il ne sait pas
00:37:22où je suis.
00:37:24Lui, il n'est pas
00:37:24chez toi
00:37:25le jour où on vient
00:37:25t'arrêter.
00:37:26Non,
00:37:26il n'était pas là,
00:37:27il vivait dans
00:37:28la clandestinité
00:37:29et par chance,
00:37:30il n'est pas là,
00:37:31il sera arrêté
00:37:32dans le Douaisy,
00:37:34dans une adresse
00:37:35donnée encore
00:37:35par ses deux camarades
00:37:36qui a donné 56.
00:37:39Ça a fait 56 arrestations.
00:37:41Donc,
00:37:41pendant plus de 20 ans,
00:37:43quand j'étais
00:37:45organisatrice
00:37:45de la cérémonie
00:37:46l'hiver galant,
00:37:48à chaque nom répond
00:37:49non pas la France.
00:37:50Mais pendant 20 ans,
00:37:52j'avais du mal
00:37:52à l'avaler
00:37:53parce que
00:37:54je ne comprenais pas.
00:37:55Je ne comprenais pas
00:37:56que moi,
00:37:56j'avais résisté,
00:37:59battu,
00:38:00battu comme d'autres,
00:38:01comme par exemple
00:38:02notre amie
00:38:04Suzanne Blain,
00:38:05Suzanne Lannoy,
00:38:06Suzanne Lannoy,
00:38:07elle était professeure
00:38:08à l'école normale
00:38:09de Douaiy
00:38:09qui est arrêtée
00:38:10alors qu'elle est enceinte
00:38:11et elle va mourir
00:38:12sous la torture.
00:38:13Mais elle ne parle pas.
00:38:14Il y a un enfant
00:38:15de deux ans
00:38:15mais elle ne parle pas.
00:38:17Le comble,
00:38:18c'est qu'ils vont organiser
00:38:18à ce moment-là
00:38:19pendant qu'elle est Douaiy,
00:38:20ils vont organiser
00:38:21des obsèques
00:38:22alors qu'ils ne le font pas
00:38:23parce qu'ils espèrent
00:38:24que son mari
00:38:25va venir aux obsèques
00:38:26pour l'arrêter.
00:38:27Il aura le courage
00:38:28de ne pas venir.
00:38:29De ne pas y aller.
00:38:31Malheureusement,
00:38:31deux ans après la guerre,
00:38:33il était promu,
00:38:34d'ailleurs,
00:38:34je crois qu'il était promu
00:38:37préfet.
00:38:37Il ne sera jamais lommé
00:38:38parce qu'il sera tué
00:38:39en voiture.
00:38:41Plus tard,
00:38:41j'ai été faire un témoignage
00:38:43à Saint-Lenoble
00:38:44pour elle
00:38:45et j'avais son fils
00:38:46près de moi
00:38:47et il n'a jamais ouvert
00:38:48la bouche de son fils.
00:38:49Tu sais,
00:38:50tu as des drôles de situations.
00:38:51Ce sont des enfants
00:38:52qui n'ont pas été élevés
00:38:53par leurs parents,
00:38:54ni par le père,
00:38:54ni par la mère,
00:38:55qui ont été élevés
00:38:56par des étrangers
00:38:57et parfois
00:38:58qu'en veulent
00:38:59à leurs parents
00:39:00de ne pas avoir été là
00:39:01quand...
00:39:02d'avoir fait un choix.
00:39:03Alors,
00:39:03j'en reviens
00:39:04à la lettre de Florent.
00:39:06C'est L'os,
00:39:07le 1er juillet 1942
00:39:09à 17h.
00:39:10Sœurs parents,
00:39:11voici un dernier adieu.
00:39:13Mes dernières pensées
00:39:14sont pour vous.
00:39:21Ah là là,
00:39:22c'est toujours
00:39:23je te paye pour moi.
00:39:24Sont pour vous,
00:39:26ainsi qu'à ma chère
00:39:28petite femme
00:39:29qui va sûrement
00:39:34se faire bichagrin,
00:39:36mais je compte sur vous
00:39:38pour la consoler.
00:39:40Je compte aussi
00:39:41sur vous
00:39:42pour la consoler,
00:39:44ainsi que vous.
00:39:45Aussi,
00:39:46quand vous la verrez,
00:39:46vous l'embrasserez bien
00:39:48pour moi
00:39:48et j'espère
00:39:49que vous aurez du courage
00:39:50comme je l'ai moi-même.
00:39:53Ma dernière heure a sonné.
00:39:56Je viens d'avoir
00:39:56confirmation du jugement.
00:39:58Mon recours en grâce
00:39:59est refusé
00:40:00et dans les 3 heures
00:40:02je serai exécutée
00:40:03ainsi que mes 5 camarades.
00:40:05Dénoncé par le...
00:40:06Toujours le même.
00:40:09L'épreuve est dure,
00:40:10très dure,
00:40:11mais il faut la franchir
00:40:13et je vais la franchir
00:40:14à la tête haute
00:40:15car je n'ai rien
00:40:16à me reprocher
00:40:17et je n'ai rien à vouer.
00:40:20Il faut quand même
00:40:21reconnaître
00:40:21que ces gars-là,
00:40:22ils ont été torturés
00:40:23mais ils n'ont jamais
00:40:24à vouer.
00:40:25Donc,
00:40:25de nouveau,
00:40:26dans sa dernière lettre,
00:40:27il dit
00:40:27je n'ai rien à me reprocher.
00:40:29mais aussi...
00:40:32aussi...
00:40:32aussi...
00:40:33ainsi...
00:40:34j'ai encore de l'argent
00:40:35en dépôt
00:40:37à la prison,
00:40:37il y a 255 francs
00:40:39et ma montre.
00:40:41Chère maman,
00:40:41quand tu iras
00:40:42au cimetière,
00:40:44voir toute la famille
00:40:45de papa,
00:40:48mets un bouquet pour moi
00:40:50car je vais le rejoindre.
00:40:52Aussi,
00:40:52embrasse bien fort
00:40:53la maman Yvonne,
00:40:54ma mère,
00:40:55ainsi que Jacques,
00:40:56c'était le compagnon
00:40:57de ma mère.
00:40:58N'oublie pas
00:40:58d'embrasser par ma tante,
00:41:00Marie-Louise,
00:41:01Marcel,
00:41:02la petite Jeannie,
00:41:03ainsi que tous
00:41:04nos amis
00:41:05et familles.
00:41:07Maurice et sa femme
00:41:08et ses enfants.
00:41:09Ignace et Georgette,
00:41:11Eugène,
00:41:11Lucien et Yvonne
00:41:12et ses enfants.
00:41:14Marie et Jeanne,
00:41:15Frédix et Sidonie
00:41:16et André
00:41:17et dis-leur bien
00:41:18que j'ai dans
00:41:20mes dernières heures
00:41:21pensé à eux.
00:41:22Vu que c'est la dernière lettre,
00:41:24je vous dis
00:41:25tous adieu
00:41:26et que vous continuez
00:41:29à vivre heureux
00:41:30dans un avenir meilleur
00:41:31comme je l'entrevois
00:41:33dans mes dernières heures
00:41:34pour vous
00:41:35et que la guerre finisse
00:41:37le plus vite possible
00:41:38pour tout le monde.
00:41:39Maintenant,
00:41:40maman,
00:41:40je te dis
00:41:41une dernière fois
00:41:42adieu
00:41:42et surtout pas de larmes.
00:41:44Ton fils
00:41:46qui t'embrasse
00:41:47bien très fort.
00:41:49Alors,
00:41:49cette lettre,
00:41:51alors là,
00:41:52il est
00:41:52à remettre
00:41:53à ma femme
00:41:54à sa libération
00:41:55parce qu'il ne sait pas
00:41:56où je suis.
00:41:57Alors,
00:41:57ce genre de lettres,
00:41:58tu vois,
00:41:59elles ont été nombreuses.
00:42:01Les fusillés
00:42:02n'ont pas vécu
00:42:03en général.
00:42:04Et on se demande toujours
00:42:05comment ils ont eu
00:42:05l'occasion
00:42:06de la transmettre.
00:42:08En général,
00:42:10ils ont tous eu droit
00:42:11à une dernière lettre.
00:42:13Et apparemment,
00:42:14ça a dû passer,
00:42:15je crois,
00:42:15par des prêtres.
00:42:17parce qu'ils ont tous
00:42:18eu droit
00:42:18à être bénis ou pas.
00:42:21Et d'après,
00:42:21d'après,
00:42:22ce que j'ai pu
00:42:23me...
00:42:24Comment je vais dire ?
00:42:25Oui,
00:42:25par regroupement.
00:42:26Par regroupement.
00:42:28Mais tous les fusillés
00:42:30condamnés à mort
00:42:31ont eu droit
00:42:32à une dernière lettre.
00:42:33Il y a d'ailleurs
00:42:33Julien Sarrazin
00:42:34à la Madeleine
00:42:35qui avait fait
00:42:36la guerre d'Espagne.
00:42:36C'était mon aîné
00:42:37de 10 ans.
00:42:38C'est-à-dire que j'ai
00:42:38toujours fréquenté
00:42:39des aînés.
00:42:40Julien Sarrazin
00:42:41qui avait l'âge
00:42:41de mon frère,
00:42:42que mon frère avait
00:42:4310 ans de plus que moi.
00:42:44Eh bien,
00:42:45il s'était engagé
00:42:45pour la guerre d'Espagne
00:42:46et il est rentré
00:42:47avec une jambe en bois.
00:42:48Il avait ce qu'on appelait
00:42:49une jambe en bois
00:42:50à l'époque,
00:42:50c'est-à-dire qu'un pilon,
00:42:51là.
00:42:53Et il a été enlevé
00:42:54en otage
00:42:55pour être conduit
00:42:56d'abord la...
00:42:58Comment je vais dire ?
00:42:59À la prison de Loss.
00:43:01Et il écrit
00:43:02une dernière lettre.
00:43:03Il écrit une dernière lettre.
00:43:04Alors,
00:43:04tout le monde sait
00:43:05que Julien Sarrazin
00:43:06va être fusillé.
00:43:07Mais c'est pas ça
00:43:08qu'ils ont fait.
00:43:09Ils lui ont fait peur
00:43:10en disant
00:43:10qu'il devait parler.
00:43:12Julien Sarrazin
00:43:13avait fait la guerre d'Espagne.
00:43:14Il avait d'ailleurs
00:43:15amené son drapeau d'Espagne
00:43:16que j'ai connu,
00:43:18n'est-ce pas,
00:43:18avec le sang et tout ça.
00:43:20Et Julien Sarrazin
00:43:21ne parlera pas.
00:43:22Il ne dénoncera
00:43:22aucun camarade.
00:43:23Mais une deuxième fois,
00:43:25il va passer devant
00:43:26un peloton d'exécution.
00:43:28Donc,
00:43:28il récira.
00:43:28Il écrira
00:43:29deux fois une dernière lettre
00:43:30à sa famille.
00:43:32Mais comme otage.
00:43:33Et il se sera fusillé.
00:43:35Il se fera fusillé aussi
00:43:36Julien Sarrazin
00:43:39au Bergana.
00:43:40donc en 1942.
00:43:42Et la citadelle de l'île
00:43:43en général
00:43:44ce sont tous des otages.
00:43:45Et parmi ces otages-là,
00:43:47ils étaient à la prison de l'os.
00:43:49Il y en a cinq parmi eux
00:43:50qui décident
00:43:52de voler leurs morts.
00:43:53Ils ne veulent pas être fusillés
00:43:54par les Allemands.
00:43:55Ils vont se pendre
00:43:57les uns après l'autre.
00:43:58Sauf le dernier
00:43:59puisqu'il n'est pas aidé.
00:44:00Parce qu'il faut de l'aide
00:44:01pour se pendre.
00:44:02Et comme il n'y a pas d'aide,
00:44:03le dernier sera donc pris
00:44:04par les Allemands,
00:44:07par les nazis
00:44:08et vont encore le torturer
00:44:10et l'exécuter.
00:44:12Alors ici,
00:44:13c'est Pierre Beauchamp.
00:44:14J'ai eu un mariage,
00:44:16un divorce
00:44:16et j'ai vécu 38 ans
00:44:18avec Pierre Beauchamp
00:44:19qui lui aussi
00:44:23a été arrêté
00:44:24en tant que résistant.
00:44:27D'ailleurs,
00:44:28je veux bien le lire,
00:44:29Pierre Beauchamp,
00:44:30né le 11 août 1924
00:44:32Martin-Dakarque
00:44:33entre dans la résistance
00:44:34Krooft-FTPF
00:44:35au titre du Front National.
00:44:38Il a été un peu plus tard.
00:44:40Récupération
00:44:40en transport d'armes
00:44:42récupérée
00:44:43à la débatte de 1940,
00:44:45tu vois,
00:44:45lui aussi,
00:44:46dans les Flandres
00:44:46et le long de la Côte,
00:44:49diffusion de la presse
00:44:50patriotique
00:44:51et de l'appel
00:44:53du général de Gaulle.
00:44:54Tu vois,
00:44:54les choses,
00:44:55déjà,
00:44:55un peu plus tard,
00:44:56ça change un peu.
00:44:57Contre les exécutions
00:44:58d'otages
00:44:59de Nantes
00:44:59et de Chateaubriand.
00:45:01Donc,
00:45:01lui était au courant.
00:45:02Tu vois,
00:45:03moi,
00:45:03je ne savais pas
00:45:03pendant la guerre,
00:45:04mais il l'a arrêté
00:45:05plus tard que moi.
00:45:06Sabotage
00:45:06des lignes téléphoniques
00:45:07ennemies
00:45:08en Flandre,
00:45:09maritime.
00:45:11Sabotage
00:45:11de la base
00:45:12sous la marine allemande
00:45:13et sous les engins
00:45:14portuaires de Dunkerque
00:45:16servant à la marine allemande.
00:45:18Déroutage
00:45:19de wagons
00:45:19de matériel destiné
00:45:21à l'Allemagne.
00:45:22Distribution
00:45:22de trails
00:45:23dans les chantiers
00:45:24navals allemands
00:45:25de Dunkerque.
00:45:26Établissement
00:45:27de faux papiers
00:45:27en particulier
00:45:28de laisser passer,
00:45:30parce qu'en Dunkerque
00:45:31c'était difficile,
00:45:32de laisser passer
00:45:33qui permettait
00:45:34de rentrer
00:45:34et de sortir
00:45:35librement
00:45:36du port de Dunkerque
00:45:37ainsi que de la zone
00:45:39d'Itre Rouge
00:45:40instituée par les Allemands
00:45:41le long de la côte,
00:45:43au long de la côte.
00:45:44Arrêté le 13 avril 44.
00:45:47Tu vois,
00:45:47Pierre est arrivé
00:45:48en la 44.
00:45:50Donc,
00:45:50lui,
00:45:50tu vois,
00:45:50il serait fait
00:45:50du général de Gaulle
00:45:52mais il parle aussi
00:45:53qu'il était déjà
00:45:53au courant
00:45:54de l'exécution.
00:45:55C'est pourquoi
00:45:56je l'ai ressorti,
00:45:57parce que j'ai vu ça.
00:45:59Et 18 mois,
00:46:00arrêté le 13 avril 44,
00:46:02condamné à 5 ans
00:46:03de travaux forcés
00:46:04et 18 mois de prison
00:46:05par le tribunal militaire
00:46:07allemand
00:46:07de Lille,
00:46:08prison de Lod,
00:46:09Saint-Gilles,
00:46:10Bruxelles,
00:46:11Cologne,
00:46:11Essennes,
00:46:12Cassel,
00:46:13forteresse de Straling,
00:46:14camp de concentration
00:46:15de Dachau,
00:46:16libéré le 1er mai 1945
00:46:18des portés résistants,
00:46:19combattant volontaires
00:46:20de la résistance.
00:46:21Ça,
00:46:21c'était mon compagnon.
00:46:22Pierre Beauchamp
00:46:22qui est décédé
00:46:24le 14 juillet 1999.
00:46:28Allez,
00:46:29moi,
00:46:29tu mettrais sur ton enfance,
00:46:30tu dirais quoi,
00:46:31justement,
00:46:32sur cette période ?
00:46:33T'en es sortie comment ?
00:46:34Moi,
00:46:34j'admirais ma jeunesse.
00:46:36Moi,
00:46:36je trouve que j'ai un passé
00:46:37très riche.
00:46:38Toute cette adolescence,
00:46:39toutes ces souffrances...
00:46:40Je n'ai jamais été pauvre,
00:46:41je ne me suis jamais
00:46:44pleine de...
00:46:45Parce qu'autour de nous,
00:46:46il y avait quand même
00:46:47le luxe.
00:46:48Il y avait le luxe,
00:46:48c'est quand même.
00:46:49Moi,
00:46:49si on allait en ville,
00:46:50je voyais les belles choses.
00:46:51Et ma mère me disait,
00:46:52telle qu'elle était,
00:46:54ne regardez pas tout ça,
00:46:55ma fille,
00:46:56ce n'est pas pour nous.
00:46:57Mais ma mère,
00:46:58avec quand même un raisonnement,
00:47:00elle n'était pas politisée.
00:47:01Mais elle disait,
00:47:02tu sais,
00:47:02ma fille,
00:47:03il n'y a que deux sortes
00:47:03de classe dans la vie,
00:47:05les exploités
00:47:05et les exploiteurs.
00:47:07C'était une ouvrière.
00:47:08Voilà.
00:47:09Voilà.
00:47:10dire de ma jeunesse,
00:47:12je pense tout ce que je souhaite.
00:47:15Malheureusement,
00:47:15je pense,
00:47:16moi actuellement,
00:47:17moi je plains de la jeunesse.
00:47:18Parce qu'elle n'a pas
00:47:19cette même jeunesse-là.
00:47:21Parce que j'ai eu la chance,
00:47:23quand même,
00:47:23enfin,
00:47:24j'ai été déportée.
00:47:25J'ai été dure,
00:47:26mais j'ai toujours eu aussi,
00:47:27même dans la déportation,
00:47:29et je vais te dire autre chose,
00:47:31quand tu parles,
00:47:31des fusillés.
00:47:33J'ai,
00:47:34en 1945,
00:47:36nous ne savons pas
00:47:37que nous sommes dans un commando,
00:47:39je suis à Oléchelle.
00:47:40Parce qu'il y a un temps,
00:47:41le camp de Ravensbrück
00:47:42a beaucoup de commandos.
00:47:44N'est-ce pas ?
00:47:44Comme tout les temps.
00:47:46Et les Allemands
00:47:48perdent beaucoup d'hommes
00:47:48sur les fronts.
00:47:50Parce que si les Soviétiques
00:47:51ont perdu beaucoup d'hommes,
00:47:52les Allemands aussi.
00:47:53C'était des batailles
00:47:54qui ont été très dures.
00:47:55N'est-ce pas ?
00:47:55Et les Allemands
00:47:57perdent beaucoup d'hommes.
00:47:58Et Hitler envoie
00:47:59des jeunes gens de 16 ans
00:48:02comme des vieux
00:48:03qui n'ont aucune formation militaire
00:48:04et les envoient à la guerre.
00:48:05Si bien que dans les usines allemandes,
00:48:07il manque de main-d'oeuvre.
00:48:08Et alors,
00:48:09ils ont compris,
00:48:09ils ont compris
00:48:10que dans les camps,
00:48:11il y a une main-d'oeuvre d'hommes,
00:48:14il y a une main-d'oeuvre,
00:48:15puisque Hitler avait décidé,
00:48:18Hitler et ses complices,
00:48:19que jamais un déporté ne rentrerait.
00:48:21Donc, on est là,
00:48:22jusqu'à la dernière limite,
00:48:24comment je vais dire,
00:48:25c'est la destruction de l'homme,
00:48:26c'est aussi,
00:48:28comment je vais dire,
00:48:29c'est là où est l'humiliation de l'homme,
00:48:31de l'homme, de la femme,
00:48:31de l'homme, de l'être humain.
00:48:33Et ils vont donc,
00:48:35à travers des SS,
00:48:38quelquefois,
00:48:38tu vois partir un camion vaché,
00:48:40camion vaché toujours,
00:48:42ils travaillaient devant.
00:48:43Mais tu ne sais pas où ils vont.
00:48:44On a su plus tard,
00:48:45avec des non-non retrouvés,
00:48:47qu'ils avaient certainement gazé aussi,
00:48:49à même,
00:48:49ces camions de transport.
00:48:51Mais on sait,
00:48:52ça,
00:48:52par preuve,
00:48:53c'est que nous,
00:48:54on est emmenés dans des camions,
00:48:55alors tu vois à Ravensbrück,
00:48:56et la Checoslovaquie,
00:48:58on les chaîne,
00:48:58pas loin de Pilsen,
00:49:02n'est-ce pas,
00:49:02ça fait déjà des centaines de kilomètres,
00:49:04on est emmenés comme ça dans ces camions,
00:49:06toujours avec,
00:49:06mitraillés devant,
00:49:07c'est-à-dire que si même,
00:49:08tu avais envie de sauter,
00:49:09tu es mitraillé.
00:49:10Donc,
00:49:10on ne peut pas faire une tentative,
00:49:13c'est pas possible.
00:49:14L'évasion,
00:49:15chez nous,
00:49:15n'a pas été possible.
00:49:16Parce qu'on en rêve,
00:49:17l'évasion,
00:49:18on n'y passera jamais.
00:49:20Et,
00:49:21donc,
00:49:22il arrive le 29 avril,
00:49:24on ne sait pas que d'autres camps sont libérés.
00:49:26Parce que c'est des camps,
00:49:27tu es entouré de forêts,
00:49:29tu n'as aucun civil,
00:49:30tu n'as aucune complicité.
00:49:32Tu ne vois que...
00:49:33Aucun soutien extérieur,
00:49:34aucun...
00:49:34Que tu n'as que les femmes SS,
00:49:36et les hommes SS,
00:49:37qui sont à la limite,
00:49:39il y a un état majeur que de commandement,
00:49:40et c'est tout.
00:49:41Si personne n'entre dans le camp,
00:49:43il ressort pour aller...
00:49:45On sort,
00:49:46mais pour travailler dans...
00:49:48Voilà,
00:49:48mais je veux dire,
00:49:48il n'y a pas un personnel
00:49:49qui vient du village d'à côté.
00:49:51Et les SS ont toujours le fusil
00:49:53prêt à tirer,
00:49:54à t'abattre,
00:49:55si tu fais le moindre pas.
00:49:56Donc,
00:49:57c'est pour dire...
00:49:58Et puis,
00:49:58sur les routes,
00:49:59tu ne rencontres aucun civil,
00:50:01c'est la direction,
00:50:02et manque de peau.
00:50:03Ça va être très...
00:50:03Ça va être très dur.
00:50:05Là,
00:50:05on emmène nous,
00:50:06c'est une usine de munitions.
00:50:08Te dire la pression que ça peut faire,
00:50:10quand on te met devant une presse,
00:50:12où on fait des petits obus,
00:50:15qu'est-ce pas ?
00:50:16Tu te dis,
00:50:16on a l'impression que ça peut te faire,
00:50:17tu veux refuser,
00:50:19si tu refuses,
00:50:20si tu refuses,
00:50:21ça va être tout de suite.
00:50:22Que faut-il faire ?
00:50:23Alors,
00:50:24on va se consulter,
00:50:25parce qu'on a...
00:50:26on est organisé,
00:50:28quand même,
00:50:28on est organisé.
00:50:29figure-toi,
00:50:30que j'étais chargée
00:50:32de donner des nouvelles.
00:50:34De donner des nouvelles.
00:50:36C'est-à-dire que les Allemands,
00:50:37les soldats-Allemands,
00:50:38ont un journal.
00:50:40Vers ce jour,
00:50:41même après,
00:50:41on se demande
00:50:42comment on les connaît par le moral,
00:50:44qu'ils étaient toujours vainqueurs.
00:50:46Donc,
00:50:46après ce qu'ils ont,
00:50:47ces Allemands-là,
00:50:47ces SS-là,
00:50:49eh bien,
00:50:49tout va bien.
00:50:50Et moi,
00:50:50quand on interprète
00:50:51quelques mots
00:50:52qu'on peut comprendre à l'époque,
00:50:54on transmet.
00:50:54On ne transmet pas,
00:50:55donc,
00:50:55de bonnes nouvelles.
00:50:56on transmet des fausses nouvelles,
00:50:58comme eux les ont reçues.
00:51:00Et,
00:51:00mais quand tu es devant
00:51:01une presse comme ça,
00:51:03bon,
00:51:03notre...
00:51:04on est quand même organisé.
00:51:06Il y a d'abord
00:51:07organisé la solidarité.
00:51:08Parce que dans un camp
00:51:09comme Ravensbrück,
00:51:10par exemple,
00:51:11où il n'y a que des femmes.
00:51:13Ravensbrück,
00:51:13il n'y a que des femmes.
00:51:14Ravensbrück n'a que des femmes.
00:51:15Et où j'ai passé,
00:51:16il n'y a que des femmes,
00:51:17également.
00:51:18Le camp de Ravensbrück,
00:51:19par lui-même,
00:51:20il y a des...
00:51:21Aussi loin que tu regardes,
00:51:22je peux prendre des photos,
00:51:23aussi loin que tu regardes,
00:51:25tu ne vois que des...
00:51:26à l'époque,
00:51:27que des...
00:51:27que des...
00:51:28que des blocs
00:51:29qui loin que tu regardes.
00:51:30Mais de loin,
00:51:31tu vois quand même
00:51:31de la fumée,
00:51:32c'est le fourréméatoire
00:51:34qui fume sans interruption.
00:51:35Quand on arrive dans le camp,
00:51:37la première chose qu'on fait,
00:51:38c'est de nous mettre
00:51:39dans une salle
00:51:40où on a voyagé
00:51:41parfois 4 jours,
00:51:43ça dépend,
00:51:43parce que
00:51:45il y a des convois
00:51:46qui ont duré
00:51:46plus ou moins longtemps,
00:51:48parce que
00:51:49le...
00:51:50quand on est dans un...
00:51:52dans un train,
00:51:53il y a des convois
00:51:53qui ont duré 48 heures,
00:51:54semble-t-il,
00:51:55et nous,
00:51:55on a mis plusieurs nuits,
00:51:56parce que,
00:51:57entre-temps,
00:51:58il y a des trains
00:51:59de prisonniers,
00:52:00de soldats allemands
00:52:01qui partent en permission
00:52:02et aussi
00:52:04avec nos vivres.
00:52:05Ils ne veulent pas seulement
00:52:06que les chefs
00:52:07nous...
00:52:09nos chefs-d'oeuvre,
00:52:10mais ils veulent aussi
00:52:11le bétail,
00:52:12les denrées,
00:52:13tout ce qui est denrées,
00:52:14le charbon,
00:52:16le charbon,
00:52:16le pijermain,
00:52:17etc.
00:52:17pas en priorité,
00:52:19donc on est en attente,
00:52:20ce qui est...
00:52:21Sans sortir du wagon,
00:52:22j'imagine,
00:52:22enfin,
00:52:23c'est 4 jours...
00:52:23Ce qui explique pourquoi
00:52:24le trajet est très long,
00:52:26ce que nous avons appris
00:52:27de suite,
00:52:27mais nous avons appris
00:52:28par la suite.
00:52:29Et quand on arrive
00:52:30dans le camp,
00:52:32la première chose
00:52:33qu'on passe,
00:52:34c'est dans une salle immense,
00:52:35et alors là,
00:52:37on te met à poil,
00:52:39à poil,
00:52:40c'est-à-dire que ton vêtement
00:52:40s'évite,
00:52:41c'est terminé,
00:52:42on te met à poil,
00:52:42et tu es soudé,
00:52:45sans tout des bouches,
00:52:47comme ça,
00:52:49de douche,
00:52:50des boules,
00:52:51quoi.
00:52:51Et donc,
00:52:52tu passes dessous,
00:52:53tu asperges les dos,
00:52:54et ça,
00:52:55c'est la première chose.
00:52:56La deuxième,
00:52:57tu passes une visite médicale,
00:52:59tu écartes les fesses,
00:53:00on te passe les mains
00:53:01à l'anus,
00:53:03ailleurs,
00:53:03à savoir si tu ne caches
00:53:04pas quelque chose.
00:53:06Partisans aussi...
00:53:07Tu as quel âge
00:53:08quand ça se produit
00:53:09pour...
00:53:11Le jour de tes 20 ans,
00:53:12un peu plus tard.
00:53:13Oui, après reine,
00:53:14donc 21 ans.
00:53:16Mais je ne suis pas la seule,
00:53:17parce que moi,
00:53:18j'étais une femme,
00:53:19quand j'avais vécu
00:53:19une vie de femme,
00:53:20pas beaucoup de vie de femme,
00:53:21puisque pour le marié,
00:53:23de 38,
00:53:24pour être arrêté,
00:53:26puis on n'a pas eu
00:53:26beaucoup de vie de couple,
00:53:28ça peut dire.
00:53:29Mais des gens
00:53:30que quand t'es très jeune,
00:53:31quand t'es très jeune,
00:53:32t'aimes très fort aussi.
00:53:35On n'aime jamais deux fois
00:53:35de la même manière.
00:53:36Bon, passons.
00:53:39Et de là,
00:53:39à savoir,
00:53:40si on ne cache pas
00:53:41au moins quelque chose,
00:53:42et on te rase aussi
00:53:43les cheveux.
00:53:44Et les cheveux
00:53:45que tu peux voir
00:53:45à Oswitch maintenant,
00:53:47parce qu'ils ont
00:53:47un énorme musée
00:53:48qui voit la peine
00:53:49d'être vu,
00:53:50comme ça,
00:53:51à Oswitch,
00:53:51par exemple,
00:53:51si grande que ça,
00:53:52derrière le verre,
00:53:54tu vois les cheveux
00:53:55qui ont été rasés.
00:53:56Ce n'est pas
00:53:57par mesure d'hygiène,
00:53:59c'est parce qu'avec les cheveux,
00:54:00ils arrivent à tisser
00:54:01des vêtements chauds
00:54:02pour les soldats allemands
00:54:03qui partent sur le fond russe.
00:54:04Ah, c'est même pas
00:54:05l'humiliation,
00:54:05c'est l'utilitarisme pur.
00:54:07Oui, c'est utile.
00:54:10Mais industriellement,
00:54:10c'est se servir de tout.
00:54:15Donc, on te rase les cheveux
00:54:17et la suivante,
00:54:19comme tu es à poil,
00:54:20on te donne
00:54:21la tenue de bagnard
00:54:22et une paire de godasses
00:54:24et une sorte
00:54:24de sabots de bois
00:54:26et une culotte
00:54:27et ça sera tout.
00:54:28Ça sera la tenue
00:54:29que tu rends
00:54:30pour toute ta détention.
00:54:31Et par la suite,
00:54:32tu perds ton nom
00:54:34et on te met,
00:54:35nous,
00:54:35il y a le triangle,
00:54:37nous,
00:54:37les Françaises,
00:54:38nous avons F
00:54:40et le triangle rouge,
00:54:41c'est-à-dire politique.
00:54:43Autrement dit,
00:54:43en France,
00:54:44nous sommes des...
00:54:46Des bandits,
00:54:47des terroristes.
00:54:48Des terroristes.
00:54:48Quand on arrive en Allemagne,
00:54:50nous sommes des politiques,
00:54:52les Français sont des politiques
00:54:53puisqu'on est par catégorie
00:54:55de...
00:54:55Il y a des Juifs
00:54:56avec des poils jaunes,
00:54:57il y a des Allemandes
00:54:58avec le D.
00:54:58Donc, toi,
00:54:59c'est le triangle rouge.
00:54:59Il y a des...
00:55:00Il y a le triangle noir aussi.
00:55:02Moi, j'ai le triangle rouge
00:55:04mais il y a des...
00:55:05Dans ce camp de Rennes-Bruc,
00:55:06il y a eu...
00:55:07Il y a 22 murs.
00:55:08Je te montrerai des photos
00:55:09si ça t'intéresse.
00:55:10Il y a 22 murs
00:55:11de 22 nationalités.
00:55:12On dit qu'il y a
00:55:1340 nationalités
00:55:14qui sont passées
00:55:14par le camp de Rennes-Bruc
00:55:15mais officiellement,
00:55:16c'est 22.
00:55:17Donc, il y a 22 murs
00:55:18qu'on salue
00:55:19à chaque fois
00:55:20quand on va
00:55:21au camp de Rennes-Bruc
00:55:21et tu vois encore
00:55:23les fours crématoires
00:55:24et tu vois aussi
00:55:25le bunker.
00:55:26Le bunker, d'ailleurs,
00:55:27c'est une cellule
00:55:28où la personne est seule,
00:55:30tout à fait isolée,
00:55:31pas de chauffage,
00:55:32n'est-ce pas ?
00:55:32Et il n'y a qu'une petite
00:55:34lucarne, mais très haut
00:55:35et juste à côté
00:55:36des fours crématoires
00:55:37si bien qu'elles reçoivent
00:55:38toujours les odeurs
00:55:39du fours crématoires
00:55:40et quand on arrive aussi
00:55:42dans ce camp,
00:55:43il y a une odeur
00:55:43naturellement nauséabonde.
00:55:45C'est...
00:55:46Le corhumat.
00:55:47Le corhumat, voilà.
00:55:48Et d'ailleurs,
00:55:48tu les bois après les corps, là.
00:55:50Il y a ce cercueil
00:55:51qui passe et qui repasse
00:55:52pour passer...
00:55:52Ils vont se diriger
00:55:53vers le crématoire.
00:55:55Et là, à partir
00:55:55de ce moment-là,
00:55:56tu es numéroté
00:55:57et tu perds ton nom.
00:55:58Je porterai, moi,
00:55:59le numéro 35138.
00:56:01Je deviendrai toujours
00:56:02le stupe 35138
00:56:05ainsi que toutes les copines.
00:56:07C'est pourquoi maintenant
00:56:08il nous est très pénible
00:56:09quand on va quelque part
00:56:10et qu'on nous demande
00:56:12« N'as-tu pas connu
00:56:14un tel ou une telle ? »
00:56:16Eh bien non,
00:56:17parce qu'on...
00:56:17D'abord,
00:56:18on ne s'appelait pas
00:56:19Madame, n'est-ce pas ?
00:56:20Par Maître Martinage,
00:56:22on ne lui disait pas Maître.
00:56:23On appelait Madeleine.
00:56:25On appelait Madame au retour.
00:56:26Mais là-bas,
00:56:27c'était Madeleine.
00:56:28Par un prénom.
00:56:29Par un prénom.
00:56:30Moi, j'avais un émultif
00:56:31parce qu'il y avait
00:56:31beaucoup d'ivans à l'époque.
00:56:32Donc, c'était boni.
00:56:34Mais après,
00:56:35les noms de femmes,
00:56:36non.
00:56:37des traits,
00:56:37des traits,
00:56:38comment reconnaître
00:56:39des traits d'une personne,
00:56:40même des années plus tard,
00:56:42dans l'état où nous étions,
00:56:44sales,
00:56:44parce qu'à Vinsbruck,
00:56:46tu n'as pas de savants,
00:56:47tu n'as pas de serviettes égiles
00:56:48pour celles qui sont indisposées,
00:56:50tu n'as pas de peine,
00:56:51ce n'est plus la peine,
00:56:51ce n'est pas de brosser les dents,
00:56:52ce n'est pas la peine,
00:56:53tu n'as pas de serviettes
00:56:54et pas de protection mensuelle.
00:56:56Le reste,
00:56:57tout le temps débrouille.
00:56:57Donc, on fait comment,
00:56:58concrètement ?
00:56:58Tu te démerdes,
00:57:00ce qu'il y a de dire.
00:57:01Voilà.
00:57:01Ça, c'est pour humilier.
00:57:02Parce que tu es sale.
00:57:03Et parce que tu es sale,
00:57:04tu es vieux.
00:57:05C'est un tournant.
00:57:06C'est l'humiliation,
00:57:07c'est l'humiliation la plus complète
00:57:09de l'être humain.
00:57:11Pareil chez les hommes.
00:57:12Quand tu racontes ça
00:57:13dans les lycées,
00:57:13comme ça,
00:57:14comme tu le racontes,
00:57:15les jeunes,
00:57:15ils réagissent à quoi,
00:57:16justement ?
00:57:17Ils écoutent,
00:57:18ils écoutent
00:57:19et on montre les photos
00:57:21en même temps.
00:57:22On montre les photos du camp,
00:57:23on montre aussi
00:57:24les femmes
00:57:24comment ils travaillent.
00:57:26et il y a l'écoute,
00:57:27il y a aussi l'écoute
00:57:28du professeur
00:57:29parce que,
00:57:30moi j'ai entendu une fois,
00:57:32c'était un peu rigolo,
00:57:34mais un enfant qui disait,
00:57:35vous voyez, madame,
00:57:36vous êtes professeur,
00:57:37vous avez expliqué
00:57:38beaucoup de choses,
00:57:39mais on comprend
00:57:40beaucoup mieux avec madame
00:57:41qu'avec vous.
00:57:42Parce que,
00:57:43parce qu'on est des témoins,
00:57:44on n'est pas des conférenciers,
00:57:45on est des témoins.
00:57:46Et on ne peut pas mentir
00:57:48sur ces trucs-là.
00:57:49Et puis,
00:57:49quand ils entendent
00:57:50un écho d'une femme,
00:57:51ils vont entendre
00:57:52des échos aussi
00:57:52d'une autre femme.
00:57:53C'est le même.
00:57:54On a eu le même vécu.
00:57:55Il peut avoir eu
00:57:56un vécu différent.
00:57:57On parle beaucoup
00:57:58de Madiane Riffaut,
00:57:59n'est-ce pas ?
00:58:00Madiane Riffaut,
00:58:01qui a réussi
00:58:02à été à Ravensbrück
00:58:03et qui aurait écrit
00:58:04un travail.
00:58:05Alors,
00:58:05on n'a pas non plus
00:58:06de papier,
00:58:06et pas de papier hygiénique.
00:58:08Non plus,
00:58:09un morceau de crayon.
00:58:10Ensuite,
00:58:11même si tu avais
00:58:11le morceau de papier
00:58:12et le morceau de crayon,
00:58:12a-t-il donné pour le...
00:58:14Donc,
00:58:14il te paraît impossible
00:58:15que des écrits
00:58:16aient pu être fondés
00:58:17directement ?
00:58:17Il y a peut-être eu,
00:58:19dans certains cas,
00:58:20parce que je crois
00:58:20qu'il y a eu un camp
00:58:21avec des abbés,
00:58:23des prêtres,
00:58:23n'est-ce pas ?
00:58:24Parce qu'il y a eu
00:58:24des prêtres
00:58:24ou des déportés.
00:58:26Quand tu es plus
00:58:26près d'une bibliothèque,
00:58:28est-ce qu'ils ont reçu
00:58:29l'Aide,
00:58:29la SS ?
00:58:30Ce qui peut être étonnant,
00:58:32parce que moi,
00:58:33on m'a demandé
00:58:34si il y avait connu
00:58:35des bons SS,
00:58:36je dis non.
00:58:37Il y a eu des Allemands,
00:58:39je dis toujours
00:58:39que je n'ai pas de haine
00:58:40pour le peuple allemand,
00:58:41parce que les premiers
00:58:42opposants,
00:58:43ce sont bien
00:58:43des Allemands,
00:58:44qui ont été dans ces camps,
00:58:45pour les opposants,
00:58:47ainsi que les femmes,
00:58:48ainsi que les femmes
00:58:48ainsi que les hommes.
00:58:49Dans le camp
00:58:50de Ravensbrück,
00:58:51il y a eu des Allemandes.
00:58:51On salue, nous,
00:58:52le camp des Allemandes
00:58:54quand on va
00:58:55au camp de Ravensbrück.
00:58:56Le mur,
00:58:57je veux dire.
00:58:58Alors,
00:58:59les enfants
00:59:00sont très à l'écoute.
00:59:02Si, en général,
00:59:04un témoignage
00:59:04c'est un petit deux heures,
00:59:06eh bien...
00:59:07Et quelles questions
00:59:08ils posent ?
00:59:08Qu'est-ce qu'ils veulent
00:59:09savoir absolument ?
00:59:10C'est quoi les questions
00:59:11qui reviennent
00:59:11les plus souvent ?
00:59:12Comment on peut résister ?
00:59:13Comment on peut résister
00:59:15quand on pense
00:59:16qu'on a tout le confort
00:59:16actuellement ?
00:59:18Par contre,
00:59:19par leur jeunesse,
00:59:20parce que même
00:59:21quelqu'un qui vient
00:59:22actuellement dans un HLM,
00:59:26un smicard,
00:59:26un smicard actuellement
00:59:27vit pauvrement,
00:59:28mais il doit avoir
00:59:29de l'eau chaude,
00:59:30il y a de l'eau,
00:59:31il y a peut-être
00:59:32un téléviseur,
00:59:33mais là,
00:59:33tu n'as rien,
00:59:34tu n'as rien.
00:59:34Il faut encourager
00:59:35parce que tu as aussi
00:59:36des femmes enceintes
00:59:36qui viennent là.
00:59:38Accidentellement,
00:59:38elles sont là,
00:59:38elles sont enceintes.
00:59:39Qu'est-ce que tu fais
00:59:40avec une femme qui est enceinte ?
00:59:41Quand tu n'as qu'une seule
00:59:42tranchée de pain
00:59:43et qu'il faut créer
00:59:43la solidarité,
00:59:47ça te fait une tranche
00:59:48pour la personne
00:59:48qui est la plus faible
00:59:49comme une femme enceinte.
00:59:51D'autant que la femme enceinte,
00:59:52son enfant ne naîtra pas.
00:59:54Quand il va naître,
00:59:55elle va travailler
00:59:55jusqu'à la fin
00:59:56et quand elle va,
00:59:57moi je dis mi-bas,
01:00:00l'enfant va être écorgé
01:00:01et ils vont seulement
01:00:03créer un peu à la fin
01:00:04ce qu'ils appellent
01:00:05en allemand
01:00:06une Zimmer,
01:00:08une Zimmer Jung,
01:00:09enfin une chambre pour enfants.
01:00:11Seulement,
01:00:11c'est encore une fois
01:00:12une sorte de démagogie
01:00:14parce qu'ils créent
01:00:15cette chambre,
01:00:16seulement l'enfant
01:00:17n'a pas de lait.
01:00:18Il n'y a pas la montée
01:00:20laiteuse,
01:00:20la femme ne se fait pas
01:00:21et par ailleurs
01:00:22il n'y a pas non plus
01:00:23de textile pour les engrouper.
01:00:24Il fait froid,
01:00:25il fait moins 22 degrés.
01:00:25L'hiver,
01:00:26elle les condamne
01:00:27à une enfant.
01:00:28Elle est condamnée à mort
01:00:29avant de naître.
01:00:30Mais la solidarité
01:00:32entre femmes
01:00:33a été quelque chose
01:00:33de très puissant
01:00:34pendant cette période-là.
01:00:36Moi je suis...
01:00:36Mais il fallait semer
01:00:37pour récolter.
01:00:38Et une femme...
01:00:40Moi je n'avais pas d'enfants
01:00:41mais des femmes
01:00:41qui ont des enfants
01:00:42et qui ne sait pas
01:00:43si elle les reverra un jour ou pas,
01:00:44tu sais le moral
01:00:46et quelque chose
01:00:46qui s'atteint.
01:00:47Alors tu as intérêt à...
01:00:49Puis il y a l'améliorissement.
01:00:51Le fait que tu n'aies pas d'enfant
01:00:52est lié à ton passage en camp
01:00:55ou pas ?
01:00:55C'est difficile d'en parler ?
01:00:57J'ai eu un problème.
01:00:58Je vais te le dire
01:01:00et je le dis de temps en temps
01:01:01mais pas très souvent.
01:01:02De temps en temps.
01:01:04Parce que je dis toujours
01:01:05que je vais répondre
01:01:05à toutes les questions.
01:01:07Et quand on me pose
01:01:07la question je le dis.
01:01:09Nous avons été aussi sur place,
01:01:10pas toutes,
01:01:11nous avons subi
01:01:12des expériences médicales.
01:01:14C'est-à-dire qu'on nous a inoculé
01:01:16un produit.
01:01:16On ne sait pas quoi.
01:01:18Qui vous a rendu stérile.
01:01:19Il y a beaucoup de femmes,
01:01:20des hommes,
01:01:21même des hommes
01:01:21qui n'osent pas le dire.
01:01:23Il n'y a pas si longtemps
01:01:23qu'ils disent
01:01:24qu'ils n'ont jamais
01:01:25eu un rapport sexuel
01:01:26mais qu'ils ont eu
01:01:27qu'ils se sont mariés
01:01:28avec beaucoup d'affection,
01:01:30avec d'amitié.
01:01:31Il n'y a pas toujours
01:01:32que le sexe.
01:01:32Dans un couple,
01:01:33il y a aussi autre chose.
01:01:35Et en ce qui me concerne,
01:01:36moi je me suis mariée
01:01:38et la vie a continué
01:01:40avec d'abord un enseignant.
01:01:41Le couple n'a pas tenu.
01:01:43Le couple n'a pas tenu.
01:01:44On a vécu 14 ans ensemble.
01:01:46Et tu vas comprendre
01:01:48un début
01:01:50à qui j'ai rendu visiter
01:01:51il n'y a pas longtemps
01:01:54parce qu'il est très malade.
01:01:57Et le...
01:01:58Comment je vais dire ?
01:01:59J'étais veuve à 20 ans.
01:02:01Je me suis mariée
01:02:01vers la tantenne.
01:02:02Pourquoi ?
01:02:03Parce qu'on n'est pas moche,
01:02:05pas ceci, pas cela.
01:02:06Tu as toujours quelqu'un
01:02:07derrière tes fesses.
01:02:08Les hommes mariés,
01:02:08ils n'en voulaient pas.
01:02:10Et puis, c'est la vie.
01:02:11C'est comme ça, un jour.
01:02:12Un amour, c'est beau, hein ?
01:02:14C'est quelque chose qui...
01:02:14Un fils unique.
01:02:16Un fils unique
01:02:17qu'il fallait absolument
01:02:18passer par papa et maman.
01:02:19C'était quand même
01:02:20encore une après-guerre
01:02:20avec certains principes.
01:02:22Bon, d'accord,
01:02:22je n'ai rien reproché.
01:02:23Mon mari était un homme très bien,
01:02:25un très bon enseignant.
01:02:26Il paraît que j'étais une femme très bien,
01:02:27mais dans un couple,
01:02:28on est deux.
01:02:29N'est-ce pas ?
01:02:29Notre couple n'a pas fonctionné.
01:02:32Et il y a eu aussi
01:02:33le problème de mon fils.
01:02:35Parce que,
01:02:36moi je me croyais en bonne santé,
01:02:37nous n'avons pas été suivis médicalement.
01:02:39Tu sais, maintenant,
01:02:40il y a le moindre truc.
01:02:41Tout de suite,
01:02:42tu passes par un psychologue
01:02:43et on te suit, etc.
01:02:45Un incendie, tu passes...
01:02:47Nous, on n'a pas été suivis du tout.
01:02:49Et il a fallu reconstruire,
01:02:50il a fallu travailler
01:02:52pour obtenir
01:02:52ce qu'on avait besoin
01:02:54après la guerre.
01:02:54Il n'y avait pas longtemps
01:02:55après la guerre,
01:02:57même en 50, 52, par là,
01:02:59on avait encore des tickets
01:03:00pour ce qui était
01:03:01le certain matériel,
01:03:02pour des tissus.
01:03:03Tu vois,
01:03:04quand on s'est marié,
01:03:05les gens qui sont mariés
01:03:06en 48-49,
01:03:07il n'y avait pas de tissu
01:03:08pour se faire une robe,
01:03:09un truc comme ça.
01:03:10Il fallait découdre
01:03:11un costume d'homme
01:03:11ou autre chose
01:03:12pour faire autre chose,
01:03:13tricoter,
01:03:14tricoter pour être habillé.
01:03:15Donc c'est autre chose,
01:03:16pas de chaussures encore.
01:03:17Les chaussures,
01:03:18ça a été contingenté longtemps,
01:03:21à part que nous,
01:03:21on pouvait aller en Belgique
01:03:22et acheter des chaussures en Belgique.
01:03:23Parce qu'il y en avait.
01:03:24Moi, j'en ai mené.
01:03:26Je suis partie en Pantel
01:03:26et je suis revenue
01:03:27avec une paire de chaussures.
01:03:28Ça, c'est après la guerre.
01:03:29Mais pas en vélo.
01:03:30Comment ?
01:03:30Mais pas en vélo.
01:03:31Si, si.
01:03:32Là, en vélo.
01:03:32Oui, parce qu'en vélo
01:03:33et avec 15 kilomètres,
01:03:34d'ici 10-12 kilomètres,
01:03:35en menace,
01:03:36c'est pas loin.
01:03:37Après la guerre,
01:03:37on pouvait quand même faire ça, quoi.
01:03:39Faire avec le bus,
01:03:40mais aussi en bicyclette.
01:03:41C'est une promenade,
01:03:41à l'imbocaine.
01:03:42Bon.
01:03:43Et quand j'ai eu mon fils,
01:03:49malheureusement,
01:03:49il est venu au monde
01:03:50avec un souffle au cœur,
01:03:52une déformation du thorax,
01:03:54poulet,
01:03:56et comment je vais dire,
01:03:57des testicules dans les reins,
01:03:59et rachétiques
01:04:00depuis à l'intérieur.
01:04:01Donc, il a fallu,
01:04:03pour mon fils,
01:04:05alors mon mari était
01:04:06un très bon enseignant,
01:04:07je viens de le dire,
01:04:09et il avait des bons élèves,
01:04:11sauf le sien,
01:04:13sauf son fils,
01:04:13en me disant un jour
01:04:14quelle déception
01:04:15d'avoir un fils pareil.
01:04:16Ça a déclenché.
01:04:18Ça a déclenché beaucoup de trucs.
01:04:19Un refroidissement
01:04:20le plus complet.
01:04:21Et il y a aussi,
01:04:22toujours à côté de ma chance,
01:04:24il a fait,
01:04:24pendant 5 ans,
01:04:26il était enseignant,
01:04:26et il a fait la tuberculose.
01:04:28Il voulait parler à Horsana,
01:04:30quand tu as un pneu motorac,
01:04:32tu ne peux pas enseigner
01:04:33minimum 3 ans.
01:04:34Ça a duré 5 ans.
01:04:36Et comme il n'était pas titulaire,
01:04:37il était en demi-salaire,
01:04:39complété par la mutuelle.
01:04:40Je ne sais pas.
01:04:41Bien,
01:04:42ça c'est le côté financier.
01:04:43Côté financier.
01:04:45Et par contre,
01:04:46alors mon fils,
01:04:47j'ai eu la chance
01:04:48d'avoir Marcel Vendrome
01:04:49à la Madeleine,
01:04:50qui était cliné,
01:04:51qui vit toujours,
01:04:52il a mon âge,
01:04:53il a un an de plus que moi,
01:04:53et qui a retapé.
01:04:55Il a mis des années et des années
01:04:56pour retaper mon fils.
01:04:57Après,
01:04:58il a fallu l'opérer,
01:04:59les testicules.
01:05:00Et disons,
01:05:01il y a ça,
01:05:02une quinzaine d'années,
01:05:03il a fait le cancer des testicules.
01:05:05Et on a bien failli le perdre.
01:05:07Et quelques,
01:05:09il n'y a pas si longtemps,
01:05:10il y a 2 ans qu'il est décédé,
01:05:11il a fait le cancer de,
01:05:15le cancer de,
01:05:16de l'osophage,
01:05:19alimenté par,
01:05:21alimenté par sonde.
01:05:23Donc tu l'as eu avec toi
01:05:24toute sa vie ?
01:05:24Comment ?
01:05:25Tu l'as eu avec toi ?
01:05:26Non, après,
01:05:27mon fils,
01:05:27mon fils quand même,
01:05:28il a trouvé une compagne,
01:05:30il a trouvé une compagne,
01:05:31il a vécu avec cette compagne,
01:05:33mais on a été là,
01:05:35j'ai eu un méchant divorce
01:05:36avec le papa,
01:05:37et on s'est trouvés
01:05:38comme des idiots
01:05:39la première fois
01:05:40quand il a fait son cancer,
01:05:41et une deuxième fois,
01:05:43mon mari s'est remarqué
01:05:44deux fois,
01:05:44après je m'ai repensé.
01:05:45Il a une épouse
01:05:46vraiment charmante,
01:05:47d'ailleurs,
01:05:47elle est très intelligente,
01:05:48et on s'est retrouvés
01:05:49d'ailleurs devant mon fils
01:05:51au soin palliatif,
01:05:53quand tu es au soin palliatif,
01:05:54tu sais ce qui t'attend,
01:05:55n'est-ce pas ?
01:05:56Quand tu es au soin palliatif,
01:05:57tu sais que ça ne va pas...
01:05:59Et qu'on parvoure et commence.
01:06:00Voilà,
01:06:01que tu n'as plus d'aucune chance,
01:06:03quoi.
01:06:04Alors voilà,
01:06:04voilà.
01:06:05Alors,
01:06:06je n'ai plus,
01:06:06j'ai refusé,
01:06:07alors ça,
01:06:08dans mon couple,
01:06:09tu vois le mari malade,
01:06:10il ne devait rien faire,
01:06:12il ne devait pas aller au sein d'un,
01:06:12en bonne forme.
01:06:13Moi qui fatigué,
01:06:14qu'on avait fatigué,
01:06:15et qu'on n'avait pas le matériel
01:06:17comme on a maintenant,
01:06:18matériel moderne,
01:06:19que ça soit un chien lavé,
01:06:20beaucoup de choses,
01:06:21moi je travaillais jusqu'au samedi midi,
01:06:23eh bien,
01:06:24moi j'étais fatiguée,
01:06:25puis je refusais les rapports complets.
01:06:28Il n'y avait pas les méthodes
01:06:29qu'on connaissait.
01:06:30Je refusais toute maternité,
01:06:32compte tenu de l'état de santé de mon fils.
01:06:34Ça n'a rien apporté de bien.
01:06:35Donc nous avons eu un divorce
01:06:36et un méchant divorce.
01:06:38Toujours est-il,
01:06:38après,
01:06:39plus tard,
01:06:39j'ai fait la connaissance
01:06:40de Pierre Beauchamp,
01:06:41et nous avons vécu,
01:06:44il savait,
01:06:44enfin je ne pouvais croire
01:06:45pas d'avoir un enfant,
01:06:46mais il savait d'avance
01:06:47que j'en aurais pas.
01:06:49Donc j'ai refusé toute maternité,
01:06:51y compris Pierre Beauchamp.
01:06:52Et voilà,
01:06:53c'était un très bon camarade
01:06:54qui était très connu
01:06:56au sein du Parti communiste
01:06:58et au sein du chef OBJREN,
01:07:00combattant syndicaliste,
01:07:02comité d'entreprise,
01:07:03etc.
01:07:04En quelle année
01:07:04tu rentres à la Madeleine ?
01:07:06Moi je suis rentrée,
01:07:07attends,
01:07:08alors je reviens là-dessus,
01:07:09je reviens sur le 29 avril,
01:07:11donc ça fait trois ans
01:07:13que je suis détenue.
01:07:14Et je suis à ce moment-là
01:07:15à Ouelles-Chênes.
01:07:16Et mes camarades,
01:07:17mes camarades,
01:07:18on s'aimait beaucoup,
01:07:19me disent,
01:07:20tu vas voir,
01:07:20parce que ça se bat dans le ciel,
01:07:24ça mitraille,
01:07:25ça mitraille,
01:07:26on est en plein ventre
01:07:27sur le sol et tout ça,
01:07:29on ne sait plus
01:07:29par qui on va être tués,
01:07:30s'il va être des Allemands
01:07:31ou par des Allemands.
01:07:32On est là sur le front
01:07:34puisqu'on est là
01:07:35en fin avril.
01:07:36Et le 29 avril,
01:07:38les copines disent,
01:07:39eh bien,
01:07:39c'est là que je vais reparler
01:07:40du fusillé,
01:07:41disent,
01:07:42eh bien,
01:07:43tu vas voir,
01:07:43on va être libérés
01:07:44pour ton anniversaire.
01:07:45Tu vas être arrêté
01:07:46le 29 avril,
01:07:47mais tu seras libéré.
01:07:48Tu sais,
01:07:48la conviction,
01:07:49tu n'as pas de nouvelles
01:07:49à part ce que tu vois
01:07:51dans le ciel
01:07:51et ce qui tombe
01:07:53et ce n'est pas
01:07:54ce qui va se produire.
01:07:56Ils vont aller,
01:07:57les Allemands,
01:07:58non,
01:07:59quand c'est des Allemands,
01:07:59les SS,
01:08:00vont chercher cinq hommes
01:08:02et devant nous,
01:08:03pour servir d'exemple,
01:08:04ils vont les fusiller.
01:08:05Devant nous.
01:08:06C'est pour ça
01:08:07que je connais
01:08:08les lignes de fusillés
01:08:09et que tout,
01:08:10des trucs comme ça,
01:08:11ça me réveille,
01:08:13ma colère,
01:08:14mon chagrin,
01:08:15parce que tu as assisté
01:08:16à des exécutifs.
01:08:16Parce que j'ai vécu,
01:08:17je l'ai vu
01:08:18et j'en ai vu,
01:08:19je ne l'ai pas vu,
01:08:20on m'a invité,
01:08:21je ne l'ai pas vu,
01:08:21fusillés,
01:08:22mais ils sont passés
01:08:22devant pour être exécutés.
01:08:24J'ai vu les pitons
01:08:25d'exécution,
01:08:26je n'ai pas vu fusiller.
01:08:27Mais ce jour-là,
01:08:28le 29 avril 1945,
01:08:32à Oléchène,
01:08:33dans Tchécosovaquie,
01:08:34eh bien,
01:08:35les États-majors
01:08:35étaient allés chercher
01:08:36cinq hommes,
01:08:37je ne sais pas
01:08:37qu'ils sont des civils
01:08:38ou pas,
01:08:38ils étaient habillés
01:08:39en civil pour les fusiller
01:08:40devant nous
01:08:41pour servir d'exemple.
01:08:42Alors,
01:08:42qu'est-ce qu'on en fait ?
01:08:43Encore une fois,
01:08:43meneuse.
01:08:44C'est pas toujours
01:08:45considéré comme meneuse.
01:08:46Je lui dis,
01:08:46nous allons aller vers ces hommes,
01:08:48à quelques femmes
01:08:49et on va vers ces hommes
01:08:50à savoir s'ils n'ont pas
01:08:51une pièce d'identité sur eux,
01:08:53à savoir ce qu'ils ont,
01:08:54n'est-ce pas ?
01:08:55Naturellement,
01:08:55tu sais bien
01:08:56à quel état
01:08:56qu'on est devant des fusillés,
01:08:58ils n'ont rien.
01:08:59Donc,
01:08:59ces cinq hommes-là,
01:09:00ce sont cinq hommes
01:09:01inconnus.
01:09:02Plusieurs années plus tard,
01:09:03quand on a pu,
01:09:04on est retourné sur les lieux
01:09:05et nous avons apposé
01:09:07une plaque
01:09:08en disant,
01:09:09ici,
01:09:10on était fusillés
01:09:10cinq inconnus
01:09:12par les pelotons nazis
01:09:13le 29 avril 1945.
01:09:16Mais le lendemain,
01:09:17c'est un grand jour.
01:09:18C'est le 30 avril.
01:09:19Et ça,
01:09:20on le sait de suite.
01:09:21Autant les soldats,
01:09:22quand je dis soldats,
01:09:23c'est les SS.
01:09:24Les SS,
01:09:25ils préféraient être SS
01:09:27plutôt que d'aller sur les fronts.
01:09:29Tu le comprends bien, ça.
01:09:31Donc,
01:09:31ils ont tous les droits
01:09:32de vie et de mort sur vous.
01:09:33Ils préfèrent faire
01:09:34cette seule besogne
01:09:34que d'aller sur les fronts.
01:09:35Ils ont peur.
01:09:36C'est en cas de punition.
01:09:38Eh bien,
01:09:39le 30 avril,
01:09:40alors,
01:09:41eh bien,
01:09:41on va le savoir de suite
01:09:42parce qu'ils voient galoper
01:09:44dans le camp
01:09:45et ce sont les soldats,
01:09:46les soldats qui apprennent
01:09:47qu'Hitler vient de se suicider.
01:09:49Et pour nous,
01:09:50ça,
01:09:50c'est un grand jour.
01:09:51Mais je dois dire aussi
01:09:53que ce 29 avril,
01:09:54le soir,
01:09:54quand on est allé voir
01:09:55vers ces hommes,
01:09:56de nouveau,
01:09:57les SS nous attrapent
01:09:58à quelques-unes
01:09:59et nous mettent le nez au mur.
01:10:01Alors,
01:10:01on pense qu'on va être exécutés.
01:10:04Et il y a Isabelle Clès,
01:10:05d'Armentier,
01:10:06qui était d'ailleurs,
01:10:07qui était également à Ravensbrück,
01:10:09qui plus tard va organiser
01:10:10l'UFF,
01:10:11d'ailleurs,
01:10:12plus tard,
01:10:12elle décidait d'Armentier.
01:10:13Du monde des femmes françaises.
01:10:14Comment ?
01:10:15Devenue femme solidaire aujourd'hui.
01:10:17Oui,
01:10:17voilà.
01:10:18C'est aussi sur les femmes
01:10:19qui ont organisé ça.
01:10:20Eh bien,
01:10:20elle me dit,
01:10:21courage petite.
01:10:22J'étais vexée
01:10:23qu'elle me dise courage petite
01:10:24parce que j'étais petite
01:10:25et venue
01:10:25et à maigrir
01:10:27comme les autres.
01:10:28Il était plus facile
01:10:29une femme qui était forte
01:10:30de maigrir de 40 kg
01:10:32qu'une personne
01:10:33qui n'est pas...
01:10:34Qui est déjà fluette.
01:10:35Voilà.
01:10:36Et puis la jeunesse aussi,
01:10:37peut-être plus jeune.
01:10:38Voilà.
01:10:39Mais enfin,
01:10:40nous avons reçu
01:10:41des coups de crosse
01:10:42et nous n'avons pas été abattus.
01:10:44C'est ça,
01:10:44c'était le 20 de la fabrique
01:10:46le soir.
01:10:46Le 30 avril,
01:10:48c'est le...
01:10:49Le 30 avril,
01:10:51c'est donc
01:10:52la mort d'Hitler
01:10:53qu'on en fait de suite.
01:10:54Et là,
01:10:54on le sent
01:10:55que l'armée,
01:10:56l'armée,
01:10:57c'est fini, quoi.
01:10:58Mais le soldat,
01:10:59le soldat qui est là,
01:11:00le SS aussi.
01:11:01Je viens de te dire
01:11:01comment ils sont...
01:11:02Ils sont méchants.
01:11:03Et le 4 mai,
01:11:05le 4 mai 1945,
01:11:07eh bien,
01:11:08ils nous enferment
01:11:09dans des blocos.
01:11:10Nous.
01:11:11Mais on ne sait pas pourquoi.
01:11:12Ils nous enferment.
01:11:13Mais on ne sait pas.
01:11:13On ne devine rien.
01:11:14Et on va apprendre
01:11:15le soir même,
01:11:16n'est-ce pas,
01:11:17qu'il y a un camp de...
01:11:19Il y a des partisans polonais
01:11:23qui sont en Tchéco-sur-Aki,
01:11:24puisqu'on est en Tchéco-sur-Aki.
01:11:25Ils sont dans la forêt
01:11:26et ils apprennent,
01:11:27par un gars
01:11:28qui est du voir du Seneuve,
01:11:29certainement,
01:11:30que l'oeuvre qu'ils viennent de faire...
01:11:32Alors, ils viennent faire prisonnier
01:11:33l'état-major de l'échelle
01:11:35et par conséquent,
01:11:36ils nous font ouvrir les portes
01:11:37et nous devions,
01:11:38le 4 mai,
01:11:39être dignamités
01:11:40pour avoir un cube de moins
01:11:41à répondre.
01:11:42Et le 5 mai au matin,
01:11:44nous voyons arriver
01:11:45les armées alliées,
01:11:46c'est-à-dire les soviétiques,
01:11:49les Américains
01:11:50et l'armée Anders.
01:11:51C'est la libération.