00:00Elsa Vidal, votre choix ce soir depuis le printemps pour mettre à genoux l'économie ukrainienne et pour faire pression
00:06sur ses voisins,
00:07les frappes russes se multiplient sur les infrastructures portuaires et sur les navires en mer Noire.
00:12Oui, des navires civils qui permettent d'exporter les céréales ukrainiennes,
00:17ce dont témoigne le responsable, le vice-ministre chargé de la reconstruction des infrastructures et des transports à Odessa,
00:24qui insiste sur le fait que ce type d'attaque a considérablement augmenté sur les navires et les ports plus
00:32de 10 fois depuis le début de l'année.
00:36C'est donc une multiplication véritablement hors d'échelle.
00:41Ces frappes se concentrent aujourd'hui sur les trois ports principaux qui permettent à l'Ukraine d'exporter ses céréales,
00:48Odessa, Tchernomorsk et Privdiennie, que vous voyez sur cette carte.
00:52Ces trois ports concentrent 90% des exportations ukrainiennes de céréales.
00:58Or, les produits agricoles ukrainiens représentent 50% des recettes d'exportation de l'Ukraine.
01:06L'an privé, ça permet de faire ployer, en tout cas dans la négociation, un peu plus l'Ukraine.
01:12Mais c'est aussi 45% de l'huile de tournesol produite dans le monde.
01:16L'Ukraine est aussi parmi les top 5 pour le blé, le maïs et l'orge.
01:20Et en fait, de l'Ukraine dépendent plus de 400 millions d'êtres humains pour leur nourriture.
01:27Et depuis 2022, ces exportations ont baissé de presque 20%, 19% précisément.
01:32Avec ces frappes, c'est donc une catastrophe pour l'Ukraine, pour la sécurité alimentaire des pays du Sud globalement
01:36et pour les marins turcs.
01:37Oui, ça va peut-être vous frapper, mais si entre 2023 et 2025, c'était relativement calme, depuis cette année,
01:46ce sont des marins turcs qui tombent tous les mois.
01:50Et pour le seul mois de juillet 2026, on a recensé, et c'est une approximation, c'est ce que
01:56reconnaissent les autorités turques, 23 marins civils tombés en mer.
02:02Le 21 août dernier, je veux prendre cet exemple, vous allez voir pourquoi, le navire Ural, un navire qui porte
02:08un nom russe mais qui est détenu par la Turquie,
02:12que vous voyez à l'écran, a été assailli par des drones.
02:17Et à son bord, un marin turc de 47 ans, qui avait été sauvé d'une autre attaque de drones
02:23trois jours avant,
02:24et décédé avec, à ses côtés, huit autres membres de l'équipage initial qui, eux aussi, avaient été rescapés d
02:32'une première attaque de drones.
02:34Et ces drones, eh bien, ils sont tant russes qu'ukrainiens, puisque maintenant, la bataille de drones fait rage dans
02:40la mer Noire,
02:41ce qui entraîne donc des victimes civiles causées par les deux protagonistes,
02:46ce qui entraîne une réponse du ministère des Affaires étrangères turc,
02:50qui, à la fois, s'alarme de la dégradation de la situation,
02:54en disant qu'au début, seuls les ports et les navires militaires étaient visés,
02:57mais qu'aujourd'hui, tous les navires commerciaux sans distinction sont frappés,
03:02et qui appellent à un moratoire sur cette guerre des drones en mer Noire.
03:08Et pourtant, ce moratoire n'a rien arrêté.
03:10Je voudrais laisser la conclusion temporaire de cette chronique aux frères d'un marin tué
03:15et dont la dépouille a été retrouvée il y a quelques jours près d'Istanbul,
03:19qui disait « Pouvez-vous imaginer que j'ai retrouvé le corps de mon frère,
03:23je ne peux pas le remettre à la famille, étant donné qu'on utilise des munitions de guerre,
03:27ce corps n'est pas présentable, ce visage n'est pas présentable,
03:31qui rendra justice à mon frère ? »
03:34C'était sa question ce matin chez nos confrères de Radio France.