00:007h, 9h, Europe 1 Matin.
00:037h11 sur Europe 1, Dimitri Pavlenko, vous recevez ce matin le secrétaire général du syndicat des personnels de direction de
00:09l'éducation nationale.
00:10Et oui, les directeurs et directrices d'école, les principaux de collège, les proviseurs de lycées.
00:14Bonjour Bruno Bobkiewicz.
00:16Bonjour.
00:17Bienvenue sur Europe 1, on entre dans la troisième semaine de la mobilisation des lycéens avec beaucoup d'inquiétudes pour
00:22la journée de demain notamment.
00:24Quelle est exactement la situation dans les lycées à l'heure où l'on se parle à une petite heure
00:29de la sonnerie de la cloche ?
00:31La situation est extrêmement tendue.
00:33On a environ 500 lycées qui ont été fermés suite aux dégradations et aux inquiétudes et difficultés vécues la semaine
00:42dernière.
00:44On a de grandes inquiétudes sur les jours à venir et notamment effectivement la mobilisation de ce mardi.
00:50Les collègues sont très choqués de ce qui se passe parce que pour la première fois depuis très longtemps,
00:55de nombreux chefs d'établissement ont été directement touchés, blessés, menacés,
01:01y compris d'un point de vue personnel dans leur logement de fonction.
01:05Donc c'est des choses qu'on n'a jamais vues et ça crée un état de choc assez général
01:09du côté de mes collègues.
01:10Et alors qui sont les agresseurs Bruno Bobkiewicz ? Est-ce que ce sont les élèves ?
01:15Alors la plupart du temps non, ce sont certainement des élèves mais en tout cas pas des élèves de nos
01:21établissements respectifs
01:22puisque en général un lien est établi entre eux et nous, on les connaît, ils nous connaissent,
01:28il y a plutôt des relations plutôt détendues et cordiales avec eux.
01:32Donc là la plupart du temps c'est des jeunes qu'on a du mal à identifier parce que bien
01:35souvent cagoulés
01:36mais qui a priori sont assez décomplexés sur l'idée de casser, de frapper tout ce qui bouge,
01:46les forces de l'ordre, les proviseurs, les personnels, les établissements et parfois même les élèves.
01:51Et c'est extrêmement dangereux.
01:54Alors vous demandez Bruno Bobkiewicz, votre syndicat, le SNPDEN, demande que les cours soient suspendus
02:00dès lors que la sécurité n'est plus garantie.
02:02On va avoir 500 lycées fermés aujourd'hui, estimation, vous pensez que ce sera plus ?
02:08Combien il y en aura-t-il selon vous aujourd'hui ?
02:10Alors c'est difficile d'évaluer, on voit qu'il y a aussi un mouvement lycéen qui est en train
02:16de s'engager,
02:17de lycéens qui disent qu'on leur a privé, on leur a confisqué leur mouvement.
02:23Donc on voit bien qu'aussi des lycéens sont en train de se tourner vers ces casseurs
02:27et pour les empêcher d'agir, donc ça c'est plutôt une bonne nouvelle aussi.
02:31Donc c'est compliqué d'évaluer d'un point de vue évolution.
02:34On n'est encore une fois pas rassuré vu la violence de ce qu'on a pu constater la semaine
02:39dernière.
02:41Mais peut-être qu'effectivement il y aura davantage d'établissements dont les cours ne seront pas assurés.
02:47Aussi peut-être par prévention et inquiétude sur ce qui pourrait se passer.
02:51Mais est-ce qu'il n'y a pas aussi un côté un peu compétition entre les lycées dans cette
02:56crise
02:56qui maintenant entre dans sa troisième semaine selon vous Bruno Bobkiewicz ?
03:02Oui, on voit que les réseaux sociaux jouent un rôle extrêmement négatif de ce point de vue.
03:07Il y a beaucoup d'affiches qui sont partagées notamment avec des appels à tacler son proviseur,
03:14je l'ai vu, ou à brûler son établissement avec beaucoup d'échanges de vidéos.
03:20Donc oui, ça joue malheureusement ce rôle très négatif d'entraînement et de concours lancé, ce qui est horrible.
03:26Et qu'est-ce que vous pensez sinon des revendications des jeunes, que ce soit sur leurs conditions de travail,
03:32leurs emplois du temps gruyère par exemple ?
03:35Oui, il y a des revendications qu'on partage complètement.
03:39Après il faut admettre qu'il y a d'autres revendications qui sont beaucoup plus complexes à satisfaire.
03:43Je pense à la fin de Parcoursup ou l'évolution de ce dispositif, je pense aux 8h, 18h.
03:49Ça c'est des sujets beaucoup plus complexes sur les rythmes scolaires.
03:52En tout cas, il faut entendre, dans tous les cas, encore une fois, ce n'est pas la première fois
03:56qu'on a un mouvement lycéen.
03:57Par contre, c'est la première fois qu'on a affaire à une telle violence.
04:00Et la difficulté dans ce moment, c'est que la forme vient complètement annuler le fond.
04:04Et donc on a du mal à entendre les revendications quand on se fait frapper et tirer dessus.
04:08Cet épisode, il n'est pas terminé, mais est-ce qu'il va laisser des traces profondes parmi les personnels
04:13de l'éducation nationale ?
04:15Oui, la profession est sous choc.
04:17Moi, je peux parler pour les personnels de direction.
04:19On n'a jamais connu un tel niveau de violence.
04:21On n'a jamais connu un mouvement où autant de chefs d'établissement ou de chefs d'établissement adjoints ont
04:27été frappés, blessés, visés directement, menacés.
04:32Certains ont reçu des appels anonymes pour leur dire qu'on allait les retrouver lundi matin et qu'on allait
04:38brûler leur logement au-dessus du lycée.
04:40Donc on atteint une situation qui est complètement incroyable.
04:43Je pense que ça va laisser des traces extrêmement importantes.
04:47Et on a demandé d'ailleurs un accompagnement psychologique sérieux.
04:52Il est probable que certains démissionnent.
04:54Ce n'est pas acceptable de travailler et de vivre, parce que la plupart des collègues vivent dans leur établissement,
05:00donc de vivre dans ces conditions.
05:02Les vacances de la Toussaint approchent.
05:04C'est dans deux semaines.
05:05Vous pensez que ce mouvement lycéen va se prolonger jusque-là, Bruno Bobkiewicz ?
05:10Oui, il est probable que malheureusement ça dure.
05:15Moi, encore une fois, tout le monde aimerait que ça s'arrête.
05:20Parce qu'on peut tout à fait imaginer des rassemblements, des mobilisations lycéennes dans des manifestations.
05:26Il y en a une prévue mardi.
05:28Et ça, c'est tout à fait un format adapté.
05:31On peut faire passer des messages lors de ces manifestations.
05:33D'ailleurs, la plupart du temps, mon syndicat appelle à participer à des manifestations régulièrement.
05:39Mais pas ce qu'on a vécu là.
05:41Donc, nous, on n'en vit qu'une chose, c'est que tout ça se calme, s'arrête.
05:44Et qu'on puisse respecter le travail des uns et des autres.
05:47Encore une fois, même si tout ça va laisser certainement beaucoup de traces auprès de la profession.
05:53Merci à vous, Bruno Bobkiewicz.
05:55Le secrétaire général du syndicat des personnels de direction de l'éducation nationale était l'invité d'Europe 1 ce
05:59matin.
06:00Bonne journée à vous.
06:00Merci beaucoup.
06:01Il est 7h17 sur...