00:00Il n'est pas trop tard pour revenir sur les commentaires d'Emmanuel Macron à propos de Geneviève Leguay,
00:06dont je rappelle, si on en est besoin, que c'est cette retraitée de Nice blessée samedi lors d'une
00:14manifestation.
00:15Il n'est pas trop tard. Pourquoi ? Parce que ses propos sont particulièrement choquants et indignes d'un chef
00:21de l'État.
00:22Quand il conseille à cette dame de 73 ans d'avoir davantage de sagesse,
00:27il serait mieux inspiré de se demander pourquoi à son âge elle est dans la rue
00:31et quelles sont les revendications dont elle est porteuse et pas elle toute seule.
00:36Mais l'intérêt d'y revenir c'est aussi qu'il ne s'agit pas seulement d'un dérapage de
00:41plus,
00:41d'une de ses petites phrases dont dit-on il serait coutumier en raison de son caractère,
00:46de sa volonté de parler cash, de dire vrai.
00:49Non, en fait il s'agit sans doute et même très certainement d'une stratégie parfaitement délibérée.
00:54Cette stratégie, elle n'est pas nouvelle, elle date, je dirais, d'avant même son élection.
01:00C'est-à-dire cette façon de désigner les gens du peuple, les gens les plus modestes,
01:06comme des attardés, des retardataires, des gens qui ne veulent pas travailler,
01:10qui n'ont qu'à traverser la rue, des gens qui n'ont qu'à, oui, travailler pour se payer
01:14un costard,
01:15ou les fainéants, etc.
01:17Mais tout ça, ça ne tient pas du hasard, c'est un fil conducteur, c'est une chaîne signifiante, comme
01:24on dit.
01:24C'est-à-dire que ça veut dire quelque chose.
01:26Et qu'est-ce que ça veut dire ?
01:27Ça veut dire tout simplement que Emmanuel Macron entend dessiner une image des gens modestes,
01:33une image des gens qui revendiquent, une image des gens du peuple qui lui convient à lui.
01:39Et pourquoi ?
01:39Pour des raisons parfaitement politiques.
01:41C'est-à-dire que lorsqu'on arrive à tracer une opposition entre lui, le progressiste, ses ministres, les progressistes,
01:48rappelons-nous de Benjamin Griveaux, disant que ceux qui votaient pour Laurent Wauquiez,
01:52c'était ceux qui fumaient des clopes et qui roulaient au diesel,
01:55alors que lui-même, d'ailleurs, venait juste d'arrêter de fumer.
01:58Bon, passons là-dessus.
01:59Bon, cette image, elle a un avantage, c'est qu'elle gomme toutes les véritables oppositions
02:03qui traversent la société française et, au fond, l'ensemble des sociétés,
02:07notamment dans le cadre de cette mondialisation à laquelle Emmanuel Macron est tellement attaché.
02:12Quelles sont ces oppositions ?
02:13Eh bien, c'est l'opposition entre le capital et le travail.
02:16Ce sont les oppositions phénoménales entre l'immense richesse et l'immense pauvreté.
02:21Ce sont, dans un pays comme la France, les oppositions entre ceux qui sont libérés de l'impôt sur la
02:25fortune
02:25et ceux à qui on va supprimer les APL.
02:29Toutes ces oppositions, toutes ces contradictions de la société,
02:32l'opposition populisme-progressisme permet de les masquer.
02:36Il y aurait, en gros, ceux qui sont réfractaires au changement,
02:39qui sont réfractaires aux réformes,
02:40et puis ceux qui vont de l'avant, qui sont la modernité en marche.
02:45On l'entend bien quand on écoute les proches d'Emmanuel Macron et ses ministres.
02:50Et, en plus, cette opposition est un avantage,
02:53c'est qu'elle efface aussi, je dirais, la vérité du débat démocratique
02:58telle qu'elle se constitue à travers les partis politiques,
03:01à travers les syndicats et les revendications.
03:03On peut d'ailleurs remarquer que, dans cette opposition-là,
03:06le MEDEF a l'avantage de passer à pratiquement inaperçu.
03:10Il n'est pour rien dans l'augmentation des salaires,
03:12il n'est pour rien dans la situation des entreprises,
03:14dans l'on sait, tout ça, ça passe à base.
03:18Le grand débat, lui-même, il participe de cette illusion.
03:21Pourquoi ?
03:22Eh bien, parce qu'il laisse croire qu'il suffirait de se mettre ensemble,
03:25de discuter, de faire émerger un certain nombre de demandes
03:29pour qu'on trouve des réponses.
03:30Mais ce n'est pas vrai.
03:32Le grand débat, il masque, je dirais, justement,
03:35ces oppositions qui traversent la société française
03:38et les contradictions, qu'on peut dire aussi des contradictions de classe
03:41ou des contradictions au moins d'intérêt.
03:43Comment faire croire que, dans le grand débat,
03:46quelqu'un va pouvoir se retrouver, alors qu'il est au RSA ou au SMIC,
03:50avec quelqu'un qui paye largement l'impôt sur la fortune ?
03:55Quel point commun entre le travailleur au SMIC
03:58et le salaire insensé de Carlos Ghosn ou d'autres grands patrons ?
04:02Donc, tout ça, effectivement, Emmanuel Macron veut le masquer
04:05au prix de cette opposition.
04:07Alors, pour faire cette opposition,
04:09bien évidemment, il faut des caricatures.
04:10Alors, évidemment, on a bien entendu,
04:12les gilets jaunes sont tous des casseurs,
04:13les gilets jaunes sont tous des antisémites,
04:15on a entendu ça, les gilets jaunes, c'est n'importe quoi,
04:17ils ne savent même plus ce qu'ils veulent,
04:19ils ne manifestent pas rituel,
04:20on entend un certain nombre de commentateurs aussi le dire.
04:23Mais la réalité, c'est qu'ils sont une partie du peuple
04:27et que ce parti du peuple, il manifeste, il a des choses à dire,
04:30même si, bien évidemment, on le sait,
04:31il y a des contradictions chez les gilets jaunes
04:33comme il y en a ailleurs dans la société.
04:35Alors, Emmanuel Macron utilise souvent,
04:39donc, il a fait même une clé de sa politique,
04:42cette opposition entre le populisme,
04:46les populistes et son progressisme.
04:49Mais qu'est-ce que c'est que le populisme ?
04:51Le populisme, ce n'est pas défendre les intérêts du peuple.
04:54Le populisme, c'est défendre, dessiner, pardon,
04:58une image du peuple qui convient aux intérêts
05:01qu'on veut mettre en avant.
05:03C'est dessiner une fausse image du peuple
05:05qui, en réalité, n'est pas spécialement destinée au peuple
05:08et n'est pas là pour servir le peuple
05:10et qui est là pour servir des dessins politiques.
05:12De ce point de vue-là, Emmanuel Macron
05:15est d'une part un grand provocateur,
05:17mais ce n'est pas pour rien.
05:18C'est pour sa politique,
05:19c'est pour constituer cette opposition-là
05:21et d'une certaine manière,
05:22en dessinant cette image fausse du peuple,
05:24Emmanuel Macron est le premier populiste de France.
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