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  • il y a 16 heures
Martin Patier, commandant du groupement de gendarmerie des Landes

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Transcription
00:00Il est 7h45, ici Gascogne, l'invité d'ici Gascogne matin, Leïla.
00:04Ce matin, nous sommes avec le numéro 1 de la gendarmerie des Landes, le colonel Martin Pattier.
00:08Oui, le nombre de mises en cause pour trafic de stupéfiants a doublé dans les Landes ces derniers mois.
00:13Un trafic qui change de visage et de forme parfois.
00:16On en parle donc avec le commandant du groupement de gendarmerie des Landes.
00:19Bonjour Martin Pattier.
00:21Bonjour, merci de m'accueillir.
00:23Alors, le premier constat, c'est que le trafic de drogue ne se limite plus à la ville,
00:27mais il s'est implanté en zone rurale à la campagne.
00:30C'est vraiment devenu une réalité ?
00:31Oui, c'est ça. On a observé ce phénomène depuis une dizaine d'années.
00:35Ça s'est accéléré au moment du Covid.
00:36C'est-à-dire qu'aujourd'hui, le principe selon lequel on va dans une zone urbaine,
00:43au pied d'un immeuble collectif, pour récupérer sa dose, ce n'est plus le principe dominant.
00:49Aujourd'hui, le trafic est éclaté complètement.
00:51Et on retrouve des gens, des revendeurs un peu partout dans le territoire,
00:55y compris dans des villages assez privilégiés, assez préservés des Landes.
00:58C'est-à-dire privilégiés ?
01:01On n'imaginerait pas que dans certains villages paisibles,
01:04on a des gens qui se livrent au trafic de cocaïne, notamment, puisque ça c'est un sujet aussi.
01:10Et vous l'avez souligné, depuis un an et demi,
01:13on a multiplié par deux le nombre de personnes mises en cause pour trafic de stupéfiants.
01:18Dans les Landes, pour la gendarmerie, parce que la police travaille aussi beaucoup sur le sujet,
01:22pour la gendarmerie, chaque semaine, on met en cause six personnes dans le département
01:26pour trafic de stupéfiants.
01:28Oui, alors quand vous dites « on met en cause »,
01:30c'est aussi bien des dealers présumés que des revendeurs, des têtes de réseau ?
01:37Les gendarmes du groupement travaillent sur la délinquance locale.
01:44Il nous est arrivé il y a quelques mois de saisir 700 kilos de cannabis sur la 63,
01:49mais ce n'est pas notre métier principal.
01:52Les douanes, il y a des services de police judiciaire, des sections de recherche qui le font mieux que nous.
01:56Nous, on travaille sur la délinquance du quotidien,
01:58et dans nos villages, régulièrement, on attrape des gens qui ont un, deux, trois kilos de produits stupéfiants
02:05et qui les revendent.
02:07On a eu un dossier assez significatif au début d'année.
02:11Ces deux amis qui, au mois de décembre, dans un village du Nord des Landes,
02:14n'ont pas un gros village, décident de se mettre au trafic de cocaïne.
02:17Et pendant trois mois, ils ont réussi à écouler l'équivalent de deux kilos de cocaïne
02:21en s'appuyant sur des livreurs qui habitent à l'est du département,
02:26qui chaque jour venaient chercher les doses.
02:28Et puis, en livrant porte à porte, traversaient le département,
02:33en particulier dans le sud-ouest du département,
02:35pour livrer les clients chez eux.
02:36C'est ça la réalité du trafic de drogue aujourd'hui dans le département.
02:39Et ça paraît incroyable de se dire, il suffit de commander, c'est ça l'ubérisation du trafic ?
02:44C'est exactement ça, l'ubérisation du trafic, ce qui pose beaucoup de problèmes,
02:46parce que c'est plus difficile à détecter pour nous.
02:49Et puis, à l'autre bout de la chaîne, pour les clients, ça les déresponsabilise complètement,
02:54c'est-à-dire que ça banalise l'acte de consommer de la drogue.
02:58Et beaucoup ne se rendent pas compte des dangers qu'ils prennent pour leur santé.
03:01Ça, c'est un sujet qui revient plus au ministère de la Santé qu'au ministère de l'Intérieur.
03:05Mais beaucoup ne se rendent pas compte qu'à travers cet acte qui leur paraît complètement banal,
03:09ils enrichissent des réseaux criminels qui sont de plus en plus puissants.
03:13J'ai envie de revenir sur cette ubérisation de la drogue.
03:16C'est compliqué de tomber sur les dealers ?
03:19Il ne suffit pas de regarder les messages, de contrôler les réseaux sociaux ?
03:25Alors, c'est un tout petit peu plus compliqué que ça,
03:27parce que pour rentrer sur certaines boucles, il ne faut montrer pas de blanche,
03:30il faut parfois envoyer sa carte d'identité, envoyer l'image de sa maison.
03:35Ce n'est pas aussi simple que ça, on a l'air.
03:37Ce sont des choses qui se développent, mais nous, on s'appuie surtout sur le renseignement
03:42qui nous est donné par les citoyens.
03:43Et on compte beaucoup sur l'observation.
03:46On a la chance d'être dans un département où les gens sont attentifs au vivre ensemble,
03:50sont attentifs à ce qui se passe autour d'eux.
03:52Et quand ils détectent quelque chose de cette nature, il ne faut pas hésiter à le signaler.
03:56Et je profite de l'occasion pour dire qu'il existe une application téléphonique
04:01ou un site internet qui s'appelle Ma Sécurité,
04:04sur lequel on peut faire remonter les informations relatives au trafic de stupéfiants.
04:08Alors, pour lutter plus efficacement aussi contre le trafic de drogue,
04:11vous avez réformé un service de la gendarmerie.
04:14L'escadron départemental de sécurité routière est devenu l'escadron départemental de contrôle des flux.
04:21Qu'est-ce que ça change concrètement ?
04:23Alors, ça c'est une volonté de notre directeur général, le général Bonneau,
04:26qui a voulu remettre la gendarmerie au cœur de son métier.
04:30C'est-à-dire que les motards étaient depuis 20 ans, 30 ans,
04:34très occupés par la sécurité routière, qui est une mission indispensable,
04:37qu'ils continuent à faire, bien sûr.
04:39Mais le général Bonneau a rappelé que cette mission,
04:42elle s'inscrivait dans un cadre plus large, celui de surveiller les axes de communication.
04:46La route, bien sûr, mais les trains, les ports, les plateformes aéroportuaires.
04:52Et ça a transformé un petit peu la manière dont nos gendarmes sur le bord de la route
04:55exerçaient leur métier.
04:57Aujourd'hui, beaucoup plus qu'avant,
04:59quand on contrôle quelqu'un avec une quantité infime de stupéfiants,
05:04on va perquisitionner chez lui.
05:05On l'a fait près d'une centaine de fois depuis le début de l'année,
05:08et ça apporte aussi, ça concourt aux résultats dont on parlait tout à l'heure.
05:13Donc on s'assure, il y a un sujet de sécurité routière,
05:17parce que consommer de la drogue au volant,
05:18c'est prendre des risques pour soi, c'est faire prendre des risques aux autres.
05:22Mais on ne se contente pas de sanctionner ce risque pris sur la route,
05:26on va plus loin et on va chercher des réseaux qui sont derrière.
05:30Et justement, les réseaux sont plus difficiles à stopper avec cette ubérisation ?
05:38Alors les réseaux sont assez nombreux, assez hybrides,
05:41c'est-à-dire qu'il y a des...
05:44pas dans le département, mais dans des grosses agglomérations,
05:47il y a des organisations très puissantes qui sont de plus en plus éclatées.
05:51On observe un changement assez important dans les trafics,
05:56notamment pour le trafic de cocaïne qui s'est beaucoup démocratisé,
05:59qui jusqu'à présent arrivait en Europe par les ports du nord de l'Europe,
06:02et qui aujourd'hui, depuis quelques mois, presque quelques années maintenant,
06:07arrive sur le territoire par le sud,
06:09c'est-à-dire en ce qui nous concerne par la 63.
06:12Donc ça aussi, ça a beaucoup changé.
06:15Et on n'observe plus de gros go fast ou rarement des grandes quantités.
06:20Les gens transportent des quantités assez insignifiantes dans un sac à dos.
06:25On a fait une opération conjointe avec les camarades de la police
06:28il y a quelques mois à Mont-de-Marsan et Dax,
06:30où le réseau faisait descendre un kilo de cocaïne toutes les trois semaines
06:35par des mules qui prenaient le TGV.
06:37Vous parlez beaucoup de cocaïne et ce sera ma dernière question.
06:40C'est la drogue la plus répandue actuellement dans les Landes
06:43ou sur laquelle vous tombez le plus ?
06:44Alors, ce n'est pas la drogue la plus répandue encore,
06:46c'est-à-dire qu'on a 5 millions de nos concitoyens
06:49qui consomment du cannabis par an,
06:52un peu plus d'un million chaque jour.
06:56La cocaïne, on n'en est pas là.
06:58On est à un peu plus d'un million de consommateurs à l'année.
07:01Mais on observe une démocratisation très importante de cette drogue.
07:04C'est-à-dire que cette drogue qui était réservée à une élite financièrement à l'aise
07:08il y a quelques années,
07:10aujourd'hui s'est répandue dans des milieux sociaux
07:15pour qui c'était impossible d'acheter cette drogue.
07:17Donc oui, c'est un sujet de préoccupation.
07:19La consommation de cocaïne augmente,
07:21tout comme celle, ce qui passe encore beaucoup sous les radars,
07:24de drogues de synthèse qui sont en train de monter très fort aussi.
07:27Merci colonel Martin Patier.
07:29Je rappelle que vous êtes le commandant du groupement de gendarmerie des Landes.
07:32Merci d'avoir été avec nous ce matin.
07:33Merci d'avoir regardé cette vidéo !
07:42Merci d'avoir regardé cette vidéo !

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