00:00Bourgogne, ici matin.
00:02Les pompiers professionnels se lancent aujourd'hui dans une grève qui doit durer jusqu'au 20 octobre.
00:07Ils sont déçus par leur rencontre avec le ministère de l'Intérieur à la mi-août.
00:11Ils demandent des moyens humains supplémentaires, du matériel plus adapté et un suivi médical renforcé.
00:17Sans oublier les méga-feux de cet été qui ont révélé quelques failles dans le système.
00:21Pour en parler à l'heure de la balède, vous recevez le vice-président du syndicat autonome des sapeurs-pompiers
00:25professionnels de Côte d'Or.
00:26Bonjour Guillaume Comaret.
00:28Bonjour, merci de me recevoir.
00:29Avec plaisir. Vous lancez dans cette grève. C'est une manière de dire quoi ? Que vous vous sentez abandonné
00:34aujourd'hui ?
00:36Déjà, c'est de dire que c'est malheureux d'être entendu après des événements défavorables.
00:41C'est une situation qu'on dénonce depuis des mois, des années, sur une direction qui s'effondre.
00:48Là, aujourd'hui, on est là et on profite de ce malheureux événement et d'être en lumière pour reporter
00:53à la hauteur des citoyens et des élus qui ont le pouvoir.
00:56De dire, attention, on arrive sur un système qui est fragile.
01:00Là, il faut mettre en place des moyens si on veut perdurer dans le temps.
01:03Le manque d'effectifs, ce n'est pas nouveau. Ça fait des années et des années que vous en parlez.
01:07Le Cdys de Côte d'Or, pour donner une idée, il regroupe un petit peu moins de 2000 personnels, des
01:11volontaires, des pompiers pros et des administratifs.
01:13Combien il faudrait de pompiers professionnels en plus, selon vous, pour que vous ayez un petit peu plus d'air
01:19?
01:19Alors, si on veut être dans un monde utopique, si on veut passer sur du heure pour heure, par exemple,
01:25dans le temps de travail, etc., il faudrait 80 sans embauche.
01:29Ça n'arrivera jamais ?
01:30Ça n'arrivera pas tout de suite.
01:31C'est pour ça que, justement, dans les revendications, on est quand même assez terre-à-terre.
01:35C'est des plans.
01:36On demande des plans de préparation pour que, dans le temps, on arrive à améliorer ses conditions d'effectifs,
01:41qu'on arrive à prendre en compte, au niveau du local, on a plus de 60% de nos collègues
01:46qui sont dans la tranche horaire de 45 à 55 ans.
01:50C'est-à-dire que c'est des gens qu'on doit, dès maintenant, accompagner sur leur fin de carrière,
01:53qu'on doit, dès maintenant, anticiper sur leur emplacement, qu'on doit, dès maintenant, prendre en compte leur usure professionnelle.
01:57Vous demandez des choses faisables, en fait, vous ne demandez pas la lune, on n'a pas l'impression, en
02:01tout cas.
02:01On ne veut pas tout de suite, on veut juste des mesures concrètes qui s'installent tout de suite
02:05et qui vont se maintenir dans le temps pour nous permettre de continuer à faire nos missions correctement
02:09et d'assurer des secours de qualité.
02:12Parmi vos revendications, il y a aussi des revendications au plan médical, au niveau des équipements, au niveau des tenues,
02:18notamment.
02:18Et ça, ça a été mis un petit peu, ça a été souligné au moment des incendies sur lesquels vous
02:23avez tous été mobilisés cet été.
02:25Tout à fait. Au niveau de nos revendications, le point sur la santé, c'est la prise en compte médicale
02:31au sens large.
02:32Ça va être les visites médicales classiques, etc.
02:35On demande aussi à ce que des cancers soient rajoutés sur la liste des cancers professionnels
02:39pour améliorer notre prise en charge au niveau de la profession.
02:42Typiquement, quand vous respirez peut-être des fumées, quand vous êtes sur des incendies,
02:46évidemment, vous demandez à ce que ça soit pris en compte pour votre santé.
02:49Exactement, que la liste s'allonge à ce niveau-là.
02:51Et ensuite, on demande aussi des équipements de protection individuelle qui se développent,
02:56qui sont adaptés à la fois aux risques, ça va être les fumées, ça va être le feu de forêt,
02:59ça va être un peu tout ça.
03:00Mais également, prendre en compte aussi leur utilisation.
03:03On peut les avoir pendant longtemps, dans des efforts assez compliqués, dans des milieux un peu complexes, etc.
03:08Donc, on demande des vraies réflexions sur ça pour améliorer toujours cette prise en charge de notre santé
03:14et continuer à se développer là-dessus et éviter d'avoir des gens exposés des heures dans des incendies
03:19avec des milieux toxiques qu'on ne maîtrise pas et qui viennent s'ingérer dans notre organisme.
03:23Aujourd'hui, on comprend votre ras-le-bol.
03:26Est-ce que vous connaissez autour de vous des collègues pompiers qui se disent
03:29« Moi, c'est trop, aujourd'hui, je jette l'éponge, j'arrête le métier ? »
03:33De plus en plus. De plus en plus, on a tous des exemples autour de nous qui s'accentuent.
03:38Des gens qui ont posé les bottes pour un manque d'intérêt, pour des finances,
03:46pour un manque de... Ils ne se retrouvaient plus dans ce qu'ils venaient faire le matin quand ils étaient
03:52dans les camions.
03:52Un manque de reconnaissance.
03:53Un manque de reconnaissance également aussi.
03:55C'est tout un package qui s'installe et qui, pour nous, augmente de plus en plus.
04:00C'est également un petit signe d'une direction qui n'est peut-être pas forcément la bonne tout le
04:05temps.
04:05Le temps fort de cette grève, Guillaume Comaret, ça sera la manifestation du 29 septembre prochain.
04:10Est-ce que vous allez monter jusqu'à la capitale ?
04:13On monte jusqu'à la capitale.
04:14Au niveau local, on a des collègues qui sont très investis,
04:18qui se mobilisent très facilement pour tout ça, car tout le monde est concerné,
04:21tout le monde aime sa profession et tout le monde a envie de la développer.
04:25Aujourd'hui où je vous parle, on a déjà un bus de plus de 50 personnes qui est prévu.
04:29On essaie d'en faire un deuxième pour permettre à tous les collègues de nous suivre.
04:34Et le dernier mouvement qu'on avait fait au niveau local dans le 21,
04:38on était plus de 80% des collègues de mobilisés.
04:42Et pour l'instant, c'est une tendance qui se suit.
04:44Et on veut se faire entendre avec les collègues à la capitale.
04:47Alors cette grève, on le sait, elle va durer longtemps, plusieurs semaines, six semaines au total.
04:51Ce qui ne veut pas dire pour autant pour les auditeurs et les téléspectateurs qui nous regardent
04:54est-ce que quand ils vont appeler les pompiers, on va leur dire
04:57« Ah bah non, on est en grève, on ne vient pas chez vous ».
04:59Évidemment, vous continuez de travailler.
05:00Tout à fait. On est tenu à la continuité de service.
05:03Donc forcément, qu'on soit gréviste ou pas, le système fait,
05:07et nous, c'est notre souhait aussi de ne pas dégrader les secours,
05:10on maintient 100% de la réponse opérationnelle comme tout le reste de l'année.
05:14Vous aurez juste des petits autocollants, des petites pancartes qui signifieront que vous êtes en grève.
05:17Exactement. On est en très bonne relation de construction avec la hiérarchie.
05:21Donc dans un contexte de donnant-donnant, ils ont accepté qu'on puisse démontrer
05:24qu'on soit en grève avec un écusson sur l'épaule et une petite pancarte sur le camion
05:27pour rester très propre, très soft, si je peux me permettre le terme,
05:32et sans justement impacter le côté opérationnel et fonctionnel du service.
05:36Eh bien, merci beaucoup Guillaume Comaret d'avoir été avec nous.
05:39On rappelle que vous êtes vice-président du syndicat autonome des sapeurs-pompiers professionnels de Côte d'Or.
05:43Belle journée à vous.
05:44Merci beaucoup de nous avoir écoutés.