Pular para o playerIr para o conteúdo principal
  • há 3 horas
A escritora Marguerite Duras entrevista a única mulher diretora de um presídio na França.

Categoria

🎥
Curta
Transcrição
00:00A CIDADE NO BRASIL
00:30E bien, j'ai débuté il y a maintenant 38 ans
00:34Como institutrice en la pénitentiaire
00:36J'ai rejoint une maison de jeunes
00:38J'ai fait mes classes là
00:39Et puis depuis, j'ai fait comme les autres
00:41Je suis montée
00:42J'ai monté des échelons
00:44Et je suis arrivée ainsi directrice
00:45Mon père appartenait déjà à la pénitentiaire
00:48Ah bon ?
00:49Que par conséquent, nous étions un petit peu au courant de ce métier, disons
00:55Et votre mari ?
00:57Je suis séparée
00:59Je suis directeur régional à Marseille
01:08Avant d'être la petite roquette, vous étiez également dans...
01:11Vous aviez un autre rôle dans une autre prison ?
01:13Oui, j'étais à Frennes
01:14Où je dirigeais l'école de perfectionnement du personnel
01:18J'y suis restée 16 ans
01:20Comment devient-on directrice de prison ?
01:23Pour devenir directrice de prison ou directeur de prison, car c'est le même grade
01:28Il faut débuter secrétaire administratif
01:31Et pour cela, il faut être bachelier ou avoir un diplôme équivalent et passer un concours
01:38Puis, au cours de la carrière, il faut passer différents concours
01:42Et notamment celui de ce directeur
01:46Vous êtes combien de directrices de prison en France ?
01:49Une directrice, une
01:50Mes directeurs, 30 et 40
01:56Il y a combien de femmes ici ?
01:58À l'heure actuelle, 320 environ
02:03Est-ce que vous avez d'où elles viennent ?
02:05Généralement, il faut l'avouer, ce sont des femmes de milieux simples
02:09De milieux dissociés, de milieux alcooliques même
02:13De milieux où, en fait, on a peu le sens de la famille
02:17Elles se chamaillent beaucoup ?
02:18Elles supportent mal cette vie en collectivité
02:21Par conséquent, il y a des frictions, il y a des petits incidents
02:23Des chamailleries qui vont quelquefois jusqu'à la bataille
02:26À l'occasion des disputes, elles se reprochent de ce qu'elles ont fait
02:30En tout cas, moi, je n'ai pas volé
02:32On me dira, je regrette, mais moi, je n'ai pas tué
02:37Mais il faudrait les isoler
02:38Il faudrait concevoir une prison avec une cellule pour chaque femme
02:44Et ainsi, on éviterait cette promiscuité
02:46Ces agacements, ces petits faits de tous les jours
02:51Qui rendent la vie difficile
02:52Mais un isolement total, ce serait infernal
02:55Oui, l'isolement total peut être dangereux, bien sûr
02:57Mais si on le conçoit bien, si on l'aménage
03:01Si on fait d'abord un gentil petit cadre, c'est important le cadre
03:07Si pendant la journée, des personnes faisant partie de la direction
03:12Rendent visite, bavardent un peu avec elles
03:15Essayent de savoir ce qu'elles pensent, ce qu'elles veulent, ce qu'elles souhaitent
03:18Et avec quelques activités collectives, on arriverait rapidement à un régime qui serait très supportable
03:25Vous avez de très belles cellules
03:27Les belles sont réservées à des détenus qui posaient des problèmes en commun
03:33Par exemple, aux proxénètes
03:35Les proxénètes, il n'est pas souhaitable de les laisser avec les autres
03:39Ils risquent de faire du recrutement
03:42Les homosexuels également
03:56Vous êtes sûre de vous ?
03:57Ah oui
03:58Oui
03:58Je suis autoritaire, certes, mais il le faut
04:01Parce que l'autorité, c'est une séduction aussi
04:04Il en faut, vous comprenez
04:05Alors, on ne peut pas dire que ce soit vraiment une séduction
04:08C'est presque plus un besoin, une nécessité, je crois
04:12Mais à l'occasion, ce n'est pas déplaisant, c'est vrai
04:16En quoi est-ce agréable ?
04:19Agréable en ce sens que vous arrivez à faire régner, par exemple, de l'ordre où il n'y a
04:22plus d'ordre
04:23Par conséquent, il faut lutter, il faut lutter pour appliquer l'autorité
04:29Ce sentiment de lutte n'est pas déplaisant
04:31De puissance aussi
04:32C'est un des côtés, je ne dirais pas agréable, mais plaisant le problème
04:37La condition, je le répète, d'en user convenablement
04:40Je n'ai pas joué les gendarmes à longueur d'année
04:43On ne peut pas commander sans autorité
04:46Que l'on a en soi, d'ailleurs, je pense
04:48Ça ne s'apprend pas, ça, on l'a
04:49Et on sait très bien s'arrêter quand il faut s'arrêter
04:53S'il m'arrive de punir, mais à l'occasion, je sais être bonne, très bonne
04:58Pour mener 300 femmes, tout de même, il ne faut pas simplement être bon
05:04Comprendre les gens
05:05Il faut aussi, à l'occasion, savoir se montrer directeur
05:09Mais une jeune directrice, par exemple, qui arriverait, aurait fort à faire
05:13Ah, ben oui, certainement
05:15Certainement, parce qu'il faut quand même avoir de l'expérience
05:18Il faut avoir du métier derrière soi
05:21Et puis, il faut avoir vécu soi-même
05:23Pour bien comprendre les problèmes qui se posent dans une prison de femmes
05:36Il m'appartient, dans certains cas, d'attribuer des récompenses
05:40Les récompenses, vous savez, sont relativement minimes
05:42Mais enfin, elles font plaisir
05:44Par exemple, une condamnée ne peut écrire que trois lettres par semaine
05:48Eh bien, si elle se conduit bien, si elle se montre agréable avec le personnel
05:52Avec ses co-détenus, avec l'ensemble de la maison
05:55Elle me fait une demande et je lui accorde une lettre supplémentaire
05:59Et ça n'allaire de rien, mais c'est extrêmement important
06:02Car la correspondance pour les détenus, c'est beaucoup
06:06Quelles sont les sanctions que vous pouvez distribuer, vous ?
06:09Eh bien, plusieurs sanctions
06:11Je peux, par exemple, en certaines circonstances, priver une femme de tabac
06:16Elles ont le droit de fumer ici
06:17Par conséquent, je peux les priver de cantines de tabac
06:21Je les avertis toujours, mais lorsqu'elles ne comprennent pas
06:24Il faut en arriver quand même à montrer son autorité
06:29C'est la plus petite, celle-là, des punitions
06:31Oui, c'est, disons, c'est banal
06:34La punition la plus grave dans une prison, c'est la mise en cellule de punition
06:38C'est une pièce, toute nue
06:42Située dans le quartier le plus désagréable de la maison
06:46Et les détenus placés dans ce quartier
06:49Ils sont absolument démunis, on peut dire, de tout ce qui fait la vie intéressante de la maison
06:57Elles ne peuvent pas lire, elles ne peuvent pas fumer
07:01Elles ne peuvent pas acheter d'objets
07:04Elles ne peuvent pas écrire
07:05Les parois sont supprimées
07:07Ça les calme, ça les rend moins nerveuses
07:12Vous avez des évasions ici ?
07:14Je sais qu'il y en a eu, autrefois
07:16Des suicides ?
07:18Des suicides, ça arrive quelquefois
07:19L'année dernière, une Espagnole s'est pendue
07:23Elle s'est pendue avec sa serviette de toilette, c'est un barreau, simplement
07:27Dans la cellule où elle dormait
07:29Enfin, c'est rare, heureusement pour nous, d'ailleurs
07:34Une détenue, c'est quelqu'un qui a fauté ?
07:37Qui a fauté, certes
07:38Ou bien c'est quelqu'un qui est privé de liberté ?
07:40C'est les deux
07:41C'est quelqu'un qui est privé de liberté parce qu'il a fauté
07:44Non, on n'est jamais deux choses à la fois
07:46Ah, ben si
07:48S'il n'avait pas commis une infraction, tout au moins je suppose qu'elle a commis une infraction
07:52Je vous parle de la détenue
07:53Je vous parle de la personne qui était libre avant de rentrer à la requête
07:56La détenue, c'est ça, c'est la détenue qui a été incarcérée
07:59Vous ne comprenez pas ma question
08:00Ah bon, alors recommençons
08:01Une femme qui entre ici
08:02Oui, c'est une détenue
08:04Oui, alors qu'est-ce que c'est qu'une détenue ?
08:06Mais c'est une femme pour moi
08:07Je veux dire qu'elle est coupée de son passé
08:09Il y a deux temps très différents
08:11Il y a le temps du délit
08:12Vous, comme vous le voulez, moi je le vois comme je veux aussi, attention
08:16Alors, si vous voulez me faire dire ce que vous voulez dire, nous, nous n'y arriverons pas
08:19Je vous parle de vous
08:21Oui, mais je me dis pour moi, l'étenue qui est ici, c'est une femme
08:24Attendez, laissez-moi poser des questions si ça ne va pas aller
08:26Bon, balance
08:27Je vous parle de vous devant ces femmes qui entrent là, n'est-ce pas, dans votre établissement
08:32Quand elles entrent là
08:33Oui
08:34Ce sont des femmes comme les autres pour vous
08:38Oui, comme les autres, oui
08:40Donc la faute est éloignée
08:42Mais moi je ne m'en occupe pas de la faute
08:44Voilà, c'est de ça que je voudrais vous parler
08:45Mais moi je ne m'en occupe pas
08:46Elle vient parce qu'elle a faute, ou tout au moins soi-disant faute, mais moi je ne m'en
08:50occupe pas
08:51Ce qui m'intéresse c'est la femme
08:53C'est ça
08:53Avec tout ce que ça suppose
08:55C'est ça, donc il y a deux temps très différents
08:57Il y a le temps où elle n'était pas là, qui ne vous regarde en rien
09:00Bah, qui ne me regarde en rien, je m'en préoccupe quand même
09:02Parce que ça me permet tout de même de la mieux connaître
09:06Il faut tout de même que j'essaie de savoir ce qu'elle faisait, ce qu'elle était, comment elle
09:10vivait, avec qui elle vivait, où elle vivait
09:14Il faut tout de même que je m'en occupe un petit peu
09:16Mais dans vos rapports avec elle
09:17Bah, je lui demande, je lui pose tout un tas de questions
09:20Je veux savoir, si vous voulez, j'essaie de la situer dehors
09:22Bon, ben quand je suis située dehors, je la prends en main là
09:25Et je m'occupe de voir ce que je vais pouvoir faire pour elle
09:29Sur le plan moral, surtout car enfin, moi je ne peux pas tellement, tellement faire du social
09:35J'en ai pas le temps
09:36Qu'est-ce que c'est le plan moral ?
09:37Mais c'est, par exemple, lui permettre de mieux supporter le temps pendant lequel elle va être là
09:42C'est la remettre entre des mains de personnes qui vont l'aider sur le plan familial
09:48Sur le plan de l'extérieur, disons
09:51C'est mon rôle, ça
09:52Et sur le plan des remords ?
09:54Sur le plan des remords, ben écoutez, je ne suis pas chargée quand même, moi, de forcer la femme à
09:59avoir des remords
09:59C'est un bien ou un mal, le remords ?
10:03Écoutez, j'avoue que je ne sais pas
10:05Il faut quand même regretter, si l'on a commis une faute
10:08Il faut tout de même regretter d'avoir commis la faute
10:11Indispensable ?
10:12Écoutez, c'est mon point de vue à moi
10:14Si j'étais détenue, si j'avais fait quelque chose
10:17Est-ce que vous l'avez imaginé ?
10:17Il me semble
10:18Est-ce que vous avez déjà imaginé ?
10:20Je me mettrai à leur place
10:23Je pense que dans certains cas, je regretterai
10:25Mais je pense à des cas très précis
10:28Mais dans d'autres cas, il y a certains que je n'ai pas à me poser la question
10:32Et je ne vous dirai pas ce que je pense
10:33C'est terrible d'être une détenue ?
10:36C'est terrible du fait que l'on est privé de tout ce qui fait la vie à l'extérieur
10:42La liberté, c'est...
10:43La privation de liberté, vous savez, c'est quelque chose de très important
10:46D'ailleurs, c'est quand on ne l'a plus qu'on apprécie surtout, paraît-il
10:51Puisque j'ai eu la chance, moi, de la voir, et vous aussi, hein ?
10:53Pour tout au moins une certaine liberté, je m'entends
11:00Vous n'avez pas envie d'ouvrir la porte de temps en temps ?
11:03Mais non, ça n'a jamais eu une idée, et heureusement
11:05Je ne sais pas comment mon administration prendrait un geste comme celui-ci
11:10C'est-à-dire que si, ce qu'on penserait, on mettra Saint-Anne et on aurait raison, hein ?
11:13Je vous parle de l'envie ?
11:15Mais je n'ai jamais eu l'envie
11:16Parce qu'à partir du moment où j'ai accès...
11:17Alors vraiment, vous êtes une directrice de prison ?
11:19Bah peut-être, après tout, j'en suis fière
11:21Hein ?
11:21Après tout, j'en suis fière
12:00Sous-titrage ST' 501
12:11Sous-titrage ST' 501
Comentários

Recomendado