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  • il y a 1 semaine
La loi immigration a été rejetée à l'Assemblée nationale. Darmanin s'est pris une taule. Mais il ne faut pas crier victoire. Car, comme le rappelle notre chroniqueur Cyprien Caddeo, même si la loi venait à être enterrée, le récit xénophobe entourant le texte, lui, s'est bien imposé dans les médias.

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Transcription
00:00Non mais Darmanin là, c'est Highlander le gars.
00:02Genre, il est accusé de viol, et il reste ministre.
00:04Ensuite, il m'étonne sur le stade de France, et il reste ministre.
00:07Ensuite, il se fait avoir sur les soulevements de la Terre par le Conseil d'État,
00:10et il reste ministre.
00:11Et là, il se fait retoquer sa loi d'immigration à l'Assemblée Nationale,
00:14et il reste ministre.
00:15Non mais, enfin, ça va se demander ce qu'il faut pour qu'un ministre démissionne maintenant.
00:19Bon, générique.
00:28Cette semaine, on est hyper contents, parce que Gérald Darmanin s'est pris une sacrée tôle.
00:32Oui, vous avez peut-être un peu suivi l'histoire.
00:34Le 11 décembre dernier, son projet de loi immigration, son bébé, son jetpack vers l'Elysée,
00:39s'est craché sur une motion de rejet historique à l'Assemblée Nationale.
00:43Voici le résultat du scrutin.
00:53Alors oui, ok, Darmanin a perdu, ça fait super plaisir,
00:56mais nous, on est là pour casser un peu l'ambiance.
00:58Déjà, parce que c'est pas fini.
00:59Le texte doit passer en commission mixte paritaire,
01:01où faudra négocier avec les sénateurs de droite, qui vont durcir la loi.
01:05Surtout, cela reste, quoi qu'il advienne, et même s'il n'aboutissait pas,
01:08un des textes les plus xénophobes de la Vème République.
01:10Et là-dessus, il faut qu'on s'arrête deux minutes.
01:12Pas sur le texte lui-même.
01:13Pour ça, je vous renvoie à l'humanité.fr, où on a fait plein de décryptages de la loi.
01:17Abonnez-vous, d'ailleurs.
01:17Non, là, on s'intéresse à son esprit,
01:19ce qu'il raconte du cadrage médiatico-politique qui s'est imposé sur l'immigration.
01:23Qu'est-ce que ça nous dit sur notre rapport à l'étranger, à l'immigré ?
01:27Au-delà des postures, l'essentiel est bien là,
01:30réussir à relever les défis posés pour notre pays, comme pour tous les pays européens,
01:35par une meilleure maîtrise des flux migratoires,
01:38par l'absolue nécessité de mieux protéger nos compatriotes des délinquants étrangers.
01:42Cet extrait, c'était le 14 novembre,
01:45et à la tribune, c'est Olivier Bitz, sénateur du groupe Renaissance.
01:48En l'espace de quelques secondes, il pose les termes du débat
01:51tel que souhaité par Gérald Darmanin.
01:531. L'immigration est d'abord un problème,
01:55avec l'idée que c'est un truc non maîtrisé, hors de contrôle,
01:58qui nous dépasse, nous submerge.
01:592. Il y aurait un lien entre immigration et délinquance.
02:02L'immigré tel qu'il est présenté dans la loi immigration est suspect par principe.
02:06Et ce cadrage, ce récit, est repris tel quel dans beaucoup de médias.
02:103. La loi Darmanin renforce les mesures d'expulsion,
02:14notamment ceux des étrangers délinquants,
02:16souvent multi-récidivistes et toujours dangereux.
02:19Bon, ok, là, c'est ce news, vous me direz, c'est triché,
02:21ils n'ont pas attendu Darmanin.
02:23Ok, mais le service public, alors ?
02:25Si quand il y a qu'un étranger qui a commis des crimes ou des délits
02:29qui reste en France, qu'on ne peut pas expulser
02:31parce qu'il est arrivé avant l'âge de 13 ans,
02:33vous dites, c'est pas grave, on le laisse sur le territoire français ?
02:36Vous voyez comment Léa Salamé, sur France Inter,
02:38cadre sa question, épouse la rhétorique du délinquant étranger
02:41comme une figure totémique.
02:42Et comme ça, on raye d'un trait la diversité des situations.
02:45On ne parle pas des immigrés qui travaillent, qui produisent,
02:47qui payent des impôts.
02:48On ne parle pas non plus des étudiants étrangers,
02:50qui représentent un quart des étrangers qui arrivent en France chaque année
02:53et donc participent au rayonnement scientifique de notre pays.
02:55Non, on parle des étrangers qui font peur, posent problème.
02:59Regardez, ils sont là, ils sont dans les campagnes, dans les villes,
03:03ils sont sur les réseaux sociaux.
03:06On parle d'étrangers qui nous font dégringoler
03:08les classements internationaux sur l'excellence scolaire en plus.
03:11C'est en tout cas ce que suggère le Figaro dans cet article.
03:13Voilà, c'est à cause apparemment de l'immigration,
03:15pas du fait des classes surchargées, des salaires gelés
03:18et que plus personne ne peut faire prof dans ces conditions.
03:20Bon, ça, ça nous a rappelé un truc.
03:22Un million d'enfants étrangers dans nos écoles,
03:25provoquant d'ailleurs en grande partie le phénomène
03:28de l'illettrisme de nos enfants.
03:30Et puis, ces milliers et milliers d'étrangers
03:33qui viennent dans nos hôpitaux se faire soigner
03:36par le biais de ce qu'on appelle maintenant,
03:38tant le phénomène est généralisé, le tourisme sanitaire.
03:41Ce que vous venez d'écouter, c'est une allocution de campagne
03:44de Jean-Marie Le Pen en 1988.
03:47Et il y a déjà tout.
03:48L'étranger qui tire le niveau vers le bas,
03:49qui profite des hôpitaux.
03:50L'étranger est le bouc émissaire des turpitudes de son époque.
03:53Quand le chômage était au cœur des préoccupations,
03:55on nous disait, il nous pique notre travail.
03:57Et le FN faisait campagne avec le slogan
03:59« Un million d'immigrés égale un million de chômeurs français ».
04:01Désormais, les préoccupations sont autres.
04:04Elles portent, à une époque marquée notamment par le terrorisme,
04:06sur l'insécurité.
04:07L'étranger assisté, fait de néant,
04:09devient l'étranger criminel, voire assassin.
04:12Il faut rappeler que la loi d'immigration intervient
04:13après 15 jours de débats sur l'affaire de Crépole,
04:16que l'extrême droite et une partie de la droite
04:17ont essayé de nous repeindre en répétition la guerre civile.
04:20Désormais, du Trocadéro au Crépole,
04:22il n'y a plus un seul territoire français
04:24qui est épargné par l'insécurité.
04:26Les préoccupations de l'époque portent aussi
04:27sur la crise de l'hôpital, par exemple.
04:29Comment faire le lien avec l'immigration ?
04:31Eh ben, si, je sais, l'aide médicale d'État.
04:33Comme ça, on fait des économies,
04:35et en plus, on dira qu'ils viennent profiter
04:36des aides sociales, coup double.
04:37Revoilà donc le refrain du méchant migrant
04:41profiterant abondamment de l'AME
04:43pour divers soins non urgents
04:45et opérations de confort.
04:47D'après vous, il se rendrait même
04:49dans notre pays uniquement pour cela.
04:51On imagine aisément une personne
04:54mettre sa vie en danger en prenant
04:55un radeau de fortune pour traverser
04:57la Méditerranée juste pour une carie.
04:59Si la Macronie a réintégré le dispositif au texte,
05:02c'est bien la droite traditionnelle
05:03et pas l'extrême droite qui a voté au Sénat
05:05la suppression de l'AME.
05:06Et en même temps, c'est cohérent.
05:07Si pour eux, les étrangers sont des délinquants en puissance,
05:09ils n'ont pas envie de les soigner.
05:10Ce débat montre à quel point le cadrage xénophobe,
05:13le cadrage de l'extrême droite,
05:14est devenu le régime normalisé
05:16de notre débat public.
05:17J'allais dire, peu importe le résultat
05:19du vote à l'Assemblée ou la CMP.
05:21En fait, ce n'est pas vrai,
05:22parce que son adoption aura des conséquences
05:24terribles pour les concernés.
05:25Mais quoi qu'il arrive,
05:26l'extrême droite aura marqué des points,
05:27parce que c'est son récit qui s'est imposé.
05:30Alors désormais, à la gauche,
05:31d'imposer le sien,
05:31de montrer le caractère humain de cette question,
05:34de rappeler les notions de fraternité,
05:35de solidarité,
05:37c'est pas gagné.
05:39Eh ben, on n'est pas sortis du sable !
05:43Voilà, c'est la fin de cet épisode.
05:44Merci de l'avoir suivi.
05:45Pour 2023, nous, on s'arrête là,
05:46mais on revient à l'année prochaine.
05:48Entre les européennes, les JO,
05:50les dingueries des uns et des autres,
05:51on aura de quoi faire.
05:52En attendant, n'hésitez pas à partager les chroniques,
05:54les commenter, vous abonner à la chaîne,
05:56prendre soin de vous et de vos proches.
05:57Joyeuses fêtes, belle fin d'année.
05:59Allez, salut !

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