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  • il y a 2 jours
Terrible paradoxe : les électeurs des quartiers populaires britanniques ont sanctionné la politique antisociale de David Cameron et rejeté l’Union Européenne austéritaire en se ralliant à un « Brexit », une sortie de la Grande Bretagne de l’Union Européenne, portée par des populistes ultra-libéraux usant d’un dangereux discours de repli xénophobe. Bruno Odent, journaliste à l’humanité, auteur de « Europe, état d’urgence » souligne dans notre interview combien la mobilisation est à l’ordre du jour contre cette dangereuse dérive vers le national-libéralisme dont se réjouissent si bruyamment les extrême-droites européennes et singulièrement le Front National en France. Cette montée des périls est encore résistible. De vraies alternatives émergent sur le continent, comme celles dont est porteur Unidos-podemos dans le scrutin anticipé de dimanche en Espagne, le mouvement contre la loi El Khomry dans l’hexagone ou, au Royaume uni, le courageux Jeremy Corbyn avec les progressistes britanniques. Réalisation : Abrahim Saravaki

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Transcription
00:00Ce matin, on se réveille avec un Grande-Bretagne morcelé et une Europe des Unis.
00:06Quel est l'enseignement de ce vote Pierre en Grande-Bretagne ?
00:09Le grand enseignement, c'est l'expression d'une défiance populaire.
00:15Le principal exemple, c'est que le vote pour le Brexit a été d'autant plus fort que dans les
00:23quartiers où la situation sociale est extrêmement difficile.
00:28Plus la situation sociale était difficile et plus le vote pour le Brexit a été fort.
00:35Peut-être qu'on y reviendra, mais on est mis à part pour l'Écosse et l'Irlande du Nord.
00:40Donc, vote de défiance.
00:43Et pourquoi ? Qu'est-ce qu'on s'en soutenait les électeurs britanniques ?
00:48C'est la politique d'austérité mise en œuvre par le gouvernement Cameron.
00:52Ces fameux contrats à zéro heure, par exemple, qui pullulent dans ces quartiers.
00:57Contrats à zéro heure qui instaure l'obligation d'être disponible pour son employeur tout le temps sans avoir de
01:05salaire.
01:06Et c'est la flexibilité maximum rêvée par le patronat français.
01:10Mais en même temps, ce qui est très grave, c'est que ce ras-le-bol populaire ait pu être
01:18récupéré par l'aile droite du Parti conservateur,
01:21par Boris Johnson, qui est un ultra-libéral, un discours à la fois ultra-libéral et nationaliste.
01:27Et donc, voilà, c'est extrêmement... c'est une sanction qui peut être extrêmement lourde de conséquences,
01:37à la fois pour le Royaume-Uni, pour les Britanniques, et pour le reste de l'Europe,
01:42puisqu'elle peut avoir un effet d'empraînement dans cette dérive nationaliste dans le reste de l'Europe.
01:50Alors, les seuls, le Jeremy Corbyn et les progressistes britanniques ont mené un combat courageux...
01:56Leader du Parti travaillé.
01:57Oui, leader du Parti travaillé. Ils ont mené un combat courageux,
02:01ce qui a rompu avec la tendance, l'orientation glériste, ces dernières années.
02:07Ils ont mené un combat très, très courageux, mais il leur fallait à la fois combattre l'austérité,
02:15les conséquences de l'austérité pratiquées par David Cameron,
02:18et en même temps rejeter la politique, le modèle austéritaire européen.
02:23Donc, ce n'était pas une chose très facile.
02:27Donc, le discours populiste d'un Boris Johnson, l'ancien maire de Londres,
02:34populiste et xénophobe, était évidemment beaucoup plus simple à manier que les arguments de Jeremy Corbyn.
02:42Le gouvernement va être changé.
02:47Oui, on a appris il y a quelques heures que David Cameron avait démissionné,
02:54enfin qu'il allait annoncer qu'il allait démissionner.
02:57Donc, voilà, on va avoir l'homme fort de la situation, ça va être Boris Johnson.
03:05Donc, encore une fois, cet homme de l'aile droite du Parti conservateur,
03:09ultra-libéral, nationaliste,
03:13et donc, dont le profil correspond un peu à celui de Donald Trump aux Etats-Unis,
03:19un populiste de la même Trump.
03:22D'ailleurs, sans jeu de mots, Trump va venir rapidement en Grande-Bretagne.
03:31Là, il y a un voyage en Europe qui est prévu,
03:33et il va commencer par la Grande-Bretagne,
03:35par rendre visite à son ami Boris Johnson.
03:37Donc, avec cet événement, les bourses se font,
03:40n'est-ce pas le signe que les capitalistes n'apprécient guère le vaut de souverain des électeurs britanniques ?
03:45Il y a un effondrement, effectivement, des bourses.
03:48Là, ce matin, il y avait une chute de 10% de la bourse de Paris,
03:53et une grosse inquiétude,
03:54parce que la Citi était particulièrement choyée jusqu'à aujourd'hui dans le système européen.
04:01elle était, en quelque sorte, intégrée au système européen,
04:07et au point qu'elle fonctionnait comme une espèce de...
04:12Elle fonctionnait en offshore, pour le reste de l'Union européenne,
04:17avec un paradis fiscal, un paradis financier pour le reste de l'Union européenne.
04:26Ce statut-là, elle a peur de le perdre.
04:29C'est pour ça qu'elle...
04:32Mais, là, j'entendais ce matin un financier de la Citi qui disait
04:35« Oh, il ne faut pas trop s'inquiéter,
04:39on va... »
04:41C'est un choc, certes,
04:42mais on va très rapidement sortir de là.
04:45D'ailleurs, ne serait-ce que le profil ultra-libéral de Boris Johnson
04:48devrait les rassurer.
04:49Il n'est pas question pour la Grande-Bretagne
04:52de quitter le grand marché, l'espace de libre-échange européen.
04:56Par contre, les choses vont changer beaucoup
04:58pour les migrants de l'Union européenne
05:03qui vivaient...
05:04Ils étaient 3 millions,
05:05qui vivent en...
05:06Ils sont 3 millions,
05:07qui vivent aujourd'hui en Grande-Bretagne.
05:09Et pour eux, les choses risquent d'être beaucoup plus compliquées.
05:11Parce que si on ne fait pas de contrôle des capitaux,
05:14par contre, on risque de faire des contrôles
05:17des migrants qui rentrent en Grande-Bretagne,
05:19beaucoup plus importants,
05:20et même se livrer à des expulsions,
05:25à un traitement discriminatoire encore plus important
05:29des migrants qui viennent de l'Union européenne.
05:34Quel enseignement on peut tirer pour l'Europe ?
05:38L'Union européenne, c'est le symptôme d'une crise majeure
05:43pour l'Union européenne.
05:44C'est un symptôme extrêmement grave.
05:45C'est-à-dire que l'Union européenne
05:48est au bout du rouleau aujourd'hui.
05:50L'Union européenne s'est construite
05:52sur une base libérale, totalement.
05:55Et un système qui a...
05:58n'a eu de cesse que de renforcer
06:02les règlements, les contrôles
06:04pour faciliter la libre circulation des capitaux,
06:08pour faciliter les gains,
06:11les profits des multinationales, etc.
06:14C'est un système qui était engagé à Maastricht,
06:17en passant par le traité de Lisbonne,
06:19jusqu'au traité budgétaire européen de 2012.
06:23Des contraintes extrêmes
06:24qui donnent le sentiment aux populations
06:27que quoi qu'elles fassent,
06:29ce sont ces règles qui s'appliquent.
06:32Et donc, malheureusement,
06:35les responsables politiques,
06:37les responsables politiques de droite,
06:39Nicolas Sarkozy, etc.,
06:40quand il était aux affaires,
06:41mais aussi maintenant François Hollande,
06:46continuent de se plier à ça.
06:48Ils continuent de se plier.
06:49François Hollande a accepté,
06:52alors qu'il le remettait en cause
06:54pendant sa campagne électorale,
06:55a accepté de signer le traité budgétaire européen
06:58qui sont des contraintes supplémentaires.
07:01Et ça, ça donne le sentiment aux gens
07:04que quoi qu'ils fassent,
07:08les dirigeants politiques,
07:09qu'ils soient de droite ou de gauche,
07:10font la même politique.
07:11Et ça, ça nourrit le dégoût de la politique
07:14dont se nourrit l'extrême droite,
07:19en France, mais aussi en Grande-Bretagne.
07:22Ça fait partie aussi du vote du Brexit.
07:28C'est-à-dire qu'on a ce rejet
07:32du monde politique traditionnel.
07:35Alors évidemment, comme je le disais tout à l'heure,
07:37ça a été récupéré en Grande-Bretagne
07:39par une partie de son monde politique traditionnel.
07:41C'est ça qui est le plus terrible.
07:42Donc cette poussée nationaliste,
07:44est-elle encore résistible ?
07:47Oui.
07:49Ce qu'il faut bien voir,
07:50c'est qu'on est dans une situation de crise,
07:53de crise européenne.
07:54Et évidemment, il y a le pire qui peut se produire,
07:58justement, cette montée du nationalisme
07:59en Grande-Bretagne et dans le reste de l'Europe.
08:02Je veux dire, il y a eu...
08:05En Autriche, il y a quelque temps,
08:06on a failli...
08:07Les électeurs autrichiens ont failli élire
08:09un président de la République d'extrême droite.
08:11La semaine dernière, aux élections municipales,
08:15en Italie, il y a eu cette percée à nouveau
08:18des populistes du mouvement 5 étoiles
08:21qui ont même emporté la mairie de Rome.
08:25Et dans une ville comme Bologne,
08:27la Ligue du Nord a même réalisé 45%
08:31la Ligue du Nord qui est alliée au Fond national français, etc.
08:34Donc on voit bien, il y a une montée des périls
08:38et le pire est possible.
08:41C'est pour ça qu'il faut vraiment prendre la situation
08:42très au sérieux et se mobiliser.
08:46Mais en même temps, il y a aussi des forces
08:51qui progressent en mettant le doigt
08:54là où se trouvent les vrais problèmes.
08:57Pas comme le font les démagogues
09:00en usant de la xénophobie, etc.
09:02Et c'est le cas, par exemple, en Espagne.
09:05On va voter dimanche prochain en Espagne.
09:08Et là, la coalition, l'alliance Unidos Podemos,
09:11l'alliance de Podemos et d'Escalda Unida,
09:15la gauche unie espagnole
09:17dont fait partie le Parti communiste espagnol d'Espagne,
09:21et bien là, il y a le risque d'avoir une bonne surprise.
09:25Parce que dimanche, Unida Podemos pourrait arriver
09:31et donner comme talonnant la droite espagnole,
09:37le PP espagnol,
09:38et dépassant le Parti socialiste espagnol.
09:43Donc là, il ne faut pas oublier nos amis britanniques,
09:49Jérémy Corbyn, on a dit qu'il était en rupture
09:53avec la ligne blériste de ces dernières années.
09:56Cette ligne blériste, c'est la ligne du modèle européen.
10:00Donc la rupture avec cette ligne blériste
10:03est très très importante.
10:05Et même s'ils n'ont pas pu gagner dans cette élection,
10:11ils n'ont pas pu se faire entendre,
10:13faire entendre un discours qui était compliqué
10:15puisqu'il fallait à la fois proposer une autre Europe
10:20et critiquer en même temps, évidemment,
10:23l'Europe austéritaire et l'austérité de Cameron.
10:27Donc il y a ces forces-là.
10:29Et puis en France, il y a un mouvement en ce moment,
10:32un mouvement contre la loi travail.
10:34Et cette modification du Code du travail français,
10:36elle va droit dans le fil des recommandations
10:39de l'Union européenne pour flexibiliser,
10:43renforcer la compétitivité,
10:46etc., des entreprises françaises.
10:49Renforcer la compétitivité, c'est le seul principe.
10:53Ils sont complètement omnibulés
10:55par ce seul principe de compétition.
10:57Du coup, les principes de coopération
11:00et de solidarité européenne
11:01sont de plus en plus rejetés à la marge.
11:04Et donc, on a, quand ce mouvement résiste
11:09à la mise en place de cette flexibilité
11:13accentuée du marché du travail,
11:17eh bien, en résistant à cela,
11:19on résiste aussi à la montée des périls nationalistes,
11:24à la montée des périls nationaux libéraux.
11:26Parce que c'est sur cette ligne nationale libérale,
11:29comme le britannique Boris Johnson,
11:32que se trouvent toutes les forces d'extrême droite.
11:35Ceux qui s'opposent à la loi travail en France aujourd'hui
11:37s'opposent aussi d'une certaine manière
11:41à la montée du national libéralisme.
11:46Donc, voilà, on est dans une situation
11:48où partout en Europe,
11:50il y a cette montée des périls.
11:51Je ne reviens pas sur ce que j'ai dit tout à l'heure,
11:53sur l'Autriche, l'Italie, etc.
11:56Même en Allemagne,
11:57il y a des forces nationalistes qui émergent aujourd'hui.
12:00Donc, comment fait-on pour arriver à contenir,
12:03il faut contenir et à proposer une alternative ?
12:06Parce qu'on a besoin d'Europe, en même temps.
12:09On a un besoin d'Europe,
12:12de coopération européenne, etc.
12:14Pour exister, on a besoin de coopérer.
12:16On a besoin de refonder complètement l'Union européenne
12:19parce que cette Union européenne,
12:24telle qu'elle se construit aujourd'hui,
12:26elle nous conduit dans les bras du national libéralisme.
12:29Partout, il progresse.
12:30Donc, on a besoin de la refonder complètement.
12:32Ce qui peut se passer en Espagne,
12:35le dimanche prochain peut y contribuer.
12:37Mais aussi et surtout,
12:38on a besoin de nos forces à nous.
12:39Il faut d'abord compter sur nous-mêmes
12:41pour refonder l'Union européenne.
12:44Parce qu'on a besoin, pour coopérer,
12:46on a besoin de cette coopération européenne
12:48pour exister aujourd'hui,
12:49dans le monde tel qu'il est,
12:50la mondialisation, etc.
12:53On a besoin de ces coopérations plus que jamais.
12:55Et ce n'est pas des coopérations,
12:57et pas une Union européenne caricaturale,
13:00telle qu'elle existe aujourd'hui,
13:02où on se démet de nos prérogatives.
13:06Au contraire, ce serait une Union européenne
13:09dans laquelle les forces populaires,
13:12les syndicats, les salariés, etc.,
13:15aient davantage de pouvoir,
13:17davantage de prérogatives.
13:18Mais davantage de pouvoirs et de prérogatives
13:19pour coopérer mieux
13:21avec nos homologues allemands,
13:24anglais, espagnols.
13:26Merci beaucoup.

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