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  • il y a 6 heures
À l'issue de leur concert sur la Grande scène de la Fête de l'Humanité 2014, le groupe a donné une longue interview à Victor Hache, journaliste à l'Humanité.

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Transcription
00:07Bonjour messieurs, bonjour à IAM et bienvenue à cette fête de l'Humanité 2014.
00:14Merci aussi de nous ramener du soleil de Marseille.
00:17La fête de l'Humanité, ça représente des valeurs de partage, de solidarité.
00:22C'est une grande fête à la fois politique et culturelle.
00:25Est-ce que ça a un sens particulier de vous produire dans un tel cadre ?
00:30Déjà le concert quand on le fait tous les soirs, c'est un peu dans ces valeurs-là qu'on
00:33s'inscrit.
00:33C'est que pour nous on n'imagine pas nos concerts ou nos spectacles sans partage, sans échange.
00:41C'est un peu l'optique, c'est la raison, l'essence même du concert et l'essence même de
00:45pourquoi on est sur scène.
00:48Après nous on ne s'inscrit pas dans le côté politique de la fête au sens prise de position pour
00:56un parti,
00:57mais prise de position pour des idées oui, ça c'est certain.
01:00On a des principes et des idées qu'on partage avec des gens qui sont là, qui sont présents à
01:07la fête de l'Humanité.
01:08Sinon si on ne partageait pas certaines idées, on ne serait pas présent.
01:11Des idées qui souffrent un petit peu actuellement avec la politique qui est menée,
01:16on va vers une politique un petit peu sociale, libérale.
01:19Je ne sais pas quel est votre sentiment sur l'environnement ?
01:23Parce que justement quand c'est du faux social, c'est quand on achète le silence des gens
01:32en ayant l'omniprésence de l'Etat là où il faut et la disparition de l'Etat là où il
01:37ne faut pas,
01:38ça ce n'est pas du social pour moi, c'est la démagogie.
01:43Du placement de billes, du calcul.
01:46Ah non, non, mais il y en a certains qui s'intéressent et d'autres qui s'intéressent moins,
01:50mais on peut tous en parler, c'est des discussions qu'on a entre nous.
01:53On n'est pas spécialement sur la bonne pente, c'est certain.
01:57Et celle qui nous attend derrière, elle a l'air d'être beaucoup moins sympa.
02:02Je me sens de plus en plus européen.
02:06Il y a quelques années, vous vous adressiez à votre public,
02:12je pensais à une chanson à Petit Frère par exemple,
02:16où vous vous adressiez en tant que jeune groupe de rap à d'autres jeunes.
02:21Aujourd'hui, vous êtes devenu papa.
02:25Est-ce que ça a changé quelque chose dans votre rapport à votre public ?
02:34Malheureusement, comme on le dit souvent,
02:36c'est le genre de chansons qui sont toujours d'actualité.
02:39Le constat qu'on faisait à l'époque, dans Petit Frère ou dans Demain C'est Loin,
02:44on pourrait le refaire aujourd'hui.
02:45La société a peu évolué,
02:48et quand elle a évolué, ce n'est pas vraiment dans le bon sens.
02:53Donc malheureusement, je crois que tout ce qu'on disait il y a une quinzaine d'années,
02:58on peut le maintenir aujourd'hui.
03:00Et ça reste d'actualité.
03:02Si on prend les messages par exemple de votre dernier album,
03:06Art Martien,
03:08finalement, quels sont les thèmes forts que vous vouliez mettre en avant à travers cet album ?
03:14Ils sont divers, on parle beaucoup,
03:16on connaît le groupe,
03:19on écrit beaucoup au coup de gueule.
03:22Et donc pour nous, ça se définit un peu comme ça,
03:27en termes d'atmosphère aussi.
03:29Et puis voilà, c'est des principes, c'est des idées,
03:32c'est toujours le même combat, on ne va pas baisser les bras,
03:35comme tu l'as dit, la situation est pire.
03:37Et puis maintenant, on va laisser du monde derrière nous.
03:40On ne pense plus en tant que...
03:41Alors c'est vrai que quand on avait 18 ans,
03:42même si notre discours à 18 ans a toujours été dans cet état d'esprit-là,
03:47maintenant on a encore plus de raisons d'être vigilants,
03:49parce que nous, on est proche de la fin,
03:51mais on va laisser du monde derrière.
03:54En plus de ça, c'est un peu comme publican de midi,
03:56ils ont pris la célèbre phrase
03:57« Fight for your right to party »
04:00et ils ont fait « Party for your right to fight ».
04:03La fête et la célébration ne sont pas complètement absents
04:07des prises de position d'Iham.
04:11On peut avoir des morceaux complètement festifs,
04:13mais à l'intérieur du festif,
04:15il y a toujours un sens,
04:18toujours un fil rouge
04:21où j'ai une mise en mémoire
04:22que tout est une lutte
04:25et on doit se battre pour des tas de choses aujourd'hui.
04:27On est obligé de se battre pour garder des choses
04:30qui ont l'air acquises
04:32et qui sont menacées systématiquement.
04:34Les libertés sont menacées.
04:35Comment faites-vous pour entretenir
04:37ce rapport aussi fort avec votre public,
04:41les jeunes des quartiers ?
04:42Je pense que tout à l'heure,
04:44sur la Grande Seine,
04:44il va y avoir pratiquement toute la banlieue parisienne
04:47qui va venir vous voir.
04:48Ils seront nombreux.
04:50Comment expliquez-vous ce rapport très fort
04:52qu'il y a entre Iham et les jeunes ?
04:54Je pense que c'est un rapport fort
04:55entre les textes et les jeunes.
04:58Contrairement à ce qu'on pense,
04:59les gens qui sont au collège et au lycée
05:03ne se désintéressent pas complètement
05:04de l'écriture et du français.
05:08Peut-être qu'il y a des œuvres classiques
05:09qui les intéressent beaucoup moins
05:11et d'autres œuvres qui les intéressent plus,
05:13c'est en particulier comment eux peuvent manipuler les mots
05:16et ils apprennent en écoutant notre musique,
05:20en écoutant du rap,
05:21mais pas que Pakaïam,
05:22mais d'autres groupes aussi.
05:24Et ce rapport-là, il est fort.
05:28Quand les textes sont forts,
05:29on sent vraiment l'énergie
05:32et les personnes qui se reconnaissent
05:34et qui se sentent concernées.
05:35Nous, on a toujours eu une rébellion
05:36qui était structurée et ciblée.
05:41Le rebelle d'apparence,
05:42moi, c'est quelque chose
05:43qui m'exècle profondément.
05:46La posture.
05:47La posture.
05:48On peut être poli et très correct
05:50et avoir des idées très arrêtées
05:52sur des choses.
05:52Je pense qu'on peut être subversif
05:54et je pense qu'aussi,
05:55aujourd'hui, la lutte
05:56et justement les bien-pensants
06:00voudraient que ça se passe autrement,
06:02mais aujourd'hui,
06:03les situations sont très complexes
06:04et elles ne sont pas simples du tout.
06:06Parler de n'importe quel problème,
06:08n'importe quel problème
06:09et surtout des problèmes internationaux,
06:11aujourd'hui, c'est devenu très compliqué
06:12parce que les cons monopolisent la parole
06:15et crient très fort.
06:17De tous bords.
06:19Donc, quand les cons crient très fort,
06:20il vaut mieux être très silencieux.
06:22Tu parles dans les médias en général ?
06:23En général.
06:24Surtout sur les médias,
06:24surtout sur Internet.
06:26C'est devenu très compliqué de débattre.
06:30Calmement, débattre,
06:31échanger des idées.
06:32L'échange est devenu très difficile.
06:34C'est ça qui est le plus inquiétant.
06:35Sur Internet,
06:36ça devient plus souvent
06:38des foires d'empoigne
06:40ou des débats sans fond et sans fin
06:44plutôt que des vraies discussions.
06:46Et les fachos de tous bords
06:48ont compris très longtemps avant
06:51les démocrates
06:52l'utilisation qu'ils pouvaient faire d'Internet.
06:55Et si on se retrouve avec des déferlantes
06:59fascisto-religieuses
07:00ou fascistes tout court,
07:01c'est que ces gens-là sont très présents
07:03sur Internet depuis 15 ans.
07:04Sur les réseaux sociaux ?
07:05Oui, oui.
07:06Absolument.
07:07Juste deux mots sur la question de la Palestine.
07:10Ce soir, sur la Grande Seine,
07:12il va y avoir un grand moment de solidarité
07:14avec justement la Palestine
07:17pour réclamer aussi la libération
07:19de Marwan Barghouti.
07:20Je voulais avoir un petit peu
07:21votre sentiment sur cette question.
07:23Moi, j'avais fait un morceau
07:24avec le groupe de rap de Gaza
07:26il y a 5 ans, 6 ans de ça.
07:30Écoutez, il faut juste écouter
07:31les textes d'Ayam.
07:31On a déjà pris plusieurs fois
07:33position sur le sujet.
07:34Vous connaissez nos positions
07:36anticolonialistes.
07:37Et aujourd'hui, ce qui se passe là-bas,
07:39c'est une guerre purement colonialiste.
07:42Et ce qui est important,
07:44avant de dire, de compter
07:49les morts, de blâmer
07:51ou de pointer du doigt,
07:52c'est de savoir que des gens
07:55qui sont privés de liberté,
07:56d'accès à des écoles,
08:01ça c'est important aussi.
08:02Quand un gamin de 20 ans,
08:03il a ses diplômes
08:04et qu'il ne peut plus sortir du territoire
08:06pour faire ses études,
08:07quand les pêcheurs ne peuvent pas sortir
08:08des eaux pour aller chercher du poisson,
08:11on maintient une frustration
08:12et c'est un prolongement de la guerre indéfini.
08:14Je pense qu'il faut arrêter
08:15avec ce processus-là.
08:16Ce processus-là, il ne pourra que s'arrêter
08:19que lorsque la Palestine
08:20sera un état souverain, libre
08:22et pas soumis au contrôle
08:25du voisin israélien
08:26et que les deux pays
08:28puissent vivre dans une paix relative
08:32dans un premier temps.
08:33Mais tant qu'il y aura
08:34un oppresseur, un oppressé
08:36ou en tout cas
08:39des répliques exagérées,
08:42il n'y aura jamais d'équilibre.
08:44Il n'y aura jamais de paix.
08:45Il faut que la paix s'installe.
08:47Parce que de notre côté,
08:49à l'inverse aussi,
08:51on ne peut pas rembobiner l'histoire
08:52et revenir en arrière
08:54et créer d'autres exodes
08:56et des massacres à l'inverse.
08:58Nous, on est pour des solutions pacifiques.
09:00Et aujourd'hui,
09:02c'est uniquement les armes qui parlent.
09:04Voilà.
09:04C'est ça qui est très triste dans l'histoire.
09:06Je voudrais savoir
09:06quel est le message
09:07que vous ferez passer ce soir,
09:09tout simplement ?
09:10Ce sera un message
09:11qui est déjà contenu
09:12dans les premiers textes
09:14et un message
09:15qui est dans nos paroles.
09:18C'est ni plus ni moins
09:19que ce qu'on répète tous les soirs.
09:24Tolérance, ouverture,
09:25accès à la culture,
09:27accès aux loisirs pour tout le monde,
09:30sans discrimination,
09:31accès au logement pour tout le monde,
09:33sans discrimination,
09:33accès au travail pour tout le monde,
09:35sans discrimination.
09:36Ce sont des sujets
09:36qu'on aborde dans tous nos textes
09:38et dans tous nos albums
09:39depuis plus de 25 ans maintenant.
09:40Un beau programme.
09:41Oui, mais alors,
09:42il n'est pas mis en application,
09:43je vous l'ai dit.
09:46Et alors, doucement,
09:47la tolérance,
09:48parce qu'elle a ses limites aussi,
09:50notamment à droite.
09:52D'accord.
09:53Merci beaucoup, monsieur.
09:54Merci, bon concert.
10:05Sous-titrage Société Radio-Canada

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