00:00Après dix-huit ans de vie en Martinique, j'en ai eu marre de l'homophobie, donc je suis parti
00:04vivre à Paris pour découvrir le racisme.
00:07J'adore l'aventure, slay. Vraiment.
00:10Et en arrivant, je n'ai pas été déçue parce qu'on m'a posé beaucoup de questions.
00:13On m'a dit « Mais Noam, comment tu vas faire tout cela à Paris pour t'adapter à la
00:15météo ? Comment tu vas faire pour prendre le RER ? »
00:18Alors écoutez-moi bien, le plus dur pour les Antillais, ce n'est pas de prendre le RER, c'est
00:23de dire.
00:28Vous avez vu le RER ? J'ai longtemps pris le bus, les amis. J'ai longtemps pris le bus.
00:34Et même le bus, quelle horreur. Parce que moi, je viens d'une petite commune qui s'appelle le Makuba.
00:37Au Makuba, on n'a pas d'arrêt de bus. On a un chauffeur, un bus et un rêve qui
00:40est d'arriver à destination.
00:43Et nous, on n'a pas les petits boutons dans le bus pour dire arrêt.
00:46Non, nous, pour s'arrêter, on crie arrêt, ce qui nous paraît parfaitement logique.
00:50Sauf que le moment d'arriver à Paris, personne ne m'a informé.
00:53Du système de boutons.
00:55Donc imaginez-moi dans le bus qui monte un soir à porte de client-cours.
00:59Je rentre dans le bus. Dans le bus, il y a moi et le fou du bus.
01:02Parce qu'il y a toujours.
01:03Il y a toujours un fou dans le bus. Mais qui sont ces gens ?
01:07Je suis au moins des étudiants en communication, c'est ma théorie.
01:10Ou des Gémeaux. Il y a des Gémeaux ce soir ? Allez vous faire foutre.
01:15J'arrive à mon arrêt. Je m'égosille, donc.
01:23Ah ouais ?
01:36Et là, le chauffeur du bus me regarde dans les yeux.
01:38Et je vois dans ses yeux que pour lui, je suis le fou du bus.
01:43Et je sais très bien qu'avec mon accent, il a juste entendu
01:46« Ah ouais, Babylone, Bonne-Bourclotte, ah ouais ».
01:51Mais si ça se trouve, les fous du bus sont juste des Martiniquais bloqués.
01:55Et il faut libérer mon peuple, vraiment.
01:57Non, non, non, c'est fou.