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  • il y a 3 heures
Layla Mabrouk, agente d’entretien à Sciences Po Paris et Tounkara Kounde, agente d’entretien à Suresnes, luttent pour améliorer leurs conditions de travail.

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Transcription
00:00On accueille donc Leïla Mabrouk et Kandé Tounkara, ainsi que Cyprien Boganda, le journaliste de l'Humanité.
00:07Allez-y, vous pouvez vous installer. Bonjour à tout le monde et bienvenue, ça fait extrêmement plaisir de vous recevoir.
00:12Bonjour.
00:13Alors Leïla Mabrouk, vous êtes femme de ménage pour la société Atalian, qui est donc un sous-traitant de Sciences
00:18Po Paris.
00:19Vous êtes responsable syndicale CFDT Proprieté, parmi les 77 agents à Sciences Po Paris.
00:25Et donc après 5 jours de grève début mars, vous venez de gagner l'équivalent d'un 13ème mois de
00:29salaire.
00:30Donc on va discuter de tout ça.
00:31Et Kandé Tounkara, bonjour.
00:33Bonjour.
00:33Vous êtes aussi la leader syndicale des femmes de chambre du campagne-île de Surenne.
00:38Vous, ça fait 7 mois que vous êtes en grève.
00:41Vous avez obtenu des CDD et le passage en temps plein pour celles qui le demandaient.
00:45Et puis d'autres broutilles, mais bon, sur les salaires, ça coince toujours.
00:49Voilà, Cyprien aussi, bonjour.
00:50Cyprien Boganda, chef adjoint de la rubrique Capital Travail de l'Humanité.
00:54Bonjour.
00:55Bonjour à toutes les deux, déjà pour commencer.
00:57On tenait absolument à vous donner la parole aujourd'hui parce que vous êtes toutes les deux des travailleuses essentielles.
01:02C'est-à-dire que vous faites partie de ces professions sans lesquelles le pays ne pourrait pas tourner.
01:05On s'en est rendu compte collectivement pendant le confinement.
01:08Et puis parce que vous avez toutes les deux décidé de vous révolter contre le sort qui vous est fait.
01:11Et on considère ici que les luttes que vous menez méritent d'être racontées.
01:15Parce qu'elles disent quelque chose de la société dans laquelle on vit.
01:18Alors je ne vais pas assommer tout le monde de chiffres d'entrée, mais je rappelle juste pour planter le
01:21décor que le nettoyage,
01:22c'est 2 millions de salariés en France à 80% des femmes, qui nettoient nos chambres d'hôtel, nos
01:27hôpitaux, nos bureaux, nos écoles,
01:28qui travaillent très tôt le matin et tard le soir, pas parce qu'elles le veulent,
01:32mais parce que leurs employeurs ne veulent absolument pas qu'elles croisent le reste de la population.
01:36On a plein de sujets à aborder, mais je voulais commencer par une question très simple.
01:39Comment vous vous sentez toutes les deux ?
01:41Quand est-ce peut-être pour commencer ?
01:42Vous êtes en grève depuis le 19 août dernier.
01:45J'ai calculé, ça fait 219 jours.
01:47Comment est-ce qu'on se sent après 219 jours de grève ?
01:49Toujours en forme.
01:51Bon, toujours combative ?
01:52Oui.
01:53Et là et là, vous avez déjà gagné, vous pour le coup.
01:56C'est quoi votre état d'esprit aujourd'hui ?
01:58Tout à fait.
01:59Donc pour nous, c'est un grand soulagement.
02:02Donc je suis très soulagée, contente pour moi et pour mes collègues,
02:07pour cette victoire, pour une première victoire, on va dire,
02:11pour une première grève sur notre lieu du travail.
02:17Donc soulagée.
02:18Soulagée.
02:18Bravo à vous en tout cas.
02:20Merci.
02:21Avant de continuer à vous poser plein de questions,
02:22on va regarder quelques images,
02:24puisqu'il y a un de jour liste, Franck Artelet,
02:26qui est allé à votre rencontre.
02:28Et donc pour un petit peu donner de l'image à Volute,
02:31on regarde ça, puis on se situe juste après.
02:336 mois sans salaire, avec les enfants.
02:35Surtout moi, il m'a licencié, il m'a rien donné.
02:37Arrigny, arrigny, arrigny.
02:395 ans après la grève historique des femmes de chambre
02:41de l'hôtel Ibis-Batignol,
02:43les salariés du Campanile de Suren
02:45entament leur 7e mois de grève.
02:48Ces 14 femmes qui travaillent dur
02:50et souvent un temps partiel pour un salaire partiel
02:53exigent seulement de quoi vivre dignement.
02:56Parce que souvent, on fait 23, même 30,
02:58même 30, 40, 40, mais ils ne payent pas.
03:01Ils ne payent pas tout.
03:02Ils payent le moitié, le moitié, on fait les récupérations.
03:08Les matelés sont tellement lourds.
03:09Des camarades là, là, qui essaient de faire le lit.
03:11Il y a beaucoup de camarades qui se sont fait bloquer le dos,
03:13qui ont des problèmes de bras.
03:15On a parlé, on a parlé, il n'y a rien qui est fait.
03:17Aussi comme si on est en train d'écrire sous l'eau,
03:20personne ne nous entend faire.
03:22Tellement on est méprisé.
03:23Même dans les quartiers, les gens nous regardent
03:24comme on est des feignons, on ne travaille pas.
03:26Alors ça ne fait pas plaisir de rester à l'extérieur.
03:28Les salaires faits pour vivre.
03:29Si tu n'as pas de salaire, il n'y a pas de vie.
03:30Les salaires ici sont honteux.
03:35C'est des femmes qui ne peuvent pas fuir leur conjoint violent
03:38si elles le souhaitent, faire leur choix de vie
03:39et s'affirmer face à leur mari, leur frère ou leur père.
03:43C'est indispensable l'émancipation économique des femmes,
03:46l'indépendance économique des femmes
03:48pour gagner l'égalité femmes-hommes dans la société.
03:52Alors qu'à Sciences Po Paris, les 77 agents d'entretien
03:56ont mené 5 jours de grève début mars
03:58afin de dénoncer les conditions de travail
04:01liées à la politique de sous-traitance.
04:03On est là aujourd'hui pour que ça change.
04:06Parce qu'on n'est pas d'esclavage.
04:08Tu sais, on réveille depuis 4h du matin
04:10pour venir faire le ménage.
04:12Là, il faut nous respecter.
04:14Il nous donne nos droits.
04:15Tout ce qu'on demande, c'est un peu de considération.
04:17Parce que c'est vrai, ils cherchent le moins cher
04:20à une société qui va venir prendre la place.
04:22Pour eux, c'est facile.
04:23Mais pour nous, c'est un enfer qui ne finit pas.
04:25Le ménage, c'est le mal payé au monde.
04:29Mais on est obligés de le faire.
04:30Parce qu'on n'a pas le choix.
04:32C'est ce qu'on a trouvé à faire.
04:34On a décidé de dire stop à cet esclavage !
04:43Je vois beaucoup de messages de soutien,
04:45d'encouragement dans le chat.
04:46Je vois aussi beaucoup de questions.
04:47Alors, on les lit.
04:48Mais on a prévu de les poser tout au long de l'entretien.
04:49Donc, voilà, restez jusqu'au bout et vous aurez vos réponses.
04:53Leïla, dans le reportage, là, on voit, vous finissez par dire,
04:56on a essayé de dire stop à cet esclavage.
04:58L'esclavage, c'est un mot fort.
05:01Est-ce que vous pouvez nous expliquer pourquoi vous utilisez ce mot-là ?
05:05Alors, quand on voit, en fait, ce qu'on vit sur nos lieux du travail,
05:09c'est-à-dire les cadences qu'ils nous demandent,
05:12de la qualité du travail qu'ils nous demandent face à peu du temps du travail qu'ils nous donnent,
05:20et face à ce manque du moyen qu'ils nous donnent.
05:24Donc, oui, on peut dire que c'est de l'esclavage.
05:31Quand on entend le nombre de salariés, 77 salariés,
05:36il faut toujours souligner que c'est des salariés à temps partiel.
05:39On n'est pas à temps complet, on n'est pas à temps plein.
05:42Sur les 77, on a une douzaine de salariés qui ont la chance,
05:49on va dire qu'ils ont aujourd'hui le temps complet ou le temps continu.
05:56Mais la plupart, c'est des temps partiels qui représentent 54 heures par mois,
06:02c'est-à-dire 2 heures, 2 heures et demie par jour.
06:07Donc, et après, quand on doit fournir et courir un peu partout,
06:12dans tous les locaux, on peut du temps pour tout rendre nickel,
06:17propre avant l'arrivée des occupants de l'école,
06:21avant l'arrivée des étudiants et tout ça.
06:24Donc, vu l'état dans lequel on doit courir un peu partout,
06:30c'est vraiment le mot qu'on a pu modifier.
06:36Je pense que c'est vraiment de l'esclavage.
06:38Et justement, pour qu'on arrive un petit peu peut-être à se rendre compte,
06:41que ce soit l'une comme l'autre, là où vous travaillez,
06:44ça représente quoi à peu près la charge de travail ?
06:46Donc, par exemple, ça représenterait peut-être combien de chambres
06:49ou vous parliez des locaux.
06:50Mais voilà, quel serait en fait, donc là, par rapport aux horaires
06:53dont vous avez parlé ou aux effectifs,
06:56à quoi ressemble une journée type à peu près ?
06:58Est-ce que vous avez des objectifs, des choses comme ça à remplir ?
07:01Alors, une journée type, on va prendre par exemple l'exemple
07:04d'un collègue à moi qui fait un temps partiel,
07:08donc deux heures et demie.
07:09Donc, quand il arrive, à six heures pile, il faut qu'il soit sur le lieu du travail.
07:14Déjà, on est pénalisé par le trajet avant l'arrivée déjà sur le lieu du travail
07:18parce que la plupart de nous, nous habitons en fait dans les régions parisiennes,
07:23donc pas sur Paris malheureusement, vu que les loyers sont un peu chers.
07:28L'accès à des logements sociaux, c'est très compliqué.
07:31Donc, il faut toujours compter un moyen d'une heure et demie,
07:36voire deux heures pour certains de mes collègues pour arriver sur le lieu.
07:39Et puis, comme c'est très tôt, en plus, il n'y en a pas tant que ça, des transports.
07:42Exactement, donc la plupart, ils prennent des bus de nuit.
07:44Donc, j'ai mes collègues aussi, en fait, qui marchent une vingtaine de minutes
07:47pour arriver au premier bus.
07:50Et ces vingtaine de minutes, en fait, ils les marchent tous les jours,
07:54pendant 20 ans de leur carrière.
07:56et ils sont obligés de marcher.
07:58Et donc, arrivé à 6h du matin, il faut se dépêcher tout de suite
08:02pour préparer son chariot, les matériels avec lesquels on va travailler et tout.
08:09Et après, on sait très bien qu'on a 1h45 pour faire un nombre de salles de cours.
08:20Les locaux, en fait, les surfaces qui sont un peu, on va dire, les circulations communes, les sanitaires et tout
08:26ça.
08:27Donc, après l'arrivée des étudiants, c'est là où on va passer à faire la prestation dans les bureaux.
08:34Là où il y a peut-être les personnels de la direction, les personnels du bureau.
08:39Ils arrivent un peu plus tard, on va dire, ils commencent à 9h.
08:42Donc, il faut, là encore, courir pour préparer les bureaux.
08:47Et juste, on est d'accord, puisque quelqu'un me demande sur le tchat,
08:50vous n'êtes pas payé pour ce temps-là que vous passez dans les transports ?
08:53Les transports, non.
08:54Non, bien sûr que non.
08:54C'est quand vous arrivez sur place que vous commencez à être payé.
08:57Exactement.
08:57Donc, notre contrat est commencé de 6h jusqu'à 8h et demi, enfin, pour la plupart.
09:05Donc, on est payé seulement sur le lieu, sur le temps qu'on passe sur le lieu du travail.
09:09C'est juste, c'est 2h30 parce qu'après, les étudiants arrivent, c'est ça ?
09:12Et que la direction ne veut surtout pas que vous croisiez des étudiants dans les couloirs.
09:16C'est ça, il y a une idée.
09:17Exactement.
09:17Dans notre cas, parce qu'on nettoie une école,
09:19donc, il faut préparer les salles de cours avant l'arrivée des étudiants.
09:24Une fois qu'ils sont là, donc nous, il faut qu'on quitte déjà les salles
09:27pour pouvoir laisser les étudiants et les professeurs, en fait, occuper ces salles.
09:33Candée, donc vous, vous êtes femme de chambre à Campanil.
09:36Oui.
09:36Est-ce que c'est à peu près la même charge de travail, les mêmes conditions de travail ?
09:40Par exemple, combien de chambres vous avez à faire dans la journée ou dans l'heure ?
09:44Comment vous calculez ça ?
09:45On peut dire que c'est pareil, parce que quoi qu'à vous, c'est le nettoyage,
09:48même si c'est un peu différent, mais bon.
09:49C'est presque le même système, comme Léa l'a dit,
09:53il y a des camarades qui habitent très loin.
09:56Moi-même, déjà, j'étais dans le même camp,
09:58mais heureusement, je peux avoir un logement sur Paris-des-Saint-Denis,
10:00parce qu'avant, j'étais dans l'Oise,
10:03je faisais presque cinq heures de trajet tous les jours pour aller au travail.
10:07Deux heures et demi le soir, deux heures et demi le matin ?
10:09Oui, avec un contrat de temps parcelle.
10:13Bon, j'ai réussi à tenir malgré moi,
10:18mais avec un peu de sens, tout le monde ne l'a pas eu le même que moi.
10:22J'ai pu avoir un logement sur Paris, entre-temps, j'ai pu passer un temps complet.
10:26Mais malgré tout ça, il y a des trajets, en fait, parce qu'on a toujours l'île de France,
10:30ce n'est pas pareil que ceux qui sont sur place à côté de son travail,
10:33tu peux t'élever rapidement, partir, surtout, quand on est mère,
10:38on a des enfants aussi, il faut les préparer avant de partir au travail.
10:41En fait, c'est toute la famille qui subit, en fait.
10:44Parce que soit tu lèves les enfants très tôt, tu les prépares,
10:46ils vont aller recoucher, après tu appelles derrière pour le réveiller,
10:50pour qu'il puisse aller à l'école.
10:51Et tout seul, du coup ?
10:53– Parfois, il y a des accompagnants, ça dépend, en fait.
10:55Mais s'il n'y a pas la personne qui est plus grande dans le logement,
10:57en fait, il s'occupe de deux autres petits derrière.
11:00Quoi qu'il arrive, on a commis, on n'a pas le choix,
11:02parce qu'il faut aller travailler pour vivre, en fait.
11:05Mais malgré tout ça, les patrons ne sont pas reconnaissants.
11:07C'est ça qui est dommage, en fait.
11:09Parce qu'on donne toute notre vie à ce travail-là,
11:12nos santé, mais malgré tout ça, tu arrives à un certain âge,
11:17pour eux, ils n'ont plus besoin de toi,
11:18ils font tout pour te faire dégager
11:20et ramener des personnes qui ont besoin, ils vont les utiliser encore.
11:23– Parce qu'il faut être très en forme quand vous dites la santé.
11:25– Bien sûr.
11:26– Il faut être très en forme physiquement et passer un certain âge.
11:28– Bien sûr, c'est épuisant.
11:30– C'est épuisant parce que, comme je l'ai dit dans mes paroles d'avant,
11:34quand on voit ce qui est en train de passer actuellement
11:36dans la plupart des hôtelleries, c'est trop compliqué.
11:39Les lits, ils sont trop lourds, surtout les matelas, ils sont trop lourds.
11:43Imagine qu'une personne, on te donne 21, 22,
11:47ou parfois ça peut arriver jusqu'à 30 chambres à faire,
11:50alors que la plupart de ces travailleurs-là,
11:52ils ne sont pas en temps complet, c'est des temps parcelles.
11:54Parce que si on regarde ces métiers-là,
11:56la plupart des temps, il n'y a pas de temps complet.
11:57– Donc c'est entre 20 et 30 chambres à faire,
11:59sur combien de temps à peu près ?
12:00– On va dire qu'ils sont rencontrés 6 heures.
12:03– D'accord.
12:04– C'est des temps parcelles qui arrivent, ils ne sont pas en temps complet.
12:06Du coup, comme l'a dit à l'éducation,
12:09il faut faire vite avant que les clients arrivent.
12:12Parfois, surtout quand il y a des clients qui se sont réservés très tôt,
12:15leur chambre doit être faite.
12:16Tu arrives le matin, tu n'as même pas le temps de prendre un petit café,
12:19un truc comme ça, tu tacs tout de suite.
12:20– Pour que tu le fasses en 10-15 minutes par exemple, une chambre ?
12:23– À peu près, oui.
12:23– C'est quoi, c'est 5 chambres par heure ?
12:25J'ai fait le calcul, on vous écoute.
12:26– À peu près, oui, c'est ça.
12:27– C'est énorme.
12:28– On court en fait, on n'a pas le choix même là,
12:30on ne va même pas compter, mais on court en fait.
12:32Tu viens, tu cours, tu fais rapidement pour que le client ait son chambre.
12:36Pour après, en fait, on ne t'écrit pas derrière
12:38ou tu ne sois pas pénalisé pour ton retard.
12:43Mais en fait, tout ça, il ne prend pas en compte.
12:45Comme j'ai dit, bon, on souffre, mais on ne peut pas parler.
12:50Parce que la personne qui ose parler, tu lui montres tes doigts.
12:53C'est comme si tu es un rebelle, du coup,
12:55tu essaies de ramener tous les autres derrière.
12:58Tu es une mauvaise personne en fait.
12:59La personne qui parle de souffrance, cette personne-là, elle est mauvaise.
13:02Mais ce qu'ils arrivent à comprendre, ils vont être avec toi.
13:04C'est qu'ils n'arrivent pas à comprendre, ils vont continuer à s'ouvrir.
13:06Parce qu'ils ont peur de perdre des salaires,
13:09ils ont peur de perdre leur travail.
13:12Mais tout ça là, comme je l'ai dit, c'est difficile.
13:15Mais le problème, c'est qu'il faut se battre déjà pour ce qu'on a.
13:19– Cyprien ?
13:20– Oui, il y a quelque chose qui revient beaucoup dans vos métiers,
13:22vous avez déjà commencé à en parler, c'est la question du temps partiel.
13:26Il faut rappeler qu'un salarié du nettoyage sur deux en France est à temps partiel.
13:29C'est deux fois et demi de plus que la moyenne des salariés,
13:31donc c'est absolument énorme.
13:34– Les gens qui travaillent autour de vous à temps partiel,
13:36c'est par choix ou par obligation ?
13:39– C'est par obligation.
13:40– Systématiquement ?
13:40– Systématiquement, oui.
13:41– D'accord.
13:42Les salaires, sans indiscrétion, vous gagnez combien par mois ?
13:45– Ça dépend.
13:46Parce que si tu dis que je veux dire exactement, je veux mentir.
13:48Parce que comme c'est variable, du coup, si j'ai un salaire fixe, je veux mentir vraiment.
13:54Parce que le temps partiel, il y a un temps complet, ça dépend en fait,
13:59si tu fais des aires supplémentaires ou si tu peux avoir un petit peu plus.
14:03Du coup, vraiment, si je veux dire exactement le montant, je veux mentir.
14:06Mais à peu près, il faut compter entre 1300 et 1400 par là.
14:09– Oui.
14:10– Donc c'est très peu, c'est à peu près le SMIC.
14:13Mais je voulais rappeler quand même que si vous êtes mal payé,
14:17les entreprises pour lesquelles vous travaillez, elles vivent très très bien.
14:20Atalian, c'est l'entreprise qui fait le ménage à Sciences Po,
14:22ce n'est pas une petite PME, c'est une multinationale
14:24qui fait 2 milliards d'euros de chiffre d'affaires par an.
14:27Dont le PDG d'ailleurs, enfin l'ancien PDG qui s'appelait Franck Julien,
14:31son ancien patron, était à la tête d'une fortune estimée l'année dernière à 450 millions d'euros.
14:35Alors entre temps, il a été condamné pour abus de biens sociaux
14:37par le tribunal correctionnel de Paris.
14:39Donc sa fortune a un petit peu diminué, mais on ne se fait pas trop de soucis pour lui.
14:43Et Kandé, vous menez la lutte dans deux hôtels qui appartiennent à Louvre Hotel Group.
14:46C'est un géant français qui a été racheté par un autre géant encore plus grand
14:50qui s'appelle Jin Jiang.
14:52Mon accent chinois est préventable.
14:53Mais c'est le deuxième plus gros groupe hôtelier du monde.
14:56Et pourtant, ils ne veulent pas vous augmenter.
14:58C'est quoi l'argument qu'ils utilisent pour ne pas le faire ?
15:01– Pour eux, on est trop payé.
15:02– Ah bon ? – Ah oui.
15:04– Comment c'est possible ?
15:05– Pour eux, on est trop payé.
15:06Parce qu'il y a certaines formes de chambres dans cet hôtel
15:08et ça veut plus de 21 ans qu'ils travaillent là-bas.
15:10Ils sont anciens.
15:12Comme maintenant, ils n'ont plus besoin d'eux,
15:13ils font tout faire pour les faire sortir.
15:15– Mais ancienneté, vous êtes payé combien au bout de 20 ans de travail ?
15:18– Par exemple, au bout de 20 ans de travail,
15:20si on te fait, comment ça s'appelle,
15:23augmentation de salaire,
15:23si tu payes 12 euros de l'heure pour eux, c'est énorme pour eux.
15:26– 12 euros de l'heure ?
15:27– Bah oui.
15:27– C'est trop.
15:27– C'est trop.
15:28– Voilà.
15:31– Alors, on devait montrer des petits articles,
15:32mais je crois qu'il y a des petits problèmes de son
15:33quand on passe sur les scènes.
15:35Donc, la régie est sur le coup, ne vous inquiétez pas.
15:38Lumi, peut-être ?
15:40– Oui, alors, du coup, donc, toutes les deux,
15:43vous avez été ou vous êtes en mobilisation,
15:45vous êtes rentrée dans la lutte, justement, par rapport à tout ça.
15:47Et voilà, comme vous l'avez dit aussi,
15:48ça demande beaucoup de courage, on s'en doute,
15:50parce que, voilà, c'est beaucoup de risques aussi.
15:53Et donc, déjà, peut-être première question à toutes les deux,
15:56donc, comment est-ce que cette mobilisation s'est-elle déclenchée ?
16:00Et, oui, comment ça a commencé, tout ça ?
16:03– Leïla ?
16:03– Alors, nous, on a vraiment, en fait, décidé,
16:09enfin, avec tous mes camarades,
16:10on a décidé de la déclencher tout de suite,
16:13quand on a pris, en fait…
16:14– On déclenchait la grève, je n'ai pas précisé,
16:15enfin, j'ai une mobilisation, mais effectivement, vous êtes…
16:18– Donc, déclenchait la grève,
16:19donc, on a vraiment décidé, en fait, au moment de l'appel d'offre,
16:23quand on a su que notre employeur actuel,
16:27donc, il a décidé de rompre le contrat
16:29et de mettre un terme de fin pour ce contrat,
16:35un an en anticipation.
16:39Donc, là, on a tout de suite, en fait,
16:43demandé de prendre quelques rendez-vous
16:45avec la direction de Sciences Po
16:47pour savoir qu'est-ce qu'il compte faire.
16:51on a fait, en fait, trois réunions avec eux, quand même,
16:56pour leur alerter, pour leur dire
16:59que nous, ça nous inquiète beaucoup
17:02et que, surtout, en fait, quand on a appris
17:05qu'ils ont pris la décision de passer par l'UGAP,
17:09qui est, en fait, une centrale des achats publics,
17:15et c'est comme un corti qui va chercher le moins cher,
17:19le prestataire, le moins cher.
17:20Donc, là, tout de suite, on s'est dit que qui cherche moins cher,
17:23donc, par la suite, il y aura forcément moins de masse salariale,
17:28donc, moins de salariés,
17:30pour nettoyer les mêmes surfaces, les mêmes locaux.
17:33– Dans le même temps, en partie ?
17:34– Tout à fait.
17:35Donc, en fait, on s'est sentés tout de suite visés
17:40par ce danger qui arrive.
17:44Donc, on a pris tout de suite, en fait,
17:45on a fait des réunions tout de suite entre nous,
17:48les camarades, avec nos syndicats,
17:50nos responsables syndicaux aussi,
17:52qui sont, enfin, venus pour voir,
17:58plusieurs, enfin, points pour tout étudier,
18:01tout analyser.
18:02Donc, après, voilà, on a échangé aussi
18:05avec notre employeur, avec Atalian,
18:08pour leur dire c'est quoi cette décision,
18:12enfin, qui était vraiment une surprise pour nous
18:14quand on a pris, comme quoi ils ont décidé
18:17de rompre ce contrat.
18:21On s'inquiétait, parce que pour nous,
18:22changement d'un prestataire,
18:24il y a beaucoup de choses qui changent
18:27par la suite.
18:28Donc, on a nos mutuelles qui changent,
18:31on a les contrats, nos avenants qui changent,
18:34nos responsables aussi, bien sûr, qui changent.
18:37Donc, beaucoup d'inquiétude.
18:41Après, pour ceux qui ont, on va dire,
18:43la chance d'avoir un temps complet aujourd'hui,
18:48s'ils ont, par exemple, un complément de salaire
18:50avec un deuxième prestataire,
18:52si ce deuxième prestataire, c'est lui qui vient sur Sciences Po,
18:55ils ont le risque, en fait, de perdre ce deuxième travail
18:58parce qu'ils ne doivent pas dépasser 7 heures.
19:01Enfin, ils ne doivent pas dépasser 35 heures par semaine.
19:04Donc, pour nous, c'était le cas.
19:06Quand Atalian, ils sont arrivés,
19:07quand l'ancien prestataire est parti,
19:09donc, tous ceux qui avaient un temps complet,
19:12qui avaient un petit complément,
19:14comme je dis un petit complément,
19:15enfin, de 3 heures supplémentaires,
19:17c'est l'équivalent de 600 euros,
19:19mais ce qui représente énormément pour des pères de famille,
19:23des mères de famille,
19:24donc ils ont malheureusement perdu ce complément de salaire.
19:27Donc, pour nous, c'était vraiment le moment de dire à Sciences Po,
19:33pourquoi, en fait, vous décidez de changer ce prestataire
19:37et encore pire, de passer par l'UGOP
19:39qui va chercher, qui va vous servir seulement à chercher le moins cher.
19:44Oui, parce que pour tout le monde,
19:46c'est absolument hallucinant cette histoire,
19:48c'est qu'en fait, Atalian, c'est votre employeur,
19:50donc c'est le sous-traitant,
19:51Sciences Po, c'est le donneur d'ordre.
19:52C'est ça.
19:53Donc, Sciences Po a signé un contrat avec Atalian
19:54pour rémunérer Atalian pour faire le ménage,
19:57sauf que Atalian considère que le contrat
19:59n'est pas suffisamment rémunérateur, c'est ça ?
20:01C'est-à-dire que Sciences Po ne donne pas assez d'argent.
20:03Et donc, c'est de là, en fait, que tout part ?
20:05C'est ça qui est complètement fou dans cette histoire ?
20:07Oui, c'est ça.
20:09En fait, Atalian, alors, ils ont repris notre site
20:11la première fois en 2018, exactement.
20:15Donc, ils ont fait le premier contrat de trois ans plus un,
20:17enfin, trois années plus, une année supplémentaire,
20:20donc jusqu'à 2022.
20:22Ils ont reconduit le contrat.
20:24Donc, il y avait un autre appel d'offres.
20:25Donc, ça a été reconduit avec Atalian une deuxième fois.
20:29Donc, ce contrat actuel, normalement,
20:31il devait être jusqu'à trois ans,
20:35donc jusqu'à mars, fin mars 2025.
20:38Et après, il y a l'année supplémentaire
20:40qui a été signée dès le début du contrat.
20:42Sauf qu'Atalian, donc, depuis, je pense,
20:46plus de un an, à peu près deux ans,
20:49donc, il réclame à Sciences Po qu'en quoi il perde de l'argent
20:52et qu'il ne gagne pas assez sur ce site.
20:54Ils n'ont pas pu trouver une solution
20:56pour rentabiliser leur coût.
21:01Donc, c'est là où ils ont pris la décision
21:02d'arrêter le contrat.
21:06Peut-être, Candé, vous pouvez nous expliquer
21:08comment ça s'est passé, donc, le 19 août,
21:10comme ça a été quoi l'élément déclencheur
21:12de la mise de votre grève ?
21:14Bien sûr, ça, je ne vais jamais oublier,
21:16même si c'est après la grève à Fina,
21:18parce que le 19 août, c'était mon jour de repos,
21:20déjà, ils ne travaillent pas ce jour-là.
21:22J'ai dormi, il y a ma fille qui est rentrée
21:24dans mon champ avec le téléphone.
21:26Après, je me suis pris le téléphone,
21:26il y avait l'un de mes camarades qui m'appelait,
21:28il a dit « Ouais, mais il faut que tu viens
21:29tout de suite à l'hôtel. »
21:30On a appelé la police pour faire sortir
21:32un camarade qui a été licencié.
21:36Je me suis sursauté de mon lit.
21:39Après, j'ai pris mon voiture,
21:40je suis partout au travail.
21:40Quand j'arrivais là-bas,
21:41j'ai vu le camarade des Templars,
21:43parce qu'il était en vacances,
21:44en fait, il a eu un problème avec ses papiers,
21:46du coup, pour le retour,
21:47c'était compliqué pour ses camarades-là.
21:49Du coup, quand elle est retournée,
21:51comment ça s'appelle, en France,
21:52elle est partie se présenter au travail normalement,
21:54comme normal,
21:55parce qu'elle n'a pas encore reçu
21:57ses documents de licenciement.
21:59Du coup, en fait, dimanche,
22:01elle est partie travailler,
22:02il n'y a pas eu de problème,
22:02mais lundi, quand elle est venue,
22:04ils ont appelé la police directement
22:05pour les faire sortir.
22:07Alors que ses camarades,
22:08il a fait 11 ans de service
22:10dans cet hôtel.
22:12En fait, elle avait perdu
22:13sa carte de séjour au Mali,
22:14c'est ça ?
22:14Elle est partie au Mali,
22:15donc au pays,
22:16elle a perdu sa carte de séjour,
22:17et quand elle est arrivée,
22:18plus moyen de travailler.
22:19La direction a dit,
22:20on te liste aussi.
22:21En sachant que les difficultés
22:23qui passent actuellement au Mali,
22:24mais bon,
22:24même si on ne parle pas trop
22:26de ces histoires-là,
22:26on sait très bien,
22:27il n'y a plus d'ambassade de France au Mali,
22:30il n'y a trop d'histoires comme ça,
22:31mais bon, pour eux,
22:33tant qu'il n'y a pas de bombe qui tombe,
22:36enfin, en sachant qu'il y a des gens
22:37qui souffrent là-bas,
22:38on tue des gens,
22:38mais pour eux,
22:39ça ne sert à rien,
22:40parce qu'elle n'a pas pu
22:41prévenir dans le temps.
22:42En fait,
22:43ils ne sont pas considérés
22:44le conflit actuel
22:46qu'il y a entre au Mali et France,
22:48mais du coup,
22:48ils ont profité de ça
22:49pour les faire licencer.
22:51En fait,
22:51un camarade qui a 55 ans,
22:53il va faire quoi ?
22:55Parce que pour eux,
22:56pour moi,
22:56ils ont profité de ces cas.
22:58Mais en plus,
22:58comme ce que j'ai dit,
22:59c'est d'hommage quand même
23:00de licencer un camarade,
23:01ça, ça ne nous a pas fait mal,
23:03mais l'humiliation,
23:03ils ont fait ça,
23:04qui nous a vraiment fait mal.
23:06Parce que pour moi,
23:07il n'y a pas de raison
23:07d'appeler la police,
23:08en fait.
23:09Il fallait juste discuter
23:10avec les syndicaux
23:11qui sont à l'intérieur,
23:12même appeler pour qu'on vienne
23:14essayer de trouver
23:14des solutions ensemble
23:15avant d'appeler la police,
23:15mais pour nous,
23:16c'était vraiment agressif,
23:18en fait.
23:19– C'est ce jour-là,
23:19du coup,
23:20que vous vous êtes retrouvée ?
23:21– Qui a déclenché,
23:21oui,
23:22parce qu'on dit aujourd'hui,
23:23c'est elle sur moi,
23:23mais demain,
23:24ça va être autour de qui ?
23:26Mais malgré tout ça,
23:27ça continue,
23:28en fait, finalement.
23:28Parce que quand on a commencé
23:29les grèves,
23:30ça continue,
23:31il y a deux camarades
23:32qui sont portés en garde à vue.
23:34Ah oui,
23:34les policiers l'ont appelé
23:35pour agression sonore.
23:38– Des intimidations ?
23:40– Vous criez trop fort,
23:41c'était ça ?
23:41– Les deux camarades
23:43sont portés en garde à vue.
23:45Après ça,
23:45il y a eu des convocations
23:46au commissariat
23:47pour les intimidations.
23:48Les camarades,
23:49ils ont été convoqués.
23:51Tous les jours,
23:51on a des policiers
23:52qui viennent,
23:53des amendes.
23:54Ils m'ont envoyé
23:55tellement des amendes
23:55de ce mois pour…
23:56– Des amendes pourquoi ?
23:57Toujours pour agression sonore ?
23:58– Oui,
23:59parce qu'on fait le bruit
23:59et du coup,
24:00ils nous ont envoyé
24:01d'armes.
24:01– C'est les directions
24:02de l'hôtel
24:03qui appellent la police
24:03pour que vous veniez,
24:05pour qu'ils viennent.
24:06– Je ne savais même pas
24:07que c'était possible
24:07dans le cadre d'une grève ?
24:08– Oui, oui,
24:10parce que c'est vraiment
24:11des coups de pression
24:12et des intimidations graves.
24:14– Mais malgré tout ça,
24:15on n'a pas lâché en fait.
24:17Parce qu'en fait,
24:18comme je l'ai dit,
24:19aujourd'hui,
24:19c'est elle,
24:19demain, c'est qui.
24:20Parce qu'on sait tous
24:21qu'il y a beaucoup
24:22de personnes dans cette boîte-là,
24:23elles sont enceintées.
24:25Mais comme Léla,
24:25il vient de dire,
24:26comme on les coûte
24:27trop cher en fait.
24:29Plus on dure longtemps
24:29dans ces boîtes-là,
24:30plus on les coûte trop cher.
24:31Il faut faire
24:32tout le moyen possible
24:32pour essayer
24:33de nous faire dégager en fait.
24:35Il y avait des convocations
24:36de nos camarades.
24:37Même un camarade
24:38qui a été mis,
24:38on a mis un mis à pied
24:40de quatre jours
24:42pour des petits trucs
24:44même pas importants.
24:45En fait,
24:46il essaie toujours
24:46de créer des terres
24:47pour qu'on part.
24:49Des arrêts maladie
24:50comme les arrêts
24:50qui ne sont pas remplacés.
24:52Ils sont en train
24:53de profiter
24:55de personnes fragiles
24:56en fait,
24:57si on veut dire.
24:58Parce que c'est très bien,
24:59ces personnes,
24:59elles sont vraiment
24:59besoin de ce travail.
25:01Du coup,
25:01ils profitent sur eux
25:03de faire tous les moyens
25:04possibles de leur faire peur.
25:06Surtout comme nous,
25:07on est internalisé
25:08dans notre groupe
25:09et ils essaient
25:09de revenir aux sous-traitances.
25:11On va revenir un peu
25:12sur Sciences Po.
25:14Donc je le disais,
25:15il y a eu cinq jours
25:15de grève à Sciences Po
25:16qui ont conduit
25:17à la fermeture de l'école
25:18pendant quelques jours,
25:19à l'arrêt des cours,
25:19à l'annulation
25:20de certains examens.
25:21Est-ce que Léla,
25:22vous pouvez nous raconter
25:23ces cinq jours ?
25:24Est-ce que vous avez eu
25:24le soutien des étudiants ?
25:26Et comment se sont passées
25:27les négociations
25:28avec la direction ?
25:29Alors,
25:29ces cinq jours
25:30de grève,
25:31donc nous,
25:31on avait envoyé
25:33notre préavis
25:36de grève
25:37quelques semaines avant.
25:38On l'a envoyé
25:39à Sciences Po,
25:40à la direction,
25:42aux donneurs d'or
25:42de Sciences Po.
25:43On souhaitait toujours,
25:45on avait espoir
25:46de dialoguer
25:47avec eux
25:47pour trouver
25:50une solution
25:51en fait pour nous
25:51en tant que
25:53travailleur
25:54et en tant que
25:55nettoyeur
25:55de ces locaux.
25:57Mais malheureusement,
25:57on n'a pas eu
25:58de retour de leur part.
26:00On a relancé
26:02encore une fois
26:02par un deuxième
26:03courrier
26:03via notre syndicat.
26:05Donc,
26:05c'est là où ils nous ont répondu,
26:06mais vraiment
26:07une réponse superficielle
26:09avec aucune garantie,
26:13aucune réponse
26:15à nos attentes
26:15en tout cas.
26:18avec les étudiants,
26:20le collectif des liens
26:22des étudiants,
26:23ils nous ont beaucoup
26:23soutenus,
26:24même avant la grève.
26:26Ils s'intéressaient
26:27en fait,
26:27on a beaucoup apprécié ça,
26:29ces étudiants,
26:30ces jeunes,
26:31ils s'intéressaient
26:31beaucoup à notre métier,
26:33ils posaient la question
26:34à tous,
26:35à mes camarades
26:35quand ils nous croisaient
26:37avant de quitter les lieux,
26:41ou si par exemple
26:42les personnes
26:42qui ont le temps complet
26:45sur le lieu du travail,
26:48donc on les croisait,
26:50ils nous croisaient
26:50en fait dans la journée,
26:51donc ils nous posaient
26:52la question en fait
26:52par rapport aux horaires,
26:54par rapport aux conditions
26:56du travail,
26:57par rapport au salaire,
26:58donc ils s'intéressaient
27:00beaucoup.
27:02Donc eux,
27:03en fait,
27:03ils ont fait
27:03une pétition,
27:06même avant que nous
27:07on déclenche la grève.
27:10Ils ont envoyé aussi
27:11des courriers
27:12à la direction
27:12de Sciences Po
27:13pour dire
27:15ces travailleurs,
27:16ils souhaitent
27:16que vous les rencontrez,
27:18que vous descendez
27:19et parlez avec eux,
27:20donc leur soutien
27:22était très,
27:23très, très important
27:23pour nous.
27:25Après,
27:26il y a le soutien aussi
27:26du syndicat,
27:28du personnel,
27:28donc on est rentrés
27:29en contact avec eux aussi,
27:30donc ils s'intéressaient
27:32aussi à notre sujet
27:36et à notre grève.
27:37On a eu aussi
27:38le soutien
27:39de certains professeurs,
27:40certains doctorants,
27:42enfin les personnels
27:43aussi de Sciences Po
27:44et après notre syndicat,
27:45bien sûr.
27:46Et du coup,
27:47voilà,
27:48dès qu'on a lancé,
27:49dès qu'on a commencé
27:50le premier jour,
27:53on était surpris,
27:54en fait,
27:55que voilà,
27:56il y avait des médias,
27:58donc grâce à ces étudiants,
28:00grâce à leur soutien,
28:03grâce au communiqué aussi
28:05dans notre syndicat,
28:06qu'on a pu en fait
28:09publier sur les réseaux sociaux.
28:12Donc le premier jour,
28:14c'était, voilà,
28:15c'était une première journée
28:17de grève pour nous
28:17qui était réussie.
28:18Donc on a vu que, voilà,
28:19l'ensemble des camarades,
28:21ils étaient là au rendez-vous,
28:22même ceux qui travaillaient le soir,
28:24ils étaient là à 6h du matin
28:25quand même pour nous soutenir.
28:27Ceux qui étaient en congé,
28:29qui n'ont pas parti,
28:31enfin à l'étranger,
28:32ils étaient là aussi
28:33parce que les congés,
28:34c'est que pour deux semaines,
28:36trois semaines,
28:36mais nous, en fait,
28:37nos revendications pour toujours.
28:39Donc tout le monde était solidaire.
28:41Donc la première journée pour nous,
28:42c'était une journée
28:43vraiment réussite.
28:47Le deuxième jour,
28:48encore plus,
28:49parce que notre syndicat,
28:51il a fait en fait
28:51un appel à plus de militants
28:53au CFDT
28:54pour les militants,
28:56en fait,
28:57qui soutiennent
28:59les travailleurs
29:01soit chez Atalien
29:02ou chez d'autres sociétés
29:04de ménage.
29:05Donc oui,
29:06il y avait ces étudiants
29:08qui étaient avec nous,
29:08il y avait tout le monde.
29:10Beaucoup de soutien.
29:11Beaucoup de soutien.
29:12Je vous donne juste,
29:13il nous reste à peu près
29:13un quart d'heure,
29:14donc il va falloir activer.
29:16Ah oui,
29:17Cyprien,
29:17peut-être sur campagne.
29:19Oui,
29:20ça fait sept mois
29:21que vous êtes en grève.
29:22Vous l'avez suffisamment dit.
29:23Vous avez obtenu un rendez-vous
29:24avec la direction lundi.
29:25Qu'est-ce qui vous a été dit ?
29:28Toujours le même,
29:28en fait,
29:29désolée,
29:29mais bon,
29:30pour eux,
29:30on est fatigué,
29:31peut-être que quand ils vont
29:32nous proposer des maîtres,
29:33on va le prendre,
29:34on va rentrer.
29:36Comme on dit,
29:37nous,
29:37on préfère mourir dans la dignité
29:40de rentrer avec ce qu'on nous propose.
29:42Parce qu'on sait très bien,
29:43c'est très difficile à l'extérieur,
29:44on souffre,
29:45mais si c'était bien à l'intérieur,
29:47on ne sortait pas,
29:47en fait.
29:48Du coup,
29:49si on arrive à tenir sept mois,
29:50ça veut dire que ça ne va pas.
29:53comment c'est possible de tenir autant ?
29:56Parce que c'est très impressionnant,
29:57justement,
29:58que ce soit en termes de revenus,
29:59mais aussi peut-être de motivation,
30:01etc.
30:01Comment vous arrivez à...
30:02La question du tchat,
30:03effectivement,
30:03comment on tient sur cette main ?
30:05Oui.
30:06Surtout,
30:06il y a eu beaucoup de solidarité
30:08par nos camarades de CGT
30:11et par nos camarades
30:13de Femmes et Égalité.
30:15En fait,
30:15il y a eu des associations,
30:16il y a eu de...
30:17Partout,
30:18en fait,
30:18des personnes même
30:19qu'on ne connaît pas,
30:19qui nous soutiennent
30:20par la Caisse des grèves en ligne,
30:22surtout nos femmes aussi,
30:24parce qu'elles sont vraiment participées.
30:25Parce que comme on dit grève,
30:26c'est tout le monde qui a un grève,
30:27en fait.
30:28Ça ressent jusqu'à chez nous,
30:29en fait.
30:30Vous étiez syndiqué
30:30avant cette grève ?
30:31Oui.
30:32J'étais syndicat,
30:33c'est grave,
30:34j'étais représentant syndical
30:35dans mon hôtel.
30:36Du coup,
30:37on essaye de tenir
30:39le maximum qu'on peut.
30:41Surtout,
30:41on compte toujours
30:41sur la solidarité
30:42parce que c'est ça
30:43qui fait qu'on peut tenir.
30:44Parce que si on rentre,
30:46maintenant,
30:46actuellement,
30:47l'État où on est là,
30:48ça veut dire
30:49qu'on n'a plus de boulot,
30:49en fait.
30:50Voilà.
30:51Comme je l'ai dit,
30:51il faut se battre
30:52pour ce qu'on a.
30:53Il ne faut pas
30:53qu'on se laisse faire.
30:55Parce que si on compte
30:55se laisser faire,
30:56demain,
30:57si on n'a plus de travail,
30:58c'est ça qui est plus difficile.
30:59Tu es au chômage,
31:00fin des droits,
31:01tu vas faire comment ?
31:02C'est encore plus difficile
31:03que maintenant,
31:03en fait.
31:04C'est vrai que sept mois,
31:05c'est dur,
31:05mais on ne va pas lâcher.
31:07Cyprien.
31:07Non, non,
31:08mais juste pour que tout le monde
31:09comprenne,
31:09ça fait sept mois
31:10que vous n'avez pas touché
31:10un euro de salaire.
31:11Oui.
31:11Et donc,
31:12vous tenez grâce à la solidarité,
31:14grâce à la caisse de grève.
31:16Et à la solidarité familiale
31:18aussi un peu ?
31:19Oui.
31:20Qu'est-ce que vous avez obtenu
31:21en fait,
31:21en sept mois ?
31:23En sept mois de grève ?
31:24On peut dire
31:25sur nos revendications,
31:25rien.
31:26Rien du tout ?
31:27Rien du tout.
31:28Sur nos revendications,
31:29on n'a rien obtenu.
31:31Ils nous ont proposé
31:32un temps complet
31:32sur les personnes
31:33qui sont en temps parcelles
31:35s'ils veulent.
31:36Après ça, rien.
31:37Juste,
31:38il y a un lien
31:39qui est demandé
31:39sur les caisses de grève.
31:41Évidemment,
31:42il y a du monde
31:42qui veut vous soutenir
31:43aussi dans le chat.
31:44Il y a plein de questions
31:45dans le chat.
31:45On est désolés,
31:46on ne peut pas
31:46toutes les poser.
31:49Mais il y a beaucoup
31:50de messages de solidarité
31:52en tout cas qui arrivent.
31:53Oui.
31:54Il y a des caisses de grève
31:54en ligne sur Facebook.
31:57Les gens,
31:57s'ils puissent se déplacer.
31:58La modération,
31:58ça y est,
31:59a mis le lien dans le chat.
32:00Donc,
32:00vous pouvez aller
32:01donner des sous.
32:03Oui.
32:04Du coup,
32:05on est tous les matins
32:06devant notre hôtel
32:07première classe campagne
32:0815 boulevard
32:09en Ressélier.
32:09Si les gens
32:10peuvent passer
32:11pour nous soutenir
32:11aussi,
32:12ça sera très bien.
32:14En fait,
32:15surtout,
32:16surtout,
32:16on remercie
32:18à toutes ces personnes
32:19qui sont déplacées
32:19pour le LID92.
32:22Depuis qu'on a commencé,
32:23ils étaient avec nous.
32:24Jusqu'à maintenant,
32:24on est encore ensemble.
32:26Elle forme et égalité,
32:27l'association.
32:28Mais les humanités
32:28sont déplacées
32:29plusieurs fois aussi
32:29pour aller
32:31sur ces piquets de grève
32:32pour faire des interviews
32:33et tout ça.
32:34Il y a des camarades
32:34aussi des fédérations
32:36qui sont descendus
32:36pour nous soutenir.
32:37Même aujourd'hui,
32:38on a eu beaucoup
32:38de camarades
32:40des raisons
32:40de l'île de France,
32:41Nord,
32:42tout ça.
32:43Il y a la solidarité.
32:44Surtout,
32:45il y a eu des visions aussi.
32:46On remercie aussi
32:47les humanités
32:47parce que l'entrevue
32:48qu'ils ont fait
32:48le 8 mars,
32:50ça fait qu'il y a
32:51des associations
32:51de l'île
32:52de Saint-Denis
32:52qui sont déplacées
32:53pour aller jusqu'à
32:54la tropique de grève
32:55pour nous soutenir aussi.
32:56Tout ça,
32:57c'est important.
32:58Surtout,
32:58il ne faut pas oublier
32:58de remercier
32:59à tous les médias
32:59parce que
33:00si il n'y a pas
33:00de communication,
33:01les gens ne peuvent pas
33:03savoir ce qu'on subit
33:04à l'intérieur.
33:05Surtout,
33:06vivre avec les patrons
33:07on vailleux
33:07qu'on a actuellement,
33:08ils ne veulent pas
33:09nous voir dans cette entreprise.
33:10Tant qu'on est vivant,
33:11on continuera à se battre.
33:12Sauf si on n'est plus vivant
33:13à ça,
33:14on ne peut rien faire.
33:14Mais tant qu'on est vivant,
33:15on va continuer à se battre.
33:17Justement,
33:17sur la méditation,
33:18j'ai une question
33:19mais cette fois pour Cyprien.
33:20Donc,
33:21on a parlé de Sciences Po,
33:22on a parlé
33:22de Campagne-la-Surène.
33:23En fait,
33:24Sciences Po,
33:24c'est un peu
33:24cette image d'excellence.
33:26Ça,
33:26c'est des vides
33:26qui se passent
33:27en Ile-de-France.
33:28Mais est-ce que,
33:28Cyprien,
33:29la situation est pareille,
33:31différente ailleurs en France ?
33:32Ou est-ce qu'il y a vraiment
33:33un truc particulier
33:34à Paris et en Ile-de-France ?
33:35En tout cas,
33:36il y a un effet Sciences Po,
33:36c'est ce que tu disais.
33:37C'est évident,
33:38on l'a vu à la brièveté
33:39de votre lutte
33:39parce que ça a duré 5 jours.
33:41C'est évident que Sciences Po
33:42a son image de marque
33:43à défendre
33:44et donc,
33:44elle ne pouvait pas se permettre
33:45de voir le conflit s'enliser
33:47parce qu'il y avait plein de journalistes
33:49qui pouvaient s'intéresser à la chose.
33:52Mais c'est vrai qu'en France,
33:53en général,
33:54ça ne se passe évidemment pas comme ça.
33:56J'ai regardé juste,
33:57j'ai pris les conflits sociaux
33:59juste sur Atalian
34:01en l'espace de deux ans.
34:03J'en ai repéré quand même pas mal
34:04en lisant la presse locale.
34:05Donc,
34:06il y a eu une grève à Marseille
34:07chez Camoane.
34:08C'est une boîte industrielle.
34:09Une autre grève,
34:10toujours à Marseille,
34:11dans le métro.
34:11Une grève au CHU de Nantes.
34:13Donc,
34:13c'est un hôpital.
34:14Des grèves dans plusieurs centrales nucléaires EDF
34:16ou encore une grève
34:16dans le département du Nord
34:17à Orchie.
34:19Donc,
34:20c'est évidemment des conflits sociaux
34:21qui n'ont pas eu
34:21le retentissement du vôtre.
34:24C'est bien normal.
34:24Enfin,
34:24normal.
34:25En tout cas,
34:26on se félicite que votre conflit
34:27ait été médiatisé.
34:29Je sais que vous,
34:29vous êtes assez attentive
34:30à ce qui se passe en général
34:31dans le secteur du nettoyage
34:32et aux conflits sociaux
34:33qui sont assez réguliers.
34:36Oui,
34:36en fait,
34:37moi,
34:39en plus que je suis
34:42représentante personnelle,
34:43de personnel
34:44sur ma boîte
34:46à Talion.
34:46Donc,
34:47je suis aussi
34:47membre
34:48du bureau syndical,
34:50de notre syndical
34:51de la propreté
34:53CFDD.
34:53Donc,
34:53on suit un petit peu,
34:54en fait,
34:55tous les travailleurs
34:57et les travailleuses,
34:57les femmes de ménage,
34:58hommes de ménage
34:59sur Paris,
35:00l'île de France.
35:04Donc,
35:05oui,
35:05là où il y a,
35:05en fait,
35:06des grèves,
35:06des travailleurs,
35:07donc ça nous intéresse
35:08pour savoir
35:08qu'est-ce qu'ils revendiquent,
35:10comment on peut les aider,
35:12qu'est-ce qu'ils ont obtenu,
35:14la durée,
35:14est-ce qu'il y avait vraiment
35:16ce besoin d'aller
35:17à une action
35:18et de mener une grève
35:19pour obtenir ?
35:21Est-ce que,
35:22voilà,
35:22il n'y a que les échanges
35:23ou le dialogue,
35:25on arrive quand même
35:26à obtenir
35:29des réponses concrètes
35:30pour ces travailleurs ?
35:32Donc, oui,
35:33après,
35:34que ce soit,
35:34en fait,
35:36chez Atalion
35:36ou chez toutes les boîtes,
35:38malheureusement,
35:40les revendications
35:41sont presque les mêmes,
35:42les problèmes
35:43sont presque les mêmes.
35:44C'est quoi ?
35:45Les salaires,
35:46les cadences ?
35:46C'est les salaires
35:47qui sont les plus bas,
35:49comme l'a dit,
35:49en fait,
35:49ma collègue.
35:50Donc,
35:50c'est le ménage
35:52sur vraiment
35:53les moins payés
35:55aujourd'hui en France
35:57et après,
35:58voilà,
35:59c'est les horaires décalés,
36:01c'est vraiment
36:04un métier,
36:04en fait,
36:05précaire.
36:06Donc,
36:07la lutte continue.
36:09Pour nous,
36:11tant mieux pour nous
36:11parce qu'on a obtenu,
36:12en fait,
36:16une partie
36:16de nos revendications.
36:18Donc,
36:18c'est une victoire
36:19pour nous,
36:19mais la lutte continue
36:21et on reste toujours
36:21en garde.
36:22On ne sait pas
36:23comment ça va se passer
36:24d'ici un an,
36:26d'ici trois ans.
36:27Donc,
36:30les problématiques
36:30sont toujours là.
36:32Au départ,
36:33vous voulez vous passer
36:34à un petit reportage
36:35qu'a fait toujours
36:35Franck Cartelet
36:36sur l'Ibis Patignolle
36:37avec Frachel Cacquet
36:38qui date un peu,
36:38mais il nous reste
36:39huit minutes.
36:40Donc,
36:40je vous propose
36:40qu'on avance un petit peu.
36:42Si vous voulez,
36:43le chat,
36:43le reportage
36:43est disponible sur YouTube.
36:45Si vous tapez
36:45Ibis Patignolle,
36:46vous pouvez aller le retrouver.
36:49Cyprien,
36:49tu voulais faire
36:50un petit rappel
36:52historique
36:52des luttes
36:52des femmes de chambre
36:53avec à l'appui
36:55un graphique
36:56de la Dares.
36:58Alors,
36:58exercice difficile,
36:59je ne suis pas sûr
36:59qu'en fait,
37:00on va pouvoir l'afficher.
37:01On va essayer.
37:02Si jamais il ne s'affiche pas,
37:03il va falloir que tu nous expliques
37:04Je vais essayer de vous décrire
37:05un graphique de la Dares.
37:06Voilà.
37:11Les femmes de chambre
37:11se mettent souvent en grève,
37:13en tout cas depuis 15 ans.
37:14Alors,
37:14on reprend,
37:15il n'y a pas eu de son,
37:15donc tu peux la refaire.
37:16Il va falloir que tu expliques
37:17le graphique.
37:18Ah,
37:18d'accord.
37:19Je disais qu'il y a pas mal
37:21de grèves de femmes de chambre
37:22en France.
37:22Ce qui est intéressant,
37:23c'est que c'est chez vous
37:24que ça a commencé,
37:25puisque c'est en avril 2012
37:26qu'il y a eu une grève
37:26de 28 jours aux Campanils
37:28et aux premières classes
37:28de Surel.
37:29Par contre,
37:29on voit le graphique derrière moi.
37:30Si on s'écarte un peu,
37:32voilà.
37:35Et donc,
37:35à l'époque déjà,
37:36c'était les syndicats CGT-HPE
37:38qui étaient à la manœuvre.
37:39Et après ça,
37:39il y a eu des syndicats
37:42dans la région parisienne,
37:43parfois dans des hôtels de luxe
37:44d'ailleurs,
37:45où des chambres à 1 000 euros
37:46la nuit sont nettoyées
37:47par des travailleuses
37:48payées au SMIC.
37:50Il y a des revendications
37:51qui viennent quand même beaucoup.
37:53La sous-traitance
37:54est en partiel subi.
37:55Alors,
37:56pourquoi la sous-traitance ?
37:56Elle s'est beaucoup développée
37:57dans le nettoyage
37:58dans les années 80-90 en France.
38:00Pourquoi ?
38:01Parce que ça présente
38:01plusieurs avantages
38:02pour le donneur d'ordre.
38:03Déjà,
38:04parce que c'est moins cher,
38:05puisque les salariés
38:05et les sous-traitants
38:06sont encore moins bien rémunérés
38:07que les autres.
38:09Et en plus,
38:10ils sont corvéables à merci,
38:11ce qui fait que les cadences
38:12augmentent, augmentent, augmentent,
38:13ce qui d'ailleurs
38:14a des conséquences
38:15sur les conditions de travail.
38:17Et ensuite,
38:18parce que ça permet
38:18d'externaliser
38:19les problèmes de souffrance
38:20au travail.
38:20C'est-à-dire que
38:21quand les travailleuses,
38:22souvent les travailleuses,
38:23ont des pépins de santé,
38:24ce n'est pas au donneur d'ordre
38:25de s'en occuper,
38:26de les reclasser par exemple,
38:27c'est le sous-traitant
38:27qui s'en occupe.
38:29Donc j'en reviens en graphique.
38:32Parce que l'autre revendication,
38:33c'est quand même
38:33le temps partiel subi.
38:35Alors on vous a mis
38:36ce graphique
38:36qui apparaît là,
38:37qui je trouve assez édifiant.
38:39On se pousse.
38:40On se décale.
38:41Alors qu'est-ce que ça représente ?
38:42Ça représente...
38:43La ligne verte, là, c'est quoi ?
38:44Ça, c'est...
38:44Alors depuis 75 à aujourd'hui,
38:46c'est le nombre de salariés
38:47en France
38:48qui sont concernés
38:48par le temps partiel.
38:50Donc les verts,
38:51c'est les hommes
38:51et le rouge, c'est les femmes.
38:53Donc ce qui saute aux yeux d'abord,
38:55c'est que ça augmente fortement
38:55depuis les années 80.
38:57Donc ça, c'est parce que
38:58à l'époque, c'était
38:59le temps partiel
38:59qui était une réponse
39:00néolibérale au chômage,
39:01on va dire.
39:02On partageait le travail
39:03pour réduire le nombre
39:04de chômeurs.
39:05En fait, on a surtout beaucoup
39:06augmenté le nombre
39:07de travailleurs précaires.
39:08Et puis le deuxième élément
39:09marquant de ce graphique,
39:10évidemment,
39:10c'est que le temps partiel
39:11concerne majoritairement
39:12des femmes.
39:13Il y a quatre fois plus de femmes
39:14que d'hommes
39:14qui sont à temps partiel.
39:16Ça, c'est pas un hasard.
39:16C'est parce que les secteurs
39:17qui sont les plus exposés
39:18à la hausse du temps partiel,
39:19c'est des secteurs
39:20très féminisés.
39:21Donc, agents de l'entretien,
39:22aides à domicile, etc.
39:24Il y a beaucoup de chercheurs
39:24et surtout de chercheuses
39:25qui ont cherché à comprendre
39:26pourquoi.
39:27Elles arrivent toutes
39:28à la même conclusion.
39:29Donc, c'est pas un scoop.
39:30C'est qu'il y a une division
39:31sexuée du travail en France.
39:33On considère que
39:34dans notre société,
39:35c'est « naturel »
39:37que certaines tâches
39:38soient dévolues aux femmes
39:39et non aux hommes.
39:40Et donc, que ce soit toujours
39:40les femmes qui fassent
39:41le sale boulot, littéralement.
39:42C'est vraiment ce qui se passe
39:43dans le nettoyage.
39:45Et d'ailleurs, je crois
39:45que même au sein du nettoyage,
39:46il y a une forme de ségrégation.
39:48C'est-à-dire que c'est les hommes
39:49qui occupent
39:49les postes à responsabilité.
39:51Contrairement aux femmes,
39:52est-ce que vous confirmez ça ?
39:53Bien sûr.
39:54Si on regarde partout,
39:55maintenant, c'est pas grave.
39:58Du coup, comme on a parlé
39:59au 8 mars,
40:01en fait, il y a des avancées,
40:03mais pas trop.
40:04Toujours.
40:05Parce que nous, les femmes,
40:05on est vus comme…
40:06On doit rester à la maison,
40:08ça ne fait des enfants,
40:09on ne doit pas trop travailler.
40:10Mais la vie, en fait,
40:11c'est plus ça, en fait.
40:13Dans les générations,
40:14peut-être nos arrières-grands-parents,
40:15tout ça,
40:16bon, c'était ça,
40:17mais soit on va à la vie actuelle,
40:20une seule personne
40:20ne peut pas faire vivre
40:21une famille de 7, 8 personnes.
40:23Une seule salaire,
40:24maintenant, dans ces pays,
40:25c'est plus possible.
40:26On peut dire,
40:27dans le monde même,
40:27là, c'est plus possible.
40:29Bon, le travail, en fait,
40:30tout le monde fait,
40:31ce n'est pas par le choix,
40:32que ce soit nous, les femmes.
40:34Parce qu'on fait le temps complet,
40:36c'est pour aider plutôt.
40:37Si, en fait,
40:38nos compagnons,
40:38les hommes,
40:39ils arrivent à comprendre,
40:40c'est pour aider,
40:41pour le avenir de nos enfants,
40:43pour qu'ils puissent avoir
40:44des meilleures écoles,
40:46pour qu'ils puissent les soutenir
40:48et les pousser
40:49à aller plus loin
40:50dans leur étude,
40:52ils ne soient pas comme nous,
40:53en fait.
40:53Désolé pour le mot,
40:54mais ils ne soient pas comme nous.
40:55Parce qu'aujourd'hui,
40:56si tu n'as pas de diplôme,
40:57on te propose
40:59de travailler des merdes,
41:00en fait.
41:00Désolé le mot,
41:01mais c'est ça, en fait.
41:02De travailler des merdes,
41:03parce que pour eux,
41:05tu n'as pas été trop loin à l'école,
41:07tu t'es arrêté très tôt,
41:09tu n'as pas de diplôme,
41:10mais tout ce qu'on te donne,
41:11tu prends pour vivre, en fait.
41:13Mais nous, aujourd'hui,
41:14nous, les mères,
41:14on ne veut pas ça
41:15pour nos enfants.
41:16On veut que nos enfants
41:17réussissent, en fait.
41:18Du coup, ça continue, en fait.
41:19Même une femme
41:20qui a de diplôme,
41:21aujourd'hui,
41:23elle paye plus
41:25moyen que les hommes, en fait.
41:26Les hommes gagnent
41:27toujours plus
41:27que les femmes.
41:28Que ça soit
41:29que vous avez fait
41:29les mêmes études,
41:30que ça soit
41:31que vous avez
41:31les mêmes diplômes,
41:32toujours nous les femmes,
41:33on les paye moins.
41:34On trouve ça injuste, en fait.
41:36On va vous montrer
41:37un dernier extrait.
41:37Je suis désolé,
41:38je saute aux questions,
41:39Lumi,
41:39mais sinon,
41:39on va être en retard.
41:40On vous montre
41:41un dernier extrait.
41:42Je ne suis pas sûr
41:42qu'il vous fasse plaisir
41:43à vous, Leïla,
41:45et qu'on dénie
41:46à vous le tchat,
41:46mais on regarde
41:47et puis on en discute
41:48juste après.
41:50Il nous faudra
41:52nous rappeler aussi
41:54que notre pays,
41:55aujourd'hui,
41:56tient tout entier
41:59sur des femmes
41:59et des hommes
42:01que nos économies
42:02reconnaissent
42:02et rémunèrent
42:04si mal.
42:06Voilà, donc Emmanuel Macron,
42:07le 13 avril 2020,
42:09au moment du confinement,
42:09on avait commencé là-dessus.
42:11C'était il n'y a pas si longtemps.
42:12C'était il y a...
42:13Ben quand même,
42:13ça fait 5 ans.
42:14Oui, oui, mais enfin,
42:16le temps passe vite.
42:18Leïla, est-ce que depuis 5 ans,
42:20vous avez l'impression
42:20que ces promesses
42:21d'Emmanuel Macron
42:22ont été tenues ?
42:24Ben, malheureusement,
42:25on attend toujours.
42:26On attend toujours,
42:27en fait,
42:27des actes concrets
42:30qui doivent suivre
42:32ces beaux-paroles
42:33parce que pendant le Covid,
42:35donc,
42:35ils nous ont fait
42:37passer par des héros.
42:40Enfin, on s'est dit,
42:42heureusement,
42:42donc,
42:43tout le monde
42:45sait maintenant
42:46qu'on existe
42:47et que
42:48et qu'on n'est pas
42:51forcément
42:51des invisibles.
42:55Mais les promesses
42:57ne sont restées
42:59en fait
42:59que pendant cette période.
43:01Tout de suite,
43:02on a remarqué
43:02que tout de suite
43:02après la crise de Covid,
43:04on est retourné
43:05dans l'ombre
43:07et il n'y a plus personne
43:10en fait
43:10qui a continué
43:12ou qui a recommencé
43:14de parler de nous
43:15ou de nos conditions
43:16du travail.
43:16Alors que,
43:17on s'attendait vraiment
43:18qu'il revalorise
43:21nos salaires,
43:23qu'il intègre
43:26vraiment
43:26notre métier
43:28dans les politiques
43:29de santé,
43:30les politiques
43:31des conditions
43:32du travail.
43:33mais il n'y avait
43:36rien du tout
43:37de tout ça
43:38et on trouve
43:38que vraiment
43:39dommage.
43:41Candice,
43:41c'est vous qui avez
43:42l'honneur
43:42de faire le mot
43:42de conclusion
43:43de cette interview.
43:44Est-ce que
43:44quand vous voyez
43:45Emmanuel Macron,
43:46quand vous vous rappelez ça,
43:47qu'est-ce que ça vous inspire ?
43:48Ça me donne déjà envie
43:49de rigoler
43:49mais on ne rigole pas
43:50en fait.
43:51Désolée,
43:51le mot va être dur
43:52mais il faut le dire.
43:54En fait,
43:55ce qu'elle a dit
43:55c'est la merde
43:57parce que
43:57c'est devenu
43:58plus grave
43:59qu'avant.
44:01Ces gens-là
44:02qui sont travaillés
44:03pendant ces Covid
44:03maintenant
44:04ils sont leur carte
44:05de séjour
44:05à la préfecture
44:06qu'on ne veut pas
44:06renouveler.
44:08Ces gens
44:09qui sont donnés
44:09leur vie,
44:10leur santé
44:10à ces pays
44:12maintenant
44:13il y a certaines personnes
44:14qui restent à la mesure
44:14sans salaire
44:15parce que leur titre
44:16de séjour
44:16ne sont pas renouvelés.
44:19Si ils parlent
44:20je ne sais pas
44:21comment dire
44:21mais ça me fait mal
44:24au cœur
44:24d'entendre
44:24ces mots-là
44:25en fait.
44:26Parce que
44:26France
44:27il avait besoin
44:27de ces personnes-là
44:28à ces moments-là.
44:29France il a toujours besoin
44:30de ces personnes-là
44:31même si
44:31vu le montée
44:33des systèmes droits
44:33qui traite les gens
44:35tous les malheurs
44:35qui sont en train
44:36de tomber sur France
44:36c'est des migrés
44:37de trucs comme ça.
44:39Il ne faut pas oublier
44:40ces migrés
44:41ces personnes-là
44:41qui sont là
44:42les gens qui travaillent
44:43dans le nettoyage
44:43toutes les personnes
44:44qui sont subies derrière
44:45parce que je sais
44:45qu'il y a des Français
44:46aussi qui travaillent
44:46dans le nettoyage
44:47mais pour eux
44:47il n'y a pas de problème
44:48pour le renouvellement
44:48de titre de séjour
44:49tout ça.
44:51Mais les manières
44:51qu'ils ont remercié
44:52c'est ça qui fait mal
44:53qui est dommage
44:54en fait
44:54si on va à l'État
44:55parce que ces gens-là
44:56ils sont partis
44:56à la construction
44:57de la France.
44:58Mais c'est un sujet
44:59qu'on va justement
44:59aborder sur la lutte
45:02contre l'extrême droite
45:03etc.
45:03avec la responsabilité
45:04politique
45:05qu'on va recevoir après.
45:06Du coup je pense
45:08en fait
45:09depuis que
45:10Macron est venu président
45:11ça devient encore
45:11plus en plus
45:12la merde
45:13pardon
45:14on ne sait plus.
45:15On sera tous d'accord
45:15vous avez le droit
45:16là-dessus.
45:18mais
45:20parce que
45:21quand tu as besoin
45:21d'une personne
45:22tu l'utilises
45:22maintenant
45:22quand tu n'as plus besoin
45:23tu les jettes
45:24comme mal propre
45:25je trouve ça dommage
45:26quand même
45:26mais ces gens-là
45:27ils ne s'étaient pas
45:27vraiment à les remercier.
45:29Franchement
45:30pour le Covid
45:30les gens ils sont morts
45:31pour ces pays
45:32pour rien
45:32les gens ils sont souffrés
45:33pour rien
45:34c'est dégueulasse.
45:36Merci beaucoup Kandé
45:37merci beaucoup Léla
45:38c'était vraiment
45:39hyper enrichissant
45:39de vous avoir ici
45:40et effectivement
45:41je pense que ça a fait du bien
45:42à tout le monde
45:42je voyais beaucoup de messages
45:43d'encouragement
45:43de soutien dans le chat
45:44donc voilà
45:45vous n'êtes pas toute seule
45:45on pense beaucoup à vous
45:47merci à toutes les deux
45:48donc je rappelle
45:48Aïla Mabrouk
45:49vous êtes femme de ménage
45:51en lutte à Sciences Po
45:52et Tonkara Kandé
45:53femme de chambre
45:53au Campagne-Île de Surenne
45:55merci beaucoup à toutes les deux
45:56je vous invite
45:57à aller à vous
45:58merci beaucoup

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