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Harcèlement - Le témoignage d’Ewann Delaunay, victime de harcèlement scolaire, dans « 24h en France » sur CNews - VIDEO
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00:00Bonjour Evan. Bonjour Nelly. Pour vous ça résonne tout ça, évidemment.
00:05Ça dure 6 ans vous concernant, ça commence très petit, CE2, ça empiète sur le collège et bien largement.
00:12À un âge où c'est compliqué en plus, où on se cherche, où on veut se faire des copains,
00:18tout simplement.
00:19Comment ça commence ?
00:20Ça commence simplement en classe, avec des brimades qui commencent à travers la classe en CE2.
00:28Puis après, dans la cour de récréation, on me mord, on me bouscule.
00:32Et puis c'est surtout que quand on est jeune, on ne se rend pas forcément compte de ce qu
00:37'on peut vivre en tant que victime, en tant qu'ancienne victime.
00:40On ne se rend pas du tout compte de ce qu'on vit et on laisse s'installer le harcèlement,
00:45comme aujourd'hui beaucoup de jeunes.
00:47Et c'est vrai que plus les années passent, plus ça devient de pire en pire au final.
00:53Parce que plus les années passent, plus les insultes deviennent de plus en plus fortes.
01:00Les menaces deviennent de plus en plus fortes.
01:02Les réseaux sociaux arrivent par derrière aussi.
01:04Donc forcément, quand on est à l'école primaire, on ne se rend pas forcément compte.
01:08On vient à l'école avec une boule au ventre.
01:09On n'a pas envie de venir en cours.
01:11On n'a pas envie d'aller manger à la cantine non plus.
01:12Parce qu'on sait ce qui nous attend.
01:14Le vol de nourriture et l'établissement qui laissent passer.
01:21Il y a un truc qui m'a sidéré quand on s'est parlé avant l'émission.
01:26Ça se passait tous les jours.
01:27C'est-à-dire que tous les jours, vous arriviez et vous saviez plus ou moins l'enfer qui vous
01:32attendait.
01:33Oui, mais avant même de rentrer dans la cour de récréation, je savais déjà ce qui pouvait m'attendre dans
01:39la journée.
01:40Et puis le vol de fournitures scolaires où c'est vrai que le soir, je rentrais à la maison.
01:45Je disais à mes parents, oui, il me refaut ceci, il me refaut cela.
01:49Oui, mais Evan, on te les a déjà donnés en fait.
01:51Sauf que je ne disais rien.
01:53Je disais oui, mais je les ai perdus.
01:55Et au final, ça s'est installé comme ça pendant de nombreuses années en fait.
01:58Vous leur cachez combien de temps à vos parents ?
02:00Et quand ils apprennent enfin, comment ils réagissent ?
02:02Je leur ai caché pendant six ans.
02:04Vous avez tout caché ?
02:05Tout caché pendant six ans.
02:06J'ai tout gardé en moi.
02:07J'ai tout gardé parce que je me disais si je parle, j'aurai encore plus de représailles que si
02:14je ne parle pas.
02:15Et aujourd'hui, je suis fier de pouvoir parler parce qu'aujourd'hui, beaucoup de jeunes ne parlent pas.
02:21Beaucoup de familles ne se rendent pas compte que leur enfant est victime.
02:27Et voilà.
02:28Vous dites j'avais fini par intégrer.
02:29Mais en fait, vous saviez pourquoi vous étiez harcelé ?
02:32Alors au tout début, je n'étais pas forcément sûr de pourquoi j'étais harcelé.
02:35Et puis au fur et à mesure des années, oui, parce que j'aime les garçons et aujourd'hui, je
02:42ne m'en cache plus.
02:43Et c'est vrai que quand j'étais plus jeune, j'étais un peu plus efféminé.
02:47Quand on est un peu plus jeune, on se cherche.
02:48Donc forcément, on essaye de laisser passer, de laisser couler.
02:57Mais une fois qu'on s'est trouvé, on essaye de faire face.
03:01Mais c'est compliqué.
03:02Le problème, c'est que ce n'est pas des jeux d'enfants.
03:04C'est-à-dire que ça a failli très mal finir, ça allait très loin.
03:06Racontez-nous l'agression au couteau qui a failli vous coûter la vie.
03:09Alors en fait, aujourd'hui, quand j'en parle, j'essaye d'en parler avec beaucoup d'ironie.
03:14Parce que c'est ma manière à moi d'avancer aussi mon chemin.
03:20Mais quand je suis au collège et qu'on est dans une cour de récréation
03:23et qu'une jeune du même âge que moi, qui est dans la classe dans laquelle je suis aussi,
03:29décide de ramener un couteau de chez elle simplement parce qu'on a été voir la CPE
03:35suite à un jeu de bombes à eau dans la cour de récréation.
03:39et qu'au final, ça se termine avec une tentative, je pense, de meurtre.
03:45Très clairement, dans l'enceinte du collège, ça fait peur.
03:50Et je pense que si je n'avais pas été à côté de cette surveillante à ce moment-là,
03:54qui s'est retournée au même moment, au final, que cette jeune-là est arrivée avec le couteau,
03:58j'aurais pu peut-être y passer tout simplement dans l'enceinte du collège.
04:04Vous portez plainte ?
04:05J'ai porté plainte avec mes parents parce qu'à l'époque, j'étais mineur.
04:08C'est là qu'ils apprennent ?
04:09C'est là où ils apprennent.
04:10C'est là où, en fait, même le collège ne les avait même pas prévenus, en fait, de ce qui
04:14se passait.
04:15Mais oui, j'ai pris la décision de porter plainte avec mes parents.
04:19Donc à chaque fois, les mêmes personnes, ou il se passe le mot ?
04:23Parce qu'entre le CE2 et la cinquième, j'imagine que vous croisez la route de différents élèves.
04:28Il y a une sorte de système qui se met en place ?
04:30Il y a un système, oui, effectivement.
04:32Et c'est vrai que ça se passe le mot.
04:35Parce qu'effectivement, aujourd'hui, avec les réseaux sociaux, même à l'époque, les réseaux sociaux étaient quand même déjà
04:39très présents.
04:39Vous êtes jeune.
04:40Donc c'est vrai que, oui, ça se passe le mot.
04:44Et forcément, plus ça change de personne et j'ai l'impression que plus ça s'intensifie, en fait.
04:49Aujourd'hui, quand vous regardez ça avec un peu plus de recul, vous dites que c'est eux qui ont
04:53un problème.
04:54Ils essaient de masquer quelque chose qui ne va vraiment pas bien chez eux, en fait.
04:58Oui, aujourd'hui, un harceleur, quand il décide d'aller embêter une personne tous les jours pour que ça en
05:07devienne du harcèlement,
05:09c'est que forcément, il y a un mal-être aussi au fond de lui.
05:11Et aujourd'hui, on ne peut pas le nier.
05:13En fait, un harceleur a un problème dans sa vie privée.
05:17On va y revenir tout à l'heure avec le psy.
05:19Mais moi, j'aimerais quand même revenir à cette notion de l'école.
05:22Parce que vous arrivez, ça vous rend malade.
05:25Vos profs, ils vous connaissent quand même.
05:26Enfin, je veux dire, surtout en CE2 jusqu'au CM2, on a un maître ou une maîtresse.
05:30Ils ne voient rien ou alors ils ne vous défendent pas ?
05:32Personne ne dit absolument rien ?
05:35Non, parce qu'à l'école primaire, quand j'avais été entendu par le principal,
05:39qui était le maître que j'avais dans la classe,
05:43moi, il m'expliquait, oui, mais Evan, ça va passer.
05:45C'est juste pour rire.
05:47C'est juste pour blaguer.
05:48Il vous accusait de ne pas avoir assez d'humour ?
05:50Oui, c'est ça.
05:51En fait, il m'accusait de toujours grossir la chose
05:54et d'avoir le mot facile pour dire que j'étais embêté toute la journée.
05:58Sauf que quand j'expliquais, quand je lui montrais ce qui se passait,
06:02en fait, pour lui, c'était vraiment grossi.
06:04Ce n'était pas vrai.
06:05Et du coup, j'ai décidé de laisser s'installer la chose.
06:08Et au final, j'ai perdu en fait 6 ans.
06:126 ans de ma jeunesse, du coup.
06:15Comment ça s'arrête ?
06:16Qu'est-ce qui fait que ça s'arrête ?
06:18Ce qui fait que ça s'arrête, c'est que j'ai décidé de parler.
06:21J'ai décidé de tout avouer à mes parents.
06:22En fait, le soir, quand je suis rentré du collège,
06:25quand il y a eu ce coup de couteau, au final,
06:30qui n'a pas été jusqu'à son terme.
06:31Mais quand, effectivement, je suis rentré,
06:33que j'ai demandé à mes parents si le collège les avait prévenus
06:36et qu'au final, ce n'était pas le cas.
06:38Après le coup de couteau, le collège ne prévient pas ?
06:40Non. En fait, je suis sorti du collège.
06:42J'avais mon téléphone portable.
06:43J'ai appelé ma maman, qui venait de sortir de l'hôpital.
06:45Et mes parents m'attendaient dans le garage pour voir comment j'étais.
06:48Et en fait, ni une ni deux, mes parents,
06:50ils n'ont même pas cherché à comprendre.
06:51En fait, ils ont pris rendez-vous chez le médecin
06:54pour avoir un certificat.
06:55Et le lendemain matin, en fait, je suis allé à la gendarmerie
06:58déposer plainte avec mes parents.
06:59Vous aviez des amis, à ce moment-là,
07:01qui vous défendez, qui essaient de s'interposer.
07:05Vous vous sentiez terriblement seul.
07:07J'étais très seul.
07:08Après, oui, j'ai eu forcément ma meilleure amie
07:11qui était là aussi pour me soutenir.
07:13Mais qui, malheureusement, en fait,
07:17n'avait pas forcément beaucoup de poids
07:18par rapport au groupe qui me harcelait.
07:21Donc forcément, elle n'osait pas forcément dire grand-chose.
07:24Mais oui, forcément, à côté, elle me soutenait,
07:26elle m'aidait.
07:27Et psychologiquement, ça a été une réelle aide
07:30que j'ai eue aussi de sa part.
07:31Parce que j'en parlais pas.
07:33Et il n'y avait que quasiment qu'elle, en fait,
07:35qui arrivait à voir ce que je vivais dans la cour de récréation
07:37et même en classe.
07:39Donc forcément, si elle n'était pas là,
07:42je pense que j'aurais pu, comme des millions d'enfants,
07:45décider de passer le cap vers autre chose.
07:48On va le voir parce qu'il y a beaucoup de tentatives de suicide
07:52qui résultent de cet état de fait.
07:54Une dernière question,
07:55parce qu'on le voit dans beaucoup d'histoires similaires.
08:00Parfois, on recroise ses agresseurs des années après
08:02parce que ça fait un certain nombre d'années.
08:03Est-ce que ça a été votre cas ?
08:05Est-ce que vous êtes toujours dans la même région
08:06et comment ça se passe avec eux maintenant ?
08:08Alors oui, je suis toujours dans la même région
08:09et toujours dans la même ville
08:10où j'ai été victime de harcèlement.
08:14Cette personne-là qui avait tenté
08:16de me mettre un coup de couteau,
08:19quelques années après,
08:21elle a tenté de me recontacter via les réseaux sociaux
08:22parce qu'elle avait vu que j'avais créé mon association,
08:26elle avait vu que j'étais quelqu'un de très présent
08:29sur les réseaux sociaux malgré ça
08:32et elle avait tenté de me contacter.
08:34Mais en s'excusant,
08:35en me disant qu'elle s'excusait pour tout le mal
08:37qu'elle m'avait fait quand on était plus jeune.
08:41Et moi, je lui ai répondu qu'aujourd'hui,
08:44quand elle m'avait envoyé un message,
08:46je devais avoir 19-20 ans,
08:47donc quelques années après au final,
08:50moi, j'avais répondu que je n'étais pas encore prêt
08:52à pouvoir lui pardonner,
08:53surtout que la justice avait classé sans suite l'affaire.
08:56J'avais été mis au courant, moi, par un coup de téléphone.
08:59Et c'est vrai que...
09:00L'affaire du couteau, on parle bien de l'affaire du couteau.
09:01Oui, l'affaire du couteau, oui, tout à fait.
09:03Sans suite.
09:03Sans suite.
09:03En fait, je crois que c'était deux ans après,
09:05j'étais en cours de récréation
09:07dans mon nouvel établissement scolaire.
09:09Et en fait, j'ai eu un coup de téléphone du tribunal
09:12en me disant,
09:13« Monsieur, votre plainte a été classée sans suite
09:15sur décision du procureur. »
09:17Avec si peu d'égard que ça ?
09:19Comme si c'était traité cliniquement ?
09:21En fait, comme si c'était un vulgaire papier
09:24en disant, « Oui, c'est un papier juste à ranger. »
09:26C'est un peu ce que j'ai eu comme impression.
09:29Vous en voulez à qui, aujourd'hui, tout ça ?
09:31Aujourd'hui, j'en veux...
09:33Alors, aux professeurs,
09:34mais je ne généralise pas mon propos
09:37parce qu'aujourd'hui, il y a quand même des professeurs
09:39qui sont très professionnels aussi dans leur métier.
09:42Mais j'en veux principalement aux professeurs
09:44qui avaient des œillères par rapport à ce que je vivais
09:48et aussi à l'une des deux CPE que j'avais au collège
09:51lors de cette histoire avec le couteau
09:52qui avaient décidé de prendre la défense de l'auteur
09:56avec le couteau.
09:58Et en fait, je me suis senti très seul
10:00parce que je n'avais pas le soutien de quiconque dans le collège.
10:04Même le chef d'établissement et l'adjointe, au final,
10:07prenaient le parti de l'auteur
10:10et pas de la victime.
10:11Donc, au final, ça a été moi qui ai été obligée
10:13de changer d'établissement scolaire à la fin de l'année
10:15et de partir sur une voie professionnelle
10:17parce que le système éducatif classique
10:21ne me correspondait plus.
10:23Stéphane Clerget, psychiatre, je le rappelle, docteur,
10:27il est fort quand même
10:28parce qu'on le voyait dans le sujet,
10:3062% des enfants qui ont traversé ça
10:33en conservent des séquelles à vie, en fait.
10:36Après, j'imagine qu'il y a des séquelles aussi,
10:38mais dans vos consultations, c'est quelque chose de très présent,
10:41le harcèlement ?
10:42Oui, ça l'est.
10:43Alors aujourd'hui, effectivement, c'est beaucoup plus pris en compte,
10:46pris en charge, les parents sont informés.
10:47Donc, quand les enfants se plaignent,
10:49ils réussissent à en parler, ça va,
10:51on arrive à résoudre.
10:52Mais il y a encore, comme Evan l'a dit,
10:54beaucoup d'enfants qui se taisent,
10:55qui sont introvertis, qui manquent de confiance en eux,
10:57qui pensent que ce qui leur arrive est plus ou moins mérité
11:00ou qu'on ne pourra rien faire pour eux.
11:02Et dans ces cas-là, le harcèlement peut durer.
11:06C'est les enfants les plus silencieux dont il faut parfois s'occuper,
11:09pas forcément ceux qui se plaignent le plus.
11:13Il faut vraiment être attentif à la souffrance silencieuse.
11:17Et effectivement, pour ce qui est des conséquences,
11:18c'est évidemment dramatique sur leur présent,
11:21avec des risques de suicide, vous l'avez dit, des suicides.
11:25Mais également, ce qu'on voit, c'est que plus tard,
11:28même une année de harcèlement laisse des traces terribles
11:30chez l'adulte, parce que c'est des périodes particulièrement marquantes.
11:34Et donc, ça peut faire des adultes qui, dans leur vie de tous les jours,
11:38ne s'autorisent pas à s'imposer, manquent de confiance en eux.
11:41Et même dans le cadre du travail, ils sont toujours très sur leur garde,
11:45très vigilants.
11:46Donc, ça peut gâcher, effectivement, une vie entière.
11:50Le principe, c'est le bouc émissaire.
11:52C'est-à-dire qu'il va y avoir un ou deux harcèleurs
11:54qui vont commencer à tester sur les différents enfants.
11:57Et il y en a un, pour une raison diverse, qui va se laisser faire,
12:00qui ne va pas se défendre.
12:01Et là, ça va prendre.
12:02Et la classe toute entière, trop ravie qu'il y ait un bouc émissaire,
12:05de ne pas être embêtée, fait corps.
12:07Et donc, il y a une espèce de cohésion contre la victime espiatoire.
12:11Et parfois, les profs, c'était le cas autrefois,
12:13étaient bien contents d'avoir la paix dans la classe.
12:16Ça vous parle ? C'est quelque chose que vous pouvez appliquer à votre cœur ?
12:18Ça me parle, oui.
12:19Parce qu'aujourd'hui, quand M. Clerget dit que je garde des séquelles à vie,
12:25oui, parce qu'aujourd'hui, j'habite à une demi-heure à pied de mon travail,
12:28donc je me rends au travail à pied.
12:30Et en fait, j'ai toujours ce petit tic à regarder derrière moi
12:33pour être sûr de ne pas être suivi,
12:35malgré que quand je sors de chez moi, il est 5h du matin,
12:38je vais à pied à 5h du matin au travail.
12:41Et donc, oui, forcément, je me retourne pour être sûr que personne ne me suit.
12:45Et quand quelqu'un me suit, je change de trottoir
12:46pour être sûr que la personne ne me suit pas.
12:49C'est à l'époque où vous suivez ?
12:50À l'époque, on me suivait, en fait.
12:52Entre le collège et chez mes parents, du coup, à l'époque.
12:55C'est pareil, j'y allais à pied aussi.
12:56Et forcément, on me suivait.
13:00Et je rentrais, en fait, à l'arrière de la maison de mes parents.
13:02Donc, du coup, on avait un petit...
13:06Oui, un petit passage.
13:07Voilà, un petit passage.
13:08Et effectivement, quand j'arrivais dans ce petit passage,
13:10là, par contre, la personne partait.
13:15Juste une question.
13:16Qu'est-ce que vous lui conseilleriez ?
13:17Le praticien que vous êtes, il a envie de dire quoi à Evan aujourd'hui ?
13:20En tout cas, de continuer de témoigner, comme il le fait,
13:23d'aider ceux qui sont victimes.
13:24Parce que c'est un moyen aussi de faire de cette souffrance
13:27quelque chose d'utile et qui participe de son identité sociale,
13:32peut-être professionnelle.
13:32Je ne sais pas quelle est la profession d'Evade,
13:34mais il peut peut-être aussi travailler dans ce domaine.
13:37Donc, tout ce qui favorise...
13:38Vous pouvez lui parler vraiment directement, il est face à vous, là.
13:41Tout ce qui favorise, effectivement, l'expression,
13:44le soutien des autres.
13:46Et puis, évidemment, faire un travail sur soi.
13:48Mais j'imagine que vous l'avez fait.
13:50Mais un travail, justement, sur ça,
13:51sur ce syndrome un peu post-traumatique,
13:53sur ces récurrences de mauvais souvenirs.
13:56Ça, c'est des choses qui peuvent être prises en charge aujourd'hui,
13:59peut-être mieux qu'hier.
14:00Et il y a des techniques de soins un peu spécifiques
14:03pour ces syndromes post-traumatiques,
14:04même s'il ne s'agit évidemment pas d'effacer ce que vous avez vécu.
14:07Vous l'avez vécu.
14:08Il ne faut pas faire l'autruche.
14:10Mais en tout cas, que c'est un impact moindre
14:12sur votre quotidien aujourd'hui.
14:14Maître Rowe, alors, Sabrina,
14:15vous pouvez vous dire quelque chose aussi.
14:17Ce que je voulais dire, c'est que je trouve ça très difficile
14:18de se rendre compte que les institutions
14:20ne vous ont pas protégées à l'époque,
14:22alors que vous aviez parlé malgré tout.
14:24La parole, c'est important,
14:25parce que c'est ce qui fait tomber les murs,
14:27les murs du harcèlement dans lequel
14:28on est plongé dans les violences.
14:31Les victimes doivent parler,
14:32mais aussi, c'est important de dire
14:34que ceux qui observent les autres enfants
14:36peuvent parler aussi,
14:37parce que parfois, c'est de là que vient le salut.
14:39Il vous le dit, ils sont happés.
14:41Le problème, c'est qu'ils sont happés
14:42par les faits de groupe
14:43et ils deviennent, par défaut,
14:45pour certains, complices,
14:46voire harceleurs eux-mêmes.
14:47Comment se fait-il, Maître Rowe,
14:49que cette affaire se soit finie de la sorte ?
14:51Alors, effectivement, j'entends
14:53qu'il y a eu un non-lieu.
14:54Il faut quand même savoir
14:55qu'après un non-lieu,
14:56on peut poursuivre
14:57et on peut se constituer parti civil
14:59et de cette manière,
15:01obliger le parquet
15:02à poursuivre les investigations.
15:04Donc, peut-être qu'il aurait fallu
15:06à ce moment-là le faire.
15:07Moi, j'observe quand même une chose, Nelly,
15:09c'est qu'à la lumière
15:10de ce que nous raconte Evan,
15:14on comprend que dès lors
15:15qu'il a parlé à ses parents,
15:16ses parents ont réagi
15:17et que c'est là
15:18que ça a commencé à s'enclencher.
15:19Et je pense que pour tous les autres Evan,
15:23qui aiment les garçons
15:24ou qui n'aiment pas les garçons,
15:25on s'en fiche en fait.
15:26Il n'y a aucune raison
15:27qu'un petit enfant,
15:28parce que c'était dans des petites classes,
15:30soit traité de cette manière.
15:31Il y a des enfants
15:32qui sont plus discrets,
15:34plus fragiles que d'autres.
15:35On n'a pas le droit
15:36de les prendre comme tête de turc.
15:38Ça ne peut pas exister.
15:39Et donc, je suis quand même surprise
15:41de l'attitude du corps enseignant,
15:44puisqu'ils étaient informés
15:46à la différence de vos parents,
15:47qui, eux,
15:48quand vous leur avez parlé,
15:49ont réagi.
15:50Et c'est ça qui a déclenché le tout
15:52et qui a fait basculer la situation.
15:55Donc, il faut que les autres,
15:56surtout,
15:57parlez à vos parents.
15:58Justement.
15:58Et ne vous laissez pas enquiquiner.
16:00Rétrospectivement.
16:01Et en deux mots,
16:01pourquoi vous ne le disiez pas
16:02à vos parents ?
16:03Mais non, vous comprenez.
16:03C'était parce que c'était avoué
16:05quelque chose que vous ne vouliez pas
16:05leur dire aussi ?
16:06C'était quelque chose
16:07que je ne voulais pas m'avouer,
16:08en fait.
16:09C'était quelque chose
16:09que je n'arrivais pas à comprendre
16:11aussi parce qu'on est jeune.
16:14Vous ne voulez pas paraître faible ?
16:15Oui, c'est ça.
16:16Pas paraître faible.
16:17Et effectivement,
16:18comme je disais tout à l'heure,
16:19je ne voulais pas non plus
16:19avoir de représailles.
16:21Et donc,
16:22je voudrais juste répondre
16:23à M. Clerget.
16:23Mais aujourd'hui,
16:24mon métier fait sens
16:25avec le harcèlement
16:26parce que je suis conducteur
16:27de transport en commun.
16:29Donc, en fait, forcément,
16:30je suis en transport scolaire.
16:32Donc, la rentrée est demain matin.
16:34Et c'est vrai que toute l'année,
16:36en fait, j'essaye de garder un oeil
16:37aussi sur toutes les situations
16:38de harcèlement qui peuvent
16:40éventuellement exister dans mon cas.
16:41Et je fais remonter
16:42tout de suite l'information.
16:43Mais c'est très bien.
16:44Et voilà, aujourd'hui,
16:45c'est quelque chose...
16:45Vous avez mis ça au service des autres.
16:46C'est ça.
16:47Alors, être harcelé ne préjuge
16:49évidemment en rien de l'avenir.
16:50Vous en êtes la preuve vivante.
16:52Regardez Mister France 2024,
16:55par exemple,
16:56qui témoignait du harcèlement
16:57dont lui-même a été victime.
16:59Et bon, regardez le résultat quand même.
17:02Au collège,
17:03je me suis tapé dessus.
17:05Et c'est des personnes
17:05que j'ai revues quelques années après
17:07et qui m'ont félicité d'ailleurs
17:08pour mon parcours,
17:09qui se sont excusées.
17:10C'est des personnes
17:10à qui je n'en ai jamais voulu.
17:11Pour quelqu'un qui a subi
17:11du harcèlement au collège,
17:13oui, c'est critique,
17:14je les ignore.
17:14Quand je vois des commentaires méchants,
17:16je me dis que c'est des gens
17:17qui ne sont peut-être pas bien
17:18dans leur vie,
17:19qui ont besoin de déverser leur haine.
17:21Et je peux comprendre,
17:22je ne leur en veux pas.
17:23Moi, ça a été le sport
17:24qui m'a aidé.
17:25Alors, j'ai déjà changé physiquement.
17:27Donc ça, ça aide
17:28contre du coup le harcèlement.
17:29Mais c'est surtout dans ma tête
17:30que j'ai changé.
17:31Je me suis senti beaucoup mieux,
17:32beaucoup plus en confiance.
17:33Mon point d'ancrage,
17:34ça a été le sport.
17:35Donc si vous ne savez pas,
17:36pour l'instant,
17:36vous êtes un peu perdus.
17:37N'hésitez pas à prendre soin de vous.
17:39Ça peut faire la différence.
17:41Alors, Mister France 2024,
17:42ça donne ce message.
17:43Mais finalement,
17:43ça rejoint un peu votre mission aussi,
17:45Evan,
17:46parce qu'on va en parler.
17:46Vous voulez aider les victimes
17:48à se relever,
17:49à avancer dans la vie,
17:50malgré cet obstacle
17:52qui paraît terrible a priori ?
17:54Oui, totalement.
17:54En fait, aujourd'hui,
17:55depuis 2021,
17:56on a fait le choix
17:57avec un camarade de classe
17:59de créer une association
18:01pour justement venir en aide
18:02aux enfants.
18:04Et aujourd'hui,
18:06en 2026,
18:07on est heurté face à un mur
18:10parce qu'aujourd'hui,
18:11alors oui,
18:12on peut intervenir
18:13en milieu scolaire,
18:14mais si derrière,
18:15on n'a pas de décision
18:17au niveau du plus haut sommet,
18:20on ne peut pas le faire
18:21parce qu'aujourd'hui,
18:23on le voit rien qu'avec
18:24l'interdiction du téléphone portable.
18:26On sait qu'aujourd'hui,
18:27le téléphone portable,
18:30il est hyper présent
18:31dans la vie des jeunes.
18:32Donc aujourd'hui,
18:33je prends les noms tout baisse.
18:34La mesure au lycée,
18:34c'est pas mal ?
18:35La mesure au lycée,
18:36franchement,
18:36c'est génial
18:37parce qu'aujourd'hui,
18:38quand on voit
18:38notamment sur des réseaux sociaux
18:40que les jeunes
18:41sont en plein live
18:43pendant que leurs professeurs
18:44font cours,
18:45mais c'est un manque total
18:47de respect
18:47envers la profession aussi.
18:49Et aujourd'hui,
18:51quand j'entends parler
18:53des parents
18:54qui ont des enfants
18:55en bas âge,
18:56donc entre 3 ans
18:57et 10 ans,
18:58qui nous disent
19:00on a nos enfants,
19:01oui,
19:02on leur donne
19:02nos téléphones.
19:04Voilà.
19:05Non,
19:05c'est une grosse erreur.
19:07Merci,
19:07Eval.
19:08Franchement,
19:08je suis très émue
19:09que vous ayez accepté
19:09cette invitation
19:10parce qu'on s'est parlé
19:12et vous,
19:12maintenant,
19:12je suis de tout cœur
19:14avec vous.
19:15Je pense que je parle
19:16au nom de tout le monde ici
19:17et bravo pour votre courage
19:19également.
19:19Merci beaucoup à tous.
19:20Merci d'avoir fait
19:20le déplacement jusqu'à nous.
19:21un petit peu
19:22à tous.
19:22Merci.
19:22Merci.