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  • il y a 11 heures
Maurice Ulrich, éditorialiste de l'Humanité, épluche la stratégie d'E. Macron face aux revendications du monde du travail. A l'égard des salariés organisés en syndicats qui réclament des augmentations de salaires, comme du peuple qui manifeste en gilet jaune ou de ceux qui tentent de sauver la planète, il n'y a que dénigrement, division, et répression. Réalisation : Abrahim Saravaki.

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Transcription
00:00Il n'est pas trop tard pour revenir sur les commentaires d'Emmanuel Macron à propos de Geneviève Leguay,
00:06dont je rappelle, si on en est besoin, que c'est cette retraitée de Nice blessée samedi lors d'une
00:14manifestation.
00:15Il n'est pas trop tard. Pourquoi ? Parce que ses propos sont particulièrement choquants et indignes d'un chef
00:21de l'État.
00:22Quand il conseille à cette dame de 73 ans d'avoir davantage de sagesse,
00:27il serait mieux inspiré de se demander pourquoi à son âge elle est dans la rue
00:31et quelles sont les revendications dont elle est porteuse et pas elle toute seule.
00:36Mais l'intérêt d'y revenir c'est aussi qu'il ne s'agit pas seulement d'un dérapage de
00:41plus,
00:41d'une de ses petites phrases dont dit-on il serait coutumier en raison de son caractère,
00:46de sa volonté de parler cash, de dire vrai.
00:49Non, en fait il s'agit sans doute et même très certainement d'une stratégie parfaitement délibérée.
00:54Cette stratégie, elle n'est pas nouvelle, elle date, je dirais, d'avant même son élection.
01:00C'est-à-dire cette façon de désigner les gens du peuple, les gens les plus modestes,
01:06comme des attardés, des retardataires, des gens qui ne veulent pas travailler,
01:10qui n'ont qu'à traverser la rue, des gens qui n'ont qu'à, oui, travailler pour se payer
01:14un costard,
01:15ou les fainéants, etc.
01:17Mais tout ça, ça ne tient pas du hasard, c'est un fil conducteur, c'est une chaîne signifiante, comme
01:24on dit.
01:24C'est-à-dire que ça veut dire quelque chose.
01:26Et qu'est-ce que ça veut dire ?
01:27Ça veut dire tout simplement que Emmanuel Macron entend dessiner une image des gens modestes,
01:33une image des gens qui revendiquent, une image des gens du peuple qui lui convient à lui.
01:39Et pourquoi ?
01:39Pour des raisons parfaitement politiques.
01:41C'est-à-dire que lorsqu'on arrive à tracer une opposition entre lui, le progressiste, ses ministres, les progressistes,
01:48rappelons-nous de Benjamin Griveaux, disant que ceux qui votaient pour Laurent Wauquiez,
01:52c'était ceux qui fumaient des clopes et qui roulaient au diesel,
01:55alors que lui-même, d'ailleurs, venait juste d'arrêter de fumer.
01:58Bon, passons là-dessus.
01:59Bon, cette image, elle a un avantage, c'est qu'elle gomme toutes les véritables oppositions
02:03qui traversent la société française et, au fond, l'ensemble des sociétés,
02:07notamment dans le cadre de cette mondialisation à laquelle Emmanuel Macron est tellement attaché.
02:12Quelles sont ces oppositions ?
02:13Eh bien, c'est l'opposition entre le capital et le travail.
02:16Ce sont les oppositions phénoménales entre l'immense richesse et l'immense pauvreté.
02:21Ce sont, dans un pays comme la France, les oppositions entre ceux qui sont libérés de l'impôt sur la
02:25fortune
02:25et ceux à qui on va supprimer les APL.
02:29Toutes ces oppositions, toutes ces contradictions de la société,
02:32l'opposition populisme-progressisme permet de les masquer.
02:36Il y aurait, en gros, ceux qui sont réfractaires au changement,
02:39qui sont réfractaires aux réformes,
02:40et puis ceux qui vont de l'avant, qui sont la modernité en marche.
02:45On l'entend bien quand on écoute les proches d'Emmanuel Macron et ses ministres.
02:50Et, en plus, cette opposition est un avantage,
02:53c'est qu'elle efface aussi, je dirais, la vérité du débat démocratique
02:58telle qu'elle se constitue à travers les partis politiques,
03:01à travers les syndicats et les revendications.
03:03On peut d'ailleurs remarquer que, dans cette opposition-là,
03:06le MEDEF a l'avantage de passer à pratiquement inaperçu.
03:10Il n'est pour rien dans l'augmentation des salaires,
03:12il n'est pour rien dans la situation des entreprises,
03:14dans l'on sait, tout ça, ça passe à base.
03:18Le grand débat, lui-même, il participe de cette illusion.
03:21Pourquoi ?
03:22Eh bien, parce qu'il laisse croire qu'il suffirait de se mettre ensemble,
03:25de discuter, de faire émerger un certain nombre de demandes
03:29pour qu'on trouve des réponses.
03:30Mais ce n'est pas vrai.
03:32Le grand débat, il masque, je dirais, justement,
03:35ces oppositions qui traversent la société française
03:38et les contradictions, qu'on peut dire aussi des contradictions de classe
03:41ou des contradictions au moins d'intérêt.
03:43Comment faire croire que, dans le grand débat,
03:46quelqu'un va pouvoir se retrouver, alors qu'il est au RSA ou au SMIC,
03:50avec quelqu'un qui paye largement l'impôt sur la fortune ?
03:55Quel point commun entre le travailleur au SMIC
03:58et le salaire insensé de Carlos Ghosn ou d'autres grands patrons ?
04:02Donc, tout ça, effectivement, Emmanuel Macron veut le masquer
04:05au prix de cette opposition.
04:07Alors, pour faire cette opposition,
04:09bien évidemment, il faut des caricatures.
04:10Alors, évidemment, on a bien entendu,
04:12les gilets jaunes sont tous des casseurs,
04:13les gilets jaunes sont tous des antisémites,
04:15on a entendu ça, les gilets jaunes, c'est n'importe quoi,
04:17ils ne savent même plus ce qu'ils veulent,
04:19ils ne manifestent pas rituel,
04:20on entend un certain nombre de commentateurs aussi le dire.
04:23Mais la réalité, c'est qu'ils sont une partie du peuple
04:27et que ce parti du peuple, il manifeste, il a des choses à dire,
04:30même si, bien évidemment, on le sait,
04:31il y a des contradictions chez les gilets jaunes
04:33comme il y en a ailleurs dans la société.
04:35Alors, Emmanuel Macron utilise souvent,
04:39donc, il a fait même une clé de sa politique,
04:42cette opposition entre le populisme,
04:46les populistes et son progressisme.
04:49Mais qu'est-ce que c'est que le populisme ?
04:51Le populisme, ce n'est pas défendre les intérêts du peuple.
04:54Le populisme, c'est défendre, dessiner, pardon,
04:58une image du peuple qui convient aux intérêts
05:01qu'on veut mettre en avant.
05:03C'est dessiner une fausse image du peuple
05:05qui, en réalité, n'est pas spécialement destinée au peuple
05:08et n'est pas là pour servir le peuple
05:10et qui est là pour servir des dessins politiques.
05:12De ce point de vue-là, Emmanuel Macron
05:15est d'une part un grand provocateur,
05:17mais ce n'est pas pour rien.
05:18C'est pour sa politique,
05:19c'est pour constituer cette opposition-là
05:21et d'une certaine manière,
05:22en dessinant cette image fausse du peuple,
05:24Emmanuel Macron est le premier populiste de France.
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