00:08Bonjour et bienvenue dans cette émission. Notre invité aujourd'hui est le vice-président exécutif de l'Union Européenne chargé
00:15de la prospérité et de la stratégie industrielle, Stéphane Séjourné.
00:19Bienvenue et merci d'être venu.
00:21Merci et merci de votre invitation. Bonjour.
00:23Alors cette année, vous avez fait adopter le concept « made in EU » qui privilégie les entreprises européennes comme
00:31pilier essentiel de la future politique industrielle de l'Europe.
00:36Mais les dirigeants d'entreprises avertissent que cela ne résout pas les véritables problèmes de l'Europe, c'est-à
00:41-dire des coûts énergétiques exorbitants et une bureaucratie paralysante.
00:46Alors la Commission ne contente-t-elle pas de traiter les symptômes sans chercher à trouver le remède ?
00:53Bon d'abord, il n'y a pas de solution sans problème. Et le problème, il est identifié. Un certain
00:59nombre de secteurs stratégiques en Europe ont besoin de contenu local.
01:03C'est le cas dans l'énergie et les clean tech. Les clean tech, ce sont toutes les industries qui
01:09produisent de l'énergie.
01:10Que ça a du panneau solaire, de la pompe à chaleur en passant par la centrale nucléaire. Nous avons une
01:17politique d'électrification du continent.
01:20Et si nous ne faisons rien dans les dix prochaines années, la Chine nous fournira 100% des clean tech
01:26dont nous avons besoin.
01:27C'est le nouveau gaz russe de demain en termes de dépendance.
01:31Et donc nous avons décidé, pour des raisons de compétitivité, mais aussi surtout pour des questions liées aux exportations chinoises
01:40subventionnées.
01:41Et donc le level plein film entre les entreprises européennes et les entreprises chinoises.
01:46De pouvoir conditionner un certain nombre de composants européens.
01:51Nous avons décidé de changer de doctrine sur ce sujet-là.
01:55Et la question se pose maintenant de savoir comment nous faisons le Made in Europe et plus est-ce qu
02:02'il faut réellement le faire.
02:03Donc il se pose des questions de coût, de surcoût qu'il faut régler.
02:07Il y a un sujet de scope géographique avec nos partenaires de confiance.
02:11Et il y aura un sujet également de scope des secteurs concernés pour savoir qu'est-ce qui est stratégique
02:17et qu'est-ce qui est moins stratégique.
02:19On ne va pas demander du Made in Europe sur tout, mais sur des secteurs dont nous avons besoin pour
02:25l'avenir.
02:25Justement, la France veut que ce Made in Europe soit strictement réservé aux États membres, aux États membres de l
02:33'Union Européenne.
02:34Mais cela ne risque-t-il pas de restreindre l'accès à l'innovation et d'augmenter les coûts ?
02:40Parce qu'il y a des pays non européens qui sont peut-être moins chers, plus innovants.
02:46Alors ça fait partie des débats que je vous évoquais.
02:49Le problème du scope géographique, moi je dis avec conviction, nous avons des engagements internationaux à ouvrir nos marchés publics.
02:57Le Made in Europe s'applique uniquement quand il y a de l'argent public.
03:01Quand il y a de l'argent public, nous demandons à ce que certains composants soient produits en Europe.
03:08Ce scope géographique, il doit être compatible avec nos engagements internationaux.
03:13Et donc nous avons des engagements avec certains partenaires européens et extra-européens pour pouvoir ouvrir les marchés publics à
03:22l'étranger
03:22et qu'eux-mêmes ouvrent leurs marchés publics aux entreprises européennes.
03:27Et dans ce cadre-là, moi je crois beaucoup à la réciprocité.
03:30La réciprocité de l'ouverture de nos marchés.
03:33L'Europe a souvent ouvert ses marchés publics à d'autres entreprises extra-européennes,
03:39mais n'a pas obtenu l'ouverture des marchés de pays tiers.
03:44Et donc il faut utiliser ce Made in Europe, ce texte qui est en discussion aujourd'hui au Parlement et
03:50au Conseil,
03:50comme une opportunité de pouvoir aussi gagner des marchés à l'international
03:55et de trouver des nouveaux accords avec nos partenaires pour ouvrir ces marchés.
03:59– Alors un des pays non européens avec qui l'Union européenne veut resserrer les liens, c'est le Canada,
04:08en l'invitant à devenir membre associé.
04:12Alors quand est-ce que la Commission va nous éclaircir là-dessus ?
04:16Qu'est-ce que… ce que ça implique ?
04:19– D'abord un mot peut-être sur le contexte,
04:22puisqu'une partie aujourd'hui du monde ne respecte plus les mêmes règles sur le commerce
04:27que les Européens respectent.
04:31À terme, il s'agira de créer le club de ceux qui veulent respecter les mêmes règles.
04:38Et l'objectif avec le Canada, c'est la convergence réglementaire,
04:42que nous ayons les mêmes règles, les mêmes standards, les mêmes modes de production,
04:48les mêmes objectifs de décarbonation de notre économie,
04:51pour que nous puissions interagir plus facilement
04:54et que les entreprises canadiennes aient des facilités d'accès au marché européen
04:58et que les entreprises européennes aient des facilités d'accès au Canada.
05:02Et ça pourra se multiplier avec d'autres partenaires, je pense au Japon,
05:05je pense y compris à un certain nombre de partenaires
05:09comme l'Australie, comme la Corée du Sud,
05:12le UK étant des partenaires qui sont susceptibles également
05:17d'avoir des liens particuliers avec l'Union Européenne.
05:19Donc le membership, c'est pour l'avenir.
05:22Le membership, c'est pour l'avenir.
05:24Pour la prochaine commission.
05:24Mais en tout cas, les partenariats plus étroits, c'est pour maintenant.
05:29Alors, du Canada à la Chine,
05:31il y a une étude récente qui a révélé que le déficit commercial
05:36entre l'UE et la Chine s'élevait à plus d'un milliard d'euros par jour en juillet.
05:43Alors, il y a une date butoir en octobre pour la conclusion d'un accord avec Pékin
05:48visant à limiter les exportations chinoises vers l'Europe.
05:54Comment l'Europe réagira-t-elle si elle n'obtient aucun engagement ferme
05:59quant au rééquilibrage des échanges commerciaux avec la Chine ?
06:03Alors, deux chiffres supplémentaires à ce que vous avez évoqué.
06:06Un, qui montre la différence d'égalité entre une entreprise européenne et une entreprise chinoise,
06:15c'est qu'un quart des entreprises chinoises qui opèrent dans le marché européen opèrent à perte.
06:23Et 3%, c'est 3% du PIB chinois qui est consacré aux aides à l'export
06:29et notamment aux aides aux entreprises directes.
06:33Pourquoi nous pensons que ce déficit de 1 milliard d'euros de déficit commercial par jour
06:41n'est pas soutenable ?
06:43Parce que nous perdons aujourd'hui des milliers d'emplois par semaine.
06:48C'est à peu près 20 à 25 000 emplois dans l'industrie par jour
06:53que nous pouvons perdre dans les prochaines années
06:56et nous avons déjà perdu 250 000 emplois industriels l'année dernière.
07:01Il est urgent d'agir et il est urgent de rééquilibrer.
07:04La Commission européenne a fait une proposition à la partie chinoise
07:07de discuter secteur par secteur
07:10et de regarder comment nous pouvons rééquilibrer les choses.
07:14Ce déséquilibre n'est pas soutenable pour la Chine
07:17comme pour l'Union européenne.
07:19Et nous souhaitons qu'il y ait un accord secteur par secteur.
07:22Alors je vais donner peut-être une chance à la négociation et à la discussion.
07:29Mais la Présidente l'a dit.
07:32Si ces discussions ne donnent pas de résultats,
07:35les outils de défense commerciale sont sur la table
07:38et ces outils de défense commerciale pourront être utilisés par l'Union européenne.
07:42Nous avons besoin aujourd'hui de crédibilité dans l'utilisation de ces outils
07:46et nous n'hésiterons pas à pouvoir les utiliser pour pouvoir rééquilibrer.
07:50Ça devient existentiel pour les Européens, ce rééquilibrage commercial.
07:55Sur les secteurs impactés, les machines-outils, l'automobile, la chimie, l'industrie lourde,
08:01nous devons agir rapidement.
08:03Alors le président chinois Xi Jinping était aux États-Unis
08:08pour un sommet avec le président Trump.
08:11Qu'est-ce que vous attendez de cette visite, de cette rencontre pour l'Europe ?
08:15Bon, d'abord, l'Europe parle directement à la Chine.
08:17Il n'y a pas besoin d'intermédiaires pour avoir un dialogue commercial
08:23avec la partie chinoise.
08:24Et nous le faisons, je vous l'ai dit, nous avons engagé cette discussion.
08:28Maintenant, nous avons besoin également d'un dialogue constructif
08:32entre la Chine et les États-Unis.
08:34Et on a vu l'année dernière que l'emballement commercial
08:38entre Washington et Pékin sur ces sujets-là
08:42pouvait nous créer une guerre commerciale,
08:44y compris qui peut affecter l'économie européenne.
08:48Donc oui, je souhaite que ce dialogue puisse être constructif,
08:51on puisse arriver à un accord, qu'on puisse stabiliser la situation.
08:56Alors parlons énergie maintenant,
08:58de nombreux pays européens abordent l'hiver avec inquiétude.
09:02alors que les prix énergétiques montent en flèche.
09:06Est-ce que l'Union européenne est prête à faire face à ce qui l'attend
09:10si les causes de cette hausse des coûts ne sont pas traitées,
09:14ne sont pas maîtrisées ?
09:16Il y a des réponses de court terme et il y a des réponses de long terme.
09:20La réponse de long terme, on la connaît,
09:23elle est la décarbonation de notre économie,
09:25l'électrification de notre industrie
09:28et la production sur le territoire européen,
09:31de manière souveraine, de plus en plus d'énergie
09:33pour ne pas être directement touchée par les crises internationales.
09:38La réponse de court terme, elle est assez simple pour la Commission,
09:41elle est de donner la possibilité aux États membres
09:43de faire face à une situation de crise
09:45et donc donner des flexibilités supplémentaires.
09:48On l'a fait par le passé dans des secteurs,
09:51l'année dernière avec l'automobile,
09:53puisque nous avons annulé, en quelque sorte,
09:56les amendes que les constructeurs auraient dû payer
09:58au titre des lois européennes sur la décarbonation.
10:01Et nous l'avons fait vis-à-vis des États membres également
10:05en donnant des flexibilités pour subventionner ces hausses.
10:09Certains États ont les capacités,
10:12je pense notamment à l'Allemagne, à l'Espagne,
10:14qui ont décidé des baisses de taxes qui sont subventionnées.
10:18D'autres ont moins les capacités budgétaires.
10:20Et donc, il y a une forme d'inégalité aujourd'hui
10:23sur les réponses de court terme
10:24qui sont données par les États membres.
10:27Et la Commission essaiera de donner,
10:30de lisser ces inégalités,
10:32de donner la capacité à tout le monde
10:34de pouvoir avoir des réponses de court terme.
10:36Dernière question.
10:37La France a réussi, après des négociations tendues,
10:41à faire retirer Alisher Ousmanov
10:45de la liste des sanctions de l'Europe contre la Russie.
10:50décision jugée inacceptable par l'Ukraine.
10:53Quelle est votre réaction ?
10:54Je crois que les Français ont des arguments de sécurité nationale
11:00qui leur sont propres sur un élément du paquet.
11:05Donc, il faut trouver une voie pour pouvoir prendre ces sanctions.
11:09Encore une fois, c'est critique,
11:10puisque nous rentrons peut-être dans le money time,
11:14dans ce conflit qui oppose la Russie et l'Ukraine.
11:20On doit continuer à soutenir l'Ukraine.
11:23Nous devons multiplier également les sanctions
11:26pour qu'elles soient efficaces.
11:27Et donc, moi, je souhaite qu'on puisse trouver un accord rapidement
11:30et qu'on lève la difficulté qui est a priori liée
11:34à une personne et un individu.
11:37Un individu ou une personne,
11:38ou des questions de sécurité nationale en France,
11:42dont je n'ai pas État aujourd'hui,
11:44ne peuvent pas justifier de bloquer
11:47l'ensemble du paquet de sanctions.
11:50Stéphane Séjourné, vice-président exécutif de l'Union européenne.
11:53Merci d'être.
11:54Merci beaucoup de votre invitation.
11:55Sous-titrage Société Radio-Canada
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