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Dans le contexte de la guerre froide, le général de Gaulle fait de l'arme nucléaire une priorité pour assurer l'indépendance et la puissance de la France. Après des essais en Algérie, la Polynésie est choisie comme nouveau site pour les expérimentations atomiques, en raison de son isolement. Entre 1966 et 1996, 193 essais y sont réalisés, avec des impacts durables sur la société, la politique et l'environnement local. Le premier essai de la bombe H, en 1968 à Fangataufa, symbolise l'entrée de la France dans le club des puissances thermonucléaires. La population polynésienne, peu informée, subit cette transformation imposée.
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00:005, 4, 3, 2, 1, 0
00:0724 août 1968, Fangatofa, Polynésie.
00:11Avec l'explosion de cette première bombe H, la France devient une puissance thermonucléaire.
00:18L'essai Canopus, 170 fois supérieur à la bombe A d'Hiroshima, est le plus puissant jamais réalisé par la
00:24France.
00:25Une explosion qui retentit comme la fin d'une obsession pour le général de Gaulle.
00:30La France reprend sa place parmi les grandes puissances.
00:34Notre indépendance exige à l'ère atomique où nous sommes, que nous ayons les moyens de dissuader nous-mêmes un
00:44éventuel agresseur.
00:48Au début des années 60, les premières expérimentations atomiques se font dans le Sahara.
00:54Mais entre l'impossibilité de faire des essais plus puissants et l'indépendance à venir de l'Algérie,
00:59la recherche d'un nouveau site devient obligatoire.
01:03Le général de Gaulle choisit un archipel isolé du Pacifique Sud, la Polynésie française.
01:09Il impose la poursuite des essais à ce territoire.
01:16La Polynésie se transforme alors à marche forcée.
01:20Entre 1966 et 1996, 193 expérimentations s'y sont déroulées, avec des conséquences sur la vie sociale, politique et environnementale.
01:30C'est à ce prix que de Gaulle a obtenu l'arme absolue.
01:40Comment a-t-il réussi ?
01:42C'est ce que nous racontons grâce à des images inédites du général en Polynésie,
01:46mais aussi avec les derniers témoins qui ont assisté aux premiers essais à Mururoa et à Fangatofa.
02:01Cet homme qui fume, filmé à la volée pendant la libération de Paris, a déjà une volonté.
02:07Rendre la France plus forte face aux nouvelles grandes puissances vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale.
02:13Le pays libéré doit lutter pour exister dans le concert des nations.
02:36Auût 1945.
02:38Les bombes atomiques américaines sur Hiroshima et Nagasaki font, selon les estimations, entre 100 et 200 000 morts.
02:45Le Japon capitule, la guerre est terminée.
02:50L'arme nucléaire devient un gage de puissance.
02:53Avoir la bombe permet de se protéger dans un monde incertain.
02:57Le général de Gaulle le sent.
02:59Il crée, dès 1945, le CEA, le Commissariat à l'énergie atomique.
03:05Avec pour objectif d'accélérer le développement du nucléaire.
03:10Pour cette mission, il nomme Frédéric Joliot-Curie, prix Nobel de chimie en 1935.
03:17Les Américains ont de l'avance.
03:19Après des essais dans leur désert, ils poursuivent leurs expérimentations dans le Pacifique.
03:24Ils choisissent l'atoll isolé de Bikini et ils savent se mettre en scène.
03:30Une véritable armée d'observateurs, parmi lesquels de nombreux étrangers,
03:35avaient été conviés à assister à cet événement qui marquait pour le monde la naissance d'un nouvel âge.
03:40La bombe de Bikini est restée dans toutes les mémoires.
03:59La course à l'arme nucléaire est lancée.
04:02Les Russes réalisent, eux, plus discrètement leur premier essai atomique en août 1949.
04:09Les Anglais y parviennent aussi trois ans plus tard, dans les îles Montebello, au large de l'Australie.
04:15Des essais qui ne sont pas sans danger et pas toujours maîtrisés.
04:19Un exemple, cet accident en 1954 avec ses pêcheurs japonais blessés à la suite d'un essai américain.
04:38De Gaulle a quitté le pouvoir en 1946.
04:41Dans un contexte de course aux armements, l'escalade nucléaire est inéluctable.
04:46Un événement accéla la prise de conscience du retard de la France.
04:51En 1956, les Anglais et les Français tentent de dissuader le président égyptien Nasser de nationaliser le canal de Suez.
05:00Ils montent une opération militaire conjointe, rapidement stoppée.
05:05Aux Nations Unies, l'invasion est qualifiée d'agression.
05:08Un cessez-le-feu est alors décrété.
05:12Là, on s'est aperçu que la France ne pesait plus.
05:15Le président du conseil, Pierre Mendès France, avait dit que si on n'a pas la bombe, on n'est
05:20plus rien dans les négociations internationales.
05:25Les Français ne sont pas persuadés que les Américains les protégeront avec leur parapluie nucléaire.
05:31Maîtriser l'arme atomique devient l'objectif.
05:36De Gaulle l'affirmait déjà dans une conférence de presse en 1954.
05:39Il disait « il faudra être une puissance nucléaire ».
05:45Si on a la bombe, on montre à l'adversaire que le coût des attaques excède les bénéfices.
05:50Il ne s'agit pas de gagner la guerre, mais de l'éviter.
05:54On appelle cela l'équilibre de la terreur.
06:02Pendant sa longue traversée du désert politique, le général prépare son retour au pouvoir.
06:08Il se rend en 1956 dans le Pacifique et pour la première fois en Polynésie.
06:13L'un des premiers territoires qui avait rallié la France libre en septembre 1940.
06:21Le père et le grand-père de Mayanna font partie d'une influente famille thaïtienne qui a toujours soutenu le
06:26général de Gaulle.
06:28Les Bambridge.
06:30Cette visite de Gaulle a été marquée, d'ailleurs, dans ce que j'ai retrouvé des écrits de mon grand
06:34-père.
06:35Ils parlaient « la visite du général a été formidable, un accueil triomphal, etc. »
06:41C'était vraiment un honneur et un honneur heureux pour les anciens combattants qui l'ont retransmis à la population.
06:50Elle s'engageait également dans l'accueil du général de Gaulle.
06:53Donc, en 1956, c'était un moment fort alors qu'il n'avait aucune fonction élective.
06:58Il était simplement celui qui avait libéré la France.
07:02Et nous, on était partis pour libérer la France avec lui.
07:06Donc, c'était ça l'ambiance.
07:08Lorsqu'il est venu ici en 1956, il faut absolument que j'aille écouter ses discours.
07:15Et je l'ai suivi, mais je restais dans la foule, évidemment.
07:20Et effectivement, c'était un homme brillant.
07:26Mais on avait l'impression qu'il se préparait à revenir.
07:31Il y avait quelque chose derrière.
07:40Il vient donc remercier les populations.
07:43Mais avec toujours cette idée, je peux toujours être utile.
07:47Et il disait notamment à Papeter, aux anciens combattants,
07:50« Il se peut qu'un jour, j'ai encore besoin de vous. »
07:55Pendant ce temps-là, et discrètement encore,
07:57l'Hexagone se prépare à l'ère nucléaire,
07:59comme l'explique ce film produit par l'armée.
08:02La France dispose d'importants gisements d'uranium.
08:09Dans l'exploitation de Bessines en Limousin,
08:12le minerai est extrait à ciel ouvert.
08:17Ce minerai, après traitement, sera transformé en uranium métal
08:21qui servira de combustible nucléaire.
08:24C'est dans ces trois piles que se forme le plutonium.
08:27Maîtriser le plutonium permet de concevoir la bombe,
08:30une nécessité dans le contexte de la guerre froide.
08:35Malgré l'instabilité politique qui marque la IVe République,
08:38les nombreux gouvernements qui se succèdent
08:40poursuivent le développement de la filière nucléaire.
08:43Le retour du général au pouvoir en 1958
08:46donne une impulsion décisive à la réalisation de l'objectif atomique.
08:50L'obsession de De Gaulle, c'est la grandeur de la France.
08:53Toute ma vie, je me suis fait une certaine idée de la France
08:56et il ne l'imagine pas sans la grandeur.
08:58Mais ce qui compte, c'est la défense.
09:01Et donc, la bombe, oui, c'est une priorité.
09:04Et donc, il confirme les décisions secrètes
09:08qui avaient été prises par ses prédécesseurs
09:10et désormais, ça devient chose publique.
09:12Je dis que la France,
09:15du moment que les trois autres
09:18restent pour leur compte surarmées,
09:22la France ne concentre pas du tout
09:25à une infériorité chronique et gigantesque.
09:31D'ailleurs,
09:33quand nous serons une puissance atomique,
09:36ce qui ne tardera plus guère,
09:40nous aurons
09:42d'autant plus de moyens
09:46pour faire sentir notre action
09:50dans les domaines
09:51qui nous sont chers
09:54et qui sont utiles à tous les hommes,
09:58c'est-à-dire la sécurité mondiale
09:59et aussi le désarmement.
10:03Le concept de dissuasion se met en place.
10:06Posséder l'arme nucléaire,
10:08permettent à la France
10:09de faire peur à l'adversaire
10:10pour qu'il n'attaque pas.
10:13Les premiers essais vont se faire au Sahara,
10:16mais de Gaulle sait
10:17la perte de l'Algérie inéluctable.
10:19Il doit prévoir d'autres terrains d'expérimentation.
10:24Le 12 novembre 1958,
10:26une réunion secrète en présence du général
10:28évoque d'autres sites possibles.
10:31Il définit en quelque sorte
10:33ce que sera la bombe française.
10:37Et une question est posée,
10:39finalement, est-ce que dans le Sahara,
10:41on pourra faire des essais de grande puissance ?
10:44Et le directeur du CEA,
10:47le haut commissaire à l'énergie atomique,
10:49Francis Perrin, dit
10:50non, dans quelques années,
10:52il faudra aller dans une île du Pacifique.
10:55Aucune décision officielle n'a été prise
10:57concernant la possibilité
10:58de faire des essais en Polynésie.
11:01Pourtant, à Papé-Été,
11:02le pouvoir arrête un opposant indépendantiste,
11:05Pouvana.
11:06Plusieurs fois député et très populaire,
11:08il fait peur aux autorités,
11:10dans la perspective encore lointaine des essais.
11:14C'était un agitateur des consciences populaires.
11:17Et l'agitateur des consciences populaires
11:19était un agitateur sous toutes ses formes.
11:23Alors Pouvana est arrêté en 1958.
11:28C'était un nationaliste.
11:30Et on imagine mal un nationaliste
11:33acceptant qu'on fasse des essais
11:36dans un pays qu'il estimait être le sien.
11:39Et puis, très curieusement,
11:42on élimine ce personnage,
11:44on l'arrête, on le met en prison,
11:46ensuite on le met en exil en France.
11:49Alors que la France décolonise en Afrique,
11:51dans le Pacifique, c'est l'inverse.
11:53En Polynésie, l'État supprime
11:55certains pouvoirs de décision
11:56de l'Assemblée territoriale.
11:58Une véritable reprise en main politique.
12:03Donc, vraisemblablement,
12:05à moins de prouver le contraire par A plus B,
12:08il y a quand même un certain nombre de choses
12:10qui se mettent en place
12:11pour préparer le terrain.
12:15Condamné à 8 ans de réclusion criminelle,
12:18Pouvana est libéré en 1968,
12:20puis réhabilité en octobre 2018,
12:2340 ans après sa mort.
12:27La révision de son procès
12:29pointe la responsabilité de l'État français
12:31dans cette arrestation injuste.
12:36Les expérimentations en Algérie
12:38débutent le 13 février 1960
12:40dans le Sahara.
12:43L'essai Gerboise bleue
12:44est un essai atmosphérique.
12:47La bombe repose sur une tour métallique
12:49haute de 70 mètres.
12:515, 4, 3, 2, 1, feu !
13:07Vous venez d'assister à la première explosion nucléaire française.
13:12L'Hexagone devient la quatrième puissance atomique du monde
13:15après les États-Unis,
13:17l'Union soviétique
13:18et le Royaume-Uni.
13:21Prévenu de ce succès,
13:22le général envoie un télégramme devenu célèbre.
13:25Hourra pour la France,
13:26depuis ce matin,
13:27elle est plus forte et plus fière.
13:30C'est une démonstration
13:32que la France a faite de ce qu'elle vaut.
13:35Elle ne veut pas le faire,
13:36bien entendu,
13:37pour menacer personne,
13:39mais il faut
13:40que la France prenne conscience
13:43de ce que cela vaut pour elle
13:45et de ce que cela lui donne
13:47de force
13:49pour rentrer
13:50plus avant encore
13:53dans les grandes délibérations
13:55d'où je le crois
13:56et je le veux,
13:58sortira la paix du monde.
14:10L'explosion est 4 à 5 fois plus puissante
14:13que celle d'Hiroshima,
14:14soit 70 kilotonnes.
14:17On estime aujourd'hui
14:18que les retombées radioactives du nuage
14:19ont atteint le sud de l'Algérie,
14:22une partie de l'Afrique centrale,
14:23puis de l'Ouest,
14:24ce qui n'était pas prévu par les scientifiques.
14:29On a fait d'abord
14:30des essais aériens
14:31et puis on s'est rendu compte
14:33qu'on ne pouvait pas
14:34continuer trop comme ça
14:35parce qu'on risquait
14:37de polluer,
14:38de voir des ennuis.
14:40Donc on a cherché
14:41d'autres solutions
14:42et on a pensé
14:44aux tirs en galerie.
14:49Poursuivant la réalisation
14:50de son programme atomique,
14:51la France a procédé
14:52le 1er mai
14:53à une explosion nucléaire
14:54souterraine
14:55dans le Hoggard.
14:56L'expérience a été conduite
14:57dans un massif granitique
14:58au fond d'une galerie
14:59creusée dans la montagne.
15:01Outre son aspect militaire,
15:02l'intérêt de ce type d'essais
15:03est de permettre
15:04d'envisager
15:04des applications pacifiques
15:06des explosions nucléaires
15:07et d'exclure
15:08les risques
15:08de retombées radioactives.
15:15L'ébranlement du sol
15:16soulève les poussières
15:17accumulées
15:18depuis des millénaires
15:19par l'érosion
15:19sans cassure de la montagne.
15:21Elles ne sont pas radioactives.
15:23Les émanations
15:24sont en permanence contrôlées
15:25pour déceler
15:25tout danger accidentel.
15:28Ça a marché plus ou moins.
15:30Notamment,
15:30il y a eu un accident
15:31au moment de celui
15:33qu'on appelle
15:33le tir béril
15:34où la montagne
15:36a explosé
15:36et où il y a eu
15:37des retombées,
15:38notamment sur des mines
15:39qui assistaient
15:41aux essais.
15:43Pierre Messmer,
15:45le ministre des Armées
15:46et le millier de personnes
15:47qui participaient aux essais
15:48ont été exposées
15:50à des fuites radioactives.
15:53La France procédera
15:55finalement à 4 essais
15:56atmosphériques
15:56et à 13 essais souterrains
15:58dans le désert algérien.
16:00Aujourd'hui encore,
16:02les sites non décontaminés
16:04sont interdits au public.
16:06Les accords déviants
16:07en 1962
16:08mettent un terme
16:10à la guerre d'Algérie.
16:12Le général de Gaulle
16:13sait désormais
16:14qu'il va falloir
16:14trouver un autre site
16:15pour faire des expérimentations
16:16plus puissantes.
16:18Contrainte majeure,
16:19il faut des lieux isolés
16:20et peu habités.
16:22Les autorités
16:23évoquent les îles
16:24Kerguelen,
16:25la Réunion
16:25et même différents
16:26territoires métropolitains.
16:28Les Alpes
16:29ou encore la Corse
16:30sont cités,
16:31mais une protestation
16:32populaire dans l'île
16:33fait échouer le projet.
16:35On ressort alors
16:36une étude de 1957
16:38qui proposait la Polynésie.
16:41Atout majeur du territoire,
16:42son isolement
16:43au milieu du Pacifique
16:44en fait un terrain
16:45d'expérimentation idéal.
16:48Un océan
16:48où Américains et Anglais
16:49ont déjà fait des essais.
16:58Tout cela est secret.
17:00Les Polynésiens
17:01ne savent toujours rien,
17:02pourtant le territoire
17:03se transforme.
17:05Ils voient se construire
17:06à grande vitesse
17:07un aéroport,
17:08officiellement pour faire
17:09venir des touristes.
17:13Mon grand-père
17:14menait fortement
17:16la danse
17:16depuis 1945
17:18afin qu'il y ait
17:19la construction
17:20d'une piste internationale
17:22à Tahiti
17:23parce que le prix du copra
17:26avait chuté
17:26au niveau mondial.
17:28Il fallait penser
17:29à autre chose
17:29et pour lui,
17:30autre chose,
17:31c'était le tourisme.
17:32Au début des années 60,
17:34on ne peut venir
17:34en Polynésie
17:35qu'en bateau.
17:37Sans aéroport,
17:38impossible d'acheminer
17:39la logistique
17:39et le personnel
17:40indispensable
17:40aux expérimentations nucléaires.
17:44On décide
17:45la construction
17:45de l'aéroport
17:47qui jusque-là
17:47paraissait impossible.
17:49on débloque
17:50des crédits.
17:52Il y a quand même
17:52le directeur
17:53de l'aviation civile
17:54qui dit
17:55de toute façon
17:56ce n'est pas
17:57pour les touristes
17:57qu'on va faire
17:58cet aéroport
17:59mais pour des raisons
18:00hautement politiques.
18:02Toutes les archives
18:02nous montrent
18:03qu'on construit
18:04l'aéroport
18:05très vite
18:06avec beaucoup d'argent,
18:07beaucoup de moyens
18:08mais qu'on n'a rien
18:10prévu pour le tourisme.
18:15Le 27 juillet 1962,
18:18lors d'un conseil
18:18de défense exceptionnel,
18:20le général de Gaulle
18:21tranche.
18:22Les essais
18:23se feront
18:23en Polynésie française
18:24mais la décision
18:26reste toujours secrète.
18:28Il s'agit de savoir
18:30si pendant que les autres
18:32se sont faits
18:33et continuent de se faire
18:35des armes
18:36capables de détruire
18:38l'univers
18:38et nous aussi.
18:41Il s'agit de savoir
18:43si nous aurons
18:44ou si nous n'aurons pas
18:45nous aussi
18:47de quoi nous défendre.
18:50Il lui faut désormais
18:51convaincre
18:52les hommes politiques locaux.
18:54Jacques-Denis Drolet
18:55était un ancien
18:56de la France libre,
18:57fidèle de De Gaulle.
18:58Il est élu
18:59à l'Assemblée
19:00territoriale de Polynésie
19:01et à ce titre,
19:02il est convoqué
19:03à l'Élysée
19:03par le général.
19:06Après les salutations
19:08d'usage,
19:09il est tout de suite
19:09rentré dans le sujet.
19:11Le général n'est pas
19:12une personne
19:13qui s'ennuie
19:14dans les détails.
19:16Il rentre.
19:19me disant que
19:23m'expliquant
19:24sa politique
19:26nucléaire
19:28mais pourquoi
19:28il avait choisi
19:29la Polynésie
19:30pour ses expérimentations.
19:32Il a souligné
19:33l'urgence
19:34du démarrage
19:35des travaux.
19:35C'était urgent,
19:36il fallait le faire vite
19:37et il souhaitait
19:38que tout se passe bien.
19:39Je crois
19:40qu'il y avait
19:40une tendance
19:42à vouloir me mettre
19:42devant le fait accompli
19:43à me traiter
19:44un peu comme
19:44un sub-aterne
19:45toujours à ses ordres
19:46et comme c'est
19:48un général
19:48qui n'a pas
19:49l'habitude
19:49de présenter.
19:52Il avait l'air
19:53très pressé
19:55et il était décidé.
20:01Et à un certain moment
20:03il a peut-être vu
20:04que j'étais embarrassé
20:05que je me posais
20:06des questions
20:07j'ai même pas eu
20:08le temps de parler.
20:09Il m'a dit
20:10que si ça ne se passait
20:13pas bien
20:13qu'il allait décrété
20:15faire décréter
20:16que la Polynésie française
20:19devient un territoire
20:21militaire.
20:22Il n'a pas perdu
20:23de temps avec moi
20:24il m'a dit au revoir
20:25et je suis parti.
20:27Et donc
20:28les hommes politiques
20:29vont raconter ensuite
20:31oui, on a été informé
20:33comme ça
20:35on ne nous a pas demandé
20:36notre avis
20:38mais en fait
20:39c'était un peu
20:40un jeu de dupe.
20:42Chacun savait
20:43que l'autre
20:43savait
20:43qu'il savait
20:44qu'il savait
20:44donc c'était
20:46un peu
20:47du pipeau.
20:48Une pression efficace.
20:50Les deux atolls
20:51inhabités
20:51de Fangatofa
20:52et Mururoa
20:53dans l'archipel
20:54des Tuamutu
20:54accueilleront
20:55les essais.
20:57Ils sont cédés
20:58gratuitement
20:59par la Polynésie
20:59à la France.
21:01Moins de 2300 habitants
21:02dans un rayon
21:03de 500 kilomètres
21:03habitent ce territoire.
21:05L'endroit
21:06est idéal
21:07parfaitement isolé
21:08et éloigné
21:09comme l'explique
21:09ce film
21:10produit par le service
21:11communication
21:11de l'armée.
21:12C'est dans la partie
21:13la plus isolée
21:14de l'archipel
21:15que se situe
21:15la zone de tir
21:16de Mururoa.
21:21Loin de cette zone
21:23et en remontant
21:24vents et courants
21:25vivent les premières
21:26populations
21:26naturellement abritées
21:28des retombées
21:28radioactives.
21:33Pour les responsables
21:34politiques
21:34c'était
21:35en même temps
21:37permettre
21:37à la Polynésie
21:38de s'enrichir
21:39de se développer
21:41et peut-être
21:42aussi
21:42à eux
21:43de profiter.
21:44Tout le monde
21:45avait finalement
21:46intérêt
21:47à ce que
21:48ça se passe bien.
21:50C'est ce que
21:51l'ami
21:52de Montaigne
21:54Étienne
21:55de la Boétie
21:56avait appelé
21:57la soumission
21:57volontaire.
22:01Les Polynésiens
22:03apprennent
22:03début 1963
22:04que leur territoire
22:05va désormais
22:06servir
22:06aux essais
22:07nucléaires français.
22:10On emmène
22:11alors une délégation
22:11d'hommes politiques
22:12locaux
22:12dans le Sahara
22:13pour voir
22:14les expérimentations
22:15atomiques
22:16qui se déroulent
22:16toujours en Algérie.
22:19Ils ont assisté
22:20à un tir
22:21ils ont pu
22:21poser des questions
22:22ils étaient eux-mêmes
22:24pas du tout
22:25rassurés
22:26en arrivant
22:26parce que
22:27la bombe atomique
22:28c'était dangereux
22:31et puis
22:32pendant la visite
22:33à Reagan
22:35ils se sont dit
22:37il n'y a pas
22:37de risque zéro
22:38mais
22:40tout est fait
22:41pour éviter
22:42que ça ne déborde
22:44qu'il y ait un risque
22:45pour les populations.
22:46À 300 km au sud-est
22:48la zone de radioactivité
22:49est déjà complètement
22:50inoffensive.
22:52Il faut dire
22:53qu'ils m'ont fait
22:53visiter les lieux
22:54parce que
22:55nous avions
22:56beaucoup d'appréhension
22:57sur la façon
22:58dont les militaires
22:59s'installaient
23:00et qu'on ne pouvait
23:02pas s'installer
23:03n'importe comment
23:04en Polonaisie française
23:05qui était
23:07un pays
23:07à vocation
23:08touristique.
23:09On ne pouvait pas
23:10mettre n'importe quoi
23:11n'importe où
23:12n'importe comment
23:13ce qui ne les a pas
23:13empêchés d'ailleurs
23:14de le faire.
23:15Ils sont revenus
23:16en disant
23:17qu'ils étaient
23:18tout de même
23:19rassurés.
23:20C'était
23:22une belle performance
23:23de communication
23:26qui a marqué
23:28qui a réussi
23:29en tout cas.
23:30Quand on leur dit
23:31que c'est
23:31sans danger
23:32ils le croient
23:33on ne leur a pas
23:34parlé du tir
23:35béryl
23:36et donc
23:37ils sont revenus
23:38éblouis
23:38et ils étaient
23:40persuadés
23:41que les ingénieurs
23:42français
23:42mettaient tout
23:43en place
23:43pour protéger
23:44les populations.
23:46A cette époque
23:46on navigue à vue
23:47les scientifiques
23:49ne connaissent pas
23:49bien les conséquences
23:50des essais
23:51mais il faut
23:52avancer
23:53coûte que coûte.
23:55Le général confie
23:57en décembre 1962
23:58au gouverneur
23:59de la Polynésie
24:00les Polynésiens
24:01sont gentils
24:01il ne faut pas
24:02regarder à l'argent.
24:04Une manière
24:05d'acheter
24:05sans douleur
24:06le silence
24:06des habitants.
24:09L'arrivée
24:10du CEP
24:10le centre
24:11d'expérimentation
24:12du Pacifique
24:13devient une réalité
24:14pour les Polynésiens.
24:16Des bâtiments
24:16se construisent
24:17l'aéroport
24:18est prêt
24:19le port de Papé-Été
24:20s'agrandit
24:21le territoire
24:22change.
24:37Au début des années 60
24:39Bernard est un jeune soldat
24:40venu de France.
24:42Il débarque
24:43parmi les premiers
24:44sur l'atoll
24:44quasi vide
24:45de Mururoa
24:45il n'a pas 20 ans.
24:48Nous sommes revenus
24:48avec lui
24:49sur les lieux
24:4960 années
24:50après son premier débarquement.
24:52C'est une grande émotion
24:53parce que quand on a passé
24:55au moins presque
24:57j'allais dire
24:58un tiers de sa vie
24:59peut-être pas tout à fait
25:00quand même
25:00mais c'est très impressionnant
25:02et puis surtout
25:03quand je suis arrivé
25:04sur cet atoll
25:05il n'y avait rien.
25:07Si, il y avait
25:08simplement sept tombes.
25:10C'était les Polynésiens
25:11qui étaient venus
25:12faire du copra
25:13et qui avaient subi
25:14sûrement des maladies
25:15et comme il n'y avait pas
25:16les moyens
25:17de venir les chercher
25:18ni de communiquer
25:19et bien ils sont
25:20décédés sur place.
25:21Voilà.
25:22On m'a dit
25:23le bateau
25:24va partir
25:25à Mururoa
25:26et on va commencer
25:27à installer
25:28le premier beaching
25:29de manière
25:31à ce que
25:31les premiers bateaux
25:32qui arrivent de France
25:33puissent décharger
25:34le matériel.
25:35Donc quand j'ai embarqué
25:36sur le Francis Garnier
25:38là on nous a bien sûr
25:39annoncé
25:40qu'on allait commencer
25:42à installer
25:42le CEP
25:43le Centre d'expérimentation
25:45du Pacifique
25:46qu'on était militaire.
25:47donc on faisait
25:48en moyenne
25:49250 jours de mer
25:50par an
25:51ce qui était énorme.
25:52Alors on avait
25:53une vie familiale
25:54qui était vraiment
25:55très dispersée.
25:56Ce n'était pas simple.
25:58Alors on vivait
25:59sur le bateau
26:00comme on vit
26:01en pleine mer.
26:02C'est exactement ça.
26:04La seule différence
26:05qu'il y avait
26:05c'est qu'on allait chercher
26:06les langouces ce soir
26:07et on pêchait le poisson
26:08dans la journée.
26:10Ça améliorait le menu.
26:20Et là il y avait
26:21une très belle plage
26:23on l'appelait d'ailleurs
26:24la Croisette.
26:25Et juste
26:26au début là
26:27c'était le club nautique
26:29de distraction.
26:31Parce qu'en fait
26:31il faut savoir
26:33qu'à Murau-Roi
26:33on travaillait
26:34six jours par semaine.
26:36On n'avait que le dimanche.
26:38Voilà.
26:38Même les jours fériés
26:39qui étaient en semaine
26:40on travaillait quand même.
26:41Donc là le dimanche
26:42il y avait tous les gens
26:43quand il faisait beau
26:44bien sûr
26:44et que le temps le permettait
26:45ils venaient se baigner
26:47un petit peu
26:47comme à la plage
26:50de Bora Bora.
26:52On peut pratiquer
26:53à Murau-Roi
26:53tous les sports.
26:55Des foyers
26:55ou des cercles
26:56favorisent la détente à terre.
27:04Lorsque je suis arrivé
27:05c'était vraiment
27:06une grande découverte
27:07et puis on ne savait pas trop
27:09ce qu'allait se passer.
27:11on était un peu
27:11dans le vague
27:12et bien sûr
27:13on a découvert
27:14au fur et à mesure
27:15du temps qui passait
27:16la réalisation
27:18de ce qui était
27:18en train de se faire.
27:26Daniel lui aussi
27:27est arrivé au début
27:28des essais.
27:29Il était marin
27:30sur l'un des bateaux
27:30de logistique
27:31envoyés dans l'atoll.
27:33On ne te dit rien
27:34on ne te dit
27:35vous allez là-bas
27:35vous êtes affecté
27:36sur tel bateau
27:37quand tu arrives
27:38sur tel bateau
27:39tu fais partie
27:40d'un équipage de bateau
27:42en général
27:43c'est même pas
27:44le commandant
27:44c'est le commandant
27:45qui est chargé de ça
27:47il te dit
27:48bon ben voilà
27:48on est soumis
27:49à certains trucs
27:50on te distribuait
27:51des cartes
27:52aussi de l'atoll
27:53on disait
27:54pour mettre les pieds là
27:55pour mettre les pieds là
27:55pour mettre les pieds là
27:57et puis c'est tout
27:58puis après
27:58tu fais ton boulot
27:59sur un bateau
28:00la pression atomique monte
28:02les chinois
28:03réussissent leur premier essai nucléaire
28:05en octobre 1964
28:08ils font exploser
28:09une bombe A
28:10bien plus puissante
28:11que celle des français
28:12en Algérie
28:143, 2, 1
28:43en Polynésie
28:45les travaux avancent
28:46au pas de charge
28:47pour préparer
28:49les premières expérimentations
28:50l'atoll de Haau
28:51proche du site des essais
28:53est complètement transformé
28:54pour devenir
28:55une base logistique
28:56du CEP
28:59à Mururoa
29:00une piste d'atterrissage
29:02et des postes d'observation
29:03sont construits
29:03on compte jusqu'à
29:054000 personnes
29:06sur l'atoll
29:07parmi elles
29:08de nombreux ouvriers
29:09polynésiens
29:10qui ont abandonné
29:11leurs îles
29:12et leurs exploitations
29:13agricoles
29:13pour les hauts salaires
29:14du CEP
29:16un changement majeur
29:17pour la Polynésie
29:18elle bascule
29:19dans une société
29:20de consommation
29:20à l'occidentale
29:23preuve de l'importance
29:24que le général
29:24accorde à l'avancée
29:25des travaux
29:26en Polynésie
29:26il envoie son premier ministre
29:28Georges Pompidou
29:29en visite officielle
29:30sur place
29:31ce fut un voyage
29:33ce fut un voyage
29:33extrêmement important
29:34pour le premier ministre
29:35car c'était la première fois
29:36qu'un chef de gouvernement
29:37en exercice
29:38se rendait dans ces territoires
29:40M. Georges Pompidou
29:42a pris contact
29:42avec les ouvriers
29:44des Polynésiens
29:44qui depuis quelques mois
29:46sont sur cet atoll
29:48il y a là
29:49une très grande oeuvre
29:50et quelque chose
29:52qui fait honneur
29:52je le crois
29:53à la France moderne
29:54à son efficacité
29:55et à sa capacité
30:00Jacques Faucard
30:01secrétaire général
30:02de l'Elysée
30:02et conseiller du président
30:04suit au quotidien
30:05l'évolution de l'opinion
30:06en Polynésie
30:07il doit s'assurer
30:08que tout va bien
30:09et que la population
30:10adhère au projet
30:11pour cela
30:12il a besoin
30:13de relais locaux
30:16mon grand-père
30:17avait des liens
30:18très forts
30:18avec Faucard
30:19c'était le correspondant
30:20de papa
30:21les échanges qu'il y avait
30:22c'était beaucoup
30:23sur la situation
30:24politique du pays
30:27le comportement
30:28des adversaires politiques
30:29le comportement
30:30de ses propres troupes
30:31c'était chaud
30:32il y avait des courriers chauds
30:34en fait
30:34il donnait
30:35à Faucard
30:36des leçons
30:37de comportement politique
30:39en Polynésie
30:42en 1965
30:43pour la première fois
30:45en France
30:45l'élection présidentielle
30:47se joue au suffrage
30:48universel
30:48pendant la campagne
30:50la question des essais nucléaires
30:52est au coeur
30:52de l'affrontement politique
30:53François Mitterrand
30:55le principal opposant
30:56au général
30:57est contre
30:58ce qui ne l'empêchera pas
30:59de changer d'avis
31:00quand il deviendra président
31:01en 1981
31:03j'ai déjà affirmé
31:05solennellement
31:06que l'un des premiers actes
31:07de ma présidence
31:08sera de déposer
31:09à l'organisation
31:10des Nations Unies
31:11un plan
31:12de non-dissémination
31:13des forces nucléaires
31:14et d'arrêt
31:15des expériences nucléaires
31:16qui polluent l'atmosphère
31:17et qui atteignent
31:17la santé de l'humanité
31:18oui la république nouvelle
31:21veut doter
31:22la France
31:23d'un armement nucléaire
31:26parce que
31:28quatre autres états
31:29en ont un
31:31parce que
31:33tout le monde
31:34sachant
31:35qu'elle ne menace
31:37personne
31:40il se trouve
31:41qu'un pareil instrument
31:43revêt pour sa défense
31:46un caractère
31:47de dissuasion
31:49incomparable
31:51le général de Gaulle
31:52l'emporte dans l'hexagone
31:53et en Polynésie
31:55il obtient 60%
31:56des suffrages
31:57plus rien ne s'oppose
31:59à la mise en oeuvre
31:59des essais
32:00quelques mois plus tard
32:03mars 1966
32:04de Gaulle
32:05nouvellement élu
32:06décide de retirer
32:07la France
32:08du commandement intégré
32:09de l'OTAN
32:10la bombe doit être
32:11prête au plus vite
32:13le pays a besoin
32:14de son arme
32:15de dissuasion nucléaire
32:16pour soutenir
32:17la volonté présidentielle
32:18d'indépendance
32:19face aux autres
32:20grandes puissances
32:22une barge
32:23est installée
32:24dans le lagon
32:24de Mururoa
32:25pour déposer la bombe
32:27le déclenchement
32:28s'effectue
32:29à partir du bateau
32:30le De Grasse
32:30positionné à 20 km
32:32du lieu du tir
32:34reporté d'une journée
32:35à cause des conditions
32:36météorologiques
32:37l'essai est finalement
32:38déclenché au matin
32:39du 2 juillet 1966
32:435, 4, 3, 2, 1
32:46feu !
32:55la bombe A
32:56de 28 kilotonnes
32:58représente deux fois
32:59la puissance
32:59de celle d'Hiroshima
33:03nous on était en mer
33:04alors quand le tir
33:06a eu lieu
33:06on avait le droit
33:07d'être sur la plage
33:08arrière du bateau
33:09mais il fallait se retourner
33:10au compte à rebours
33:12et on pouvait regarder
33:13après 3, 4 ou 5 secondes
33:16là on pouvait regarder
33:17une fois que le flash
33:18avait été réalisé
33:21on demandait aux gens
33:22de se tourner
33:22alors t'entendais
33:24Baudaudoum
33:24paf
33:25après hop
33:26on se retournait
33:27c'était lui
33:27j'ai vu le développement
33:32alors c'est vrai que
33:34c'est impressionnant
33:35c'est impressionnant
33:36surtout quand on a
33:38l'âge que j'avais
33:39à l'époque
33:39j'avais 21 ans
33:43on était là-bas
33:44pour bosser
33:45et c'est vrai
33:46que
33:49on faisait confiance
33:50aux gens
33:51mais eux
33:52ils en savaient
33:53pas plus que nous
33:54les gens qu'on avait
33:55qui nous donnaient
33:57les dosimètres
33:58ou les choses comme ça
33:59ou les tenues
34:00qu'on avait
34:04et par contre
34:05les résultats
34:06ou des trucs comme ça
34:07on n'était pas au courant
34:08du tout
34:08du tout
34:08du tout
34:09ils avaient même
34:11mis des carcasses
34:12de voitures
34:14et tout
34:15près de la zone de tir
34:17pour savoir les effets
34:18que ça allait produire
34:19effectivement
34:19là
34:21les carcasses de voitures
34:22étaient complètement
34:23cramées
34:25une explosion française
34:27dans le pacifique
34:28que le monde entier observe
34:50un essai qui ne se passe
34:51pas si bien
34:51que la version officielle
34:52le dira
34:5440 ans plus tard
34:55des documents révèlent
34:56que le nuage radioactif
34:58a finalement dérivé
34:59vers les Gambiers
34:59où se trouvaient
35:00les habitants
35:01et des personnalités
35:02dont Gaston Flos
35:03on ne voyait pas
35:09le nuage
35:10mais on entendait
35:12le bruit
35:14ça, ça arrivait
35:16jusqu'au
35:17jusqu'au
35:17Gambier
35:18le fait
35:20que ce nuage
35:22aurait
35:23serait passé
35:24sur les Gambiers
35:25ça nous n'avons pas
35:27été prévenus
35:28de ça
35:29du tout
35:30ils ont assisté
35:31à l'essai
35:31et ensuite
35:32ils devaient partir
35:35à Riquitéa
35:36pour un grand festin
35:37le vent a tourné
35:38le nuage
35:39est parti
35:40vers
35:42Riquitéa
35:43et on leur a demandé
35:44de plier bagage
35:45immédiatement
35:46et de repartir
35:47sur Traiti
35:48ils sont revenus
35:49ici d'Ardar
35:50en laissant le festin
35:51en laissant tout
35:52sur place
35:53ce que je peux
35:54affirmer
35:55c'est que
35:56au moment
35:57où De Gaulle
35:57décide le transfert
35:59aucune étude
36:00d'impact
36:01n'a été réalisée
36:02on ne connaît pas
36:03bien les vents
36:04on ne tient pas compte
36:05qu'il peut y avoir
36:07des cyclones
36:08on ne tient pas compte
36:09qu'il peut y avoir
36:10des tremblements de terre
36:11tout ça n'a pas été
36:13étudié
36:13et préparé
36:14pendant les premières années
36:16il n'y avait pas encore
36:18cette réaction
36:19on ne faisait pas
36:21de relation
36:21entre
36:22cette maladie
36:24les cancers
36:25et les expérimentations
36:28les mesures
36:29anti-contamination
36:30lors des essais
36:31atmosphériques
36:32sont encore
36:32très rudimentaires
36:33les scientifiques
36:34naviguent à vue
36:36à Touréia
36:37l'atoll habité
36:38le plus proche
36:39du site des explosions
36:40on n'a pas conscience
36:41du danger
36:41des expériences
36:43quand il y a eu
36:44les premiers essais
36:45on était rassemblés
36:47à la mairie du village
36:50très tôt le matin
36:53et puis
36:54là on n'avait pas
36:56les lunettes ni rien
36:56parce qu'on était
36:57dans la mairie
36:59par exemple
36:59on nous disait
37:00de rentrer
37:01et puis on entendait
37:02compter
37:04et puis après
37:05on nous disait
37:05c'est bon
37:06vous pouvez sortir
37:07puis d'un coup
37:08ça fait une boule
37:09de nuages
37:10qu'est-ce que c'est
37:10un tir aérien
37:11c'est quoi
37:12la bombe atomique
37:13c'est quoi
37:13la bombe atomique
37:15on avait beau
37:16nous expliquer
37:16mais on n'était
37:17pas conscients
37:20on n'était pas
37:20conscients
37:21de ce que c'était
37:22aujourd'hui
37:22oui
37:23je dirais
37:24que là non
37:25il fallait être fou
37:28il fallait être fou
37:29mais
37:30qu'est-ce qu'il veut
37:31c'est l'époque
37:31qui veut ça
37:32on était là-dedans
37:33et
37:34on n'avait pas
37:35on n'avait pas
37:35de raison
37:36de se méfier
37:37quand on discutait
37:38avec eux
37:38il venait
37:39des techniciens
37:39d'algérie
37:40ou des choses
37:41comme ça
37:42même eux
37:43ne savaient pas
37:45le danger
37:46qu'il y avait
37:48inconscience
37:49parfois
37:49naïveté
37:50souvent
37:50et manque
37:51d'informations
37:51certains responsables
37:53politiques polynésiens
37:54commencent à s'inquiéter
37:57pour les rassurer
37:58et remercier
37:58les populations
37:59le général de Gaulle
38:00revient en Polynésie
38:02en septembre 1966
38:04il prononce
38:06à Papéité
38:06un discours
38:07resté célèbre
38:09et oui
38:10il est vrai
38:11que la Polynésie
38:14a bien voulu
38:15être le siège
38:17de ce grand
38:19de cette grande
38:20organisation
38:21destinée
38:22à donner
38:23à la puissance
38:24française
38:24le caractère
38:26de la dissuasion
38:27qui peut
38:28qui doit
38:29à tous
38:30dans un monde dangereux
38:32nous assurer
38:33la paix
38:34c'est vrai
38:35ça veut dire
38:36que de Gaulle
38:36a réussi
38:37son opération
38:38c'est à dire
38:39à faire en sorte
38:40qu'il puisse
38:41installer le CEP
38:42en soulevant
38:44le minimum
38:45de vagues
38:46oui
38:47c'était démocratique
38:49puisque
38:49vous avez bien voulu
38:51il y a d'ailleurs
38:52si j'ose dire
38:54des compensations
38:55le développement
38:57qui accompagne
38:59cette organisation
39:00du centre
39:01est éclatant
39:02ce qui doit suivre
39:04ne le sera pas moins
39:10les hommes politiques
39:11font assaut
39:12d'amabilité
39:13envers lui
39:13par exemple
39:14Gaston Flos
39:15le reçoit
39:15à la mairie
39:16de Pirée
39:17et il explique
39:19dans ma commune
39:20on a besoin
39:21de tout
39:21de route
39:22d'éclairage
39:23etc
39:23et donc
39:24il demande
39:25à de Gaulle
39:25de financer
39:26ces projets
39:29effectivement
39:29ça fait du bien
39:31aux finances
39:33du pays
39:34c'est
39:36les avantages
39:37économiques
39:39la création
39:40de main d'oeuvre
39:43on peut dire
39:45l'enrichissement
39:46d'une partie
39:47de la population
39:50grâce au CEP
39:52toutes les dispositions
39:54sont prises
39:55comme vous le savez
39:56pour que cela
39:58n'ait aucun
39:59inconvénient
40:00d'aucune sorte
40:01pour les chères
40:02populations
40:03de la Polynésie
40:04mais au contraire
40:06cette installation
40:08cette organisation
40:10est en quelque sorte
40:12le départ
40:14pour tout l'ensemble
40:17des archipels
40:18le départ
40:19pour un grand
40:21et nouveau progrès
40:25De Gaulle faisait
40:26son discours
40:27bien sûr
40:27en français
40:28et il avait
40:29pour habitude
40:29à la fin
40:31de son discours
40:32de dire toujours
40:33quelques mots
40:34dans la langue
40:34du pays
40:36et là
40:37il a prononcé
40:38des mots
40:38en thaïtien
40:39pour remercier
40:41les Polynésiens
40:44alors
40:44en thaïtien
40:46pour dire
40:47merci
40:47et surtout
40:48merci bien
40:48c'est
40:49maruru
40:50maruru
40:50roa
40:51et lui
40:52il a dit
40:53mururu
40:56et John Martin
40:57qui était à côté
40:59il ne l'appelait pas
41:00monsieur le président
41:01il l'appelait mon général
41:02mon général
41:04c'est pas
41:04mururu
41:05c'est maruru
41:06et là
41:07De Gaulle
41:07ils auront compris
41:10le général
41:10le général est un formidable
41:11VRP de l'arme nucléaire
41:13avec sa goye légendaire
41:15il retourne
41:16les plus sceptiques
41:16moi j'ai cru
41:18j'ai cru
41:19et
41:21aujourd'hui
41:23il s'avère
41:24que
41:25c'est vraiment
41:26ça a été un danger
41:29le président
41:30se rend ensuite
41:31à Mururoa
41:31pour assister
41:32au quatrième essai nucléaire
41:33en Polynésie
41:35il est filmé ici
41:36par des opérateurs militaires
41:37la presse n'avait pas eu accès
41:39au site
41:40des images inédites
41:42encore jamais vues
41:43jusqu'à aujourd'hui
41:46le général est accompagné
41:47de monsieur Messmer
41:48ministre des armées
41:49monsieur Perfit
41:50ministre délégué
41:51chargé de la recherche scientifique
41:52et du général Billotte
41:54ministre des départements
41:55et territoires d'outre-mer
42:04la visite des installations à terre
42:06amène tout d'abord
42:07le général de Gaulle
42:08au PCT à Némone
42:13puis
42:14toujours par la route
42:15le cortège arrive
42:16au PEA
42:17de Nice
42:22le président de la république
42:24s'entretient quelques instants
42:25avec l'équipe
42:25qui sous la direction
42:26de monsieur Saunois
42:27est chargé de la manœuvre
42:29du ballon
42:29devant emporter l'engin
42:36alors là vous avez
42:37l'emplacement
42:38où était gonflé le ballon
42:39à l'hélium
42:40c'était cette petite zone
42:42d'ailleurs
42:42où est venu
42:43le général de Gaulle
42:44il a même assisté
42:46presque à la fin
42:47du gonflage
42:48voilà
42:48et d'ailleurs
42:49il a été pris en photo
42:50je l'ai sur mon
42:51sur mon appareil
42:53alors on utilisait
42:55ce ballon
42:56une fois gonflé
42:57pour éviter de tirer
42:58trop près du sol
42:59en fonction de la puissance
43:01du tir
43:01donc on le mettait
43:02en altitude
43:03ce qui est évité
43:04de la pollution
43:05sur le lagon
43:07et sur l'île
43:14et après il est reparti
43:15en hélico
43:16sur le Degrasse
43:17et c'est là
43:18qu'ils ont provoqué
43:20le déclenchement
43:21du tir métalgueuse
43:31le général de Gaulle
43:32réunit ensuite
43:33les officiers
43:33et ingénieurs
43:34autour de lui
43:35pour leur adresser
43:36quelques mots
43:38le tir
43:39qu'il a déclenché
43:40à partir du Degrasse
43:41a été retardé
43:42de presque 48 heures
43:43pour des raisons
43:44météorologiques
43:45alors De Gaulle
43:47qui avait un programme
43:48très très chargé
43:49était très impatient
43:50mais les gens
43:52l'ont calmé
43:53en lui disant
43:54quand même
43:54que la météo
43:55était un élément
43:56primordial
43:57pour réaliser ce tir
44:06le dimanche 11 septembre 1966
44:10le dispositif opérationnel
44:12est prêt
44:205, 4, 3, 2, 1, feu !
44:275, 4, 3, 2, 1, feu !
44:40ça se déroule
44:42on a l'impression
44:43d'avoir une dièvre
44:44qui monte
44:45mais après
44:46on se demande
44:47à quoi ça sert
44:48tout ça
44:49qu'est-ce qu'on peut en faire ?
44:55Le tir s'est déroulé normalement
44:57tandis que les opérations continuent
44:59le général de Gaulle
45:00quitte le Degrasse
45:01pour rejoindre Rao
45:02d'où il s'envolera
45:03vers la métropole
45:05mais les essais
45:06sont encore
45:07de trop faibles puissances
45:08le général est déçu
45:09il faut de nombreuses tentatives
45:11pour que les ingénieurs
45:12maîtrisent la fusion nucléaire
45:13et passer de la bombe A atomique
45:16à la bombe H à hydrogène
45:18bien plus puissante
45:20et dans cette course aux armements
45:21la France est en retard
45:23l'objectif est de faire
45:24au plus vite
45:25une bombe H
45:26comme les autres pays
45:27membres du conseil de sécurité
45:28de l'ONU
45:29les Etats-Unis
45:30l'URSS
45:31la Chine
45:32et le Royaume-Uni
45:35d'après ce qu'on sait
45:36de Gaulle a exprimé
45:37sa satisfaction
45:39mais
45:41des indiscrétions
45:42montrent que
45:43il a trouvé
45:44que ce n'était pas
45:45des tirs suffisants
45:47et d'ailleurs
45:47le ministre des armées
45:49Pierre Messmer
45:50dit
45:51je vous garantis
45:52que les prochains essais
45:53seront beaucoup plus puissants
45:58malgré les événements
45:59de mai 68
46:00malgré l'instabilité politique
46:02en France
46:02le compte à rebours nucléaire
46:04continue
46:05en août de cette année agitée
46:07le CEP s'apprête
46:08à réaliser
46:09sa plus grosse explosion
46:11les scientifiques
46:12ne maîtrisent pas
46:13toutes les conséquences
46:14des retombées radioactives
46:15mais par précaution
46:17l'autorité militaire
46:18décide d'évacuer
46:19l'atoll de Touréia
46:20situé à seulement 100 km
46:21au nord du site du tir
46:34Fabiola revoit pour la première fois
46:36les images de ce déménagement forcé
46:43le gouverneur de la Polynésie française
46:45leur a offert un séjour de vacances
46:47à Papete
46:47à l'occasion des fêtes de juillet
46:49tous les habitants du village de Touréia
46:51étaient réunis
46:53donc c'est là que le maire nous expliquait
46:55comment ça allait se passer
46:57qu'on allait partir
46:58pour tant de temps
46:59et qu'on était pris
47:01en charge par l'armée
47:04cette invitation a été accueillie
47:06avec joie
47:06par la totalité des familles
47:08de Touréia
47:08et la perception d'un pécule
47:11agrémente les préparatifs du départ
47:16cet argent là
47:17parce que comme
47:18on n'avait pas de travail
47:20et avec cet argent là
47:21ça leur permettait
47:22d'acheter des habits
47:25ou tout ce qu'ils voulaient
47:26avec
47:33c'est émouvant de voir ça
47:35les gens de mon époque
47:36de mon enfance
47:39là c'était pour l'embarquement de Tahiti
47:41et ce monsieur là
47:42c'est celui qui est resté à Touréia
47:45c'est le seul du village qui est resté
47:50et ça c'est au réfectoire
47:53voilà la petite fille là
47:55avec la petite robe blanche
47:56c'est moi
47:58j'avais 8 ans
47:59non mais ça me fait tellement plaisir
48:01de les voir
48:01je les parle
48:02je leur parle
48:04ben on arrivait
48:05ben il y avait les bus
48:06qui étaient là
48:07et puis après on les suivait
48:08on nous disait
48:09ce qu'il fallait faire
48:10on suit
48:12voilà moi je monte dans le bus
48:13avant ma mère
48:16là oui on arrive à Tahiti
48:19pour la plupart des habitants
48:21de Touréia
48:22c'est un véritable rêve
48:23qui se réalise
48:26pour moi je ne peux pas dire
48:27que c'est un rêve
48:28c'est plutôt
48:31on est un peu perdu
48:32voilà
48:33vous arrivez d'un endroit
48:34où c'est tout plat
48:35et puis là il y a des montagnes
48:37il y a des arbres
48:38qui n'y a pas chez nous
48:41pour ces nouveaux essais
48:42le CEP a aménagé une autre île
48:45celle de Fangatofa
48:46à 45 km au sud de Mururoa
48:49une passe artificielle
48:51et même creusée
48:52pour faire entrer des bateaux
48:53dans cet atoll fermé
49:16on était encore une fois
49:19à 40 nautiques
49:2070 km
49:21on a ressenti au bout d'un moment
49:23le souffle chaud
49:25du tir
49:26c'était incroyable
49:28c'était vraiment impressionnant
49:31Bernard a assisté à une explosion
49:33170 fois supérieure
49:35à celle de la bombe A d'Hiroshima
49:38l'essai le plus puissant
49:39jamais réalisé par la France
49:42De Gaulle déclare ce 28 août 1968
49:45c'est un magnifique succès
49:46pour l'indépendance
49:47et la sécurité de la France
49:52De Gaulle avait dit
49:53il faut que de mon vivant
49:55on puisse procéder
49:57au tir thermonucléaire
49:58parce qu'il dit
49:59je ne suis pas sûr
50:00qu'après moi
50:01on le fera
50:02la bombe H
50:03c'est presque le couronnement
50:06de son vœu
50:07de rendre sa grandeur
50:09à la France
50:11l'hexagone fait donc partie
50:13des puissances thermonucléaires
50:14celles qui détiennent
50:15la bombe H
50:17l'objectif est atteint
50:18au nom de la souveraineté
50:19et de la place du pays
50:20dans le monde
50:24pendant ce temps là
50:25les habitants de Touréia
50:26rentrent enfin chez eux
50:27comme si de rien n'était
50:28les essais thermonucléaires
50:30ont parfaitement réussi
50:31la sécurité a été totale
50:34aucune contamination
50:35n'a atteint Touréia
50:37des études scientifiques
50:38montreront bien plus tard
50:39un lien possible
50:40entre les essais nucléaires
50:41et l'augmentation
50:42du nombre de cancers
50:44d'autres sont toujours
50:45en cours
50:45afin d'évaluer avec précision
50:47les conséquences
50:48de ces retombées
50:48en attendant de pouvoir
50:50en tirer des conclusions
50:51définitives
50:51depuis 2010
50:52l'état français a déjà
50:54indemnisé plusieurs centaines
50:55de personnes
50:56ah oui il y a des choses
50:57qui ont été
50:58qui ont été cachées
51:00ça c'est sûr
51:01et ce n'est que
51:03lorsque ces cas
51:05de maladies
51:08ces cas sont
51:09accrues
51:10c'est de plus en plus
51:12important
51:12quand c'est dit
51:14que c'est vraiment
51:15dangereux
51:17française
51:18français
51:20le général de Gaulle
51:22est mort
51:23la France
51:24est veuve
51:33le général décède
51:34le 9 novembre 1970
51:36ses successeurs
51:38Georges Pompidou
51:39Valéry Giscard d'Estaing
51:40François Mitterrand
51:41et Jacques Chirac
51:42continuent
51:43les expérimentations
51:44atomiques
51:46on en comptera
51:47193 en Polynésie
51:48avant l'arrêt définitif
51:50en 1996
51:54conséquences sociales
51:55politiques
51:55et environnementales
51:57le choix du général de Gaulle
51:58a marqué pour l'éternité
52:00la Polynésie
52:00le prix pour assurer
52:02à la France
52:02sa place dans le monde
52:11la Polynésie
52:41Au revoir
52:45Sous-titres par Jérémy Trump
52:46Sous-titres par Jérémy Strong
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