00:00Le sol loiretain a bougé cet été à cause des canicules et de la sécheresse.
00:05La preuve, de plus en plus de façades de maisons sont fissurées.
00:08Alors, le problème n'est pas nouveau, mais on en parle ce matin puisqu'il s'aggrave.
00:12Et pour en discuter, Marie Dorsey, vous recevez notre invité maintenant.
00:15Bonjour Gonéry Lecausenet.
00:17Bonjour.
00:17Vous êtes co-auteur du GIEC, le groupement d'experts sur le climat.
00:21Est-ce que vous pouvez nous expliquer en quelques mots, de façon simple,
00:24à quoi sont dues ces fissures ?
00:27Oui. En fait, quand vous avez des sols argileux, lorsqu'il fait sec, il se rétracte.
00:31Et lorsqu'il fait humide, il se gonfle.
00:33Et en fait, ces petits mouvements différentiels suffisent à créer des fissures dans les maisons
00:37et à créer des dommages qui peuvent être extrêmement coûteux.
00:40Ils agissent comme une éponge, en fait.
00:41Exactement, les sols agissent comme une éponge.
00:43Et en fait, il y a deux facteurs.
00:44Il y a le fait que cet aléa existe, mais il existe dans beaucoup de pays.
00:47Il existe aussi en Espagne, par exemple.
00:50Mais également le fait qu'on a des fondations en France, des maisons individuelles,
00:53qui sont souvent peu profondes.
00:55Contrairement à l'Espagne, où il y a des normes, en fait, qui s'appliquent
00:57et qui font que vous avez des fondations beaucoup plus profondes.
01:00Donc, en fait, on a des bâtiments en France, des millions de bâtiments
01:03qui sont très vulnérables à cet aléa retrait gonflement des argiles.
01:06Et notamment dans les zones où il y a beaucoup de sols argileux.
01:09Et c'est le cas chez nous.
01:10C'est le cas du Loiret.
01:11Le Loiret, c'est un des départements les plus exposés.
01:13Vous regardez, par exemple, la carte de retrait gonflement des argiles
01:16qui a été réalisée par le BRGM, qui a été mise à jour en 2026.
01:19Et en fait, vous voyez que tout le nord de la Loire, en fait, c'est la zone d'aléa
01:23très fort.
01:23Enfin, fort, voilà.
01:25Et pourquoi ? Parce qu'on a des argiles, mais également parce que de plus en plus,
01:28on observe des sinistres.
01:30Et on observe des sinistres, pourquoi ?
01:31Parce qu'on a un effet du réchauffement climatique.
01:34En fait, vous avez des sols qui sèchent beaucoup plus vite parce qu'il fait plus chaud.
01:38Et puis également des précipitations intenses.
01:40Tout ça, c'est favorisé par le réchauffement climatique
01:43qui font que les sols s'humidifient très rapidement.
01:46Mais alors, est-ce qu'on peut faire quelque chose face à ça ?
01:48On ne va pas enlever des maisons qui sont déjà sur les sols argileux ?
01:50Alors, je dirais qu'il y a deux sujets.
01:51Il y a le bâti existant.
01:53Et là, le bâti existant, c'est la question
01:54comment est-ce qu'on gère toutes ces pertes et tous ces dommages ?
01:57Et donc là, on a l'assurance, on a le système catastrophe naturelle.
02:00Et effectivement, on a des déclarations de catastrophe naturelle.
02:03On a également la prévention.
02:04La prévention, c'est très difficile sur le retrait gonflement des argiles,
02:07mais il y a quand même quelques petites choses qui marchent.
02:08Et souvent, l'idée, c'est de limiter le contraste humide, sec
02:12entre le bâtiment et son environnement.
02:14Et puis également, le nouveau bâti, en fait.
02:18Le nouveau bâti, qu'est-ce qu'on fait ?
02:19Là, c'est deux nouvelles normes.
02:21C'est des études géotechniques en amont des constructions,
02:23des fondations plus précises.
02:24Et donc, j'ai contribué à un rapport en 2024
02:26sur l'assurance et le réchauffement climatique.
02:28On mettait clairement en évidence que soutenir dans le temps
02:30ce système d'assurance qui est très protecteur en France,
02:33Catenat, ça nécessitait en fait d'être beaucoup plus sérieux
02:35sur toutes ces normes, en fait, la loi Elan, la prévention, etc.
02:40Tout ça fait partie, évidemment, de l'adaptation au réchauffement climatique
02:43de façon plus globale.
02:45On parle aussi dans nos journaux ce matin
02:46de l'installation d'une ombrière photovoltaïque à Fleury-les-Aubrées.
02:49Ça fait partie des initiatives qui sont mises en place par les collectivités.
02:53Est-ce que ça va dans le bon sens ?
02:54Alors, ça va dans le bon sens si cette électricité est utilisée
02:57pour faire la décarbonation, c'est-à-dire pour faire des pompes à chaleur,
02:59des voitures électriques, ce genre de choses.
03:01Le problème, c'est que dans le même temps,
03:02et ça en le montre dans notre rapport du Haut Conseil pour le Climat de cette année,
03:05vous avez l'intelligence artificielle
03:07qui demande de plus en plus d'électricité
03:09et qui est en train de vampiriser, en réalité,
03:11l'électricité qui était prévue pour la transition.
03:13Donc, ça va dans le bon sens.
03:14Tout dépend des usages qu'on en fait.
03:16C'est intéressant pour les collectivités
03:18parce que ça permet de générer de nouvelles recettes
03:20dans un contexte où on a beaucoup de difficultés financières
03:23pour faire la transition.
03:24Et justement, pour les collectivités,
03:26qu'est-ce qu'elles peuvent mettre en place à leur échelle ?
03:28Parce qu'il y a aussi une question de coût, évidemment,
03:30et on sait qu'en ce moment, l'argent se cherche.
03:32C'est ça.
03:32Donc, on a un été 2026 qui a été une catastrophe
03:35et on ne peut pas se permettre d'avoir une catastrophe pareille en 2027.
03:38Il faut vraiment faire quelque chose de très rapidement.
03:39Donc, dès les budgets 2027,
03:41il faut créer de nouveaux budgets
03:44pour protéger les populations vulnérables,
03:45pour faire en sorte que dans les lycées,
03:47ils fassent plus frais.
03:48Et là, il y a deux leviers.
03:49Premier levier, éviter les dépenses
03:50qui sont négatives pour le climat.
03:52Donc, des subventions indirectes aux énergies fossiles,
03:54des subventions aux aéroports,
03:56à des nouvelles infrastructures routières
03:58qui vont verrouiller pendant des années des émissions de gaz à effet de serre.
04:02Deuxième levier, en fait, l'emprunt.
04:04Alors, c'est très bizarre de dire ça,
04:05l'emprunt, alors qu'on dit que l'emprunt, ce n'est pas bon.
04:08Mais il y a quelque chose de très nouveau dans la transition aujourd'hui.
04:10C'est que vous avez des choses qui n'étaient pas rentables auparavant,
04:13qui le sont devenues.
04:14Elles le sont devenues parce que le pétrole, le gaz,
04:16est devenu extrêmement cher.
04:17Et donc, ça devient rentable d'emprunter
04:19et d'amortir sur quelques années
04:21pour faire des pompes à chaleur,
04:22pour faire de l'isolation,
04:23pour acheter des voitures électriques.
04:25Et tout ça, il faut aussi qu'il y ait une volonté politique derrière.
04:29Vous étiez à Blois pour l'université d'été du PS fin août,
04:32à 8 mois de la présidentielle.
04:33C'est nécessaire de s'engager politiquement
04:35pour que les candidats n'oublient pas ce sujet
04:37pendant la campagne et après aussi, évidemment.
04:40Alors, si j'étais à Blois,
04:41c'est dans le cadre des obligations que j'ai
04:43au titre du Code de la recherche.
04:44C'est-à-dire que je dois, en fait,
04:47contribuer à aider les décideurs
04:49à leur produire des analyses
04:52qui sont factuelles
04:52et qui leur permettent de prendre des décisions.
04:54Donc, je le fais, évidemment,
04:55pour tout un tas de parties.
04:57Et effectivement, ce que je leur ai dit,
04:58c'est exactement ce que je vous viens de dire.
04:59En fait, vous avez ces leviers
05:01et vous ne pouvez pas vous permettre, en 2027,
05:03d'avoir une catastrophe comme en 2026.
05:06Mais est-ce que vous avez l'impression que c'est entendu ?
05:08Alors, je dirais, en fait,
05:09ce qui est rassurant,
05:10c'est qu'il y a quand même des villes
05:11et des départements
05:13et puis même des régions
05:14dans lesquelles on voit des choses
05:15qui commencent à aller dans le bon sens.
05:16Donc, vous avez, par exemple, à Paris,
05:18aujourd'hui, vous avez des espaces publics rafraîchis
05:21avec des arbres,
05:22avec des endroits où on peut se baigner
05:23qui n'existaient pas il y a une dizaine d'années.
05:25Donc, il y a des choses qui ont été faites.
05:26Mais toute la question,
05:27c'est d'amplifier là où ça a été commencé
05:28et puis, en fait,
05:29de copier là où ça marche,
05:30là où on a peu avancé en réalité.
05:32Et effectivement,
05:33il y a encore du travail sur ce côté-là.
05:35Merci beaucoup,
05:36Gonéry Lecausen,
05:36et co-auteur du GIEC,
05:37d'avoir été notre invité ce matin.
05:38Bonne journée.
05:39Merci.
05:40Merci.
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