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  • il y a 4 heures
Pour ce premier numéro de la nouvelle saison de "Contre-enquêtes", David Louis revient sur l'une des affaires les plus énigmatiques de ces cinquante dernières années : la mort du ministre du Travail Robert Boulin, en octobre 1979. Lorsque son corps est retrouvé dans la forêt de Rambouillet, la justice conclut rapidement au suicide.
Mais, depuis 47 ans, une autre thèse s’est imposée : celle d’un assassinat politique. Témoignages, anomalies médico-légales, zones d’ombre ont nourri le doute, bien alimentées par un récit médiatique volontiers sensationnaliste. Qu'en est-il des faits ? Et surtout, de la manière dont a été construite la thèse de l'assassinat ? A travers un demi-siècle de spéculations et de remises en cause, la quête de la vérité dans ce dossier soulève une autre question : comment s'est élaboré le récit criminel autour de Robert Boulin ?

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Transcription
00:09Générique
00:19Bonjour et bienvenue pour cette nouvelle saison de Contre-enquête.
00:23Dans ce premier numéro, nous revenons sur l'un des grands mystères des 50 dernières années.
00:28Le 30 octobre 1979, Robert Boulin est retrouvé mort dans la forêt de Rambouillet.
00:35La justice conclut rapidement au suicide.
00:38Mais depuis 46 ans, une autre thèse s'est imposée.
00:41Celle d'un assassinat politique.
00:44Témoignages, anomalies médico-légales et zones d'ombre ont nourri le doute,
00:49jusqu'à faire de l'affaire Boulin l'une des plus énigmatiques de notre époque.
00:54Et si l'on prenait le problème à l'envers, en revenant au dossier initial,
00:59aux premières constatations et aux faits établis,
01:02nous nous sommes interrogés sur la construction progressive de la thèse criminelle.
01:07Nous sommes partis à la recherche de la vérité dans ce dossier complexe.
01:11Mais aussi dans tout ce qui a pu être dit autour,
01:14y compris au plus haut sommet de l'État et jusqu'aux sphères privées du ministre.
01:21Il est des affaires qui meurent avec leurs protagonistes.
01:25Et d'autres qui leur survivent.
01:28Des affaires qui traversent les gouvernements, les présidents,
01:31les générations de journalistes et de policiers.
01:34L'affaire Boulin appartient à cette seconde catégorie.
01:39Le 30 octobre 1979, un ministre de la République est retrouvé mort
01:44dans un étang de la forêt de Rambouillet.
01:47Très vite, la justice conclut au suicide.
01:50Mais presque aussitôt, certains refusent cette version.
01:5447 ans plus tard, l'histoire judiciaire n'est pas terminée.
01:5845 ans après la mort non élucidée de l'ancien ministre du Travail, Robert Boulin,
02:03les investigations redémarrent.
02:05Elles seront pilotées depuis le pôle cold case du tribunal judiciaire de Nanterre.
02:10Trois juges d'instruction viennent d'être désignés.
02:12A-t-on appris aujourd'hui ?
02:13En 2026, le dossier quitte Versailles et arrive à Nanterre,
02:18au pôle national des crimes sériels ou non élucidés.
02:21La justice veut encore enquêter.
02:24Alors, que s'est-il réellement passé ?
02:27Robert Boulin a-t-il été assassiné ?
02:30Ou bien sommes-nous face à l'un des plus incroyables suicides du siècle passé ?
02:36Lundi 29 octobre 1979.
02:39Le soleil est couché depuis bien longtemps sur Neuilly-sur-Seine.
02:42Robert Boulin, ministre du Travail, n'a toujours pas regagné ses appartements.
02:48Les heures passent.
02:50Son épouse, Colette, commence à s'inquiéter.
02:53Elle sait que son mari travaille beaucoup, que nombre d'affaires l'occupent en ce moment.
02:58Mais là, il devient trop tard pour qu'il s'agisse seulement de dossiers qui traînent.
03:03Elle a peur qu'il lui soit arrivé quelque chose.
03:07Bertrand Boulin nous appelle vers 21h, le soir du 29 octobre.
03:17Et qu'il me dit, qu'as-tu fait de mon père ? Il n'est pas rentré.
03:22J'ai tout de suite compris qu'il était arrivé quelque chose de grave.
03:27Et j'ai pensé effectivement qu'il avait mis fin à ses jours comme je le craignais depuis longtemps.
03:38Au moment où le fils commence à s'inquiéter, c'est-à-dire que son fils, il y a un
03:46mot comme quoi il est parti.
03:48Il retrouve dans sa boîte à lettres, dans sa corbeille à papier, pardon, une lettre déchirée.
03:55Et donc, il réussit à reconstituer un petit peu cette lettre.
03:59Et il dit, je vais me donner la mort près de là où je faisais du cheval quand j'étais
04:05plus jeune.
04:05Donc, évidemment, la famille sait où c'est.
04:08Donc, le fils Boulin prend sa voiture et part en prospection là-bas.
04:14Et il ne trouve rien parce qu'il y a un épais brouillard dans la foie de Rambouillet.
04:18Donc, il ne trouve rien, il revient, il redonne l'alerte.
04:21À 23h30, Colette Boulin prévient la permanence du ministère de l'Intérieur.
04:27Ça passe, évidemment, en même temps, l'alerte a été donnée chez le Premier ministre et chez le président de
04:34la République.
04:36Et c'est là que ça commence.
04:39C'est-à-dire que là, mobilisation générale dans les Yvelines,
04:42toutes les unités sont transportées dans le coin pour essayer de trouver et retrouver la voiture
04:48et éventuer le corps, en tout cas la voiture, dans un premier temps.
04:54Alain Grosse
04:58Oui, confirmation de la nouvelle que nous vous donnions tout à l'heure, à savoir que M. Robert Boulin s
05:02'est suicidé.
05:03Le corps du ministre du Travail vient d'être retrouvé il y a quelques instants aux forêts de Rambouillet dans
05:09les Yvelines.
05:09Le lendemain, mardi 30 octobre, 8h40,
05:14deux gendarmes en patrouille découvrent un corps dans l'étang du bois rompu.
05:18Ils préviennent la police judiciaire de Versailles.
05:21On a un appel radio comme quoi un couple de motards de la gendarmerie a identifié la voiture.
05:29En tout cas, la voiture est stationnée dans un bosquet près d'un étang qui s'élèvera avec l'étang
05:36du bois rompu.
05:37Et ils ont vu une forme d'un être humain au milieu de la mare.
05:43Un homme est à demi immergé.
05:46Il est vêtu d'un costume.
05:48Un véhicule écarré à proximité.
05:50Il s'agit de celui du ministre du Travail, Robert Boulin.
05:54Il y avait à peu près autant d'auteurs d'eau que d'auteurs de vase.
06:01Des branchages.
06:02Donc ils avaient beaucoup de mal à ramener le corps.
06:05Ils se sont cassés la figure plusieurs fois.
06:07Et ils se sont même cassés la figure à l'arrivée.
06:09Parce qu'ils ont heurté une souche.
06:11Ils ont échappé le corps.
06:13Et ils l'ont relevé.
06:15Ils ont réussi enfin à le mettre sur la berge.
06:17Les inspecteurs du SRPJ ne sont pas étonnés de trouver un corps inerte à cet endroit.
06:22Car Robert Boulin a écrit plusieurs lettres.
06:25Des lettres qui seront au cœur de l'enquête.
06:28Une quinzaine envoyées à des membres du gouvernement ou de proches collaborateurs de Boulin.
06:32Il y évoque son désespoir.
06:35Il y explique sa décision.
06:37Et surtout, il indique le lieu où il compte mourir.
06:42La forêt de Rambouillet.
06:44Un endroit qu'il connaît.
06:46Un endroit où il pratique notamment l'équitation.
06:50C'est précisément là, à l'étang du bois rompu,
06:53où sera découvert son cadavre,
06:55à quelques mètres d'un rivage empli d'épais branchages.
06:59Pour les enquêteurs, ces lettres constituent une pièce essentielle.
07:04D'autant qu'un témoin, Pierre Guérinon,
07:07se présente spontanément à eux,
07:09quelques jours après la découverte du corps.
07:11Et il dit, voilà, j'étais devant la poste de Montfort-la-Maurie,
07:15aux alentours de 18h,
07:16et j'ai vu M. Boulin, dans la rue,
07:19qui déambulait tranquillement,
07:22sans, semble-t-il, avoir de problèmes majeurs
07:27ou d'être inquiet, etc.
07:29Donc il le croise.
07:30C'est effectivement de cette poste
07:32que seront expédiées les enveloppes.
07:34N'ayant pas accès à l'enquête,
07:36Pierre Guérinon ne pouvait savoir
07:38que les lettres avaient été postées à cet endroit.
07:42Lorsqu'effectivement, on va découvrir
07:44que les lettres qu'il envoie à l'ensemble des personnalités
07:47qu'il a choisies pour expliquer son geste,
07:52ça paraît logique, en fait,
07:54puisque les lettres ont été postées,
07:56et Montfort-la-Maurie.
07:58Guérinon affirme avoir vu Boulin
08:00glisser les courriers dans la boîte
08:01puis s'être dirigé vers sa voiture.
08:04C'est ce même véhicule
08:06qui sera retrouvé près de l'étang rompu.
08:09Le ministre du Travail était seul,
08:12ne semblait pas suivi,
08:13ni pressé par quoi que ce soit.
08:16Pour les enquêteurs,
08:17voilà de quoi renforcer considérablement
08:20la thèse du suicide.
08:22Mais tous ne sont pas de leur avis.
08:27L'autopsie sur le corps de Robert Boulin
08:30révèle une mort par noyade.
08:32Dans son sang,
08:33on retrouve une forte concentration de diazepam,
08:37principe actif du Valium,
08:38à mettre en lien avec l'importante quantité de médicaments
08:42que le ministre s'est administré avant son décès.
08:46Contrairement à ce qui sera dit plus tard,
08:48on ne trouve aucune trace de barbiturique.
08:52Le crâne n'est pas ouvert pour une raison simple.
08:54La famille refuse que cette partie du corps soit trop abîmée.
08:58C'est relativement fréquent dans ce genre de cas.
09:01Surtout lorsque la cause de la mort
09:03ne suscite guère de doute.
09:06Le lendemain,
09:08une quinzaine de personnalités,
09:09dont Jacques Chabon d'Elmas,
09:11reçoivent une lettre postée par Robert Boulin.
09:14Le ministre y explique les raisons de son geste.
09:18Empêtré dans une sombre affaire,
09:20il n'aurait pas supporté
09:21les suspicions qui pesaient sur lui.
09:24« Cela m'est insupportable, » écrit-il,
09:26« et je ne peux, moi-même, le supporter.
09:29Je préfère la mort à la suspicion. »
09:32La suspicion ?
09:33Celle d'être impliqué dans l'escroquerie immobilière
09:36dite de Ramatuel.
09:38Une sombre affaire de double vente d'un terrain
09:41dans le sud-est par un prometteur véreux,
09:44Henri Tournet.
09:45Robert Boulin était accusé d'y tremper.
09:48Le journal Minute,
09:50puis Le Monde et enfin Le Canard Enchaîné
09:52publieront tour à tour différentes enquêtes.
09:56Ils accusent implicitement le ministre du Travail
09:59d'être lié à l'escroquerie.
10:02Ces révélations, vraies ou fausses,
10:04ont fortement écorné l'image du ministre.
10:08De quoi ébranler cet homme
10:10qui faisait de la droiture une exigence première.
10:13Il y avait eu le déclenchement
10:15de la campagne médiatique contre lui
10:20par le journal Minute.
10:21Ça a été repris par Le Canard Enchaîné
10:23et à ce moment-là,
10:25on a reproché des choses à Robert Boulin
10:31et le juge Van Runebeek,
10:34dans une espèce de passion justiciaire,
10:37est également intervenu.
10:39Peu à peu, le scénario se dessine.
10:43Des lettres,
10:44une forte quantité de Valium,
10:46une voiture retrouvée près d'un étang qu'il connaît.
10:49Pour les enquêteurs,
10:50le scénario est cohérent.
10:52Robert Boulin a décidé de mourir.
10:55Il a absorbé des médicaments.
10:57Il s'est rendu dans la forêt.
10:59Il est entré dans l'eau,
11:00à demi comateux,
11:02rampant,
11:02se griffant et tombant sur les branchages.
11:05et s'est finalement noyé.
11:06Mais cette histoire va très vite se fissurer.
11:10En effet,
11:10pour les adversaires de la version officielle,
11:13plusieurs éléments ne collent pas.
11:15Pourquoi un homme qui se serait suicidé
11:17présente-t-il des lésions sur le visage ?
11:20Pourquoi l'enquête n'a-t-elle pas immédiatement
11:23permis de les expliquer ?
11:25Et surtout,
11:27pourquoi certaines précautions médico-légales élémentaires
11:31n'ont-elles pas été prises ?
11:34Dès le lendemain de la découverte du corps,
11:37l'idée d'un assassinat apparaît publiquement.
11:40Et elle vient de très haut.
11:42Le président de l'Assemblée nationale,
11:45Jacques Chamond-Delmas,
11:46évoque un assassinat à la tribune.
11:50Le lendemain de sa déclaration,
11:53il explicite sa formule.
11:55En termes d'assassinat,
11:57il voulait dire
11:57« assassinat moral »
11:59et parlait de celui qui a transmis le dossier
12:02de Ramatuel à la presse,
12:03stipulant que ce dernier
12:05voulait détruire Boulin politiquement.
12:07Ce qui change un peu la donne
12:09par rapport à un assassinat physique.
12:12Mais la rumeur est lancée.
12:14La République vient à peine d'apprendre
12:16la mort de son ministre
12:18que le doute s'installe déjà.
12:20C'est le début de la légende.
12:28La famille refuse désormais
12:30la thèse du suicide.
12:31En 1983,
12:33elle porte plainte contre X
12:35pour homicide volontaire.
12:38Le corps de Robert Boulin
12:39est exhumé.
12:41Une nouvelle expertise
12:42est réalisée.
12:44Et cette fois,
12:45des fractures sont constatées
12:47au niveau du nez
12:48et des maxillaires.
12:49Ces blessures deviennent
12:51l'argument majeur
12:53de ceux qui soutiennent
12:54l'assassinat.
12:55Pour la famille,
12:56la démonstration est faite.
12:58Robert Boulin a été frappé.
13:00Donc,
13:01il n'a pas pu se suicider.
13:03Il n'a pu être
13:04qu'assassiné.
13:06Pour Fabienne Boulin-Burgeat,
13:08fille de Robert Boulin,
13:10la conclusion
13:11ne fait aucun doute.
13:13La thèse officielle
13:14reste inchangée
13:16depuis 1979,
13:18alors que des faits nouveaux
13:19s'accumulent
13:20qui montrent
13:22et démontrent
13:23qu'il s'agit bien
13:23d'un assassinat.
13:25J'aimerais que
13:26la justice de mon pays
13:27ait le courage
13:29de lever le voile
13:30de la vérité
13:31sur cette affaire.
13:32Depuis des décennies,
13:33elle se bat
13:34pour faire reconnaître
13:35cette thèse.
13:36Gilles Leclerc
13:37était adjoint
13:38au service régional
13:40de la police judiciaire
13:41de Versailles.
13:42Il participe donc
13:44à la première enquête.
13:46En 1983,
13:48lors de la seconde,
13:49il est devenu
13:50chef de la crime
13:51de Versailles.
13:52Il connaît les lieux,
13:54les enquêteurs,
13:55les témoins,
13:56le dossier.
13:58Et il décide précisément
13:59de chercher un meurtre.
14:02Mais il ne trouve rien.
14:03Donc on a commencé
14:05pendant presque 5 mois,
14:07j'ai commencé
14:07à faire le tour de France
14:08parce qu'entre la date
14:11de la mort de 79
14:12et 83.
14:14Il se passe 4 ans.
14:15Les gendarmes
14:16étaient éparpillés.
14:17Il y avait plein
14:17qui avaient été mutés
14:18à droite, à gauche.
14:19Les flics, un peu moins.
14:20Mais il a fallu
14:23retrouver toutes ces personnes.
14:25Les pompiers, etc.
14:26On a réentendu tout le monde.
14:28Rien de très, très
14:31croustillant
14:32qui pourrait nous amener
14:33sur une thèse criminelle.
14:35Gilles Leclerc.
14:36On arrive donc
14:36à une conclusion.
14:38On n'a pas d'éléments
14:40puisque c'est une mort
14:41par noyade.
14:42Donc si, par exemple,
14:44imaginons qu'il ait été mis
14:45là volontairement
14:46et qu'on l'ait noyé.
14:48Bon, vous n'aurez pas de traces.
14:50Il y a deux types
14:51qui vont monter,
14:52qui vont aller dans l'eau
14:52avec lui.
14:53Ils vont lui mettre
14:54la tête dans l'eau.
14:56Bon, ce n'est pas comme
14:56quand on prend une balle
14:57dans la tête
14:57ou qu'on a un coup de couteau.
15:00Donc, là-dessus,
15:01on ne peut pas réfuter.
15:03On ne peut pas le réfuter
15:03puisqu'on n'a aucune preuve
15:04du contraire.
15:05Par contre,
15:06ce qu'on a comme preuve intéressante,
15:07c'est qu'il est seul
15:08environ à 6 heures.
15:10Il déambule tranquille
15:10à Montfort-la-Maurie.
15:11S'il y a une équipe
15:12qui voulait l'assassiner,
15:14c'est quand même
15:15un peu bizarre
15:16alors qu'il disparaît
15:17de la circulation
15:17tout l'après-midi.
15:18On pourrait supposer
15:19quand même
15:20qu'il a été capté avant.
15:22Après plusieurs années
15:24d'enquête,
15:24l'hypothèse d'un assassinat
15:26n'est pas démontrée.
15:28La justice prononce
15:29un non-lieu
15:30en 1992.
15:32La décision est confirmée.
15:34Juridiquement,
15:35le dossier semble terminé.
15:37Mais médiatiquement,
15:39il ne l'est pas.
15:42Une décennie plus tard,
15:44le parquet général de Paris
15:45ordonne l'audition
15:47de plusieurs témoins
15:48qui n'avaient pas été entendus
15:49dans les années 1980.
15:51Le colonel de gendarmerie
15:53qui avait découvert le corps,
15:55la secrétaire de Boulin,
15:56son beau-frère,
15:58son kinésithérapeute
15:58et l'affaire repart.
16:01Mais aucune preuve décisive
16:02ne vient établir l'assassinat.
16:04Ces auditions interviennent d'ailleurs
16:06à un moment étrangement opportun,
16:08quelques semaines seulement
16:10avant la prescription définitive
16:12de l'affaire.
16:13La plupart du temps,
16:14dans les suicides,
16:15moi j'ai remarqué,
16:16Dieu sait si on en a eu,
16:18des affaires de meurtre,
16:20enfin de meurtre,
16:22de décès suspect
16:23qui se transformaient en suicide,
16:25il n'y a pas une famille
16:26qui accepte le suicide
16:28de son proche.
16:29Ça, c'est humain.
16:31Mon père n'a pas pu se suicider.
16:33Bah si.
16:34Malheureusement, ça arrive.
16:35Parce que les êtres humains,
16:38ils ruinent,
16:39il y a des gens
16:39qui ne peuvent pas supporter des choses.
16:41Sa famille ne peut pas admettre
16:45que Robert Boulin
16:46se soit suicidé
16:47et du même coup
16:48les ait abandonnés.
16:51Je comprends très bien
16:53Fabienne,
16:54puisque moi-même,
16:54moi-même,
16:56j'ai un peu le même sentiment.
16:58J'ai du mal,
16:59j'ai du mal à comprendre
17:02qu'il ait abandonné sa famille,
17:04mais il faut bien
17:05se rendre aux évidences.
17:07Les lettres sont là,
17:08c'est lui qui les a tapées
17:09sur sa machine,
17:10il n'y a pas d'erreur.
17:11En mai 2005,
17:13Raymond Barr,
17:14Premier ministre
17:14au moment du décès
17:16de Robert Boulin,
17:16fait une déclaration fracassante
17:19au micro de France Inter.
17:20À 3h du matin,
17:23dans la nuit,
17:24un coup de téléphone,
17:25maintenant,
17:26on vient de découvrir
17:28le corps de M. Boulin
17:29qui s'est suicidé.
17:31C'est mon collaborateur de garde
17:33qui est renseigné
17:34et qui me téléphone
17:35comme il doit me téléphoner,
17:36surtout quand il s'agit
17:37d'un ministre.
17:39Nous ne pensions pas
17:40que le RPR
17:41allait assassiner Boulin.
17:43Un assassinat,
17:44mais surtout,
17:45une piste horaire
17:46fournie par l'ancien
17:47Premier ministre
17:48sur le moment
17:49où il a été prévenu
17:50de la découverte du corps.
17:523h du matin,
17:54c'est-à-dire
17:54plus de 5h
17:55avant la découverte
17:57officielle
17:58par les gendarmes.
17:59Alors,
17:59comment Raymond Barr
18:01pouvait-il être informé
18:02à ce moment-là ?
18:03Et pourquoi
18:04parle-t-il d'un assassinat ?
18:07Cette contradiction
18:08est devenue
18:09l'un des piliers
18:11du récit criminel.
18:13D'après ce qu'on vous avait dit,
18:14il est prévenu
18:15par Mme Boulin.
18:18Elle appelle
18:18le cabinet
18:20du Premier ministre
18:21pour dire
18:21qu'il a disparu
18:22et qu'on a trouvé ça
18:23dans la corbeille.
18:25Donc,
18:27une lettre
18:27qui veut dire
18:29qu'il va se suicider,
18:30quand même.
18:30C'était pas très...
18:31C'était assez limpide.
18:33Encore faut-il comprendre
18:35ce qui s'est réellement
18:36passé cette nuit-là.
18:37qui a appelé Raymond Barr ?
18:40Que savait
18:41exactement
18:42son collaborateur ?
18:43De quelles informations
18:45disposait-il ?
18:46Et surtout,
18:47parlait-il bien
18:48de la découverte
18:49du corps
18:49ou d'une information
18:50anticipée
18:51sur la disparition
18:53du ministre ?
18:54Aucune réponse officielle
18:56ne sera apportée
18:57à ces questions.
18:58Vingt ans plus tard,
19:01il dit à quelle heure
19:03on l'a prévenu,
19:04mais manifestement,
19:05il y a une confusion
19:06parce que
19:09quand bien même
19:11il y aurait eu complot
19:12et qu'il serait
19:17soit soucieux
19:18de le dévoiler,
19:19soit soucieux
19:21de le couvrir,
19:21il ne se serait pas
19:22prononcé de cette façon,
19:24enfin de façon aussi simple.
19:25Une seule chose
19:26est certaine,
19:27cette déclaration
19:28de Raymond Barr
19:29est du pain béni
19:30pour les tenants
19:31de l'assassinat politique.
19:33En effet,
19:34le délai de cinq heures
19:35entre l'information
19:36transmise à Barr
19:38et la découverte
19:39du corps
19:40permettrait bien
19:41de maquiller
19:42un meurtre
19:43en suicide.
19:44En outre,
19:45le fait que
19:46le premier ministre
19:47en poste à l'époque
19:48évoque la mainmise
19:50du sac
19:50pèse lourd
19:52dans la balance.
19:53Ensuite,
19:54sur la question
19:54« je ne pensais pas
19:56que le sac
19:57pouvait l'assassiner »
19:58il y a deux interprétations.
20:00Soit
20:00« je ne pensais pas
20:03que le sac
20:04pouvait l'assassiner »
20:05c'est-à-dire
20:05que ce n'était pas plausible
20:06que ce soit ça
20:07et non pas
20:09« je ne pensais pas
20:10que le sac
20:11soit capable
20:12de l'assassiner »
20:13et pourtant
20:13c'est ce qu'il a fait.
20:15Donc,
20:15ces deux déclarations
20:16n'apportent
20:17strictement rien,
20:18enfin à mon avis
20:19qui est celui
20:20d'un praticien aussi.
20:22En 2015,
20:23la famille obtient
20:24une nouvelle victoire.
20:26Une information
20:27judiciaire est ouverte.
20:29Cette fois,
20:30la qualification
20:30vise explicitement
20:32l'hypothèse criminelle.
20:35Le dossier repart.
20:36Nouvelle génération
20:37d'enquêteurs.
20:39Nouvelles expertises.
20:40Nouveaux témoignages.
20:42Et progressivement,
20:44une nouvelle pièce
20:45apparaît.
20:46En novembre 2020,
20:47une nouvelle expertise
20:49médico-légale
20:50réexamine
20:51les éléments
20:52disponibles
20:53depuis 1979.
20:54Les experts
20:55ne peuvent plus
20:56affirmer
20:57que Robert Boulin
20:58est mort noyé.
20:59Mais la raison
21:00est simple.
21:00Les prélèvements
21:02sur les poumons
21:02de Boulin
21:03et les analyses
21:04de sang
21:05effectuées
21:06en 1979
21:06ont tout simplement
21:08été
21:08perdus.
21:10Aurait-on
21:11volontairement
21:12fait disparaître
21:13ces preuves ?
21:14C'est possible.
21:15Mais il ne faut
21:16en aucun cas
21:17exclure
21:18que la justice
21:19les ait
21:20involontairement
21:21égarés.
21:22La gabegie
21:23et le manque
21:24de moyens
21:25dans l'institution
21:25suffiraient
21:27largement
21:28à l'expliquer.
21:29Les dossiers
21:30perdus
21:31de la récente
21:31affaire
21:32sont là
21:34pour nous rappeler
21:34que notre justice
21:35en matière
21:36de conservation
21:37de documents
21:38ou de scellés
21:39sait commettre
21:41de graves erreurs.
21:43Une avancée
21:44médico-légale
21:45dans l'enquête
21:45est toutefois
21:46à relever.
21:47Les légistes
21:48établissent
21:48l'existence
21:49d'une fracture
21:50récente
21:50du maxillaire
21:51supérieur gauche
21:52de Boulin
21:53provoquée
21:54par un choc direct
21:55un objet contondant
21:57ou une chute.
21:58Elle pourrait
21:59certes
21:59correspondre
22:00à un coup porté
22:01mais aussi
22:02à un choc
22:03avec le sol
22:04soit lorsque Boulin
22:06s'est avancé
22:07dans les temps
22:07pour y mourir
22:08soit lorsque son corps
22:10a été transporté
22:11jusqu'à la rive.
22:13Le rapport
22:13ne prouve
22:15donc pas
22:15un assassinat
22:16mais il établit
22:17que médicalement
22:19le dossier
22:20ne permet plus
22:21d'affirmer
22:22avec certitude
22:23le scénario
22:24d'une mort
22:25par noyade.
22:26D'autres voix
22:27se feront entendre
22:28comme celle
22:29de Bernard
22:29Fonfred
22:30en 2003.
22:31Deux camions
22:32d'un gendarmerie
22:33ont ramené
22:33les archives
22:34de Paris
22:34du ministère du travail
22:36et puis
22:37donc ces archives
22:38ont été stockées
22:39dans nos bureaux
22:40qui étaient d'ailleurs
22:41le domicile
22:42de Robert Boulin
22:42quand il venait
22:43à Libourne.
22:44C'était
22:44tous ses courriers
22:45personnels.
22:47Donc ces archives
22:48sont restées
22:48en rue de Géraud
22:49où étaient
22:50nos bureaux
22:51et le domicile
22:52libournais
22:52de M. Boulin
22:53et puis
22:54on m'a demandé
22:56de les trier
22:57et de les détruire
22:58parce que
22:59la famille
22:59soi-disant
23:00voulait récupérer
23:01il fallait libérer
23:02la maison
23:03donc la vider
23:04et ces archives
23:05plus personne
23:05ne voulait les voir
23:06donc il fallait
23:06absolument les détruire.
23:08Donc deux membres
23:08du sac
23:09qui sont arrivés
23:10ont chargé
23:11les cartons
23:11dans une camionnette
23:12et j'ai suivi
23:14la camionnette
23:14pour bien assister
23:15toute la journée
23:16j'ai passé
23:16quasiment la journée
23:17à une usine
23:18de pâte à papier
23:19que tout soit
23:21détruit
23:21broyé
23:22et passé
23:22en pâte à papier.
23:24Mais Fonfrey
23:25ne précise pas
23:26ce qu'il a fait
23:27se taire jusque-là.
23:28Aurait-il vraiment
23:29eu peur des représailles
23:30ou le voulait-il
23:32tout simplement pas
23:33livrer un faux témoignage ?
23:36Car en parler
23:36dans les médias
23:3725 ans plus tard
23:39ne présentait pour lui
23:40plus aucun risque
23:42sur le plan judiciaire.
23:44Il n'y avait
23:45absolument aucun dossier
23:46sinon les dossiers
23:48qui concerne
23:49les ramaduels
23:50d'ailleurs
23:52ça n'était pas
23:53le genre
23:53de Robert Boulin
23:55de posséder
23:56des dossiers
23:57et d'essayer
23:59de les faire valoir
24:01d'une façon
24:02malhonnête.
24:02Ça n'était pas son genre.
24:03Précisons également
24:04que
24:05pour Bernard Fonfred
24:06le parti gaulliste
24:08dont est issu
24:09le sac
24:09constituait
24:10un rival politique.
24:12Voulait-il
24:13les charger
24:13d'une exaction
24:14supplémentaire
24:15des décennies plus tard ?
24:17En 2020
24:18un ancien
24:19malfrat
24:20du nom
24:20d'Élio Darmon
24:21se manifeste
24:22dans le dossier.
24:23Darmon
24:24fournit des noms
24:24Henri Géliot
24:26et Jean-Pierre
24:27Mayonne Libaud.
24:28Son récit
24:30pourrait suggérer
24:31que Robert Boulin
24:32a été assassiné.
24:33Le témoignage
24:34est tardif
24:35très tardif
24:36mais il est suffisamment
24:38sérieux
24:38pour que les enquêteurs
24:39travaillent dessus.
24:40Il sera suivi
24:41d'un autre
24:42celui de
24:43Jean-Louis Riza
24:44un ancien braqueur.
24:45Ce dernier
24:46affirme
24:47avoir été témoin
24:48d'une conversation
24:49impliquant
24:50des membres
24:51du sac.
24:52Il fournit
24:53cependant
24:53une autre piste
24:55que celle
24:55de Darmon
24:56avec d'autres noms.
24:58Les deux témoignages
24:59ne désignent
25:00donc pas
25:01les mêmes
25:02exécutants
25:02présumés
25:03ce qui peut
25:04faire peser
25:05quelques doutes
25:06sur leur légitimité.
25:08D'autant
25:08que leurs auteurs
25:09tous deux
25:10anciens truands
25:11et habitués
25:12des coups fourrés
25:13n'ont rien
25:14de chevalier blanc
25:15voulant rendre
25:16ses lettres
25:17de noblesse
25:18à la justice.
25:19Monsieur Boulin
25:20sans doute
25:21allait au roi René
25:22dans une boîte à partouze
25:23et il avait pu aussi
25:26rencontrer des gens
25:27qui étaient
25:28un peu bizarres.
25:29Enfin,
25:30sérieusement.
25:31On imagine
25:32monsieur Boulin
25:32dans une boîte à partouze ?
25:34Enfin bon,
25:34évidemment,
25:35ça ne se voit pas
25:36sur la tête.
25:36Mais enfin,
25:37c'était quand même
25:37la rigueur même.
25:38Un type qui était
25:39une droiture incroyable
25:41et l'autre derrière,
25:43ah non,
25:43et paf !
25:44Quelle que soit
25:45la validité
25:46de tous ces témoignages
25:47tardifs,
25:48on se confronte
25:49à l'une des difficultés
25:51majeures
25:52des cold cases.
25:53Après 40 ans,
25:55les morts
25:55ne peuvent plus
25:56être interrogés.
25:58Les souvenirs
25:59se transforment.
26:00Les témoins
26:01disparaissent.
26:02Les documents
26:03se perdent.
26:04Et chaque nouveau récit
26:06doit être évalué
26:07avec une prudence
26:09extrême.
26:10Si le témoin
26:11avait pris des risques
26:13en parlant à l'époque,
26:14il n'en prend
26:15strictement aucun
26:17en se manifestant
26:18des décennies plus tard,
26:20y compris s'il ment
26:21pour en tigrer
26:22une quelconque gratification.
26:24Pourquoi les médias
26:25préfèrent-ils reprendre
26:27ces témoignages
26:28peu crédibles
26:28et entonner le refrain
26:30de l'assassinat politique ?
26:33On peut comprendre
26:34que le sensationnel
26:35soit bien plus vendeur
26:37pour les chaînes télévisées,
26:39les radios,
26:39les journaux subventionnés
26:41qui peinent à survivre.
26:43Mais y aurait-il aussi
26:44une raison plus
26:45humaine,
26:47sociale,
26:48voire
26:49idéologique ?
26:51Dans les heures
26:52qui suivent
26:53la découverte
26:54corps du ministre,
26:55le gouvernement
26:56et les médias publics
26:57accusent
26:58le cadar enchaîné
26:59d'avoir poussé
27:01Boulin au suicide
27:02en révélant
27:03l'affaire de Ramatuel.
27:05Concernant
27:06la façon dont ça s'est passé,
27:07le canard enchaîné
27:08a pris le relais
27:10du lynchage
27:12médiatico-judiciaire.
27:13Je peux vous dire
27:14que des conversations
27:15avec les dirigeants
27:17du canard de l'époque
27:20m'ont très clairement répondu
27:23c'est évidemment
27:24un suicide.
27:25Eux,
27:26ils n'avaient rien
27:26à couvrir.
27:28Ils n'avaient pas,
27:29ils avaient pensé
27:30que c'était le sac,
27:31ils ne se seraient pas gênés.
27:32Mais la grande majorité
27:33de la presse
27:34va défendre le canard,
27:36l'absolvant
27:37de toute responsabilité
27:39dans la mort du ministre.
27:41La thèse d'un assassinat
27:43devient dès lors
27:45très pratique
27:46pour masquer la vérité.
27:49En 2022,
27:51Gilles Leclerc
27:51publie son livre
27:52La vérité
27:53sur l'affaire Robert Boulin.
27:55Son objectif est double.
27:57Défendre la police
27:59et a raconté
28:00les deux enquêtes
28:01de l'intérieur.
28:02Il ne prétend pas
28:03que tout a été parfait.
28:05Mais il affirme
28:06que malgré les erreurs,
28:07les zones d'ombre,
28:08les controverses,
28:10aucune enquête
28:11ne lui a permis
28:12de découvrir un crime.
28:14Je persiste et je signe
28:16en disant que
28:17M. Boulin s'est suicidé
28:18pour des raisons
28:19qui lui appartenaient,
28:21probablement
28:22les problèmes
28:25judiciaires
28:26qui allaient arriver
28:27puisqu'il allait être convoqué
28:29chez M. Van Brunbeck
28:30et des problèmes personnels
28:32dont je préfère
28:33ne pas parler.
28:34Gilles Leclerc
28:36affirme
28:37posséder
28:37le mobile du suicide.
28:39Alors,
28:40pourquoi Robert Boulin
28:42se serait-il donné la mort ?
28:45En 1979,
28:47s'il est encore bien vu
28:48dans l'opinion publique,
28:49le ministre du travail
28:51est en réalité
28:52un homme sous pression.
28:54L'affaire de Ramatuel-Langoisse.
28:57Et ce n'était d'ailleurs
28:58pas la seule.
29:00Son fils,
29:01Bertrand Boulin,
29:02était dans les années 70
29:04un éducateur reconnu
29:06grâce notamment
29:07aux pistons assurés
29:09par son ministre de Père.
29:11Tenant une chronique
29:12sur Europe 1,
29:13il publie un livre,
29:15La Chartre des enfants.
29:16L'ouvrage aborde
29:18un sujet explosif,
29:20la sexualité des mineurs.
29:22Car Bertrand Boulin
29:24évolue dans un milieu
29:25où certaines conceptions,
29:27aujourd'hui condamnées,
29:28sont ouvertement défendues.
29:31Parmi ses proches
29:32figure Gabriel Matzneff,
29:34écrivain qui revendique
29:36alors publiquement
29:37ses relations sexuelles
29:39avec des adolescents
29:40et même avec des enfants.
29:43Bertrand Boulin
29:44prendra position
29:45comme d'autres figures
29:46de l'époque
29:47en faveur d'individus
29:49poursuivis
29:49pour des actes sexuels
29:51avec des mineurs.
29:52Les positions
29:53qu'il défend sur la famille,
29:54l'autorité parentale
29:56et la prostitution
29:57des mineurs
29:58suscitent des réactions
29:59hostiles,
30:00voire horrifiées.
30:02Il sera lui-même
30:03visé par une enquête
30:05de la brigade
30:05de protection des mineurs
30:07après une plainte
30:08concernant deux garçons
30:10de 12 ans
30:10qu'on lui avait demandé
30:12de recueillir.
30:13L'affaire sera finalement
30:14classée.
30:15Mais le mal est fait.
30:17Et surtout,
30:18le scandale
30:19menace désormais
30:20directement son père.
30:22C'était une nouvelle
30:23vulnérabilité
30:24qui était imposée
30:27quand son fils
30:29lui a expliqué ça,
30:31une nouvelle vulnérabilité
30:32qui était imposée
30:32à Robert Boulin.
30:34Ça n'a pas dû
30:34arranger les choses.
30:36Car Robert Boulin
30:37est alors ministre du travail,
30:40une personnalité politique
30:41considérable
30:42et un homme
30:43dont le nom circule
30:45pour Matignon.
30:46Pour le ministre,
30:48les activités
30:48de son fils
30:49représentent
30:50un risque politique
30:51évident.
30:52Dès lors qu'il y avait
30:54des règlements
30:55de compte politique,
30:55parce que c'est
30:56un monde difficile
30:57la politique,
30:59même encore aujourd'hui,
31:01les hommes politiques
31:03adorent
31:04mener leur combat
31:05par juge interposé
31:07et surtout
31:08chez ses propres amis
31:09qui sont des rivaux
31:10et des concurrents.
31:12Donc si on peut
31:12faire du mal
31:13à quelqu'un
31:14en instrumentalisant
31:16à la fois la presse
31:17et la justice,
31:18on le fait.
31:18Quelques semaines
31:19avant sa mort,
31:20son fils Bertrand
31:21est précisément
31:23au cœur
31:23d'une nouvelle polémique.
31:25Un article
31:26du magazine
31:27Le Meilleur
31:28évoque
31:29le fils
31:29d'une personnalité
31:30politique
31:31de premier plan
31:32et ses liens
31:33avec des affaires
31:34touchant
31:35à la sexualité
31:36des jeunes.
31:37Bertrand
31:38dira plus tard
31:39que l'article
31:40le visait
31:41directement.
31:42Il raconte
31:43également
31:43qu'un document
31:45compromettant
31:45concernant sa vie
31:47privée
31:47aurait été
31:48apporté
31:49à son père
31:49quelques jours
31:50avant sa mort.
31:52Robert Boulin
31:53est profondément
31:54inquiet
31:55de ce qui
31:56pourrait être
31:56publié
31:57sur son fils.
31:58Si cette affaire
32:00avait donné lieu
32:02Bertrand Boulin
32:03à une exploitation
32:05médiatique,
32:06bien évidemment,
32:07ses amis et ses ennemis
32:09s'en seraient emparés.
32:10Cela s'ajoute
32:11au climat
32:12de tension
32:13qu'il traverse
32:13agité
32:14par l'affaire
32:15de Ramatuel
32:16persuadé
32:17d'être manipulé
32:18par Pierre Fitte.
32:20L'accusation
32:21lancée
32:22dans la presse
32:22est-elle
32:23devenue
32:24insupportable
32:25pour Robert Boulin ?
32:26Pour Robert Boulin
32:28qui était
32:29le résistant,
32:31qui était
32:31le ministre,
32:32qui était
32:33un homme politique
32:33effectivement
32:34avec une grande
32:35réputation
32:36de probité,
32:37se retrouver
32:38avec un de ses enfants
32:40impliqué
32:41dans des scandales
32:42parce qu'il y en avait
32:42quand même
32:43quelques-uns à l'époque,
32:45c'était probablement
32:46très difficile
32:47à assumer.
32:48Après la mort
32:49de son père
32:49en 1980,
32:51Bertrand Boulin
32:52publie
32:52Ma vérité
32:54sur mon père.
32:55L'ouvrage
32:56d'un fils
32:57qui veut comprendre
32:58pourquoi
32:59son père
33:00s'est suicidé.
33:01Il y révèle
33:02même une information
33:03jusque-là
33:04inconnue
33:05de la presse
33:06et du grand public.
33:07Un juge d'instruction
33:08peut tout faire
33:09en France.
33:10Il peut inculper
33:11quelqu'un
33:11quitte à ce qu'ensuite
33:12le tribunal
33:13dise
33:13il n'y est pour rien
33:14dans cette affaire.
33:15Mais le juge d'instruction
33:16avait ce pouvoir.
33:17Et mon père a cru
33:18à tort ou à raison
33:19l'avenir nous le dira
33:20qu'il pouvait
33:22être allé jusque-là.
33:24Certains lui ont dit
33:25qu'il allait être inculpé.
33:26Certains qui ?
33:28Certainement
33:28d'après ce que mon père
33:29m'a dit
33:30le parquet
33:31en tout cas
33:31des gens proches
33:32du parquet de Caen
33:33et des gens
33:34de la place Vendôme
33:35qui exactement
33:37mon père ne me citait pas
33:38de nom
33:38parce que sa lettre
33:39est vertueuse de silence.
33:41Il n'a pas voulu
33:41qu'on en cite
33:42donc je n'en cite pas non plus
33:43et je vous avouerai
33:44très franchement
33:45qu'en plus
33:45je n'en sais rien.
33:46Son témoignage
33:47est sans ambiguïté.
33:49Bertrand Boulin
33:50croit
33:51au suicide
33:52de son père
33:52fermement.
33:54Il raconte
33:55les dernières conversations
33:56avec lui
33:57ses inquiétudes
33:58son état psychologique
33:59et les pressions politiques
34:01qu'il percevait
34:02autour de lui.
34:03Pour un homme
34:04aussi intègre
34:06que Robert Boulin
34:06il est inimaginable
34:08que son propre fils
34:10soit impliqué
34:11dans une telle affaire
34:13de mœurs.
34:14Et un autre élément
34:16dont Bertrand
34:17ne fait pas état
34:18préoccupe
34:19particulièrement
34:20le ministre.
34:22Le SRPJ
34:23est allé enquêter
34:24dans le village
34:25où a grandi
34:26Robert Boulin
34:27dans le sud-ouest.
34:28En interrogeant
34:29les témoins
34:30les enquêteurs
34:31sont arrivés
34:32à une conclusion.
34:34Il semblerait
34:35que la femme
34:35de Robert Boulin
34:36entretenait
34:37une relation
34:38avec Henri Tournet
34:40le promoteur
34:41véreux
34:41de l'affaire
34:42de Ramatuel.
34:44Robert Boulin
34:45n'était donc pas
34:46caculé
34:46sur le plan
34:47judiciaire
34:48et médiatique.
34:49Sur le plan
34:50personnel aussi
34:51il aurait affronté
34:53une situation
34:54particulièrement
34:55difficile
34:56et dégradante.
34:57Alors que son fils
34:58Bertrand
34:59défendait
35:00la thèse du suicide
35:01y compris
35:02contre ceux
35:03qui déjà
35:04mettaient en doute
35:05la version officielle
35:06tout change
35:08en 1983.
35:10Avec sa soeur Florence
35:12et sa mère Colette
35:13la famille
35:14abandonne
35:15la lecture première
35:16des événements.
35:18Ils contestent
35:19désormais
35:19le suicide
35:20et déposent
35:21plainte
35:22pour homicide
35:23volontaire.
35:25Le fils
35:26qui
35:26en 1980
35:28avait écrit
35:29pour expliquer
35:30pourquoi
35:31son père
35:32avait pu
35:33mettre fin
35:33à ses jours
35:34devient
35:35l'un des
35:36principaux défenseurs
35:37de la thèse
35:38inverse.
35:40Il avait fait
35:41deux
35:41son appartenance
35:42à ce milieu
35:43et des risques
35:44que ça impliquait
35:45une des raisons
35:46du désarroi
35:46de son père
35:47et de sa vulnérabilité.
35:49Là il change
35:50complètement
35:50ça le dédouane
35:52quelque part.
35:53Moi je comprends
35:54ça le dédouane
35:55il se dit
35:55bon c'est pas moi
35:56qui suis le responsable.
35:58A partir de 1983
35:59donc
36:00la famille
36:01Boulin-Burja
36:02entreprend
36:03de faire reconnaître
36:04officiellement
36:05que Robert Boulin
36:07n'est pas mort
36:07par suicide
36:08mais qu'il a été
36:10assassiné.
36:11Une question
36:12demeure
36:13quel pouvait être
36:15l'intérêt
36:15de la famille
36:16à obtenir
36:17cette requalification ?
36:19Ça redonne
36:21à l'image
36:22du père
36:23une certaine
36:24stature
36:25c'est-à-dire
36:25que c'était
36:26quelqu'un
36:27incontestablement
36:28de probe
36:28un ancien
36:29résistant
36:30quelqu'un
36:31de brillant
36:33c'était
36:34un grand
36:34ministre
36:35donc
36:36effectivement
36:36on l'a
36:37assassiné
36:38parce qu'il
36:38gênait
36:39on l'a
36:39assassiné
36:40parce qu'il
36:40s'apprêtait
36:41à révéler
36:41les turpitudes
36:43de sa propre
36:43famille politique
36:44ça le remet
36:46sur un piédestal
36:47duquel il était
36:48tombé
36:49avec ce moment
36:50de faiblesse
36:51qu'il a amené
36:53au suicide
36:54pour une
36:55sombre affaire
36:56où je crois
36:58qu'il était
36:59parfaitement
36:59innocent
36:59mais
37:01qui avait
37:03porté
37:03atteinte
37:04à son image
37:04une autre
37:05piste
37:06mérite
37:06d'être
37:07examinée
37:08celle
37:09de l'argent
37:10des témoignages
37:11apparus
37:12ultérieurement
37:13font état
37:14de l'existence
37:15supposée
37:15d'une assurance
37:16souscrite
37:17peu avant
37:18la disparition
37:19de Robert Boulin
37:20une source
37:21secondaire
37:22évoque même
37:23un contrat
37:24qui aurait été
37:25signé à Paris
37:26quelques temps
37:27avant sa mort
37:28si Robert Boulin
37:29avait souscrit
37:30peu avant sa mort
37:32un contrat
37:33d'assurance
37:33d'essai
37:34important
37:34et si sa famille
37:36en était bénéficiaire
37:37la différence
37:38entre suicide
37:39et homicide
37:40pouvait représenter
37:41une somme
37:43considérable
37:44selon nos informations
37:46ce document
37:47existe bien
37:48et il était
37:49assez rapidement
37:50tombé
37:51entre les mains
37:52du 36
37:52quai des orfèvres
37:53lorsque ce dernier
37:55a été placé
37:56sur l'enquête
37:58ni le nom
37:59de l'assureur
37:59ni le montant
38:01garanti
38:01où les bénéficiaires
38:03n'ont été rendus
38:04publics
38:05mais on peut imaginer
38:06concernant ces derniers
38:08qu'ils étaient
38:09très proches
38:10de Robert Boulin
38:12peut-être
38:13sa femme collecte
38:14ou plutôt
38:15son fils
38:16Bertrand
38:17sa fille
38:18Florence
38:18en 1983
38:20lorsque la famille
38:22change de stratégie
38:24et engage
38:24une offensive judiciaire
38:26pour faire reconnaître
38:27l'homicide
38:28cette éventuelle assurance
38:29aurait pu constituer
38:31un enjeu financier
38:33majeur
38:34à ce jour
38:35rien ne permet
38:36cependant
38:37d'affirmer
38:37que la démarche
38:38de la famille
38:39était motivée
38:40par cet argent
38:41mais si cette assurance
38:43existe bien
38:44la reconnaissance
38:46d'un homicide
38:46pourrait entraîner
38:48des retombées
38:49financières
38:50considérables
38:52reste alors
38:53une question
38:54que s'est-il passé
38:56entre 1979
38:57et 1983
38:59entre la famille
39:01Boulin-Burja
39:02le notaire
39:04chargé
39:04de la succession
39:05les éventuels
39:07assureurs
39:07et la justice
39:1447 ans plus tard
39:16le dossier
39:18revient donc
39:19devant
39:19trois nouveaux juges
39:20il dispose
39:22de près
39:22d'un demi-siècle
39:23d'archives
39:24des expertises
39:25contradictoires
39:26des témoignages
39:27anciens
39:28et plus récents
39:29des pièces judiciaires
39:31des déclarations
39:32politiques
39:33et un immense
39:35tapage
39:36médiatique
39:37leur mission
39:38sera de démontrer
39:40enfin
39:41qu'il s'agit
39:42soit d'un assassinat
39:43soit d'un suicide
39:47mais il existe
39:48une troisième possibilité
39:50que la justice
39:52ne puisse
39:53jamais
39:54trancher
39:54définitivement
39:55durant près
39:57d'un demi-siècle
39:58nous nous sommes
39:59demandés
39:59qui a tué
40:01Robert Boulin
40:01peut-être
40:02la question
40:03qui permettra
40:04enfin
40:05de comprendre
40:06cette affaire
40:07est-elle
40:07beaucoup plus
40:08dérangeante
40:09peut-être
40:11est-elle
40:11comment
40:13tant de gens
40:14se sont
40:15persuadés
40:16de son assassinat
40:2346 ans
40:24après la mort
40:25de Robert Boulin
40:25une conclusion
40:26s'impose
40:27nous ne serons
40:28peut-être
40:29jamais
40:29ce qui s'est
40:30réellement passé
40:31dans la nuit du 29
40:32au 30 octobre
40:331979
40:35mais une autre question
40:36mérite d'être posée
40:37à force de rechercher
40:39les indices
40:40d'un assassinat
40:41n'a-t-on pas fini
40:42par regarder le dossier
40:44à travers
40:44cette seule hypothèse
40:45certes
40:47les incohérences existent
40:48les interrogations
40:49demeurent
40:50mais elles ne constituent
40:52pas nécessairement
40:53la preuve d'un crime
40:54en revenant au fait
40:55aux premières constatations
40:56et à ce que l'enquête
40:58établissait réellement
40:59une autre lecture apparaît
41:01celle d'un homme
41:02politiquement fragilisé
41:03confronté
41:05à une situation
41:05personnelle
41:06et judiciaire
41:07peut-être
41:08trop difficile
41:08à supporter
41:09et dont la mort
41:10pourrait bien être
41:11moins mystérieuse
41:13que le caractère
41:14du récit
41:14construit autour d'elle
41:17l'affaire Boulin
41:18restera
41:19peut-être
41:20toujours une énigme
41:21mais elle fera
41:22sans doute
41:23encore
41:24beaucoup parler
41:26de la mort
41:27Sous-titrage Société Radio-Canada

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