00:00Les grands enseignements de la soirée des élections régionales et départementales,
00:04c'est malheureusement, comme on s'y habitue un peu trop, c'est l'abstention.
00:09Mais là, elle atteint un record historique.
00:12C'est le premier très grand enseignement et la cote d'alerte est franchie,
00:17comme a titré le journal la semaine dernière.
00:19C'est la crise démocratique qui s'approfondit.
00:21Et c'est vraiment une alarme pour tous les démocrates de ce pays
00:24de voir que seulement un Français sur trois a décidé de se déplacer ce dimanche
00:28pour voter soit pour les régionales, soit pour les départementales,
00:30de scrutins qui parlent de la vie quotidienne, qui agissent sur le quotidien des gens.
00:34Les Français ont considéré et considèrent de plus en plus que c'est inutile
00:39ou qu'en tout cas c'est insuffisamment utile pour leur vie.
00:42Il y a sans doute deux explications à ça.
00:44D'abord, le fait qu'élection après élection, leur vie ne change pas.
00:48Ils l'expriment de toutes les manières possibles,
00:51en votant pour des candidats qui contestent le système.
00:53On peut parfois s'en féliciter et parfois le craindre, ou en ne votant plus du tout.
00:57En tout cas, c'est l'approfondissement d'une crise démocratique
01:00qui ne date pas d'hier, mais qui ne cesse de s'approfondir.
01:03Donc tous les démocrates de ce pays doivent en prendre conscience et agir.
01:06Le système doit être profondément refondé.
01:09C'est ce que disent les Français.
01:10Ils ne veulent plus des institutions telles qu'elles existent aujourd'hui.
01:13La deuxième explication, c'est aussi le primat de la présidentielle.
01:16On est à un an de la présidentielle,
01:18et y compris les commentateurs politiques dans tous les grands médias ne parlent que de ça.
01:21Or, ces scrutins étaient aussi des scrutins importants pour la vie quotidienne,
01:25mais un peu plus difficiles à scénariser pour faire de l'audimat.
01:29Et c'est bien dommage du point de vue démocratique.
01:31Donc, évidemment, aujourd'hui, tout tourne autour de la présidentielle.
01:34Et c'est un piège démocratique énorme, puisqu'on sait qu'à chaque présidentielle,
01:38les Français ne peuvent pas résoudre tous leurs problèmes à travers un homme,
01:41comme l'aurait voulu le général de Gaulle il y a 50 ans.
01:43Il est temps, là aussi, de tourner la page.
01:46C'est ce que disent les Français en restant chez eux.
01:48Évidemment, quand l'abstention est aussi énorme,
01:50on ne peut pas tirer d'enseignements politiques définitifs.
01:53Et il faut bien relativiser ce qui sort des urnes,
01:56étant donné qu'elles sont si peu pleines.
01:58Mais le deuxième enseignement, c'est quand même que le Rassemblement national,
02:01que tout le monde présentait comme le grand vainqueur de ce scrutin,
02:05de ces scrutins, à commencer par lui-même,
02:07qui gonflaient déjà les muscles,
02:09est beaucoup plus bas qu'annoncé,
02:11et aussi beaucoup plus bas que lors des derniers scrutins.
02:13C'est évidemment une bonne nouvelle pour la démocratie.
02:16Mais évidemment, ça n'éteint pas du tout le danger du Rassemblement national,
02:21de plus en plus banalisé en tant qu'outil politique.
02:24Ces idées sont de plus en plus banalisées.
02:25Elles ont pignon sur rue et elles progressent dans la société.
02:29Et si ce scrutin n'est pas le tremplin qu'ils espéraient
02:32pour les prochaines élections présidentielles,
02:34l'URN reste un danger.
02:35On peut, cela dit, se féliciter que beaucoup de gens
02:38aient préféré rester chez eux pour concesser le système
02:40plutôt qu'utiliser ce bulletin de vote-là,
02:43qui, on le sait, n'est pas un bulletin
02:44qui permettrait de transformer le système,
02:47mais plutôt de le conserver en pire.
02:49Le dernier enseignement, c'est évidemment
02:50qui concerne les forces de gauche,
02:52qui sont annoncées aujourd'hui au niveau national
02:54comme étant la première force du pays.
02:57Ça surprend énormément quand on dit ça,
02:59si cette tendance se confirme,
03:00puisque ce n'est pas du tout ce qui était entendu.
03:03Évidemment, ça veut dire qu'il y a encore
03:04de l'espoir pour la gauche dans ce pays.
03:06Mais ça ne veut surtout pas dire que la gauche
03:08ne doit pas repenser,
03:10ne doit pas se refonder,
03:12puisqu'on voit bien qu'elle a du mal
03:14à formuler un projet pour le pays
03:15et que le score duquel elle peut se féliciter ce soir
03:18dépend aussi du fait que les sortants
03:20ont été souvent plébiscités,
03:22qu'ils soient de droite ou qu'ils soient de gauche.
03:24Donc, il ne faut pas voir, évidemment,
03:26dans ce score,
03:27la fin de la crise de la gauche.
03:29Il faut y voir un signe d'espoir,
03:30que la gauche peut se refonder,
03:32qu'il y a encore des gens dans ce pays
03:33qui peuvent lui faire confiance,
03:34mais c'est à la condition de retrouver un projet
03:38qui soit à la fois transformateur
03:39pour les institutions que les Français veulent changer,
03:41mais aussi porteur de grands changements
03:44pour leur vie quotidienne.
03:45Si la gauche est capable de porter un tel projet,
03:47elle pourra en être.
03:47C'est à cette seule condition
03:48qu'elle pourra retrouver la confiance des classes populaires
03:51qui ne sont pas allées voter ce dimanche.
03:53Et c'est évidemment un énorme problème
03:55pour un projet de transformation sociale.