00:00La rue, pavée d'espoir. La rue n'est plus ce qu'elle était. La rue est devenue un théâtre
00:06froid, sous lequel la lave couve. Lorsque l'on ne fait qu'y passer, on ne la voit pas, la
00:13rue.
00:14Et plus on y passe, moins on la voit. C'est l'impasse. Jadis le passacal et le passerue, c
00:21'était vivant. La rue n'est plus ce qu'elle était. Un lien de passage, une vie de lieu. L
00:27'univers du photographe Manuel Baena traduit cette ambivalence.
00:32La rue est devenue chemin de croix, parc-maître sacerdotal, labyrinthe inquiétant, ruelle sans espoir, artère sans cœur, échelle des
00:43inégalités, miroir si déformant qu'il n'en paraît que plus réel.
00:48Mais la rue de Manuel Baena revendique dans le même temps d'autres rues du possible, d'autres rues porteuses
00:54de valeurs altruistes, d'une légitimité perdue.
00:58La rue, cet espace public, aurait dû être déclaré depuis longtemps bien commun, non privatisable, non aliénable, non publicitable.
01:08La rue s'offre désormais à ceux qui ne s'y ruent pas, aux passants pleins de soucis, aux farcis
01:13de pubcom, aux déambulateurs solitaires, ou par deux, encore plus seuls, aux qu'accompagne un animal pour chienne de vie.
01:21Les chiens de la rue sont devenus aujourd'hui irrémédiablement tristes, et le chemin des dames ne court pas les
01:28rues.
01:31Être à la rue n'est plus une liberté.
01:34C'est la rue qui, un jour futur, doit l'être, et non l'inverse.
01:38Sous le goudron, les pavés.
01:40Manuel les a souvent battus, pour que, déterminés, la rue redevienne la rue, la rue mutine, la rue du championnat,
01:48des grèves, condamnés à avancer pour le pain quotidien, et nos salaires, et nos retraites, et le bonheur putain.
01:54Au diable, les CPE, droit de retrait.
01:58Notre rue n'est la rue qu'en mouvement, collectivisée, manifestante, chaleureuse de manifrestante, bruyante de discours, de slogans.
02:07On veut nous voler la rue qui est à nous ? Réinvestissons-la.
02:11Les pavés ne susent que si l'on s'en sert.
02:15Dans l'autre rue, la rue de l'Éden individualiste, on ne se déplace pas, on ne parle pas, on
02:22fait semblant, on mime, et à force de mimer l'impossible, les masques finissent par tomber.
02:27Le MEDEF se paupérise, la rue globalisée n'humanise plus, ne relationne plus, elle soustrait, elle indivisibilise, elle pousse les
02:35bistrots et les briques à braques sur le trottoir à péage.
02:38Elle longe aussi bien de vieilles pierres habitées que de modernes colombariums sans âme mondialisées.
02:44La rue libérale n'a plus de coin.
02:47Elle ne se suffit plus à elle-même.
02:49Elle porte une plaque que l'homme de la rue ne voit même pas, et elle se refuse au poète
02:53à maudit.
02:54Le musicien précaire, mal chaussé et placé malencontreusement devant une pub-pompe-afrique insidieuse, se retrouve culpabilisé malgré lui.
03:05Si tu ne t'assures pas, ta famille en pâtira, et les passants qui préfèrent briser le miroir, détourner le
03:11regard du SDF et de son chien.
03:13Devant la gare, les chiens des pauvres suscitent toujours la même méfiance.
03:18Au train où vont les choses, les choses que l'on tient pour des valeurs seront bientôt cotées en bourse.
03:23À votre bon cœur pour le MEDEF, une petite pièce et encore une, au train où vont les choses.
03:28À moins que Cendrillon ne prenne le pouvoir et que les citrouilles finissent par nourrir ceux qui en ont le
03:34plus besoin.
03:35Le piano du pauvre sortira alors du rang et bondira sur les trottoirs.
03:40Vienne le jour où la rue ruera à nouveau dans les brancards.
03:44Merci.
03:44Merci.
03:44Merci.
03:44Merci.