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  • il y a 1 semaine
Photos : Manuel Baena
Texte : Jean Ortiz
La rue n'est plus ce qu'elle était
La rue est devenue un théâtre froid sous lequel la lave couve. Lorsque l'on ne fait qu'y passer, on ne la voit pas, la rue; et plus on y passe, moins on la voit. C'est l'im-passe. Jadis, le "pasa calle", le "passe rue", c'était vivant. La rue n'est plus ce qu'elle était: un lien de passage, une vie de lieu. L'univers photographique de Manuel Baena traduit cette ambivalence.

La rue est devenue chemin de croix, parcmètre sacerdotal, labyrinthe inquiétant, ruelle sans espoir, artère sans cœur, échelle des inégalités, miroir si déformant qu'il n'en paraît que plus réel. Mais la rue de Manuel Baena revendique, dans le même temps, d'autres rues du possible, d'autres rues porteuses de valeurs altruistes, d'une légitimité perdue.
La rue. Cet espace public aurait dû être déclaré depuis longtemps "bien commun", non privatisable, non aliénable, non publicitable. La rue s'offre désormais à ceux qui ne s'y ruent pas, aux passants pleins de soucis; aux farcis de pub-com., aux déambulateurs solitaires, ou par deux, encore plus seuls, aux qu'accompagne un animal pour chienne de vie. Les chiens de la rue sont devenus aujourd'hui irrémédiablement tristes, et le chemin des dames ne court pas les rues
Etre à la rue n'est plus une liberté. C'est la rue qui un jour futur doit l'être. Et non l'inverse. Sous le goudron: les pavés. Manuel les a souvent battus. Pour que, déterminée, la rue redevienne la rue, la rue mutine, la rue du champion-nat des grèves, condamnée à avancer, pour le pain quotidien... et nos salaires, et nos retraites, et le bonheur putain! Au diable les CPE! Droit de retrait! Notre rue n'est la rue qu'en mouvement, collectivisée, manifestante, chaleureuse de manifs restantes, bruyante de discours, de slogans. On veut nous voler la rue ké ta nous! Réinvestissons-la! Les pavés ne s'usent que si l'on s'en sert.

Dans l'autre rue, la rue de l'éden individualiste, on ne se déplace pas, on ne parle pas: on fait semblant, on mime. Et à force de mimer l'impossible, les masques finissent par tomber. Le Medef se paupérise. La rue globalisée n'humanise plus, ne relationne plus: elle soustrait, elle invisibilise. Elle pousse les bistrots et les bric-à-brac sur les trottoirs à péage. Elle longe aussi bien de vieilles pierres habitées que de modernes colombariums sans âme, mondialisés.
La rue libérale n'a plus de coins. Elle ne se suffit plus à elle-même. Elle porte une plaque que l'homme de la rue ne voit même pas, et elle se refuse aux poètes à mots dits.
Le musicien précaire, mal chaussé et placé malencontreusement devant une pub-pompe à fric insidieuse, se retrouve culpabilisé malgré lui. "Si tu ne t'assures pas, ta famille en pâtira..." Et les passants qui préfèrent briser le miroir; détourner le regard du SDF et de son chien. Devant la gare, les chiens des pauvres suscitent toujours la même méfiance...
Au train où vont les choses, les choses que l'on tient pour des valeur

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00:00La rue, pavée d'espoir. La rue n'est plus ce qu'elle était. La rue est devenue un théâtre
00:06froid, sous lequel la lave couve. Lorsque l'on ne fait qu'y passer, on ne la voit pas, la
00:13rue.
00:14Et plus on y passe, moins on la voit. C'est l'impasse. Jadis le passacal et le passerue, c
00:21'était vivant. La rue n'est plus ce qu'elle était. Un lien de passage, une vie de lieu. L
00:27'univers du photographe Manuel Baena traduit cette ambivalence.
00:32La rue est devenue chemin de croix, parc-maître sacerdotal, labyrinthe inquiétant, ruelle sans espoir, artère sans cœur, échelle des
00:43inégalités, miroir si déformant qu'il n'en paraît que plus réel.
00:48Mais la rue de Manuel Baena revendique dans le même temps d'autres rues du possible, d'autres rues porteuses
00:54de valeurs altruistes, d'une légitimité perdue.
00:58La rue, cet espace public, aurait dû être déclaré depuis longtemps bien commun, non privatisable, non aliénable, non publicitable.
01:08La rue s'offre désormais à ceux qui ne s'y ruent pas, aux passants pleins de soucis, aux farcis
01:13de pubcom, aux déambulateurs solitaires, ou par deux, encore plus seuls, aux qu'accompagne un animal pour chienne de vie.
01:21Les chiens de la rue sont devenus aujourd'hui irrémédiablement tristes, et le chemin des dames ne court pas les
01:28rues.
01:31Être à la rue n'est plus une liberté.
01:34C'est la rue qui, un jour futur, doit l'être, et non l'inverse.
01:38Sous le goudron, les pavés.
01:40Manuel les a souvent battus, pour que, déterminés, la rue redevienne la rue, la rue mutine, la rue du championnat,
01:48des grèves, condamnés à avancer pour le pain quotidien, et nos salaires, et nos retraites, et le bonheur putain.
01:54Au diable, les CPE, droit de retrait.
01:58Notre rue n'est la rue qu'en mouvement, collectivisée, manifestante, chaleureuse de manifrestante, bruyante de discours, de slogans.
02:07On veut nous voler la rue qui est à nous ? Réinvestissons-la.
02:11Les pavés ne susent que si l'on s'en sert.
02:15Dans l'autre rue, la rue de l'Éden individualiste, on ne se déplace pas, on ne parle pas, on
02:22fait semblant, on mime, et à force de mimer l'impossible, les masques finissent par tomber.
02:27Le MEDEF se paupérise, la rue globalisée n'humanise plus, ne relationne plus, elle soustrait, elle indivisibilise, elle pousse les
02:35bistrots et les briques à braques sur le trottoir à péage.
02:38Elle longe aussi bien de vieilles pierres habitées que de modernes colombariums sans âme mondialisées.
02:44La rue libérale n'a plus de coin.
02:47Elle ne se suffit plus à elle-même.
02:49Elle porte une plaque que l'homme de la rue ne voit même pas, et elle se refuse au poète
02:53à maudit.
02:54Le musicien précaire, mal chaussé et placé malencontreusement devant une pub-pompe-afrique insidieuse, se retrouve culpabilisé malgré lui.
03:05Si tu ne t'assures pas, ta famille en pâtira, et les passants qui préfèrent briser le miroir, détourner le
03:11regard du SDF et de son chien.
03:13Devant la gare, les chiens des pauvres suscitent toujours la même méfiance.
03:18Au train où vont les choses, les choses que l'on tient pour des valeurs seront bientôt cotées en bourse.
03:23À votre bon cœur pour le MEDEF, une petite pièce et encore une, au train où vont les choses.
03:28À moins que Cendrillon ne prenne le pouvoir et que les citrouilles finissent par nourrir ceux qui en ont le
03:34plus besoin.
03:35Le piano du pauvre sortira alors du rang et bondira sur les trottoirs.
03:40Vienne le jour où la rue ruera à nouveau dans les brancards.
03:44Merci.
03:44Merci.
03:44Merci.
03:44Merci.

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