- il y a 7 heures
François Damas est un médecin belge, retraité, mais qui continue de pratiquer, différemment. Il accompagne ainsi des patients en fin de vie, et est devenu un médecin de référence en matière d'euthanasie. Le coauteur de "L'intervention" (Grasset) est au micro de Sonia Devillers. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-grand-portrait/le-grand-portrait-du-mardi-06-octobre-2026-6869561
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:00Il est médecin retraité, pourtant il continue de pratiquer différemment.
00:04Il accompagne des patients en fin de vie.
00:07Il est devenu un médecin de référence en matière d'euthanasie.
00:10Si Robert Merle n'en avait pas fait le portrait d'un nazi,
00:15mon invité pourrait dire comme son personnage,
00:17« la mort est mon métier ».
00:19Et il pourrait l'assumer.
00:20Lui qui pense que donner la mort, c'est comme donner naissance,
00:24ça suppose un savoir-faire.
00:26Comment se prépare-t-il à l'intervention ?
00:29Quels mots choisit-il pour expliquer, guider, rassurer ?
00:32Que ressent-il quand il enclenche l'injection ?
00:35Quand la personne meurt sous ses yeux ?
00:37Que se sent-il plus utile aujourd'hui que quand il soignait des gens ?
00:42Est-ce qu'à la mort, on finit par s'habituer ?
00:44Est-ce qu'il y a une bonne façon de mourir ?
00:47Ce sont mes questions et elles sont sans doute aussi un peu les vôtres.
00:52Portrait numéro 190.
00:56Elle est difficile cette décision.
00:59Parce que j'aime la vie, voilà, tout simplement.
01:04Bien sûr.
01:06Mais pas cette vie-là.
01:08Non.
01:09Je ne vais pas t'en arrêter.
01:10Comment voyez-vous les choses ?
01:11Comment imaginez-vous la suite ?
01:14Je venais voir des gens qui savaient faire.
01:17Ils savaient faire quoi ?
01:18Ça.
01:19Ce que je recherche.
01:21Mettre fin à votre vie ?
01:22Oui.
01:23J'attends que ce soit dans le calme, dans la paix.
01:30Bonjour François Dama.
01:32Bonjour.
01:33Soyez le bienvenu à France Inter.
01:34Soyez le bienvenu à Paris.
01:35Parce que vous vivez à Liège, en Belgique.
01:38On vient d'entendre un extrait du documentaire « Les mots de la faim » qui avait été diffusé sur
01:41Arte.
01:42Et là, vous publiez avec Marion Coquet, chez Grasset, ce petit texte qui s'intitule « L'intervention ».
01:48L'intervention, car vous n'aimez pas le mot « euthanasie ».
01:51Pourquoi vous n'aimez pas le mot « euthanasie » ?
01:54Tout simplement parce que lorsque vous tapez ce mot-là sur Internet, vous avez des articles de vétérinaires.
02:00Et je n'aime pas de comparer les actes que je fais, et qu'ils ont permis par la loi
02:09en Belgique, avec des interventions concernant les animaux.
02:12Combien vous avez réalisé d'interventions à ce jour ?
02:16Je ne peux pas les compter, mais autrefois c'était une par mois, et maintenant c'est facilement deux ou
02:22trois par semaine.
02:23Deux ou trois par semaine. Est-ce que vous pourriez nous décrire l'intervention ?
02:30Alors, il s'agit chaque fois d'une histoire très particulière et très singulière.
02:36Il n'y a pas de standard.
02:39Mais sur le plan technique, les choses sont simples à comprendre.
02:42Il s'agit d'une induction d'anesthésie générale.
02:44Donc c'est relativement simple à comprendre.
02:48Il n'y a pas de fantasme à avoir.
02:50On pose un cathéter.
02:51On pose un cathéter.
02:52Et puis ensuite, lorsque la personne me fait signe en disant « maintenant, allez-y docteur, ou je suis prête,
02:58ou c'est maintenant, ou ok. »
03:01Ou ils lèvent le pouce.
03:03Certains font des gestes.
03:05Je leur dis au revoir et je les endors, comme quand je faisais une anesthésie en salle d'opération.
03:12C'est ce moment-là où ils peuvent changer d'avis ?
03:16Ils peuvent changer d'avis jusqu'au bout.
03:17Mais ce geste-là, cet acte-là, doit être précédé avant de quelque chose qui est bien plus important et
03:25essentiel que simplement pousser sur la seringue.
03:29Il y a un moment de partage et de réunion avec les proches et la famille qui entourent cette personne
03:38qui va partir.
03:43Il faut essayer de faire en sorte que ce dernier moment puisse être le lieu d'un dernier rituel d
03:52'adieu.
03:53Quelque chose qui donne de cette expérience un moment mémorable, qu'il ait de l'épaisseur et qui soit, pour
04:02finir,
04:02et ce que je constate souvent, un moment dont on se regrandit psychiquement et qui soit quelque chose que l
04:11'on peut qualifier d'outil de consolation.
04:13Est-ce qu'on reconnaît la mort ? Est-ce que vous, vous la reconnaissez ? Est-ce qu'on
04:19la reconnaît quand on n'est pas médecin ?
04:21Est-ce qu'on voit la différence entre la personne qui s'endort très profondément et le petit moment où
04:28elle bascule dans la mort ?
04:29Alors, j'explique toujours comment les choses vont se passer pour le patient et surtout pour les témoins qui ne
04:37sont effectivement pas du tout habitués à accompagner quelqu'un jusqu'à la mort.
04:42Et je dis toujours qu'ils peuvent rester jusqu'au bout, mais ils peuvent s'écarter quand ils veulent.
04:46Ils ne sont pas obligés de rester jusqu'au bout.
04:48La majorité des personnes, une fois que je leur ai donné l'explication, restent néanmoins jusqu'au bout.
04:54Certains s'écartent.
04:55Et comment cela se passe-t-il ?
04:57La personne s'endort une fois que j'administre la médication.
05:01L'anesthésie est tellement profonde que l'endormissement s'accompagne d'un arrêt de la respiration.
05:08L'arrêt respiratoire signe le fait que la personne est profondément endormie.
05:13Je suis assuré que la personne est profondément anesthésiée parce qu'elle ne respire plus.
05:19Je n'utilise pas d'autres médications qu'un agent d'anesthésie.
05:25Et j'explique donc qu'une fois que la personne s'endort et arrête de respirer, il n'y a
05:30pas de mouvements normaux, il n'y a rien.
05:32Il y a simplement un changement de couleur progressif.
05:34D'abord, la personne s'assombrit un peu parce que le cœur continue à battre.
05:39Et puis quand le cœur s'arrête, la personne palie, blanchit.
05:43Et je dis toujours, je reste à côté de vous jusqu'à ce que je constate que le cœur est
05:48bien arrêté.
06:14François Dama, votre mère jouait du piano, du bac, du Chopin, du Schubert.
06:19J'ai choisi du Schubert.
06:21Vous et votre frère jumeau, Pierre, avez choisi la médecine.
06:27Et c'est très étonnant, le pourquoi.
06:30Le pourquoi avoir choisi la médecine.
06:33En tout cas, moi, ça m'a beaucoup étonnée.
06:35J'ai dit que j'avais choisi la médecine parce que je voulais savoir de quoi j'allais mourir.
06:38Oui.
06:40Choisir la médecine pour comprendre pourquoi on va mourir.
06:44De quoi on va mourir ?
06:46Parce qu'on sait qu'on va mourir.
06:47Mais de quoi ?
06:48Je ne voulais pas être surpris.
06:49Je voulais savoir, oui.
06:52À 18 ans, vous vouliez savoir ?
06:54Oh, bien avant 18 ans.
06:55Bien avant 18 ans ?
06:56Oui.
06:56Parce que votre père est mort brutalement quand vous étiez enfant ?
06:59Sans doute que j'étais en relation avec le fait d'avoir perdu son père, peut-être, oui.
07:03D'un accident, c'est ça ?
07:04Un accident, oui.
07:05Donc la mort était restée un mystère ? Quelque chose d'incompréhensible ?
07:11La mort de mon papa a été soudaine, brutale, oui.
07:15Il a été accidenté, il est mort le lendemain.
07:18Et je n'ai pas pu le revoir.
07:20Mais je ne pense pas que ce soit vraiment en lien avec cet événement-là.
07:30Pour moi, c'est la maladie qui conduit à la mort, que je ne voulais pas.
07:38Je désirais que cette fin me soit compréhensible, dans la mesure où on peut comprendre la maladie.
07:45Et je voulais aussi être capable de me préparer à la fin.
07:50Vous devenez médecin réanimateur, tous les deux.
07:53Et Pierre et François, les deux jumeaux.
07:55Médecins réanimateurs.
07:57C'est-à-dire, c'est le médecin qui se bat contre la mort.
08:00C'est le médecin qui, toute sa carrière, fait en sorte que son patient ne meure pas.
08:05Mais c'est aussi le médecin qui est probablement le plus confronté à la mort.
08:09Exactement, vous avez raison.
08:11C'est le médecin qui s'acharne.
08:13D'ailleurs, j'avais parfois un peu la réputation, parmi mes infirmières,
08:16d'être celui qui voulait aller, qui était un peu jusqu'au boutiste.
08:20Pour moi, c'était toujours à bon escient.
08:22Parce qu'effectivement, nous avions une réflexion majeure de savoir jusqu'où on pouvait ne pas aller trop loin.
08:30Et la notion d'acharnement thérapeutique a bien été créée par l'existence des services de réanimation.
08:39Vous étiez celui qui s'acharne contre la mort et maintenant, vous êtes celui qui l'a donné.
08:44Alors, parce que ce que j'ai découvert dans mon travail de réanimateur,
08:47c'est qu'au départ, quand on prend en soin quelqu'un pour lui sauver la vie,
08:52on se rend compte malheureusement, dans un certain nombre de cas, que la peine est perdue, qu'il n'y
08:57a pas d'espoir.
08:59Et j'ai appris à considérer que la mort n'est pas un échec.
09:04J'ai appris à considérer que lorsque le destin frappe,
09:08et que malheureusement, on ne pourra pas renverser la vapeur,
09:11il faut renverser son vecteur d'action en disant,
09:16maintenant, je sais que ce patient, malheureusement, ne pourra pas être sauvé,
09:19et je vais faire en sorte que, malgré le fait qu'il soit dans mon service d'animation,
09:23mais je vais faire en sorte que cette fin se passe dans les meilleures conditions possibles.
09:27Est-ce qu'il y a une bonne façon de mourir, docteur ?
09:31Alors, je pense qu'il y a de très mauvaises façons de mourir.
09:33Ça, c'est tout à fait clair.
09:35Le mal-mourir, c'est tout à fait visible et identifiable.
09:39C'est-à-dire, c'est une agonie qui n'en finit pas ?
09:42Par exemple, vous imaginez quelqu'un dans un lit intubé et qui convulse.
09:52C'est épouvantable à voir.
09:57Et les personnes qui sont en grande souffrance et qui agonisent comme ça pendant des heures ou des jours,
10:03ce sont des situations qu'on a bien connues autrefois.
10:08Et donc, je pense que le rôle de la médecine,
10:12la mission d'une médecin, est bien aussi celui d'accompagner la fin de vie.
10:16C'est bien d'ailleurs marqué dans la loi en Belgique, la loi sur le droit du patient.
10:21Mais, dites-vous ?
10:22Elle est bien que la mission de la médecine, c'est autre restaurer la santé ou la maintenir,
10:28c'est aussi accompagner la fin de vie.
10:30Mais il n'y a pas une seule bonne manière de mourir.
10:32Ah bien sûr, il n'y a pas une seule bonne manière, vous avez raison.
10:34Votre maman est morte sans acharnement thérapeutique, sans acharnement à l'hôpital.
10:43Mais sans intervention médicale.
10:44Mais sans intervention non plus.
10:46Simplement dans son lit.
10:47Ah bah oui.
10:48Entourée par de bonnes herbes, parce que c'était une femme très croyante, très catholique, très croyante.
10:53Oui.
10:53Et ça s'est très bien passé.
10:55Ah bah oui.
10:56Ça nous concerne peut-être entre 10 et 20% des décès, qui concernent des personnes souvent très âgées,
11:03et qui s'éteignent, comme je dis toujours, comme une vieille bougie.
11:07Et ça peut être tout à fait bien.
11:09Ça peut être tout à fait serein pour ceux qui entourent cette personne qui est en train de s'éteindre.
11:15Ça peut être vraiment bien vécu aussi.
11:19Et sinon, un accompagnement médical, comme on dit classique, c'est-à-dire en soins palliatifs,
11:25ça peut être très bien aussi, évidemment.
11:27Ça peut être quelque chose, d'ailleurs c'est bien l'enseignement des soins palliatifs,
11:31qui se transforme souvent le mal-mourir en des conditions correctes d'une fin de vie accompagnée.
11:38Écoutez la voix d'Anne Berthe.
11:40Elle a été atteinte de la maladie de Charcot.
11:42Elle avait fait le choix de médiatiser son choix de l'euthanasie.
11:46En Belgique, elle avait été accompagnée par la caméra d'un documentariste.
11:50Ça, c'est ce que c'est que la mort.
11:52Moi, ça ne me satisfait pas ce qu'on lit dans les livres.
11:54Donc moi, j'ai imaginé comment j'allais être morte, comment j'allais mourir.
11:59Ça ne fait pas du tout mourir que d'y penser.
12:01On n'est pas forcé d'y penser avec une tête d'enterrement.
12:05On n'est pas obligé d'y penser en pleurant.
12:07Je trouve que ça aide à vivre.
12:08Vous savez, moi, je suis encore en train de me construire.
12:11On se construit tout au long de sa vie.
12:12Et moi, dans ma fin de vie, je me construis avec ce que j'aborde un peu tous les jours,
12:17avec aussi tout mon entourage, tous les gens que je rencontre,
12:21avec la manière dont ils m'accompagnent.
12:23Ils me construisent aussi.
12:24Pour que l'intervention ait lieu, il faut que le patient demande,
12:27que le patient soit autonome, qu'il demande en pleine conscience de son choix.
12:32Il faut aussi que le médecin consente.
12:35Il vous est arrivé de refuser.
12:37Dans le livre, il y a l'histoire de Clara.
12:41Clara, elle avait 23 ans.
12:43Et vous lui avez dit non, au départ.
12:45Au départ.
12:46Elle avait l'âge de vos filles.
12:48Oui.
12:49Mais malheureusement, Clara avait une maladie incurable, évolutive,
12:54qui était responsable d'une souffrance majeure.
12:57Parce qu'elle avait des douleurs incroyables,
12:59de type colique hépatique, qui était inapaisable.
13:04Et en plus, elle avait malheureusement des séquelles de sa maladie mitochondriale,
13:09qui l'avait rendue aveugle.
13:11Et elle l'empêchait de se déplacer elle-même.
13:15Il fallait la transporter d'un endroit à l'autre.
13:18Et elle a demandé pour finir par mourir.
13:22Par qu'on l'ait de mourir.
13:23Et ça a été vraiment un accompagnement de plusieurs mois.
13:27À la fois pour me convaincre, moi, l'acteur auquel elle se confiait,
13:33mais aussi pour convaincre son entourage, et particulièrement son père,
13:37qu'il ne pouvait pas accepter la fin de sa fille.
13:41C'était bien évidemment compréhensible.
13:43Nous avons tous, pour finir, été en phase.
13:47Et son père me dira, nous sommes des frères d'armes.
13:52Vous avez dit oui.
13:55Vous avez accompagné Clara dans la mort.
13:58Vous avez pratiqué l'intervention.
14:00Vous dites que vous avez fondu en larmes quand elle s'est éteinte.
14:05J'ai fondu en larmes devant sa maman.
14:09Devant sa maman.
14:10Devant sa maman, lorsque nous avons réévoqué sa fin, j'ai pleuré avec elle.
14:15Quand je parle des choses et que j'évoque, les expériences que j'ai,
14:21les interventions que je fais, je pleure souvent.
14:25Je suis souvent très ému.
14:27Donc on ne s'habitue pas ?
14:31L'émotion n'est pas quelque chose qui m'effraye.
14:35Je pense que c'est quelque chose qu'il faut pouvoir dominer à un moment donné lors de l'action.
14:45Mais après, il est normal qu'on s'exprime et qu'on partage aussi, bien sûr.
14:50Vous avez pratiqué des interventions assez inhabituelles, docteur Dama.
14:58Vous avez accompagné deux de vos frères.
15:00Oui.
15:01Donc vous êtes issu d'une grande fratrie.
15:04Vous étiez six.
15:05Deux de vos frères, en fin de vie, ont fait appel à vous.
15:08Oui, effectivement.
15:09Est-ce que beaucoup de médecins auraient refusé ?
15:12Alors, vous savez, accompagner quelqu'un jusqu'à la fin, pour moi c'était un privilège pour finir.
15:18Et j'ai eu vraiment un sentiment de gratitude vis-à-vis d'eux qui m'ait demandé de les
15:29accompagner jusque-là.
15:30Je ne pensais pas qu'ils allaient demander l'euthanasie, je me suis dit.
15:32Je ne pensais pas qu'ils allaient le faire.
15:34Alors, Jacques était atteint d'un lymphome aigu.
15:37Oui, il était médecin.
15:38Il était médecin aussi ?
15:39Il était médecin aussi.
15:40Vous étiez tous médecins ?
15:42Non, nous étions trois médecins et deux ingénieurs.
15:44Ah, donc tous des scientifiques.
15:46Et Philippe était atteint d'un cancer de la prostate métastasée.
15:50Oui, arrivé au stade ultime, oui.
15:54C'est ça.
15:54Vous avez en tout cas tous reçu des prénoms chrétiens ?
15:57Absolument.
16:00Et là, vous avez pleuré pour vos frères ?
16:02Oui, bien sûr.
16:04Bien sûr.
16:05Mais pour les deux, nous étions dans le sentiment d'accomplissement.
16:15On était vraiment à la fin du parcours.
16:18Et j'aime bien dire que l'euthanasie, qui est le choix du malade,
16:23et la capacité de sa part de pouvoir choisir son dernier jour, sa dernière heure,
16:30comme il est capable de programmer sa fin, il la prépare avec sa famille,
16:34et il construit son dernier parcours,
16:36qui puisse y avoir encore du sens pour lui et pour son entourage,
16:40comme un véritable dernier projet de fin de vie.
16:43Ce n'est pas à chaque fois qu'on fait une euthanasie
16:46que cette histoire se construite d'une manière aussi aboutie.
16:51Mais pour ce qui est de mes frères, oui, ça a été le cas.
16:54Et particulièrement pour mon frère aîné,
16:55parce que ça a été l'occasion d'une réconciliation avec ses deux fils aînés.
17:02Et donc, moi, je pense que chaque fois qu'on se revoit,
17:04on a du bonheur à réévoquer.
17:07C'est ça, c'est étonnant.
17:08On reparle de la fin de vie de ses parents.
17:10Habituellement, on le cache, on n'en parle plus.
17:12On en reparle d'une expérience qui...
17:15C'est devenu un très beau moment dans la famille.
17:17Tout à fait.
17:18Tout à fait.
17:19Et on est fiers de ça.
17:20Ce qui est très beau et très étonnant,
17:24puisque chez vous, la mort réconcilie,
17:26c'est que votre frère jumeau, Pierre,
17:29qui lui est resté croyant, qui lui est resté catholique,
17:33vous n'avez pas du tout le même regard sur la mort, forcément, tous les deux.
17:37Non ?
17:38Mais nous avons partagé les choix de nos deux frères.
17:42Il était là.
17:43Il était là.
17:44Il a même participé pour mon frère Jacques.
17:49Oui, on était tous ensemble.
17:51Je voudrais un dernier mot, docteur,
17:53parce que vous dites cette phrase très simple,
17:56qui n'est pas forcément facile à comprendre.
18:00La mort naturelle n'existe plus, dites-vous.
18:03Est-ce que vous pouvez nous expliquer ?
18:07Alors, la majorité des décès se déroulent dans le cadre d'une médicalisation.
18:14Oui.
18:16Et donc, une véritable mort naturelle qui vient à son honneur,
18:21sans avoir été influencée par une décision médicale ou par l'administration de médication,
18:26elles sont très minoritaires.
18:28C'est ça.
18:28Et vous vous dites, parce que la vie humaine est sacrée,
18:31nul n'aurait le droit d'y mettre un terme.
18:34Et parce que nul n'aurait le droit d'y mettre un terme,
18:37la mort devrait être naturelle.
18:39Et donc, que font les docteurs ?
18:40Ils bricolent.
18:41Ils se donnent pour ambition de naturaliser la mort.
18:58de manière à se dédouaner, en quelque sorte, de l'intervention médicale.
19:04Or, lorsque la loi en France, jusqu'à ce qu'elle soit modifiée,
19:09prévoyait la sédation profonde et continue jusqu'au décès.
19:13Une sédation profonde et continue jusqu'au décès,
19:17ça veut dire que c'est une anesthésie générale.
19:19C'est ça.
19:20Et l'anesthésie générale précipite la faim.
19:22C'est évident qu'elle n'est pas du tout naturelle.
19:25Or, la pratique de la loi,
19:29enfin, cette loi dite Lionetti et Clarisse-Lionetti,
19:32a été rendue impossible,
19:34parce que, justement,
19:36les médecins ne voulaient pas du tout assumer
19:38cette intention de mort qu'ils doivent porter
19:41lorsqu'ils prescrivent une sédation profonde et continue.
19:44Et je sais bien que je choque un certain nombre d'entre eux
19:46lorsqu'ils m'entendent dire ça.
19:47Mais nous ne voulons pas nous cacher de notre petit doigt, comme on dit.
19:50On doit assumer notre intention de mort.
19:52Quand j'arrête un respirateur en réanimation,
19:55je sais que la personne va mourir dans les heures qui suivent.
19:59La majorité des décès en réanimation
20:01sont des morts programmées, déjà.
20:04Le médecin doit pouvoir assumer une fin
20:06parce que cette fin doit se passer dans de bonnes conditions.
20:09Et la bonne condition suppose que le médecin
20:11utilise les médications adéquates
20:13pour que les choses se passent bien.
20:15Et donc, il doit assumer cette intention de mort.
20:17Mais ce ne sont pas des euthanasies, ceci dit.
20:19Ce ne sont pas des euthanasies.
20:20François Dama et Marion Coquet
20:22co-signent l'intervention qui paraît chez Grasset.
20:26Merci docteur.
20:27Merci Madame de Villers.
20:28Merci à mes Tipeurs et sous-titrage Société Radio-Canada.
20:29Merci à tous.