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  • il y a 2 semaines
Trente ans après la disparition de François Mitterrand, ce film dresse un portrait littéraire tout en archives, écrit et raconté par Mazarine Pingeot. François Mitterrand était-il vraiment en paix avec son choix de vie politique ? Et si sa carrière publique n'avait été qu'un enchâssement dans une existence plus vaste et plus intime, celle de la littérature ?
Ce documentaire explore la vie intérieure de François Mitterrand sous un angle inédit, celui de l'écrivain qu'il n'a jamais cessé d'être. De l'enfant livrovore à l'élu polygraphe, de ses discours brillants à ses amitiés littéraires, en passant par l'immense corpus des Lettres à Anne et du Journal pour Anne, la trajectoire de François Mitterrand ne peut pas être séparée du champ littéraire.
A l'occasion des trente ans de sa disparition, sa fille Mazarine Pingeot entreprend de lire enfin les textes laissés par son père. Philosophe, écrivaine et témoin directe de son héritage, elle raconte cette autre vie possible - celle qui aurait sans doute transformé la sienne - et mène ce récit à la fois comme fille et comme femme de lettres attentive à la crise démocratique actuelle.
À travers son regard, se dessine un Mitterrand habité par la langue française, dont la vision du monde et la pratique du pouvoir furent façonnées par la littérature. Ce portrait intime mêle archives méconnues, manuscrits, photos et lettres inédites. Mazarine Pingeot y interroge pour la première fois à l'écran l'héritage de son père, questionnant ce que devient le goût des mots et du temps long dans notre civilisation de l'instant.

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Transcription
00:05Je suis chaque jour stupéfait de rencontrer des passants qui me disent
00:11« Ah, mais comment mais vous lisez des livres ? »
00:15Comme si un homme politique était dans l'opinion publique une sorte de robot spécialisé
00:19pour gérer les affaires du pays, étant bien entendu que je suis convaincu
00:22que s'il n'était que cela, il gérerait fort mal.
00:27Ça l'amuse, mon père, cet étonnement, lui qui a passé sa vie à lire.
00:31Mais il va plus loin. Un homme politique qui ne lirait pas,
00:35en réduisant la politique à de la simple gestion, serait également un mauvais gestionnaire.
00:44La photographie officielle prise par Gisèle Freund en 1981
00:48le montre devant une bibliothèque, un livre à la main.
00:51Mon père lui aurait dit « Tenez compte que je suis un écrivain avant d'être un homme politique. »
00:58La bibliothèque, c'était pour lui un espace à la fois charnel et spirituel.
01:04Il a choisi pour moi, qui devait pourtant passer inaperçu, le nom d'une bibliothèque,
01:09la Bibliothèque Mazarin, en face du Louvre.
01:13Alors oui, bien sûr, la bibliothèque n'est pas un simple décor
01:17et l'ouvrage entre ses mains est plus qu'un symbole, c'est son identité.
01:32J'ai longtemps hésité à écrire ce documentaire.
01:35En général, je refuse ce genre de propositions,
01:38à cause du mélange des genres.
01:40Mon père est mon père, je n'ai pas grand-chose à dire sur le président.
01:45Mais sur l'homme de lettres, moi qui ai consacré ma vie à écrire.
01:50J'ai toujours pensé que mon travail d'écrivain n'héritait pas de l'ambition littéraire souterraine de mon père.
01:56Mon écriture plonge ses racines dans le secret dans lequel j'ai vécu,
02:00dans l'interdiction de dire.
02:05La vraie raison qui a fini par me convaincre est ailleurs.
02:08L'abandon de la langue, le mépris de la culture,
02:12sont à mon sens directement liés à la crise de la démocratie.
02:16Alors oui, rappeler que mon père a toujours tenu ensemble les lettres et la politique,
02:22c'était urgent et nécessaire.
02:31Est-ce que vous ne croyez pas qu'il est contradictoire de rechercher une certaine paix intérieure
02:35et de briguer des responsabilités nationales ?
02:38Non, au contraire, je ne crois pas qu'on puisse être un grand homme politique
02:43si l'on n'est pas d'abord, ou enfin, connaisseur de soi-même.
02:54Aurait-il pu, aurait-il dû choisir entre les deux ?
02:58C'est une question qu'il s'est posée.
03:01Et si la littérature avait été sa vie, ça aurait changé la mienne.
03:14J'aime écrire.
03:16Je pense que si je n'avais pas été absorbé par ma vie politique,
03:20j'aurais aimé consacrer partie de ma vie à construire une œuvre littéraire.
03:27En avais-je le talent, j'en avais en tout cas le goût.
03:30Mais ce qui m'a manqué, c'est l'unité de l'esprit.
03:33Le téléphone qui vous déchire l'oreille, la visite impromptue,
03:40il faut l'unité de l'esprit.
03:44Mon père a eu plusieurs vies tout en restant fidèle à chacune.
03:48L'équation semble impossible, et pourtant,
03:51il pouvait être ainsi morcelé en maintenant son unité,
03:55multiple et fidèle.
03:57Je me suis souvent demandé où se loger le noyau,
04:00celui qui permet de tout tenir ensemble sans se fragmenter soi-même.
04:03La réponse est j'arnaque.
04:06L'enfance.
04:08Le silence.
04:14Je grandis sous le ciel mouillé d'Aquitaine.
04:17Notre maison était posée au bord de la Charente,
04:20sur la rive du droit coutumier.
04:23Je vous épargnerai le lot classique des souvenirs.
04:27Un mur sous le soleil,
04:29la liberté à portée des jambes et de l'imagination.
04:34Ribérac et Optère sont l'une et l'autre riveraine d'une belle rivière,
04:38la Drône.
04:40Observation qui n'a aucun intérêt pour mon récit,
04:42je les note simplement pour le plaisir d'écrire ces noms.
04:47Comme chez Proust,
04:49les noms contiennent un monde.
04:51Celui de l'enfance,
04:53celui des rêves.
04:55Pour mon père, c'est évident,
04:57la littérature s'enracine dans son paysage natal.
05:00Il y a un lien de parenté,
05:02peut-être même que son paysage avait besoin d'être écrit
05:04pour exister au-delà de lui.
05:07Tout ce qui est en moi se rattache à Jarnac.
05:12Je suis charentais,
05:14je n'ai pas de naturel tellement bavard.
05:16J'aime bien me taire.
05:18Et c'est vrai qu'il y a une forme de discrétion charentaise
05:21dont j'ai pris ma part.
05:32Cette atmosphère,
05:33on la retrouve dans ses romans du 19e et du début du 20e siècle
05:37qu'il lisait et consignait dans un petit carnet.
05:41Tous ces romans où une discrète campagne française
05:44abrite des familles bourgeoises,
05:45rivées à la terre et aux saisons,
05:47aux rites religieux qui scandent le temps.
05:52La lecture y est une distraction,
05:54parfois une évasion.
05:55Les soirées sont longues,
05:57on parle peu.
06:02Son père, Joseph, mon grand-père,
06:04était silencieux.
06:06Sa mère, Yvonne, ma grand-mère,
06:09était une catholique fervente,
06:10mais humaniste,
06:11issue d'une tradition républicaine.
06:13Elle devait sans doute élever la voix
06:15au milieu de ses huit enfants.
06:17À 16 ou 17 ans,
06:19quand je suis arrivé à Paris,
06:20je me sentais provincial,
06:23content de l'être
06:24et un peu déchiré de perdre mes racines.
06:30Je ressens si fort cette déchirure matinée d'excitation.
06:34Il oublie de dire
06:35« À 19 ans, il a perdu sa mère,
06:38morte à 55 ans.
06:40Et sa mère,
06:41c'est jarnac. »
06:43On confond vite les lieux
06:44et les gens qu'on aime.
06:46D'ailleurs, il le dit,
06:48et c'est étonnant,
06:49car lorsque j'écris ces lignes,
06:50je n'ai pas encore entendu
06:51l'archive suivante où il dit
06:52« J'ai vécu dans le pays de ma mère. »
07:00Avant de mourir,
07:01elle s'était assurée
07:02de recommander mon père
07:03à François Moriac
07:04lorsqu'il est monté à Paris.
07:05« Nous avions déjà
07:07notre grand écrivain régional,
07:08comme je l'ai écrit
07:09avec un peu
07:11un tournis de méchanceté
07:13un peu plus tard,
07:14qui était François Moriac.
07:16Je dois dire que
07:17j'ai été très marqué
07:19par le mystère Frontenac,
07:21par surtout le vipère.
07:24Je l'ai conté. »
07:29Moriac a conté,
07:31tout comme la figure de Robert,
07:33son oncle prodige,
07:34mort à 19 ans
07:35d'une maladie
07:36au lycée Henri IV.
07:37Mon père a voulu suivre ses pas
07:39et préparer le concours
07:40de l'école normale supérieure.
07:44Arrivé à Paris,
07:46il a changé d'avis,
07:47préférant découvrir la vie
07:49que s'enfermer
07:49dans une bibliothèque.
07:53C'est dans ce lycée
07:54que j'ai préparé
07:54le même concours.
07:56Et je dirais
07:57que d'une certaine manière,
07:59j'ai réparé
07:59ce léger manquement
08:00à la mémoire familiale,
08:02raison profonde
08:03de la joie de mon père
08:04lorsque j'ai été reçue
08:05à Normale Supérieure.
08:201930.
08:21Les stars à Paris
08:22s'appellent Cocteau,
08:23Gide,
08:24Aragon.
08:25Les jeunes provinciaux,
08:26férus de littérature,
08:27montent à la capitale
08:28dans l'espoir
08:29de les rencontrer.
08:30Ils ne se rendent pas
08:31à des concerts
08:32pour hurler dans la fosse,
08:33n'accrochent pas
08:34des posters de rockers sexy
08:35sur les murs
08:36de leur chambre,
08:37comme je l'ai fait
08:37adolescente.
08:38Ils ne likent pas
08:39des youtubeurs
08:40comme mes enfants
08:40sur leur écran.
08:41Ils se rendent
08:42à des congrès littéraires.
08:46Le congrès
08:47de la pensée française
08:48s'est réuni à Paris
08:49groupant savants,
08:50écrivains
08:51et artistes français,
08:52parmi lesquels
08:53le poète Louis Aragon
08:55qui a réclamé
08:55de nos écrivains
08:56des œuvres dignes
08:57des héros
08:58de notre peuple
08:58et M. François Mauriac,
09:00le célèbre romancier.
09:02Au service de la paix,
09:04est-il pour la pensée française
09:05de plus noble ambition ?
09:12La littérature,
09:13dans la bouche d'Aragon,
09:15doit mener à la politique.
09:16Elle propose
09:17un récit collectif.
09:19La politique sans récit
09:20est devenue de la gestion,
09:22qui ne fait plus rêver personne.
09:25Mon père, jeune homme,
09:26a beaucoup rêvé.
09:28Et ce rêve,
09:29il le devait aux écrivains.
09:31La révélation,
09:32elle est venue
09:33à travers l'ANRS.
09:35La revue.
09:36Là, tout d'un coup,
09:37je suis entré dans un monde
09:37qui m'a ébloui.
09:39Alors, c'était
09:40l'arrivée de Gide,
09:41c'était l'arrivée
09:41de Martin Dugar,
09:43c'était l'arrivée
09:43de Stamberger.
09:48Quand j'étais étudiant
09:49à Paris,
09:50je rêvais d'aventure.
09:52Je ne pensais pas
09:53à la politique,
09:54mais, d'une certaine manière,
09:56je me voyais
09:57en homme de pouvoir.
10:03En 1965,
10:05mon père se présente
10:06contre le général de Gaulle.
10:11Il est moins connu,
10:13député de la Nièvre,
10:14on ne le prend pas au sérieux.
10:17Leur inimitié
10:19remonte presque
10:19qu'à leur première rencontre,
10:21en 1943,
10:22à Alger.
10:24De Gaulle veut fusionner
10:25des mouvements de résistance,
10:27de prisonniers de guerre.
10:28Mon père s'y oppose.
10:30Et le général
10:31finit par lui
10:31donner congé froidement.
10:35Je n'ai pas toujours été opposant
10:37à De Gaulle
10:37quand De Gaulle
10:38était le chef
10:39de la résistance
10:40et le mainteneur
10:41de la France.
10:43Je me suis séparé de lui
10:44quand il est devenu
10:45le chef d'un parti
10:45et d'un parti de droite,
10:47c'est-à-dire
10:47qu'il ne correspondait pas
10:49à mes opinions politiques.
10:51Il faut prendre
10:52les choses
10:52comme elles sont,
10:53car on ne fait pas
10:54de politique
10:55autrement que
10:56sur des réalités.
10:57Bien entendu,
10:58on peut sauter
10:59sur sa chaise
11:00comme un cabri
11:00en disant
11:01l'Europe, l'Europe, l'Europe,
11:03mais ça n'aboutit
11:04à rien
11:04et ça ne signifie rien.
11:06Le choix à faire.
11:09Il est entre
11:10le général De Gaulle
11:10et moi.
11:17Mitterrand,
11:17il dit des choses
11:19terribles
11:20sur De Gaulle.
11:21Et en 1963,
11:22il se met à écrire ça.
11:23Et il écrit un livre
11:24qui est un pamphlet
11:25d'une violence incroyable
11:26et le meilleur livre
11:28de Mitterrand.
11:31La personnalité
11:32du général De Gaulle,
11:34libérateur de son pays,
11:3514 ans avant
11:36d'en devenir dictateur
11:38et riche
11:38de tant d'attraits
11:39qu'elle survivra
11:40à son œuvre
11:41finalement assez mince.
11:45C'est un style
11:45de grand pamphétaire.
11:47C'est écrit
11:47en pensant
11:48à Châteaubriand
11:49dans les mémoires
11:50d'Outre-Tombe
11:51vis-à-vis de Bonaparte
11:53et Hugo
11:54écrivant
11:54sur Napoléon le Petit.
11:56Il a les deux références
11:57en tête.
11:58On est en plein 19e
11:59au niveau du style
12:01et il dénonce
12:02qui ?
12:03Un homme
12:03qu'il juge
12:04être un homme
12:05du 19e.
12:10Thierry Clermont-Tonnerre,
12:11mon éditeur,
12:12trouve certains passages
12:13un peu durs
12:14et craint la saisie.
12:15Ce qui ferait d'ailleurs
12:16un drôle de scandale
12:18que je ne cherche pas.
12:19Je veux bien polir
12:20les passages incriminés
12:22mais pas modifier
12:23leur sens.
12:28Y compris sur la qualité littéraire,
12:30les critiques
12:31opposent de Gaulle
12:32à mon père.
12:33On sent que ce n'est pas
12:34un style naturel.
12:35Ni l'un ni l'autre
12:36ne sont Proust ou Céline,
12:37c'est clair.
12:38Et ce n'est pas
12:38leur ambition d'ailleurs.
12:40Je pense que leur ambition
12:41était très vaste
12:42et qu'ils auraient volontiers
12:43été aussi Proust et Céline.
12:46Ça n'est pas totalement faux.
12:48Non qu'ils aient voulu,
12:49l'un comme l'autre,
12:49être les plus grands écrivains,
12:51quoique,
12:52mais enfin,
12:53marquer leur temps
12:53par leurs plumes,
12:54en plus de leurs actions,
12:56ne leur aurait pas des plus.
12:57De ce point de vue,
12:59je pense qu'il est
13:00à la hauteur de de Gaulle,
13:02c'est-à-dire quelqu'un
13:03qui est tout le temps
13:05en train de rapporter
13:06le présent
13:07à un certain ailleurs
13:08qui est celui des livres.
13:09Et il se promène
13:10avec cette bibliothèque,
13:11ce qui lui donne
13:12presque un air absent,
13:13l'absence qu'ont les rêveurs
13:15nourris de lettres,
13:16nourris de grandes lectures.
13:25Il y a toute une donnée littéraire
13:28qui, moi, m'attire absolument,
13:31comme la lumière dans la nuit
13:35avec tous ces insectes autour.
13:36C'est la dimension de l'espace.
13:39Et il me semble
13:40que cette dimension littéraire
13:43est nécessaire
13:44au-delà de la littérature
13:46et nécessaire à la politique,
13:47c'est-à-dire à la vie des hommes
13:48dans la société d'aujourd'hui.
13:50Ils étouffent,
13:51ils manquent d'air.
13:56La politique exige l'action,
13:58la décision, l'urgence.
13:59Pas d'opposition ?
14:00Elle se nourrit de l'actualité.
14:02La littérature
14:03est ce pas de côté,
14:05ce chemin de traverse,
14:07cet autre monde
14:07qui exige un temps pour elle,
14:09un temps à elle.
14:14Ces deux temporalités
14:15sont contraires.
14:17Mon père aimait bien
14:18les contraires.
14:19Il aimait surtout
14:20être maître de son temps.
14:24Dans le secret de sa pièce,
14:25à Latch,
14:26une grange transformée
14:27tout à la fois en chambre,
14:28bureau,
14:29lieu d'isolement
14:30et de souvenirs,
14:31il continue
14:32son parcours étonnant.
14:36Je sais que je travaille mieux
14:37quand je laisse la parole
14:38et l'action à la porte,
14:40à chacun sa drogue.
14:42La mienne
14:43est le silence.
14:45Comme il se doit,
14:46je l'aime,
14:47je le crains.
14:48Mais sans lui,
14:49je perds ce sens subtil
14:51qui permet de communiquer
14:52avec l'âme des choses.
14:54Les perceptions
14:55s'usent vite.
14:57Trois mois de Paris
14:58et je m'embrouille
15:00dans les odeurs
15:01de la forêt.
15:02C'est le signal d'alerte.
15:04Lorsque je ne reconnais plus
15:06la démarche de la nature,
15:08je suis prêt
15:08d'ignorer
15:09celle des hommes.
15:20Mon père n'est pas un citadin.
15:22Il vit à Paris,
15:23il en aime les rues,
15:25l'atmosphère.
15:26Mais son fond est tissé
15:27de campagnes,
15:28pas de mer,
15:29pas de hautes montagnes,
15:30de campagnes austères
15:32et discrètes,
15:33mais dont la présence
15:34est entêtante.
15:38Quant à moi,
15:39je regrette
15:40parfois qu'il était
15:40si silencieux
15:41qu'il ne m'ait pas
15:42plus parlé de lui,
15:43de ses craintes,
15:45de ses tourments.
15:46Il a eu besoin
15:47de me conseiller
15:47des livres
15:48qu'il racontait
15:49mieux que lui-même.
15:50Dominique de Frementin,
15:52Le Rouge et le Noir,
15:53tout Stendhal,
15:54Madame Bovary
15:55et tant d'autres.
15:56Je les revois
15:57en forme à poche
15:58et moi les lisant
15:59allongée dans l'herbe grasse
16:01en Auvergne.
16:04Je lui avais déjà dit
16:05que je voulais
16:06devenir écrivain.
16:07Alors il me donnait
16:08à lire
16:09ce qui avait fait naître
16:09chez lui
16:10le même désir.
16:11La porte étroite
16:12de Gide,
16:13par exemple.
16:14Il savait que ce livre
16:15allait me toucher au cœur.
16:17Pourquoi ?
16:17Je l'ignore.
16:19Nous n'en avons
16:20qu'à peine parlé.
16:21C'était une évidence.
16:22Voilà tout.
16:24Une autre manière
16:25de dialoguer.
16:29Trône au-dessus
16:30de mon bureau
16:30une photo de Gide
16:31prise par Giselle Freund
16:33comme pour veiller
16:34sur mon écriture.
16:36Après tout,
16:37mon père n'a jamais
16:38pu lire mes livres.
16:39Mais il est là,
16:41quelque part.
16:48Je n'ai jamais lu non plus
16:50in extenso
16:50ses propres ouvrages.
16:52J'ai feuilleté
16:53La paille et le grain
16:53ou L'abeille et l'architecte,
16:55mais j'ai beaucoup de mal
16:56à le lire,
16:57comme si sa langue écrite
16:58n'était pas celle de mon père,
17:00pas celle non plus
17:01du président
17:02et d'un homme
17:02que je ne connais pas
17:03tout à fait.
17:04Et j'aurai l'impression
17:06de trahir mon père
17:06en découvrant cet homme.
17:09D'ailleurs,
17:10je déteste lire
17:11les livres
17:12qu'on a écrits sur lui.
17:14Peut-être qu'avec le temps,
17:15je rouvrirai
17:15la paille et le grain.
17:20François Mitterrand,
17:21quand nous nous sommes vus,
17:23vous m'aviez dit
17:24« On vous savait,
17:25ça ne sera pas
17:26un best-seller »
17:26puisque aucun de mes livres
17:28n'a jamais été
17:28un vrai best-seller.
17:30Celui-là,
17:30on est un.
17:31Depuis qu'il est sorti,
17:33est-ce que ça vous fait plaisir ?
17:35Oui,
17:35oui,
17:36ça me fait plaisir.
17:37Je pense,
17:38peut-être une part
17:39de vanité,
17:40je ne pense pas
17:41dans la mesure
17:44où les vanités,
17:47disons,
17:47je suis devenu
17:48très exigeant
17:49pour en avoir.
17:52Plus de 100 000 exemplaires.
17:55Les autres livres
17:56stagnaient à 30 000,
17:5740 000,
17:58ce qui est déjà
17:59un exploit
17:59au regard des chiffres
18:00d'aujourd'hui.
18:03écrire était sa manière,
18:05pudique et limitée,
18:06de se dévoiler
18:07à ses électeurs.
18:09Comment définir
18:10cette ouvrage ?
18:10Est-ce que c'est une chronique,
18:11des notes,
18:12un journal ?
18:13C'est entre la chronique
18:15et le journal.
18:16Chronique,
18:16forcément,
18:17parce que je suis
18:18un responsable politique,
18:20j'écris de temps à autre
18:22dans l'hebdomadaire
18:23du Parti Socialiste
18:24qui s'appelle
18:24Unité
18:25et je suis donc amené
18:26à commenter l'actualité.
18:27Ce sont des chroniques.
18:28Et puis,
18:29c'est devenu aussi
18:30un peu un journal,
18:30mais ce n'est pas
18:31un journal intime.
18:32j'aurais dans ce cas-là
18:33encore beaucoup
18:34d'autres choses
18:34à dire,
18:34sûrement.
18:37Mon père se méfiait
18:38des journaux intimes.
18:40Déjà,
18:41en 1938,
18:42il était critique,
18:43presque virulent
18:44lorsqu'il les évoquait,
18:46répondant à une enquête
18:47de la revue
18:47Montalembert.
18:50On sait bien
18:51qu'une personne réelle
18:52n'a pas grand-chose
18:53à nous apprendre
18:53sur ce qu'elle est.
18:55On écrit donc
18:56les aveux
18:57de quelqu'un d'autre,
18:58plus pur,
18:59plus noir,
19:00plus vif,
19:01plus sensible
19:02et même plus soi
19:04qu'il n'est permis.
19:05Car le soi
19:06a des degrés.
19:09J'adore cette idée
19:10énigmatique
19:10que le soi
19:11a des degrés
19:12en fonction des autres
19:13qui vous lisent,
19:14qui vous jugent,
19:15qui vous entourent.
19:17Le moi social
19:18est différent
19:18du moi littéraire,
19:19par exemple.
19:21Pour mon père,
19:22l'intime se trouvait
19:23moins dans l'écriture
19:24que dans la lecture.
19:27La France
19:28et sa géographie
19:29étaient ce qu'il avait
19:30de plus intime.
19:31Enfin,
19:31ce qu'il pouvait dire
19:32publiquement
19:33de plus intime.
19:35Vous écrivez ceci,
19:36l'âme de la France,
19:37inutile de la chercher,
19:38elle m'habite.
19:39Qu'est-ce que c'est
19:39que cette âme de la France ?
19:41J'ai une connaissance
19:42physique de la France,
19:43un amour physique
19:44de la France.
19:47Voilà,
19:48je n'ai pas besoin
19:49qu'on me parle,
19:49qu'on me fasse
19:50des leçons
19:50sur l'amour de la France.
19:52La France,
19:52pour moi,
19:53c'est moi.
19:54C'est moi,
19:55sous certains aspects.
19:56Le saule,
19:57là,
19:57le long de petites rivières,
19:59le coton
19:59qui s'élève comme ça,
20:01les espèces d'arbres,
20:02bref,
20:03je suis,
20:03moi-même,
20:04je me sens
20:05partie prenante
20:06de la géographie
20:06de la France.
20:07Alors voilà,
20:08c'est tout,
20:08ce n'est pas très intellectuel,
20:09ça, hein ?
20:10Mais à partir de là,
20:11on peut peut-être
20:11avoir des idées.
20:25Sans doute parce que
20:26ces paysages étaient
20:27adéquats à sa plume
20:28qui pouvait en épouser
20:29les moindres nuances,
20:31elle avait fait
20:31ses gammes en charonte.
20:32Et la charonte
20:33rendait à tous
20:34les autres paysages français,
20:36particulièrement
20:37ceux du centre,
20:38leurs secrets.
20:47Vézelay,
20:48Vézelay,
20:49Vézelay,
20:51Vézelay.
20:52Connaissez-vous
20:53plus bel Alexandrin
20:54de la langue française ?
20:56J'en ai mieux aimé
20:57Aragon.
20:58Aujourd'hui,
20:59j'y suis revenu
21:00d'instinct.
21:05Mon père y allait
21:06souvent avec ma mère.
21:07Moi-même,
21:08j'avais été
21:08de certains voyages.
21:10J'étais petite,
21:11je m'en souviens
21:12à peine.
21:13Et franchement,
21:14un enfant ne comprend rien
21:15à cette relation érotique
21:16aux vieilles pierres
21:17et aux champs d'herbes sèches.
21:19Pourtant,
21:20j'ai la même
21:20avec mes lieux à moi.
21:26Mon père était adepte
21:28des cérémoniaux
21:29qui scandaient
21:29sa propre durée.
21:31Vézelay,
21:32Solutré,
21:33il répétait les gestes,
21:34les voyages
21:35dans des lieux
21:36qu'il connaissait par cœur,
21:37comme si ce rythme
21:38assurait une permanence.
21:42Solutré,
21:43c'était Daniel.
21:44Pour le reste,
21:46caché aux journalistes
21:47et aux caméramens,
21:48c'était ma mère.
21:54Ah, viens m'aider,
21:55mon âne.
21:56Je redoute la nuit,
21:59j'étouffe.
22:00Tu n'es pas là.
22:02Oh, âne,
22:04comment peut-on détruire
22:05un tel lien ?
22:07Je n'ai plus de pays
22:08si tu es loin de moi.
22:24Voilà maintenant
22:25qui s'annonce
22:26comme le phénomène
22:27d'édition
22:28de cet automne.
22:29Jeudi prochain,
22:30Gallimard va publier
22:301218 lettres d'amour
22:32écrites par
22:33François Mitterrand,
22:34des lettres
22:35adressées à Anne Pinjot,
22:36une relation restée
22:37clandestine
22:38pendant 34 longues années.
22:40Des pages
22:41qui éclairent d'un jour
22:42nouveau
22:42la personnalité
22:43de l'ancien président.
22:45Anne Pinjot,
22:45vous avez choisi
22:46de publier
22:47l'ensemble
22:48des lettres
22:49et des messages
22:50qu'il vous a adressés
22:52de 1962
22:53jusqu'à
22:54quasiment à sa mort.
22:56C'est un événement
22:56considérable
22:57à la fois d'un point de vue
22:58littéraire
22:59et d'un point de vue
23:00historiographique.
23:01Je ne sais pas
23:02si j'ai bien fait.
23:03Je ne sais pas.
23:04Il fallait mieux
23:05attendre
23:06une publication
23:07posthume.
23:09Il savait
23:09que je conservais
23:10tout
23:10par métier
23:12et par nature
23:13mais
23:14est-ce qu'il voulait
23:15que ce soit publié ?
23:16Vous voyez,
23:17c'est toujours
23:17que je me pose la question.
23:20Lire ce qui m'a précédé
23:21me met mal à l'aise.
23:23Ça n'est pas censé
23:24me concerner.
23:26Certes,
23:26la lecture en est fascinante,
23:28les lettres magnifiques.
23:30C'est d'ailleurs
23:30leur beauté
23:31qui me sert d'armure.
23:33Je les appréhende
23:34comme une œuvre
23:34pour ne pas avoir
23:36à les lire
23:36comme la correspondance
23:37entre mes parents.
23:39J'embrasserai ta main
23:41très doucement.
23:42Tu ne sauras pas
23:43d'où vient cette caresse.
23:45Ton rêve
23:46t'aura mené
23:47dans les hautes herbes,
23:49sur les pentes
23:49que tu aimes,
23:51parmi les grands oiseaux.
23:53Je voudrais
23:54que tu souris
23:54à la beauté,
23:56à l'harmonie.
23:58Je retiendrai
23:59mon souffle.
24:00Nous ne serons plus
24:02seuls,
24:03mon âne.
24:14Ces lettres
24:15rétablissent une vérité
24:16qu'on ignorait légitimement,
24:17le rôle de ma mère.
24:20Souvent,
24:20on me demande
24:21s'il m'arrivait
24:22de voir mon père,
24:23si son absence
24:24n'était pas trop douloureuse.
24:26Mais je le voyais
24:26tout le temps.
24:27Et l'histoire
24:28dont je viens
24:29est si riche,
24:30si tumultueuse,
24:32si secrète,
24:33que je n'ai fait
24:34qu'atterrir au milieu.
24:42Vous avez choisi
24:43de publier
24:44Corollet,
24:45le journal
24:46qu'il a rédigé
24:47pour vous,
24:47jour après jour,
24:49de 1964
24:50à 1970.
24:52Ce sont des feuillets
24:53quotidiens
24:54où il a mêlé
24:55à la fois
24:56un récit manuscrit
24:56de ses activités
24:57avec divers découpages
24:59de journaux,
25:00de photographies variées
25:01qui sont d'une richesse
25:02à peu près insondable.
25:08Nous partirons de bonne heure,
25:09enfin, vers 9h.
25:11Je pense que nous pourrons
25:12saluer au passage
25:13la maison d'enfance
25:14de Colette
25:15et celle de Jules Renard,
25:17le village de Romain Roland,
25:19les belles vallées
25:20de la cure
25:21et du cousin
25:21avant d'aborder
25:22le Morvan,
25:23peut-être aussi
25:25le village
25:25de Giraudoux
25:26et d'Alain Fournier.
25:31Au fond,
25:32sa seule vraie autobiographie,
25:34il l'a construite
25:35par collage.
25:36Le journal propose
25:37sa vision du monde
25:38et de lui-même
25:39à travers cet art
25:40du montage
25:41cher à Brecht.
25:43Journaux découpés,
25:44cartes postales,
25:46annotations,
25:47mises en relation
25:48d'éléments différents
25:49qui créent
25:49des raccourcis
25:50et du sens.
25:52L'intime est contourné
25:53en même temps
25:54que livré.
25:56On est souvent frappé
25:57en lisant ces lettres
25:59qui sont splendides
26:00d'invention,
26:00d'imagination,
26:01qui sont des œuvres
26:03littéraires
26:03pour beaucoup d'entre elles.
26:05On est frappé
26:06de voir que souvent
26:07il donne le sentiment
26:08de se regarder lui-même
26:09vous aimer.
26:11Peut-être.
26:12Mais à la fin,
26:13je lui reprochais
26:13ces lettres
26:14trop belles.
26:18c'est que je trouvais
26:22que c'était
26:23que la vie
26:24ça aurait été mieux.
26:28Mais
26:33tout le paradoxe
26:35est là.
26:37Vivre,
26:38c'est mieux.
26:40Mais l'écrit
26:41demeure.
26:44Tout le monde sait,
26:45je crois que vos adversaires
26:46politiques le reconnaissent
26:47aussi,
26:48que vous écrivez
26:48très bien.
26:49Mais j'ai eu la curiosité
26:51de mettre le nez
26:52dans des ouvrages
26:52assez anciens
26:53notamment sur la Chine.
26:54Et je me suis aperçu
26:55que vous écrivez
26:56de mieux en mieux.
26:58Je voudrais savoir pourquoi.
26:59Mon père n'aimait pas
27:00qu'on lui fasse la leçon,
27:01y compris Pivot
27:02lorsqu'il lui dit
27:03qu'il écrit
27:03de mieux en mieux.
27:04Ça l'agace,
27:05ça se sent.
27:06Qu'est-ce qui se passe ?
27:07Écrire bien,
27:08qu'est-ce que ça veut dire ?
27:08Ensuite,
27:09bon,
27:10j'accepte.
27:11Et on ne va pas se lancer
27:12dans une discussion
27:13incidente.
27:14Ensuite,
27:14j'écris de mieux en mieux.
27:16C'est vous qui le dites.
27:16Oui, non,
27:16mais je prends ça
27:17sur moi.
27:18Enfin,
27:19enfin,
27:19je pense que si c'est vrai,
27:22c'est peut-être vrai,
27:23c'est parce que je suis
27:24de plus en plus libre.
27:25Vous dites vous-même
27:26que vous ne sauriez
27:27être un écrivain
27:28d'imagination ?
27:28Je pense,
27:29je pense,
27:29parce que comme j'écris
27:31des livres,
27:32on dit que je suis écrivain,
27:33je pense que je sais
27:34écrire,
27:35enfin,
27:35ma manière.
27:36Si je m'étais mis
27:36à la tête d'écrire
27:37un roman,
27:37par exemple,
27:40Jérôme Alesque.
27:43J'aime ce qui est écrit,
27:45la langue,
27:47la philologie,
27:48la grammaire.
27:49La vraie littérature
27:50n'est,
27:51je le crois,
27:52de l'exactitude
27:53du mot
27:54et de la chose.
27:55Je préfère celui
27:56qui sait dire
27:57exactement ce qu'il a vu
27:58et ressenti
27:59à celui qui vaticine
28:01en forçant
28:02sur ses impressions.
28:08Papa.
28:09Il n'y a pas de poésie
28:12plus grande
28:13que l'exactitude
28:14des termes.
28:15Il n'y a pas de poésie
28:17plus grande
28:17que l'exactitude
28:18des termes.
28:19Je ressens de façon
28:20très forte
28:21cette idée d'exactitude
28:22qui pour moi également
28:23est un tyran.
28:24C'est très difficile
28:25d'être exact,
28:26de trouver le mot juste,
28:28le bon rythme.
28:29Il faut une exigence,
28:30de la patience
28:31et entraîner son cerveau
28:32comme un muscle
28:33pour qu'il apprenne
28:34à être précis.
28:35Cela a quelque chose
28:36à voir avec le désir
28:37de maîtrise.
28:38C'est un corps à corps
28:39avec la langue.
28:42Tout le reste,
28:43c'est du bavardage
28:44ou de l'excitation mentale.
28:56Il m'a dit un jour
28:58qu'il aimait
28:58la précision
29:00de Pascal,
29:01le côté pointu
29:03et fort
29:04de Chateaubriand
29:05et puis le souffle
29:06de Tolstoy.
29:10Vous raturez beaucoup ?
29:12Beaucoup, oui.
29:13Je ne sais pas
29:14de ceux
29:14qui écrivent
29:15d'un G
29:16des pages admirables.
29:17Vous devez souffrir.
29:18Je ne sais pas
29:18si j'écris
29:19des pages admirables
29:19mais je souffre toujours beaucoup.
29:21Mais qu'est-ce
29:21qu'il emporte
29:22dans cet acte d'écrire ?
29:23C'est la souffrance
29:24ou le plaisir ?
29:25Non, n'exagérons rien.
29:26C'est difficile,
29:27c'est dur.
29:28Je suis très,
29:29très, très attentif.
29:31Je suis très critique
29:32à l'égard de moi-même.
29:34Je ne dis pas du tout
29:35que ce que je publie
29:38me contente absolument.
29:39mais s'il n'existe pas
29:41un certain rythme intérieur
29:44traduit par mon langage écrit,
29:46alors je ne publie pas.
29:52Trop critique envers lui-même
29:54pour se lancer en littérature ?
29:56Trop de figures tutélaires ?
29:58Trop d'admiration ?
30:00Sa vanité d'auteur,
30:01dit-il,
30:02avec une forme de modestie
30:03qui ne va pas tout de même
30:04jusqu'à risquer l'édition.
30:07Pour quelqu'un
30:07qui a fait du risque
30:08sa profession,
30:09c'est drôle d'apprendre
30:10que la publication
30:11représente le plus grand danger.
30:13Et l'on peut reprocher
30:14beaucoup de choses
30:15à mon père,
30:16mais pas le manque de courage.
30:18S'agissait-il alors
30:19de courage que d'écrire
30:21et de publier ?
30:22Ou d'un respect religieux ?
30:25Que risquait-il au fond ?
30:30Lorsqu'un critique littéraire
30:31sérieux s'intéresse à moi
30:34et relève un imparfait
30:36du subjonctif en trop,
30:37je me dis,
30:38bon vieux,
30:38mais c'est un imparfait
30:41du subjonctif,
30:41qu'est-ce que j'ai été
30:42de le mettre là ?
30:43C'est vrai,
30:44c'est ridicule.
30:45Et ça me morfond
30:46pendant un heure,
30:46je pense qu'il a raison.
30:47Je me dis,
30:48mais comment est-ce
30:48que je n'ai pas eu,
30:49moi, assez de maîtrise
30:50pour ne pas me rendre compte
30:51tout seul ?
30:52Ça m'ulcère, ça.
30:54Cinglant homme politique,
30:55il redevient vulnérable
30:57quand il écrit.
31:05La France, c'est son peuple !
31:09Nous allons gagner !
31:11Un président, ça doit parler.
31:14C'est un métier étrange après tout.
31:16Il faut prendre des décisions
31:18et parler.
31:21Parler, si on sait faire,
31:24c'est souvent plaire.
31:25Mais parfois,
31:26il faut dire,
31:27sans fioriture,
31:28dire la vérité,
31:30y compris quand elle met en péril
31:31une élection.
31:32Je suis contre la peine de mort.
31:35Et je n'ai pas besoin
31:36de lire les sondages
31:38qui disent le contraire.
31:40Une opinion majoritaire
31:42est pour la peine de mort.
31:44Eh bien moi,
31:44je suis candidat
31:45à la présidence de la République
31:46et je demande une majorité
31:48de suffrage aux Français,
31:50mais je ne la demande pas
31:51dans le secret de ma pensée.
31:54Je dis ce que je pense,
31:56ce à quoi j'adhère,
31:57ce à quoi je crois,
31:58ce à quoi se rattachent
31:59mes adhésions spirituelles,
32:03ma croyance,
32:04mon souci de la civilisation.
32:07Je ne suis pas favorable
32:08à la peine de mort.
32:11Je ne suis pas favorable
32:12à la peine de mort.
32:14C'est déjà un acte.
32:15C'est promettre
32:16de l'abolir une fois au pouvoir.
32:18Quand une promesse
32:19est suivie des faits,
32:20ce qui n'est pas toujours
32:21le cas en politique,
32:22elle montre que le langage
32:23porte cette puissance
32:24de transformer le réel.
32:26Puis à d'autres moments,
32:28la langue doit être séductrice
32:29ou seulement persuasive.
32:31La maîtriser est utile.
32:34Pour écrire ces discours,
32:36mon père avait choisi
32:37un écrivain,
32:37Éric Orsena,
32:39ce qui ne l'empêchait pas
32:40de tout remanier.
32:41C'est vrai que parfois,
32:42il vous renvoyait vos discours
32:43avec des petites annotations.
32:44Sans arrêt.
32:45Sans arrêt.
32:46Sans arrêt.
32:46Sans arrêt.
32:47Et puis à chaque fois,
32:49enfin très modestement,
32:50je jouais un peu avec lui.
32:53Parce que, par exemple,
32:55il n'aimait pas le mot
32:57« il est bon pour la France »,
32:59etc.
32:59Alors il préférait « il est juste ».
33:00Donc pour le mettre
33:01un tout petit peu en colère,
33:02je mettais « bon »
33:02et c'était rayé comme ça.
33:075, 4, 3, 2, 1.
33:11François Mitterrand
33:13est élu président de la République.
33:28Les résultats
33:29qui me sont communiqués
33:32à l'heure
33:34où je m'exprime
33:35annoncent que les Françaises
33:38et les Français
33:40ont choisi le changement
33:42que je leur proposais.
33:47Nous avons tant à faire ensemble
33:49et tant à dire aussi.
33:58On a souvent l'impression
33:59que vous cherchez
34:01à maintenir une certaine distance.
34:03Mais si je n'étais pas
34:05à distance,
34:06qu'est-ce qui resterait de moi ?
34:10Ma vie intérieure
34:12elle apparaît
34:13à travers
34:13ce que j'en écris
34:15mais je jugerais
34:17vulgaire,
34:18inutile
34:19et finalement malsain.
34:20Tout comportement
34:21qui
34:23chercherait
34:24à plaire
34:25au plus grand nombre
34:26par un besoin irrépressible
34:29d'étaler
34:30le vrai et le faux.
34:37Mon père
34:38déjouait sans cesse
34:38la connaissance
34:39qu'on prétendait
34:40avoir de lui.
34:44De quoi alimenter
34:45la fiction.
34:47Jamais il n'utilisa
34:48sa vie privée
34:48pour plaire.
34:49Il fit quelques concessions
34:51bien sûr,
34:51on n'est pas à présidence
34:52sans donner un peu de soi,
34:54un peu d'image de soi.
34:55Et ce qu'on montre
34:56permet de cacher le reste.
34:59Aujourd'hui,
35:00on troque la littérature
35:01pour l'image.
35:02Il a toujours préféré
35:03la première.
35:06Bonsoir,
35:07le projet du candidat
35:08Mitterrand.
35:08Il s'agit d'une lettre
35:09que le président
35:10a écrite de sa main.
35:11Elle sera publiée
35:12demain matin
35:13sous forme d'encart
35:14publicitaire
35:14dans plusieurs journaux
35:15de province
35:15et plusieurs quotidiens
35:16parisiens.
35:19J'ai choisi ce moyen
35:21de vous écrire
35:22afin de m'exprimer
35:23sur tous les grands sujets
35:25qui valent d'être traités
35:26et discutés
35:27entre Français.
35:28Sorte de réflexion
35:30en commun.
35:30comme il arrive
35:31le soir
35:32autour de la table
35:33en famille.
35:34Je ne vous présente
35:35pas un programme
35:36au sens habituel
35:38du mot.
35:39Un programme,
35:40en effet,
35:41est l'affaire des partis.
35:42Pas du président
35:43de la République
35:44ou de celui
35:45qui aspire
35:46à le devenir.
35:50Face à la montée
35:51en flèche
35:52de la communication,
35:53face à l'appauvrissement
35:54de la langue politique,
35:56la lettre aux Français
35:57résiste.
35:59Les Français
35:59préfèrent encore
36:00qu'on s'adresse
36:01à leur intelligence
36:02plutôt qu'à leurs affects.
36:04Mais ce sont
36:05les derniers temps
36:05où la maîtrise
36:06de la langue
36:06est l'outil politique
36:07par excellence
36:08et où savoir écrire
36:10est perçu
36:10comme une vertu
36:11plutôt que comme
36:12une bizarrerie.
36:14L'évolution des médias
36:15va nécessairement
36:16transformer la manière
36:17de s'adresser
36:18à un public.
36:19La télévision arrive,
36:21il faut parler
36:22devant une caméra,
36:23les phrases doivent
36:24être plus courtes,
36:25faciles à comprendre.
36:27Le texte est lu
36:28sur prompteur
36:29à la façon
36:30d'un acteur.
36:35Mon père a du mal
36:36à endosser le rôle.
36:37Il est mal à l'aise,
36:39il surjoue.
36:40Ça va lui prendre
36:41un peu de temps
36:41de quitter les habits
36:42du tribun
36:42qu'il portait encore
36:43en 1965.
36:47Ce dialogue
36:48qui commence
36:49aujourd'hui
36:49entre nous,
36:51vous Françaises
36:53et Français
36:54qui cherchez
36:55en conscience
36:56où se trouve
36:56le devoir,
36:58qui vous interrogez
36:59sur ce qu'il convient
37:00de faire
37:01pour la France
37:02le 5 décembre prochain
37:05et moi
37:06candidat unique
37:07de la gauche
37:08à la présidence
37:09de la République
37:09qui vous demande
37:11de m'écouter
37:12et de comprendre
37:12pourquoi
37:13je fais appel à vous.
37:15...
37:15...
37:16...
37:20Mon père est moins bon
37:21devant une machine
37:22que devant des militants
37:22socialistes.
37:24Il retrouve sa superbe
37:25dans le débat
37:26où c'est la joute
37:27qui domine.
37:29Permettez-moi juste
37:30de vous dire
37:31que ce soir
37:33je ne suis pas
37:34le Premier ministre
37:35et vous n'êtes pas
37:36le président de la République.
37:38Nous sommes
37:39deux candidats
37:41à égalité
37:42et qui se soumettent
37:43au jugement
37:45des Français
37:46seuls qui comptent.
37:48Vous me permettrez donc
37:49de vous appeler
37:49M. Mitterrand.
37:50Mais vous avez tout à fait raison
37:51M. le Premier ministre.
37:55Monsieur
37:55Monsieur
37:56si vous voulez dire...
37:57Quand je regardais
37:58le match
37:58enfant
37:59devant la télévision
38:00avec ma mère
38:01j'étais tétanisé.
38:03Comme les autres
38:04je n'en connaissais pas l'issue
38:06mais elle aurait des conséquences
38:07trop grandes.
38:09Politique sans doute
38:10mais ça m'était égal.
38:12C'était surtout
38:12l'ombre de la peine
38:13de l'humiliation
38:15de l'impuissance
38:16qui planait au-dessus du débat.
38:18Mon père pourrait être mis K.O.
38:20Pour les autres
38:21c'était un jeu
38:22pour moi
38:23c'était un supplice.
38:27Alors bien sûr
38:28je préfère revoir
38:30des conversations
38:31comme celles
38:31avec Marguerite Duras.
38:32C'est drôle
38:33c'est intense
38:34la violence est mise à distance.
38:39Je vais me parler
38:41de l'Afrique
38:42Oui
38:42aujourd'hui
38:43je vais que vous me parliez
38:44de l'Afrique
38:47Vous voulez que je vous parle
38:49de sa géographie
38:51de votre amour
38:52de l'Afrique
38:52de votre jardin
38:54C'est une question
38:55comme ça
38:56vous embrassez toujours
38:57l'univers
38:58Oui
38:59Vous embrassez toujours
39:00l'univers
39:01j'adore
39:01et elle se marre
39:03Vous devriez prendre
39:04un chemin pour y pénétrer
39:06Il faut un chemin
39:07pour y pénétrer
39:08Toujours le sens
39:09de la répartie
39:10c'est une autre forme
39:12de maîtrise de la langue
39:13l'attention au bon moment
39:15pour le bon mot
39:15là encore
39:17l'exactitude
39:18du verbe
39:19et du timing
39:19Oh là là
39:20timing
39:21il n'aurait pas aimé
39:22il reprenait ses collaborateurs
39:24s'ils utilisaient
39:25des anglicismes faciles
39:28C'est un François Mitterrand
39:29parfaitement à l'heure
39:30parfaitement exact
39:31contrairement à la légende
39:33qui a inauguré
39:34le deuxième salon du livre
39:35au Grand Palais ce matin
39:37C'est l'univers entier
39:38de la littérature
39:39qu'il aimait
39:39et pas seulement
39:40le contenu des livres
39:41Cela ne va pourtant pas de soi
39:43On peut aimer un livre
39:45sans aimer celui
39:46qu'il écrit
39:46Les écrivains sont
39:48parfois décevants
39:48Ils ressemblent souvent
39:50peu à leurs livres
39:51Mais lui
39:52il lisait
39:53et rencontrait
39:54les écrivains
39:55dont il avait aimé
39:55les livres
39:57Certains sont devenus
39:58des amis
39:58Benoît de Groult
40:00Paul Guimard
40:00Blondin
40:01et toujours
40:02Marguerite Duras
40:04Je suis Mitterrandienne
40:07Ah
40:07Oui
40:09C'est pour la personne
40:10de Mitterrand
40:11Pourquoi ?
40:11Parce que Mitterrand
40:12est un bon écrivain ?
40:13Parce que c'est une personne
40:14à part entière
40:16Il n'a rien derrière
40:18Il n'a pas l'argent
40:19derrière
40:23Et il n'a pas d'idéologie
40:26En tout cas
40:26il la contourne tellement
40:27l'idéologie
40:28que ça
40:28c'est son grand art
40:31J'adore Marguerite Duras
40:34On a toujours peur
40:35de ce qu'elle va dire
40:36C'est une sorte de seigneur
40:37de la personne
40:42De sa personne
40:43il est seigneurial
40:44je trouve
40:51Qui pourrait dire ça
40:52d'un président de gauche
40:53sans le condamner
40:54sinon Marguerite Duras
40:56qui fut son amie
40:57et notre voisine
40:58rue Saint-Benoît
41:00Mon école primaire
41:02jouxtait quasiment
41:03son immeuble
41:03Je ne la rencontrais
41:04pourtant jamais
41:06Il paraît cependant
41:07qu'un jour
41:07tandis qu'il discutait
41:09avec elle dans la rue
41:10je me précipitais
41:11dans ses bras
41:12en l'appelant papa
41:13Il me prit contre lui
41:15et m'embrassa
41:15sans rien dire
41:17ni démentir
41:22Peut-être reste cela
41:23être seigneurial
41:30Il vient de jeûner ici
41:31tous les trois mois
41:32à peu près
41:32Oui
41:33On dit
41:34en tête de tête là
41:35On parle de la vie
41:36On ne parle jamais politique
41:37je pense
41:37Jamais ?
41:38Non
41:38Pratiquement pas
41:39Oui
41:40On parle de la vie
41:41On parle de
41:41Il parle de l'histoire
41:43Il y a une érudition énorme
41:45Il vous parle de vos livres ?
41:47Non
41:49Il en parle
41:50Vraiment
41:50Il sent que ça me gêne
41:52ça me gêne aussi
41:53On ne parle pas
41:54Mais il l'a dit ?
41:57Je crois
41:57Oui
42:00Il nous dit quand même
42:01une phrase de
42:03dessus
42:03Elle est tellement étonnante
42:05On ne comprend rien
42:06à ce qu'elle dit
42:06D'ailleurs
42:07mon père le disait
42:08en rigolant
42:09Je suis spécialisé
42:10sur une culture
42:12qui va de 1910
42:14à 1950
42:15si vous voulez
42:16spécialement
42:17Elle raconte
42:18des trucs chous
42:19et tout à coup
42:20elle dit
42:20qu'il est spécialiste
42:21de 1910
42:22un truc hyper précis
42:24pas tout à fait vrai
42:25pas faux non plus
42:26dont on se demande
42:27d'où ça sort
42:29Et puis
42:30il a tout lu ou pas ?
42:36Plus tard
42:37j'avais rencontré
42:38Garcia Marquez
42:39à Paris
42:39Il était bien
42:40l'homme de son oeuvre
42:42solide
42:42carré
42:43rire et silence
42:45Je n'emploie pas
42:46ce mot pour étonner
42:47Sous la luxuriance
42:49de l'image
42:49et la prodigieuse
42:51fête du verbe
42:52s'étend un désert
42:53de silence
42:54comme
42:55en s'est inventé
42:56la forêt tropicale
42:59Et puis
43:00au-delà des écrivains
43:01il aimait les livres
43:02dans leur matérialité
43:03Il les collectionnait
43:05recherchait
43:06les éditions rares
43:07Les bouquinistes
43:09les librairies spécialisées
43:10dessinent des routes
43:11très incarnées
43:12presque autant
43:13que les champs
43:14en race campagne
43:14Il a utilisé
43:20le pouvoir
43:21qui était le sien
43:21pour protéger le livre
43:22les auteurs
43:24et les librairies indépendantes
43:26Petits libraires spécialisés
43:28gros libraires
43:29grandes surfaces
43:30dans quelques jours
43:31tous les vendeurs de livres
43:32devront appliquer
43:32le régime du prix unique
43:34Il n'existera
43:35qu'une possibilité
43:35de ristourne maximale
43:37de 5%
43:37Je pense aussi
43:39qu'au point de vue
43:39de la production littéraire
43:42ça favorisera
43:43les petites maisons d'édition
43:45ça favorisera aussi
43:47dans notre point de vue
43:48les petites librairies
43:49qui mènent à la tenir le tout
43:53Il faut le rappeler
43:54la culture n'est pas un luxe
43:56c'est un choix de société
44:01Parce que ce que permet
44:02la culture
44:03c'est d'être libre
44:05La liberté
44:05ça n'est pas le libre-échange
44:07et ça n'est certainement pas
44:09à l'économie
44:09de définir ce terme
44:10La liberté
44:12c'est celle qui offre le choix
44:14la multiplicité des chemins
44:16la possibilité du rêve
44:18la voie de l'imaginaire
44:26Il me semble que l'homme
44:28dans la conquête
44:29de sa liberté
44:30son affranchissement
44:32progressif
44:33sa maîtrise du monde
44:35le développement
44:37de son esprit
44:38est porteur
44:39d'un message
44:40qui le dépasse
44:46S'il était enraciné
44:48mon père
44:49puisait dans ses forces
44:49telluriques
44:50quelque chose
44:51qui ressemble au sacré
44:57Il se disait agnostique
44:59mais s'était obsédé
45:00par ce grand mystère
45:01qu'est l'après
45:03Il a mis toute son énergie
45:04toute sa passion
45:05à infléchir
45:06l'histoire des hommes
45:07mais la question de la mort
45:09ce sur quoi
45:10on ne peut rien
45:11rester son obsession
45:14Il était fasciné
45:15par la Bible
45:16et Jaurès
45:16le ciel
45:18et la terre
45:27À Latch
45:28la soirée se prolonge
45:30Autour de moi
45:31on parle de la vie
45:32de la mort
45:33les origines du monde
45:35de l'existence de Dieu
45:36de l'au-delà
45:38et du néant
45:39Dans les deux camps
45:41bataille ferme
45:42des deux côtés
45:43quelle certitude
45:44on démontre
45:46on décide
45:47on tranche
45:48J'écoute
45:49et pense
45:50que décidément
45:51j'aime
45:51ceux qui se posent
45:52des questions
45:53et me méfie
45:54de ceux qui trouvent
46:01Avec le président
46:03j'ai très souvent parlé
46:04je n'ai jamais
46:05jamais
46:06jamais
46:06dit un mot de politique
46:08et toujours
46:09toujours
46:09toujours
46:10j'ai parlé de Dieu
46:10C'est à la fois moi
46:12qui suis heureux
46:14de lui parler de Dieu
46:15pour voir s'il répondra
46:16et lui
46:17qui est heureux
46:18c'est de m'entendre
46:18parler de Dieu
46:18parce qu'à ses yeux
46:20je suis un spécialiste
46:21de la question de Dieu
46:21puisque je suis professeur
46:22de philosophie
46:23alors nous sommes
46:25des complices
46:26l'un l'autre
46:26moi
46:27pour le catéchiser
46:30et lui
46:30pour être instruit
46:32alors en général
46:33dans la conversation
46:34il m'a dit
46:35mais
46:37la religion
46:39c'est de l'absurdité
46:51mes chers compatriotes
46:54c'est la dernière fois
46:55que je m'adresse à vous
46:56pour des voeux
46:57de nouvelle année
46:58en ma qualité
46:59de président
47:00de la république
47:03les voeux
47:04c'est le cauchemar
47:05écrire un texte
47:07destiné à être lu
47:08adressé à des millions
47:10de français
47:10mais en réalité
47:12à une caméra
47:14il les écrivait
47:15pendant les vacances
47:15de Noël
47:16que nous passions
47:16souvent à l'étranger
47:17une fois
47:19nous nous sommes amusés
47:20à écrire chacun des voeux
47:21des amis
47:22autour de la table
47:23ma cousine
47:24moi
47:25de faux voeux
47:26pour rire
47:33pour les derniers
47:34nous n'avons pas joué
47:35mon père malade
47:37en guise de voeux
47:38faisait ses adieux
47:41je venais d'avoir 20 ans
47:43il allait mourir
47:44un an plus tard
47:45que peut-on alors souhaiter
47:48l'an prochain
47:49ce sera mon successeur
47:51qui vous exprimera
47:52ses voeux
47:53là où je serai
47:55je l'écouterai
47:57le coeur plein
47:58de reconnaissance
47:59pour le peuple français
48:00qui m'aura
48:01si longtemps
48:02confié son destin
48:04et plein
48:05d'espoir
48:06en vous
48:08je croise
48:09vos forces
48:09de l'esprit
48:10et je ne vous quitterai pas
48:14Madame, Monsieur, bonjour
48:16un télégramme laconique
48:17du secrétariat
48:18de l'ancien président
48:19de la République
48:19annonce à l'instant
48:20la mort
48:21de Monsieur François Mitterrand
48:26j'étais ce petit garçon
48:28qui rêvait à la vie des autres
48:30et pas à la sienne
48:33qui pleurait à la mort des autres
48:35mais n'imaginait la sienne
48:37que comme une fête
48:39dont chaque détail
48:40était minutieusement réglé
48:57cette photo est volée
48:59elle a fait la une de Paris Match
49:01qui s'embarrasse assez peu
49:02de la corde et concernée
49:03en l'occurrence de la famille
49:06puisque mon père gila
49:07sur son lit de mort
49:08et qui n'a pas eu son mot à dire
49:11l'ironie est cruelle
49:13car le photographe
49:14a sans doute plus pensé
49:15au prix qu'il allait en tirer
49:16que la longue tradition
49:18dans laquelle elle s'inscrit
49:19celle des gisants
49:20d'hommes de lettres
49:22Hugo
49:23Proust
49:24Cocteau
49:28Moi, j'étais en colère
49:30mais ma mère
49:32spécialiste du 19ème siècle
49:34y a trouvé une cohérence
49:449 mois avant sa mort
49:45il avait inauguré
49:47la bibliothèque de France
49:48en bord de Seine
49:49dans cette ancienne friche
49:51du 13ème arrondissement
49:53Ces 4 livres ouverts
49:55sur un jardin
49:55sont le symbole même
49:56de cet homme
49:57pour qui la littérature
49:59mais la nature aussi
50:00étaient source de vie
50:07Moi, je me souviens
50:08mais c'était au début
50:09que je préparais mes examens
50:11à l'école du Louvre
50:11et je me disais
50:12mais au fond
50:13la seule chose
50:14que laisse le pouvoir
50:16ce sont les bâtiments
50:18c'est comme ça
50:19que ça s'écrit
50:20et là, j'ai senti
50:20que le courant passait
50:23vraiment
50:23tout son règne
50:26ça a été quand même
50:26pour affirmer
50:32La grande bibliothèque
50:34est comme une inscription
50:34à même la ville
50:36Lui qui émettant
50:37les noms propres
50:38le voilà sur le plan
50:39du RER
50:40sur la plaque d'un quai
50:42sur le nom
50:42d'une bibliothèque
50:45Parce qu'au point de vue
50:46de l'architecture
50:47c'est impressionnant
50:48ce qui a été fait
50:49et c'est tout à fait
50:50remarquable
50:50comme dans ses lettres
50:51bien avant d'être élu
50:53il raconte
50:54c'est pas né
50:54en un jour
50:55c'est une espèce
50:56de longue maturation
50:58comment rester
50:59comment créer
51:01et l'architecture
51:02c'est le plus noble
51:03des arts
51:03pour créer
51:04pour rester
51:09Quatre livres monumentaux
51:11accueillent des livres
51:12La bibliothèque
51:13se nomme
51:14François Mitterrand
51:15à quelques kilomètres
51:16de la bibliothèque
51:17Mazarine
51:19Nous sommes réunis
51:21par la Seine
51:50La bibliothèque
52:02Sous-titres par Jérémy Diaz
52:05Sous-titres par Jérémy Diaz
52:11Sous-titres par Jérémy Diaz
52:17Sous-titres par Jérémy Diaz
52:17Sous-titres par Jérémy Diaz

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