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  • il y a 1 semaine
Reporté à juin pour cause de pandémie, le Festival international de la bande dessinée d’Angoulême donnait lieu, l’an dernier, à un coup d’éclat des auteurs contre les violences policières et mettait au jour une profession précarisée malgré la progression de près de 20% du marché de la bande dessinée en dix ans. A l’occasion de la sortie de « Carnets de manifs », Cyril Pedrosa et Loïc Sécheresse reviennent sur le rôle du 7e art et de la création dans un monde en quête de sens.

Ce serait beaucoup dire de la France de 2018 qu’elle « s’ennuie » à l’instar de son aînée de 1968, décrite par Le Monde, deux mois avant l’explosion de mai.
En réalité, un an après sa prise de pouvoir, Emmanuel Macron n’est déjà plus « maîtres des horloges » : la France est championne du monde, certes, mais les facs sont occupées, la baisse des APL de cinq euros fait déjà figure de boulet, Alexandre Benalla préfigure, place de la Contrescarpe, la légitimation des violences par le pouvoir et, enfin, Nicolas Hulot claque la porte du ministère de l’Environnement.

La froideur hivernale s’installe doucement lorsque des invisibles, que d’aucuns croyaient endormis dans les zones périurbaines, revêtent le jaune et écrivent une nouvelle page de l’histoire collective sur les ronds-points.

Loin de la « foule haineuse » méprisée par le locataire de l’Élysée, deux dessinateurs, Cyril Pedrosa et Loïc Sécheresse, décident de croquer ceux qui n’ont plus rien à perdre, de les faire parler, de leur rendre une place dans la société. De ce travail naissent ces « Carnets de manifs » (Seuil, Éditions du sous-sol) où la légèreté du trait et du mouvement des corps n’annihilent pas la colère des esprits.
Autant de dessins qui font apparaître une France qui ne se satisfait pas de la suppression de l’Impôt de solidarité sur la fortune et de la distribution de milliards aux industries polluantes. Encore moins du racisme institutionnel ou de la verticalité patriarcale. 
Lina Sankari

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Transcription
00:06Musique
00:19Parce que c'est l'exploration justement, et que notre outil d'exploration c'est le dessin,
00:24c'est le fait de remplir des carnets, c'est à la fois l'exploration intime et l'exploration de
00:32ce qui nous environne.
00:34Et ces manifestations-là, les manifestations que nous avons commencé à dessiner,
00:38étaient des manifestations dont nous n'étions pas habitués,
00:42puisque nous avons commencé à dessiner les manifestations des Gilets jaunes, en fait,
00:47et nous y allions en tant qu'observateurs, voilà, donc c'était assez naturel en fait.
00:53Le carnet de dessin et le dessin c'est une manière de regarder le monde et d'essayer de le
00:57comprendre pour nous-mêmes,
00:58et ensuite de le restituer dans notre travail, en général à travers des livres.
01:03Et là, dans un moment qu'on traversait, mais comme tout le monde de contestation sociale,
01:07c'était vraiment un outil pour essayer, déjà d'abord pour nous de comprendre,
01:11et ensuite d'essayer de le restituer, même si au départ on ne savait pas encore sous quelle forme,
01:14c'était plutôt faire des dessins, les diffuser d'une manière simple, à travers des fanzines ou à travers des
01:21réseaux sociaux.
01:22Donc c'est vraiment un moyen d'attraper quelque chose, essayer de le rendre lisible, compréhensible à nous-mêmes,
01:27et ensuite le rendre lisible et compréhensible à ceux à qui on le retourne.
01:29En fait, il y a quand même beaucoup ça.
01:32Et puis aussi un plaisir simple de dessinateur.
01:37C'est certainement un moment, surtout en cette période, de contact, de retrouver les autres et d'agir avec les
01:46autres.
01:46Je crois que c'est ça qui est assez marquant pour les manifestations depuis le confinement, évidemment,
01:53mais aussi avant, depuis celle des Gilets jaunes, c'est le fait d'entrer dans une manifestation de manière active,
02:03et pas d'être dans un cortège qui ressemble à une procession.
02:08Tu portes un cierge, c'est énorme, c'est un truc un peu plus actif,
02:13et réfléchir et se retrouver autour de moyens d'action, c'est intéressant, c'est chouette.
02:18À Nantes, on l'a éprouvé souvent, ce moment où on a le sentiment que la manifestation est dans une
02:23espèce de couloir autonome,
02:25et que tout autour, la vie continue exactement de la même manière.
02:29Il y a quelque chose de très très étrange, et là, c'est comme effectivement des courants.
02:32C'est comme si on était dans une espèce de courant au milieu d'un océan, un courant chaud au
02:36milieu d'un océan froid.
02:38Mais ça, il y a une énergie particulière quand on vit ça.
02:40C'est pas que les gens soient inadaptés à la ville ou à ce monde, c'est que ce monde
02:43est inadapté à plein de gens, en fait.
02:45Et la manifestation permet de juste déchirer ça, et de retrouver peut-être une vraie manière d'être à l
02:52'intérieur de ce cortège.
02:56Une manière d'être qui ne s'embarrasse pas de tous ses atouts, de toute cette espèce de servitude volontaire
03:06que l'on a à faire tourner le monde tel qu'il est.
03:11Il y a certainement la volonté de rendre hommage à des individus, sans oublier qu'ils sont composantes d'un
03:19tout.
03:20Mais en effet, c'est pas anodin le fait de faire ça alors que les termes de foule haineuse étaient
03:25employés.
03:27On n'a effectivement pas envie d'entrer dans ce registre-là.
03:30Et c'est certainement un moyen très facile et très accessible, en fait, de contrer ce discours dominant,
03:38même si ce que l'on fait a une portée évidemment bien moins importante.
03:43Mais ça apparaît assez naturel, en fait, comme contre-pied.
03:48Nous, on reconstitue, on restitue une parole, mais une parole qu'on entend, on ne la fabrique pas.
03:55Et on ne choisit pas ce qu'on entend.
03:57On va voir les gens, on leur pose des questions, ils nous parlent, et nous on dit « voilà, j
04:00'étais là, j'ai entendu ça ».
04:01Et je ne suis pas toujours forcément d'ailleurs d'accord ou satisfaite, ce que j'obtiens comme réponse,
04:06quand je parle avec les gens, mais je la restitue.
04:09Et ça, ça permet, je trouve, de, comme l'a dit Loïc, tout à coup, d'incarner les mobilisations au
04:16-delà du regard qui est porté par le pouvoir
04:18et du discours, surtout qui est celui des factieux, des dangereux, des foules irresponsables, haineuses, etc.
04:24De montrer « non, voilà, ce sont des hommes et des femmes avec une pensée, avec des désespoirs, avec des
04:29peurs, avec des colères,
04:30et qui ont en plus l'intelligence de transformer tout ça en action politique, en allant dans la rue,
04:34en en faisant un usage décent, pensé, construit, etc. »
04:38Mais ceci dit, je trouve que ça, c'est un contre-discours, mais presque un contre-discours moral, pour le
04:41coup,
04:41c'est-à-dire d'essayer d'avoir une éthique que, je trouve, le pouvoir n'a pas forcément,
04:45parce que lui, il répond à d'autres ambitions et d'autres enjeux.
04:48Mais nous, on s'y tient, on ne transforme pas la parole des gens en fonction de ce qui nous
04:51arrange, par exemple.
04:53On essaie d'en rendre compte avec honnêteté.
05:09Sous-titrage Société Radio-Canada

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