00:06Musique
00:19Parce que c'est l'exploration justement, et que notre outil d'exploration c'est le dessin,
00:24c'est le fait de remplir des carnets, c'est à la fois l'exploration intime et l'exploration de
00:32ce qui nous environne.
00:34Et ces manifestations-là, les manifestations que nous avons commencé à dessiner,
00:38étaient des manifestations dont nous n'étions pas habitués,
00:42puisque nous avons commencé à dessiner les manifestations des Gilets jaunes, en fait,
00:47et nous y allions en tant qu'observateurs, voilà, donc c'était assez naturel en fait.
00:53Le carnet de dessin et le dessin c'est une manière de regarder le monde et d'essayer de le
00:57comprendre pour nous-mêmes,
00:58et ensuite de le restituer dans notre travail, en général à travers des livres.
01:03Et là, dans un moment qu'on traversait, mais comme tout le monde de contestation sociale,
01:07c'était vraiment un outil pour essayer, déjà d'abord pour nous de comprendre,
01:11et ensuite d'essayer de le restituer, même si au départ on ne savait pas encore sous quelle forme,
01:14c'était plutôt faire des dessins, les diffuser d'une manière simple, à travers des fanzines ou à travers des
01:21réseaux sociaux.
01:22Donc c'est vraiment un moyen d'attraper quelque chose, essayer de le rendre lisible, compréhensible à nous-mêmes,
01:27et ensuite le rendre lisible et compréhensible à ceux à qui on le retourne.
01:29En fait, il y a quand même beaucoup ça.
01:32Et puis aussi un plaisir simple de dessinateur.
01:37C'est certainement un moment, surtout en cette période, de contact, de retrouver les autres et d'agir avec les
01:46autres.
01:46Je crois que c'est ça qui est assez marquant pour les manifestations depuis le confinement, évidemment,
01:53mais aussi avant, depuis celle des Gilets jaunes, c'est le fait d'entrer dans une manifestation de manière active,
02:03et pas d'être dans un cortège qui ressemble à une procession.
02:08Tu portes un cierge, c'est énorme, c'est un truc un peu plus actif,
02:13et réfléchir et se retrouver autour de moyens d'action, c'est intéressant, c'est chouette.
02:18À Nantes, on l'a éprouvé souvent, ce moment où on a le sentiment que la manifestation est dans une
02:23espèce de couloir autonome,
02:25et que tout autour, la vie continue exactement de la même manière.
02:29Il y a quelque chose de très très étrange, et là, c'est comme effectivement des courants.
02:32C'est comme si on était dans une espèce de courant au milieu d'un océan, un courant chaud au
02:36milieu d'un océan froid.
02:38Mais ça, il y a une énergie particulière quand on vit ça.
02:40C'est pas que les gens soient inadaptés à la ville ou à ce monde, c'est que ce monde
02:43est inadapté à plein de gens, en fait.
02:45Et la manifestation permet de juste déchirer ça, et de retrouver peut-être une vraie manière d'être à l
02:52'intérieur de ce cortège.
02:56Une manière d'être qui ne s'embarrasse pas de tous ses atouts, de toute cette espèce de servitude volontaire
03:06que l'on a à faire tourner le monde tel qu'il est.
03:11Il y a certainement la volonté de rendre hommage à des individus, sans oublier qu'ils sont composantes d'un
03:19tout.
03:20Mais en effet, c'est pas anodin le fait de faire ça alors que les termes de foule haineuse étaient
03:25employés.
03:27On n'a effectivement pas envie d'entrer dans ce registre-là.
03:30Et c'est certainement un moyen très facile et très accessible, en fait, de contrer ce discours dominant,
03:38même si ce que l'on fait a une portée évidemment bien moins importante.
03:43Mais ça apparaît assez naturel, en fait, comme contre-pied.
03:48Nous, on reconstitue, on restitue une parole, mais une parole qu'on entend, on ne la fabrique pas.
03:55Et on ne choisit pas ce qu'on entend.
03:57On va voir les gens, on leur pose des questions, ils nous parlent, et nous on dit « voilà, j
04:00'étais là, j'ai entendu ça ».
04:01Et je ne suis pas toujours forcément d'ailleurs d'accord ou satisfaite, ce que j'obtiens comme réponse,
04:06quand je parle avec les gens, mais je la restitue.
04:09Et ça, ça permet, je trouve, de, comme l'a dit Loïc, tout à coup, d'incarner les mobilisations au
04:16-delà du regard qui est porté par le pouvoir
04:18et du discours, surtout qui est celui des factieux, des dangereux, des foules irresponsables, haineuses, etc.
04:24De montrer « non, voilà, ce sont des hommes et des femmes avec une pensée, avec des désespoirs, avec des
04:29peurs, avec des colères,
04:30et qui ont en plus l'intelligence de transformer tout ça en action politique, en allant dans la rue,
04:34en en faisant un usage décent, pensé, construit, etc. »
04:38Mais ceci dit, je trouve que ça, c'est un contre-discours, mais presque un contre-discours moral, pour le
04:41coup,
04:41c'est-à-dire d'essayer d'avoir une éthique que, je trouve, le pouvoir n'a pas forcément,
04:45parce que lui, il répond à d'autres ambitions et d'autres enjeux.
04:48Mais nous, on s'y tient, on ne transforme pas la parole des gens en fonction de ce qui nous
04:51arrange, par exemple.
04:53On essaie d'en rendre compte avec honnêteté.
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