00:00Bienvenue à l'heure des livres, Véronique de Bure.
00:02Alors vous avez déjà écrit plusieurs romans, certains ont été des grands succès,
00:06comme le clafoutis au tomate cerise, ou un amour retrouvé.
00:10Et aujourd'hui, vous venez de publier le roman de Sophie,
00:13un livre qui est paru aux éditions Albain Michel.
00:15Alors Sophie, c'est Sophie Rostopchin, et vous avez décidé de vous mettre dans sa peau,
00:20alors pour ceux qui l'auraient oublié, Sophie Rostopchin, c'est la comtesse de Ségur,
00:26qui, sur tous ses livres, tenait à ce que soit écrit « Né Rostopchin ».
00:31Et vous avez décidé, ce qui est un pari assez osé et réussi,
00:35de vous mettre dans sa peau et de parler à la première personne,
00:40donc j'ai en face de moi Sophie Rostopchin,
00:43et à la lecture de ce livre, qui commence alors qu'elle est à la fin de sa vie,
00:50dans un appartement parisien, elle a quitté le château des Nouettes qu'elle aimait tant,
00:56on découvre un personnage bien différent de celui que l'on imaginait,
01:01bien différent, comme vous lui faites dire, d'une grand-mère un peu niaise,
01:04qui écrit des nigauderies pour ses petits-enfants.
01:07Alors, avant tout, évidemment, on se dit, bon, elle a dû adorer les malheurs de Sophie,
01:13et tout ça, mais est-ce que c'est vraiment ça qui vous a fait...
01:16C'est pas tout à fait ça.
01:16Pas tout à fait, j'ai l'impression.
01:17C'est pas tout à fait ça.
01:19Bien sûr, j'avais un souvenir des malheurs de Sophie, mais assez vague,
01:23c'était ma mère qui me les lisait,
01:25donc je me souvenais de certaines scènes,
01:27mais dès que j'ai su lire moi-même, j'ai un peu tourné le dos à la comtesse,
01:30et je me suis mise à lire oui, oui, au grand désespoir de ma mère.
01:35Et après, je l'ai oublié, je ne l'ai jamais lu à mes enfants,
01:38parce que c'était des petits garçons et que ça ne me venait pas à l'idée,
01:41ce qui est idiot.
01:43Et ça faisait quelque temps que je cherchais quand même un personnage de femme
01:47sur lequel écrire, et qui ne soit pas moi,
01:49parce que j'ai beaucoup tourné autour de moi dans mes précédents livres,
01:52moi, ma mère, ma grand-mère.
01:55Et mon éditrice, Anna Pavlovitch, régulièrement m'associait,
02:00je ne sais pas pourquoi, à la comtesse de Ségur.
02:02On se connaît depuis dix ans, et ça fait dix ans qu'elle me parle de la comtesse de Ségur.
02:06Et donc, ça m'a interpellée, comme on dit,
02:09et je me suis dit, mais quel lien j'ai avec la comtesse de Ségur ?
02:12Est-ce que j'ai l'air vieillotte, un peu ringarde, un peu dévote ?
02:17Je ne sais pas.
02:19Et j'ai décidé d'aller à la rencontre de cette femme que je ne connaissais pas.
02:23Parce que pour moi, la comtesse de Ségur, finalement, c'était une expression abstraite.
02:27C'était un rayon rose, rose rouge, dans la bibliothèque de ma grand-mère,
02:32mais ce n'était pas une femme.
02:33Je n'avais pas pris conscience de l'existence d'une femme derrière son œuvre.
02:38Alors, j'imagine que vous ne regrettez pas d'avoir fait des recherches
02:41et de vous être lancée dans l'écriture,
02:42parce qu'on découvre un personnage assez romanesque,
02:46qui est exceptionnel.
02:48Oui, j'ai découvert.
02:49Alors, d'abord, elle est née en Rostopchine.
02:52Oui.
02:52Alors, je savais quand même qu'elle était russe,
02:54mais je ne savais pas grand-chose de plus.
02:57En 1799, à Saint-Pétersbourg, vous écrivez, elle dit donc,
03:02« Je suis la fille de Fyodor Vassilievitch Rostopchine,
03:06je suis une mongole, Gengis Khan est mon aïeul,
03:09je suis la filleule du tsar, les gens disent qu'il est fou,
03:11mais papa l'aime beaucoup. »
03:12Alors, on peut se demander comment ce personnage,
03:15avec ce pédigré, ses racines,
03:18en arrive à être devenu une sorte de référence
03:21de la littérature pour les petits-enfants, en France.
03:24Oui, oui.
03:26Alors, quand elle est arrivée en France,
03:28pour des tas de raisons multiples liées à l'exil de son père,
03:35quand elle est arrivée en France, très vite, on l'a mariée.
03:37C'était évidemment un mariage arrangé,
03:39même si elle ne s'en est pas vraiment doutée.
03:40Elle était quand même assez innocente, naïve.
03:42Elle avait 18 ans, elle était très jeune.
03:44Et donc, on l'a mariée au comte Eugène de Ségur.
03:47Elle, elle en est tombée tout de suite amoureuse.
03:49Il était très beau, selon les canons de l'époque.
03:53Et lui est surtout tombé amoureux de sa dot.
03:56De l'immense richesse de la famille Rostov-Chine en Russie.
04:00Sauf que la dot n'arrivera jamais.
04:03Et son mari s'est assez rapidement détourné d'elle.
04:05Et elle a beaucoup souffert.
04:06Elle a été très malheureuse.
04:07Oui, parce qu'elle a été amoureuse.
04:09Enfin, il s'est détourné d'elle, mais il lui a fait 8 enfants.
04:11Ah, il lui a fait 8 enfants.
04:12Voilà.
04:13À chaque fois qu'il l'a retrouvée, quand même,
04:15il usait un enfant de plus.
04:17Mais, malgré tout, même si elle a souffert de ses invidélités,
04:20d'une certaine façon, elle a le courage de s'émanciper,
04:24de s'éloigner de lui.
04:26Puisque, par exemple, à partir d'une cinquantaine,
04:30elle s'exile, enfin, elle s'exile.
04:33Elle quitte Paris.
04:34Elle prend son indépendance.
04:35Elle prend son indépendance.
04:35Et elle va prendre son indépendance dans plusieurs domaines, finalement.
04:40Elle n'a pas aimé Paris.
04:42Elle l'a aimée au tout début.
04:43Puis, quand elle a compris qui était son mari,
04:46elle s'est très vite détournée de Paris,
04:47de tout le faubourg Saint-Germain,
04:49qui l'a méprisée, quand même,
04:51qui l'a considérée comme l'étrangère.
04:52Elle n'a jamais réussi à se débarrasser complètement de son accent russe.
04:55Elle roulait les airs.
04:57Elle avait des manières, ce que son mari appelait
04:59vos manières de Cossacks,
05:01avec énormément de mépris.
05:02Elle était extrêmement excessive,
05:03très russe, très passionnée.
05:06Et donc, assez rapidement,
05:07elle a passé de plus en plus de temps au Nouette,
05:10cette fameuse propriété en Normandie,
05:12à laquelle elle a été profondément attachée,
05:13parce que les boulots, les tilleuls,
05:16lui rappelaient toute proportion gardée,
05:18vos renouveaux,
05:19où elle avait beaucoup grandi aussi,
05:21et qu'elle adorait.
05:22Et donc, elle se réfugiait de plus en plus là-bas,
05:25avec ses enfants, puis ses petits-enfants.
05:27Et je ne sais plus pourquoi vous me demandiez ça.
05:30C'est pour dire qu'elle avait,
05:32certes, elle a été trompée,
05:33certes, elle pouvait sembler dans un schéma traditionnel,
05:36mais elle a pris son indépendance vis-à-vis de son mari,
05:38en s'installant là-bas, en écrivant.
05:41En écrivant et en gagnant l'argent,
05:44le fruit de son travail,
05:46parce que, comme elle le dit,
05:49elle était toujours très bas de fond.
05:51Elle n'avait plus jamais d'argent.
05:53Son mari ne lui en donnait plus vraiment,
05:54parce qu'il disait,
05:55puisque vous pouvez, avec vos petits livres,
05:58vos nigauderies, comme elle les appelait elle-même,
06:00vous gagner votre argent.
06:01Et donc, elle a réussi,
06:03à la faveur de la maladie de son mari,
06:04qui était un peu diminuée,
06:05à s'émanciper.
06:07Il lui a carrément fait une lettre,
06:09enfin, à M. Hachette, à Louis Hachette,
06:11pour dire que dorénavant,
06:12il autorisait sa femme à négocier seule avec Hachette
06:16le montant de ses livres,
06:20les titres de ses livres,
06:22et de disposer, comme elle l'entendait,
06:25de cet argent.
06:26Alors, elle aura aussi une certaine liberté
06:28vis-à-vis de cet éditeur, justement,
06:30en imposant qu'il y ait son nom de jeune fille.
06:33Elle a imposé son nom de jeune fille,
06:36donc, comme l'éditeur était assez...
06:38Voilà.
06:39Ça ne se faisait pas de garder son nom de jeune fille.
06:42Donc, tous ces livres, quand même,
06:43sont signés Comtesse de Ségur,
06:45né Rostochine.
06:46Né Rostochine.
06:47Oui.
06:48Alors, ce qui est intéressant,
06:50c'est que vous faites le fil,
06:52comme elle est à l'heure des bilans,
06:54elle revoit les personnes qui ont compté.
06:56Il y a son père, qui est une figure extrêmement importante.
06:59Ah, je suis tombée amoureuse de son père.
06:59Il est extraordinaire,
07:01ce que de Rostochine,
07:02le gouverneur de Moscou,
07:03l'incendiaire de Moscou, tout de même,
07:06devant Napoléon.
07:07Et ce qui est amusant,
07:09c'est que ce jeu de l'histoire,
07:11c'est que l'oncle de son futur mari,
07:14l'oncle de Gênes de Ségur,
07:16était l'aide de camp de Napoléon
07:17et se trouvait à Moscou
07:18au moment où le comte Fyodor Rostochine
07:21a incendié Moscou.
07:22Alors, il y a aussi les questions de ses enfants
07:25et notamment de son fils,
07:26prêtre et aveugle.
07:27Oui, c'est un drôle de personnage.
07:30Oui, qui est un drôle de personnage.
07:31D'ailleurs, la religion est assez présente.
07:33La religion est très présente.
07:35Mais alors, contrairement à ce qu'on pense
07:36et à ce que je pensais,
07:38ça n'a pas été le cas toute sa vie.
07:39Elle s'est convertie au catholicisme,
07:41un peu contrainte et forcée par sa mère.
07:43C'est toute une histoire
07:44qui serait un peu longue à raconter ici.
07:47Mais finalement,
07:48elle a acheté une forme de liberté
07:50par rapport à sa mère.
07:51en se convertissant.
07:53Mais après, la religion,
07:55elle s'en fichait un petit peu.
07:56Son mari, un peu pareil.
07:58Ils n'ont pas du tout élevé leurs enfants
07:59avec ce souci de la religion.
08:01Et curieusement,
08:02ils auront eu deux enfants
08:03qui sont entrés dans les ordres.
08:05Et c'est par ces enfants
08:06qu'elle va revenir à la foi
08:08qu'elle avait finalement laissé pas mal de côté.
08:11Alors, on voit,
08:12on imagine que vous avez eu
08:14beaucoup de travail sur la documentation,
08:15des biographies,
08:16vous avez sûrement relu toutes ces œuvres.
08:19Oui, après.
08:19Oui, alors justement,
08:21après, oui.
08:23Justement,
08:24en dehors de ces œuvres extrêmement connues
08:27qui sont d'ailleurs un peu passées de mode,
08:29finalement,
08:30quel livre conseilleriez-vous
08:31de lire de la prétesse de Ségur ?
08:33Alors,
08:34dans celui
08:35que j'ai quand même pris le plus de plaisir
08:37à relire,
08:38c'est vraiment
08:38Les Malheurs de Sophie.
08:39Je trouve que
08:40cette petite fille
08:41qui fait plein de bêtises,
08:42mais les enfants d'aujourd'hui
08:43font toujours plein de bêtises.
08:44C'est amusant.
08:45Alors, évidemment,
08:46les enfants parlent
08:47au subjonctif imparfait,
08:49ce n'est pas le même langage,
08:50mais ça n'a pas d'importance.
08:52Ça n'a pas d'importance.
08:53Ça se lit vraiment très bien aujourd'hui.
08:56Et à tel point
08:56que j'ai décidé de le lire
08:57à mes grands-fils
08:58qui sont de jeunes adultes aujourd'hui.
09:01Et sinon,
09:02il y en a un.
09:03Alors,
09:03j'ai évidemment adoré
09:04le général d'Ourakine
09:06et l'auberge de l'ange gardien
09:07parce qu'on a la Russie,
09:09la Pologne.
09:10C'est très intéressant aussi
09:11de ce point de vue-là.
09:12Et puis,
09:13il y en a un pour lequel
09:13j'ai énormément de tendresse
09:14que je ne connaissais pas.
09:16C'est Gribouille.
09:17Je crois que le titre,
09:18c'est la sœur de Gribouille,
09:19mais le personnage de Gribouille,
09:21c'est une merveille d'innocence.
09:22C'est un personnage sans filtre.
09:24Et c'est merveilleux.
09:26C'est très attendrissant.
09:27En tout cas,
09:27vraiment,
09:27je vous conseille de lire
09:28le roman de Sophie.
09:29C'est paru chez Albin Michel.
09:31Merci Sophie de Burre.
09:32C'est vraiment passionnant.
09:32Et c'est vrai qu'on imagine...
09:34J'adore.
09:34Mais j'aime beaucoup
09:35que vous m'appuiez Sophie.
09:36Parce que le roman de Sophie
09:42Donc, merci Véronique de Burre.
09:44C'est très réussi.
09:45Et vraiment,
09:46la vie de la comtesse de Ségur
09:48est passionnante.
09:49Merci de nous l'avoir fait découvrir.
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