00:00Ce matin, on se réveille avec un Grande-Bretagne morcelé et une Europe des Unis.
00:06Quel est l'enseignement de ce vote Pierre en Grande-Bretagne ?
00:09Le grand enseignement, c'est l'expression d'une défiance populaire.
00:15Le principal exemple, c'est que le vote pour le Brexit a été d'autant plus fort que dans les
00:23quartiers où la situation sociale est extrêmement difficile.
00:28Plus la situation sociale était difficile et plus le vote pour le Brexit a été fort.
00:35Peut-être qu'on y reviendra, mais on est mis à part pour l'Écosse et l'Irlande du Nord.
00:40Donc, vote de défiance.
00:43Et pourquoi ? Qu'est-ce qu'on s'en soutenait les électeurs britanniques ?
00:48C'est la politique d'austérité mise en œuvre par le gouvernement Cameron.
00:52Ces fameux contrats à zéro heure, par exemple, qui pullulent dans ces quartiers.
00:57Contrats à zéro heure qui instaure l'obligation d'être disponible pour son employeur tout le temps sans avoir de
01:05salaire.
01:06Et c'est la flexibilité maximum rêvée par le patronat français.
01:10Mais en même temps, ce qui est très grave, c'est que ce ras-le-bol populaire ait pu être
01:18récupéré par l'aile droite du Parti conservateur,
01:21par Boris Johnson, qui est un ultra-libéral, un discours à la fois ultra-libéral et nationaliste.
01:27Et donc, voilà, c'est extrêmement... c'est une sanction qui peut être extrêmement lourde de conséquences,
01:37à la fois pour le Royaume-Uni, pour les Britanniques, et pour le reste de l'Europe,
01:42puisqu'elle peut avoir un effet d'empraînement dans cette dérive nationaliste dans le reste de l'Europe.
01:50Alors, les seuls, le Jeremy Corbyn et les progressistes britanniques ont mené un combat courageux...
01:56Leader du Parti travaillé.
01:57Oui, leader du Parti travaillé. Ils ont mené un combat courageux,
02:01ce qui a rompu avec la tendance, l'orientation glériste, ces dernières années.
02:07Ils ont mené un combat très, très courageux, mais il leur fallait à la fois combattre l'austérité,
02:15les conséquences de l'austérité pratiquées par David Cameron,
02:18et en même temps rejeter la politique, le modèle austéritaire européen.
02:23Donc, ce n'était pas une chose très facile.
02:27Donc, le discours populiste d'un Boris Johnson, l'ancien maire de Londres,
02:34populiste et xénophobe, était évidemment beaucoup plus simple à manier que les arguments de Jeremy Corbyn.
02:42Le gouvernement va être changé.
02:47Oui, on a appris il y a quelques heures que David Cameron avait démissionné,
02:54enfin qu'il allait annoncer qu'il allait démissionner.
02:57Donc, voilà, on va avoir l'homme fort de la situation, ça va être Boris Johnson.
03:05Donc, encore une fois, cet homme de l'aile droite du Parti conservateur,
03:09ultra-libéral, nationaliste,
03:13et donc, dont le profil correspond un peu à celui de Donald Trump aux Etats-Unis,
03:19un populiste de la même Trump.
03:22D'ailleurs, sans jeu de mots, Trump va venir rapidement en Grande-Bretagne.
03:31Là, il y a un voyage en Europe qui est prévu,
03:33et il va commencer par la Grande-Bretagne,
03:35par rendre visite à son ami Boris Johnson.
03:37Donc, avec cet événement, les bourses se font,
03:40n'est-ce pas le signe que les capitalistes n'apprécient guère le vaut de souverain des électeurs britanniques ?
03:45Il y a un effondrement, effectivement, des bourses.
03:48Là, ce matin, il y avait une chute de 10% de la bourse de Paris,
03:53et une grosse inquiétude,
03:54parce que la Citi était particulièrement choyée jusqu'à aujourd'hui dans le système européen.
04:01elle était, en quelque sorte, intégrée au système européen,
04:07et au point qu'elle fonctionnait comme une espèce de...
04:12Elle fonctionnait en offshore, pour le reste de l'Union européenne,
04:17avec un paradis fiscal, un paradis financier pour le reste de l'Union européenne.
04:26Ce statut-là, elle a peur de le perdre.
04:29C'est pour ça qu'elle...
04:32Mais, là, j'entendais ce matin un financier de la Citi qui disait
04:35« Oh, il ne faut pas trop s'inquiéter,
04:39on va... »
04:41C'est un choc, certes,
04:42mais on va très rapidement sortir de là.
04:45D'ailleurs, ne serait-ce que le profil ultra-libéral de Boris Johnson
04:48devrait les rassurer.
04:49Il n'est pas question pour la Grande-Bretagne
04:52de quitter le grand marché, l'espace de libre-échange européen.
04:56Par contre, les choses vont changer beaucoup
04:58pour les migrants de l'Union européenne
05:03qui vivaient...
05:04Ils étaient 3 millions,
05:05qui vivent en...
05:06Ils sont 3 millions,
05:07qui vivent aujourd'hui en Grande-Bretagne.
05:09Et pour eux, les choses risquent d'être beaucoup plus compliquées.
05:11Parce que si on ne fait pas de contrôle des capitaux,
05:14par contre, on risque de faire des contrôles
05:17des migrants qui rentrent en Grande-Bretagne,
05:19beaucoup plus importants,
05:20et même se livrer à des expulsions,
05:25à un traitement discriminatoire encore plus important
05:29des migrants qui viennent de l'Union européenne.
05:34Quel enseignement on peut tirer pour l'Europe ?
05:38L'Union européenne, c'est le symptôme d'une crise majeure
05:43pour l'Union européenne.
05:44C'est un symptôme extrêmement grave.
05:45C'est-à-dire que l'Union européenne
05:48est au bout du rouleau aujourd'hui.
05:50L'Union européenne s'est construite
05:52sur une base libérale, totalement.
05:55Et un système qui a...
05:58n'a eu de cesse que de renforcer
06:02les règlements, les contrôles
06:04pour faciliter la libre circulation des capitaux,
06:08pour faciliter les gains,
06:11les profits des multinationales, etc.
06:14C'est un système qui était engagé à Maastricht,
06:17en passant par le traité de Lisbonne,
06:19jusqu'au traité budgétaire européen de 2012.
06:23Des contraintes extrêmes
06:24qui donnent le sentiment aux populations
06:27que quoi qu'elles fassent,
06:29ce sont ces règles qui s'appliquent.
06:32Et donc, malheureusement,
06:35les responsables politiques,
06:37les responsables politiques de droite,
06:39Nicolas Sarkozy, etc.,
06:40quand il était aux affaires,
06:41mais aussi maintenant François Hollande,
06:46continuent de se plier à ça.
06:48Ils continuent de se plier.
06:49François Hollande a accepté,
06:52alors qu'il le remettait en cause
06:54pendant sa campagne électorale,
06:55a accepté de signer le traité budgétaire européen
06:58qui sont des contraintes supplémentaires.
07:01Et ça, ça donne le sentiment aux gens
07:04que quoi qu'ils fassent,
07:08les dirigeants politiques,
07:09qu'ils soient de droite ou de gauche,
07:10font la même politique.
07:11Et ça, ça nourrit le dégoût de la politique
07:14dont se nourrit l'extrême droite,
07:19en France, mais aussi en Grande-Bretagne.
07:22Ça fait partie aussi du vote du Brexit.
07:28C'est-à-dire qu'on a ce rejet
07:32du monde politique traditionnel.
07:35Alors évidemment, comme je le disais tout à l'heure,
07:37ça a été récupéré en Grande-Bretagne
07:39par une partie de son monde politique traditionnel.
07:41C'est ça qui est le plus terrible.
07:42Donc cette poussée nationaliste,
07:44est-elle encore résistible ?
07:47Oui.
07:49Ce qu'il faut bien voir,
07:50c'est qu'on est dans une situation de crise,
07:53de crise européenne.
07:54Et évidemment, il y a le pire qui peut se produire,
07:58justement, cette montée du nationalisme
07:59en Grande-Bretagne et dans le reste de l'Europe.
08:02Je veux dire, il y a eu...
08:05En Autriche, il y a quelque temps,
08:06on a failli...
08:07Les électeurs autrichiens ont failli élire
08:09un président de la République d'extrême droite.
08:11La semaine dernière, aux élections municipales,
08:15en Italie, il y a eu cette percée à nouveau
08:18des populistes du mouvement 5 étoiles
08:21qui ont même emporté la mairie de Rome.
08:25Et dans une ville comme Bologne,
08:27la Ligue du Nord a même réalisé 45%
08:31la Ligue du Nord qui est alliée au Fond national français, etc.
08:34Donc on voit bien, il y a une montée des périls
08:38et le pire est possible.
08:41C'est pour ça qu'il faut vraiment prendre la situation
08:42très au sérieux et se mobiliser.
08:46Mais en même temps, il y a aussi des forces
08:51qui progressent en mettant le doigt
08:54là où se trouvent les vrais problèmes.
08:57Pas comme le font les démagogues
09:00en usant de la xénophobie, etc.
09:02Et c'est le cas, par exemple, en Espagne.
09:05On va voter dimanche prochain en Espagne.
09:08Et là, la coalition, l'alliance Unidos Podemos,
09:11l'alliance de Podemos et d'Escalda Unida,
09:15la gauche unie espagnole
09:17dont fait partie le Parti communiste espagnol d'Espagne,
09:21et bien là, il y a le risque d'avoir une bonne surprise.
09:25Parce que dimanche, Unida Podemos pourrait arriver
09:31et donner comme talonnant la droite espagnole,
09:37le PP espagnol,
09:38et dépassant le Parti socialiste espagnol.
09:43Donc là, il ne faut pas oublier nos amis britanniques,
09:49Jérémy Corbyn, on a dit qu'il était en rupture
09:53avec la ligne blériste de ces dernières années.
09:56Cette ligne blériste, c'est la ligne du modèle européen.
10:00Donc la rupture avec cette ligne blériste
10:03est très très importante.
10:05Et même s'ils n'ont pas pu gagner dans cette élection,
10:11ils n'ont pas pu se faire entendre,
10:13faire entendre un discours qui était compliqué
10:15puisqu'il fallait à la fois proposer une autre Europe
10:20et critiquer en même temps, évidemment,
10:23l'Europe austéritaire et l'austérité de Cameron.
10:27Donc il y a ces forces-là.
10:29Et puis en France, il y a un mouvement en ce moment,
10:32un mouvement contre la loi travail.
10:34Et cette modification du Code du travail français,
10:36elle va droit dans le fil des recommandations
10:39de l'Union européenne pour flexibiliser,
10:43renforcer la compétitivité,
10:46etc., des entreprises françaises.
10:49Renforcer la compétitivité, c'est le seul principe.
10:53Ils sont complètement omnibulés
10:55par ce seul principe de compétition.
10:57Du coup, les principes de coopération
11:00et de solidarité européenne
11:01sont de plus en plus rejetés à la marge.
11:04Et donc, on a, quand ce mouvement résiste
11:09à la mise en place de cette flexibilité
11:13accentuée du marché du travail,
11:17eh bien, en résistant à cela,
11:19on résiste aussi à la montée des périls nationalistes,
11:24à la montée des périls nationaux libéraux.
11:26Parce que c'est sur cette ligne nationale libérale,
11:29comme le britannique Boris Johnson,
11:32que se trouvent toutes les forces d'extrême droite.
11:35Ceux qui s'opposent à la loi travail en France aujourd'hui
11:37s'opposent aussi d'une certaine manière
11:41à la montée du national libéralisme.
11:46Donc, voilà, on est dans une situation
11:48où partout en Europe,
11:50il y a cette montée des périls.
11:51Je ne reviens pas sur ce que j'ai dit tout à l'heure,
11:53sur l'Autriche, l'Italie, etc.
11:56Même en Allemagne,
11:57il y a des forces nationalistes qui émergent aujourd'hui.
12:00Donc, comment fait-on pour arriver à contenir,
12:03il faut contenir et à proposer une alternative ?
12:06Parce qu'on a besoin d'Europe, en même temps.
12:09On a un besoin d'Europe,
12:12de coopération européenne, etc.
12:14Pour exister, on a besoin de coopérer.
12:16On a besoin de refonder complètement l'Union européenne
12:19parce que cette Union européenne,
12:24telle qu'elle se construit aujourd'hui,
12:26elle nous conduit dans les bras du national libéralisme.
12:29Partout, il progresse.
12:30Donc, on a besoin de la refonder complètement.
12:32Ce qui peut se passer en Espagne,
12:35le dimanche prochain peut y contribuer.
12:37Mais aussi et surtout,
12:38on a besoin de nos forces à nous.
12:39Il faut d'abord compter sur nous-mêmes
12:41pour refonder l'Union européenne.
12:44Parce qu'on a besoin, pour coopérer,
12:46on a besoin de cette coopération européenne
12:48pour exister aujourd'hui,
12:49dans le monde tel qu'il est,
12:50la mondialisation, etc.
12:53On a besoin de ces coopérations plus que jamais.
12:55Et ce n'est pas des coopérations,
12:57et pas une Union européenne caricaturale,
13:00telle qu'elle existe aujourd'hui,
13:02où on se démet de nos prérogatives.
13:06Au contraire, ce serait une Union européenne
13:09dans laquelle les forces populaires,
13:12les syndicats, les salariés, etc.,
13:15aient davantage de pouvoir,
13:17davantage de prérogatives.
13:18Mais davantage de pouvoirs et de prérogatives
13:19pour coopérer mieux
13:21avec nos homologues allemands,
13:24anglais, espagnols.
13:26Merci beaucoup.