00:00Chauffier est avec nous, Nazanine, c'est un roman, Albin Michel, on va en parler dans un instant,
00:07elle est étudiante en stylisme, Nazanine, elle tombe amoureuse de Paul,
00:11qui est un journaliste parisien au Palace à l'été 1978, c'est vous ?
00:15Oui, c'est clair.
00:18Vous avez eu la chance de connaître le Palace, alors vous, vous êtes aussi un monde qui a disparu.
00:24Ce qui était intéressant, quand j'ai connu le Palace, c'est pour ça que j'ai fait ce roman,
00:28c'est qu'en fait, c'était à l'époque, post-68, où on nous disait, les gauchistes, mais 68,
00:35les 68ers,
00:35ont donné la parole à ceux qui ne l'avaient pas.
00:37Et en fait, moi je veux dire, non, les gens qui ont donné la parole à ceux qui ne l
00:41'avaient pas,
00:41ils sont au Palace, ils ne sont pas à Vincennes.
00:43Je veux dire, le Swinging London, Marie Quant, les Beatles, les Stones,
00:48c'est eux qui ont complètement révolutionné la société.
00:51Et ce n'est pas les slogans qu'on a entendus en 68 puis à Vincennes,
00:56qui radottaient, qui disaient toujours la même chose,
00:58qui étaient les mêmes slogans que pour la Commune qu'en 1793.
01:02Et je vais vous montrer dans ce livre, je vais vous montrer à la fois
01:04des scènes marrantes à Vincennes, pour montrer comment ça tourne en rond,
01:08et en même temps qu'elle était le Vatican de la joie de vivre,
01:11de la liberté, du plaisir, et le Vatican de la mode,
01:13qui était le Palace, et oui, qui était en plus le Vatican du sexe.
01:17Il y a chez vous un talent peu commun, disons-le.
01:20Et j'écoute, je lis parfois les éditos dans Service littéraire de notre ami Sérésa,
01:26le papier que vous avez fait sur Édouard Philippe est extraordinaire,
01:29je crois que je l'avais lu d'ailleurs.
01:30Ça s'appelle Philippe Édouard, non, le titre ?
01:33J'adore, François me demandait de faire des portraits,
01:36on a fait la droite, on a fait Villepin, Xavier Bertrand, Édouard Philippe,
01:40là, demain c'est Glucksmann, après ce sera Mathieu Pigasse.
01:47Donc vous êtes facile, il y a une légèreté, il y a une insolence,
01:51il y a un talent, un talent très français d'ailleurs.
01:53C'est un lussard.
01:54Oui, très français, mais vraiment, qui est rare,
01:59un bonheur d'écriture, on lit ça, on trouve ça formidable,
02:02tellement c'est drôle, intelligent, et bon.
02:05J'ai pu sortir du studio, là.
02:07Mais non, mais c'est vrai, le talent...
02:09Non, mais je vous assure, le talent...
02:11D'ailleurs, je suis étonné, le cinéma n'a jamais fait appel à vous
02:14pour écrire des dialogues, des...
02:16Enfin, pas entrer dans les disputes avec Grasset,
02:19le fait qu'ils ne se sont jamais occupés...
02:20Grasset, qui était une maison merveilleuse,
02:22ne s'est jamais occupé de vendre ses auteurs au cinéma.
02:25Mais les, comment dire, les metteurs en scène qui nous écoutent,
02:29ils pourraient se dire, voilà, moi je vous donne un dialogue à faire,
02:31crois-moi, ça va être mieux que le dialogue que j'entends parfois
02:34dans certains films.
02:36Même si, je fais une parenthèse, il y a un film formidable,
02:38qu'on va voir, c'est Garance.
02:40Allez le voir, vraiment, de Jeanne Hiry,
02:43avec cette actrice prodigieuse qui est Adèle Extra.
02:46Elle est extraordinaire dans le film,
02:48c'est un film sur une femme alcoolique.
02:50Il y a Léa Drucker qui a un charme fou.
02:52Non, Léa Drucker, elle n'est pas dans le film.
02:54C'est Sarah Giraudot.
02:55Ah, non, c'est Sarah Giraudot.
02:58Giraudot.
02:58Ah, Giraudot, oui, la fille de...
02:59Voilà, qui ressemble à Bernard Giraudot,
03:02c'est saisissant.
03:03Très troublant.
03:03Très troublant.
03:04Mais le film est vraiment très réussi, Garance, très réussi.
03:07Il y a des scènes vraiment d'émotions qui sont...
03:12Allez voir ce film.
03:12Bon, je ferme la parenthèse et on revient à votre livre.
03:15Après 50 ans passés à aiguiser leurs couteaux,
03:17des trotskistes piailleurs agitaient jour et nuit leurs canifs.
03:21Au lieu d'étudiants, souriants et instruits,
03:23tu tombais sur de vieux adolescents à fleurs de peau,
03:25puritains, dogmatiques, inquisiteurs et haineux.
03:28La censure toujours aux lèvres,
03:30ils passaient leur temps à s'auto-excommunier.
03:32Aucune ironie, aucune mesure, aucun charme.
03:34En matière de loufoquerie,
03:36les profs valaient leurs élèves.
03:38C'est assez moderne, hein ?
03:40Ça, c'était Vincennes, en fait.
03:42C'était dommage, Vincennes,
03:43parce qu'ils avaient mis des gros moyens.
03:45Ils avaient créé un campus américain très beau.
03:46Dès les premiers mois,
03:48tous les meubles avaient été vendus aux puces.
03:50C'était devenu un chaos intégral.
03:52Et c'est pour ça que moi, mon journaliste,
03:54il s'est envoyé par le Figaro pour créer une page.
03:58Comment vous habillez en maoïste ?
04:00Il y va, lui, en petit marrant et en dandy,
04:02qu'il s'abuse.
04:03Et donc, il découvre ce chaos.
04:05Et ça va lui permettre...
04:07C'est ça qui va donner l'idée
04:09des comparaisons tout le long du livre
04:10entre qu'est-ce qui se passe chez les intellectuels,
04:13qu'est-ce qui se passe chez les gens futiles,
04:14qu'est-ce qui va se...
04:14Et de montrer que, finalement,
04:16la France, elle est grande quand elle est frivole.
04:18Vous avez tout à fait raison.
04:19Et je vois que de mao,
04:21vous avez gardé le col aujourd'hui.
04:23Parce que vous êtes venu avec ce qu'on appelle...
04:26C'est plutôt celui de Léon XIV.
04:28Bon, vous restez évidemment avec nous dans la...