00:00Puis du grand rendez-vous avec Gilles Queppel qui publie Pèlerinage français chez Albin Michel.
00:05Nous parlions de la fracture entre les identitaires et les islamistes et Mathieu Bocoté repose sa question.
00:11Alors, vous proposez les distinctions utiles et nécessaires entre d'un côté les musulmans modérés,
00:16de l'autre côté les islamistes, salafistes, ainsi de suite, la question du terrorisme,
00:20la question plus largement de l'empreinte culturelle de l'islam en France avec les distinctions nécessaires.
00:24Mais est-ce que du point de vue de ceux qui ne sont pas musulmans,
00:26la question tout simplement de l'islamisation de la France se pose à part entière ?
00:30C'est-à-dire à partir de certains degrés d'islamisation, de présence démographique et culturelle de l'islam,
00:35la France ne serait tout simplement plus la France ?
00:37Non, ça dépend de la façon dont les individus en question fonctionnent.
00:41Que vous soyez d'origine tchèque, québécoise ou algérienne,
00:45à partir du moment où vous considérez que ce qui nous avons en commun est plus important que ce qui
00:51nous divise,
00:53le problème ne se pose plus, je pense.
00:55Mais il n'y a pas un effet de masse ?
00:57Ça dépend si la masse réagit en masse, réagit de manière compacte.
01:02Mais si elle ne réagit pas de manière compacte, c'est justement le véritable enjeu,
01:07y compris dans la question de l'élection présidentielle.
01:10C'est-à-dire, est-ce que les candidats vont être capables de faire passer un message d'unification
01:21pour l'ensemble de notre population ?
01:23Ou est-ce qu'au contraire, c'est un peu le sentiment, malheureusement, j'ai l'impression que ça prend
01:27d'aujourd'hui,
01:28mais on est encore très tôt, on est dans un discours d'exclusion mutuelle et de l'autre ?
01:33Et ça, je crains que ça ne soit particulièrement délétère pour notre pays.
01:38Donc, c'est en ce sens que j'ai aussi écrit ce livre,
01:42non seulement parce que je voulais me retrouver moi-même après avoir été chassé de l'université
01:46et continuer à exister.
01:48J'ai voulu aussi faire passer un message, parce que ça fait 40 ans que je le fais là-dessus.
01:54J'ai quand même écrit un bouquin qui s'appelait « Les banlieues de l'islam » en 1987.
01:57Donc, j'ai un peu d'antériorité, passion française, etc.
02:03Antérieure dans l'Hexagone.
02:04Donc, j'ai voulu essayer de mettre à plat la situation
02:08et d'en faire un élément du débat national.
02:12Mais à propos de la présidentielle, justement,
02:14est-ce que la fracture que vous décrivez bien dans votre livre,
02:18est-ce qu'elle n'est pas due aussi à la désindustrialisation,
02:20à la crise du travail, à la crise du logement qui éclate en ce moment ?
02:23On le voit, les jeunes notamment n'arrivent plus à se loger.
02:26Est-ce qu'il n'y a pas un lien entre cette crise identitaire
02:29et la crise économique et sociale ?
02:30Exactement, et c'est d'ailleurs le milieu du livre,
02:32puisque je vais à pied, depuis, donc, très catho...
02:38On est le train une fois.
02:39Oui, alors je prends le train, justement,
02:41parce que je m'en peux plus, je suis trop fatigué,
02:43j'ai failli me casser la figure.
02:45Saint-Gilles vous pardonne.
02:47Mon ami Jean-Christophe Ruffin, qui est marcheur et qui a lu ce livre,
02:50m'a dit « Non, non, non, ça ne va pas. »
02:52Et donc, surtout, mais tout est...
02:55C'est assez rural, une France d'ailleurs qui est en déclin démographique,
02:59ce que je vois.
03:00Ensuite, j'arrive à Alès, à la Grande Combe,
03:03où je rencontre la maire communiste, justement,
03:05effarée par l'emprise qu'a pris la mosquée salafiste sur sa ville.
03:09Et c'est à partir de ce moment-là que tout change,
03:13parce qu'on voit, à l'aise, c'était l'industrie, c'était la mine.
03:17Tout était la mine, il n'y a plus de mine.
03:19Quelque chose qui est très frappant, qui va un peu dans ce que vous disiez,
03:22je commence par voir l'ancien cimetière des mineurs.
03:24Cet ancien cimetière, tout le monde est enterré ensemble.
03:28Les protestants, les catholiques, les musulmans,
03:33et les athées, il n'y a pas de juifs identifiables,
03:36les athées, les communistes avec la lampe de mineurs,
03:39la mort, la grande broyeuse du prolétariat les a réunis dans la mort.
03:43Après, aujourd'hui, je vais un peu plus loin,
03:46je visite dans les environs d'Alès,
03:47les cimetières musulmans autonomes qui s'étendent,
03:51il y a les cimetières chrétiennes,
03:52c'est-à-dire comme si finalement le travail,
03:54comme vous le disiez à l'instant,
03:56avait été un élément de conciliation,
03:58malheureusement, dans l'au-delà des individus,
04:02et qu'aujourd'hui, l'absence de travail
04:04a favorisé l'exacerbation culturelle, si vous voulez.
04:07Et bien évidemment, les deux sont liés.
04:10Et à partir du moment où on travaille,
04:13où on est inséré socialement,
04:16la religion n'a pas véritablement d'importance
04:19en termes de facteurs de rupture et de séparation, vous voyez.
04:22Et là où on avait les communistes
04:25qui dénonçaient les bourgeois, etc.,
04:29on a aujourd'hui les uns qui dénoncent les infidèles
04:32et les autres...
04:32Vous inquiétez pas, on a aussi LFI aujourd'hui
04:34qui parle de nuisibles en parlant des ultra-riches,
04:37donc ça continue sous une autre forme.
04:38Oui, exactement, c'est bien.
04:41Et avec LFI, il y a eu une espèce d'empilement,
04:45si vous voulez.
04:46Il y a la dimension d'exacerbation de classe
04:48qui se mélange avec l'exacerbation religieuse.
04:50Merci.
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