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  • il y a 11 minutes
Une heure d’entretien incontournable en partenariat avec CNEWS et Les Echos. Une personnalité politique, un dirigeant économique ou un intellectuel revient sur les grands thèmes de l'actualité et répond aux questions sans détour de Pierre de Vilno pour apporter des réponses concrètes aux Français.

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Transcription
00:00Puis du grand rendez-vous avec Gilles Queppel qui publie Pèlerinage français chez Albin Michel.
00:05Nous parlions de la fracture entre les identitaires et les islamistes et Mathieu Bocoté repose sa question.
00:11Alors, vous proposez les distinctions utiles et nécessaires entre d'un côté les musulmans modérés,
00:16de l'autre côté les islamistes, salafistes, ainsi de suite, la question du terrorisme,
00:20la question plus largement de l'empreinte culturelle de l'islam en France avec les distinctions nécessaires.
00:24Mais est-ce que du point de vue de ceux qui ne sont pas musulmans,
00:26la question tout simplement de l'islamisation de la France se pose à part entière ?
00:30C'est-à-dire à partir de certains degrés d'islamisation, de présence démographique et culturelle de l'islam,
00:35la France ne serait tout simplement plus la France ?
00:37Non, ça dépend de la façon dont les individus en question fonctionnent.
00:41Que vous soyez d'origine tchèque, québécoise ou algérienne,
00:45à partir du moment où vous considérez que ce qui nous avons en commun est plus important que ce qui
00:51nous divise,
00:53le problème ne se pose plus, je pense.
00:55Mais il n'y a pas un effet de masse ?
00:57Ça dépend si la masse réagit en masse, réagit de manière compacte.
01:02Mais si elle ne réagit pas de manière compacte, c'est justement le véritable enjeu,
01:07y compris dans la question de l'élection présidentielle.
01:10C'est-à-dire, est-ce que les candidats vont être capables de faire passer un message d'unification
01:21pour l'ensemble de notre population ?
01:23Ou est-ce qu'au contraire, c'est un peu le sentiment, malheureusement, j'ai l'impression que ça prend
01:27d'aujourd'hui,
01:28mais on est encore très tôt, on est dans un discours d'exclusion mutuelle et de l'autre ?
01:33Et ça, je crains que ça ne soit particulièrement délétère pour notre pays.
01:38Donc, c'est en ce sens que j'ai aussi écrit ce livre,
01:42non seulement parce que je voulais me retrouver moi-même après avoir été chassé de l'université
01:46et continuer à exister.
01:48J'ai voulu aussi faire passer un message, parce que ça fait 40 ans que je le fais là-dessus.
01:54J'ai quand même écrit un bouquin qui s'appelait « Les banlieues de l'islam » en 1987.
01:57Donc, j'ai un peu d'antériorité, passion française, etc.
02:03Antérieure dans l'Hexagone.
02:04Donc, j'ai voulu essayer de mettre à plat la situation
02:08et d'en faire un élément du débat national.
02:12Mais à propos de la présidentielle, justement,
02:14est-ce que la fracture que vous décrivez bien dans votre livre,
02:18est-ce qu'elle n'est pas due aussi à la désindustrialisation,
02:20à la crise du travail, à la crise du logement qui éclate en ce moment ?
02:23On le voit, les jeunes notamment n'arrivent plus à se loger.
02:26Est-ce qu'il n'y a pas un lien entre cette crise identitaire
02:29et la crise économique et sociale ?
02:30Exactement, et c'est d'ailleurs le milieu du livre,
02:32puisque je vais à pied, depuis, donc, très catho...
02:38On est le train une fois.
02:39Oui, alors je prends le train, justement,
02:41parce que je m'en peux plus, je suis trop fatigué,
02:43j'ai failli me casser la figure.
02:45Saint-Gilles vous pardonne.
02:47Mon ami Jean-Christophe Ruffin, qui est marcheur et qui a lu ce livre,
02:50m'a dit « Non, non, non, ça ne va pas. »
02:52Et donc, surtout, mais tout est...
02:55C'est assez rural, une France d'ailleurs qui est en déclin démographique,
02:59ce que je vois.
03:00Ensuite, j'arrive à Alès, à la Grande Combe,
03:03où je rencontre la maire communiste, justement,
03:05effarée par l'emprise qu'a pris la mosquée salafiste sur sa ville.
03:09Et c'est à partir de ce moment-là que tout change,
03:13parce qu'on voit, à l'aise, c'était l'industrie, c'était la mine.
03:17Tout était la mine, il n'y a plus de mine.
03:19Quelque chose qui est très frappant, qui va un peu dans ce que vous disiez,
03:22je commence par voir l'ancien cimetière des mineurs.
03:24Cet ancien cimetière, tout le monde est enterré ensemble.
03:28Les protestants, les catholiques, les musulmans,
03:33et les athées, il n'y a pas de juifs identifiables,
03:36les athées, les communistes avec la lampe de mineurs,
03:39la mort, la grande broyeuse du prolétariat les a réunis dans la mort.
03:43Après, aujourd'hui, je vais un peu plus loin,
03:46je visite dans les environs d'Alès,
03:47les cimetières musulmans autonomes qui s'étendent,
03:51il y a les cimetières chrétiennes,
03:52c'est-à-dire comme si finalement le travail,
03:54comme vous le disiez à l'instant,
03:56avait été un élément de conciliation,
03:58malheureusement, dans l'au-delà des individus,
04:02et qu'aujourd'hui, l'absence de travail
04:04a favorisé l'exacerbation culturelle, si vous voulez.
04:07Et bien évidemment, les deux sont liés.
04:10Et à partir du moment où on travaille,
04:13où on est inséré socialement,
04:16la religion n'a pas véritablement d'importance
04:19en termes de facteurs de rupture et de séparation, vous voyez.
04:22Et là où on avait les communistes
04:25qui dénonçaient les bourgeois, etc.,
04:29on a aujourd'hui les uns qui dénoncent les infidèles
04:32et les autres...
04:32Vous inquiétez pas, on a aussi LFI aujourd'hui
04:34qui parle de nuisibles en parlant des ultra-riches,
04:37donc ça continue sous une autre forme.
04:38Oui, exactement, c'est bien.
04:41Et avec LFI, il y a eu une espèce d'empilement,
04:45si vous voulez.
04:46Il y a la dimension d'exacerbation de classe
04:48qui se mélange avec l'exacerbation religieuse.
04:50Merci.
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