00:00Philippe Bouvard.
00:01Philippe Bouvard, alors, en 80...
00:04Vous vous souvenez de la première fois que vous le voyez ?
00:05Oui, bien sûr. J'étais avec
00:08l'Aspalès, et je me suis dit
00:10« Ah, ce monsieur, il est formidable,
00:11mais... » Alors, je vais dire, c'est Bokassa.
00:14Pourquoi c'est Bokassa ? Parce que...
00:16C'est une vieille référence à Bokassa,
00:17c'était l'empereur de Centrafrique.
00:19Oui, il avait un côté... C'est dans l'affaire des diamants,
00:21tout le monde ne connaît pas Bokassa.
00:23Ah bah oui, c'est vrai, mais j'ai déjà quand même...
00:25Je n'ai plus 20 ans.
00:28Malgré mon apparence, évidemment.
00:30Non, pourquoi j'ai dit ça ?
00:31Parce qu'il était très autocrate.
00:34C'est-à-dire qu'il décidait,
00:35il jugeait en seul maître,
00:37en prince et maître. Il avait raison, d'ailleurs,
00:39puisqu'il considérait, à juste titre,
00:41qu'il était l'étalon parfait,
00:43le modèle parfait du français moyen.
00:45À partir de ce moment-là, il disait « Ça me plaît,
00:48eh bien, c'est formidable, ça ne me plaît pas. »
00:49Et il ne se trompait pas. Enfin...
00:51Et la première fois, alors ?
00:52Eh bien, la première fois, il ne nous a pas pris.
00:55Et il avait raison, le sketch n'était pas bon ?
00:57Vous vous souvenez du sketch ?
00:58Je pense que c'était un peu absurde.
01:01C'était l'histoire d'un père
01:04qui était avec un fils simplet.
01:08C'était donc l'Aspalès,
01:09qui avait un bonnet sur la tête,
01:10avec les oreilles, etc.
01:12Et je lui expliquais
01:13la différence entre l'homme et la femme.
01:16Bon, c'était un peu bizarre.
01:17On se disait « Ça va plaire à Bouvard ».
01:19Ça ne lui plaisait pas du tout.
01:20C'était enregistré ?
01:21Ah ben, pas les répétitions !
01:23Non, mais vous étiez en direct le soir
01:25ou c'était enregistré ?
01:26Non, c'était enregistré.
01:27C'était enregistré, oui.
01:28Moi, j'étais présent, figurez-vous.
01:30Ah bon ?
01:30Oui, t'étais là ?
01:31J'ai assisté à ça.
01:32Ah oui ?
01:33J'ai assisté à la première session
01:35parce que j'avais écrit un sketch
01:36pour des copains, un sketch catastrophique
01:37qui n'a pas été pris non plus.
01:38Et c'était qui, les copains ?
01:39De copains de fac.
01:41C'était une parodie de Starsky & Hutch.
01:43Et en fait, Philippe Bouvard
01:44jugeait les sketchs
01:46mais comme journaliste politique.
01:47Il disait, dans votre sketch, par exemple,
01:50la Constitution française, en fait,
01:51ne permet pas la réplique que vous donnez.
01:53C'était très étrange
01:54comme manière d'évaluer les choses.
01:56Donc, en effet,
01:57il y avait un côté très autoritaire chez lui.
01:58Vous aviez, alors, le système,
02:00donc, avant de passer le sketch,
02:03vous le passiez devant lui,
02:04nous sommes d'accord ?
02:05Oui.
02:05Il ne découvrait rien à l'antenne ?
02:07Non.
02:07Non, alors, il y a eu,
02:08il y a eu quand même,
02:09au tout, tout début,
02:10mais nous, on n'y était pas,
02:11on est arrivés en novembre,
02:12au tout début,
02:13il y a eu des vraies improvisations.
02:14C'est-à-dire que Bourdon,
02:16Jean-Jacques Perroni,
02:18Isabelle de Botton
02:19ont fait des vraies improvisations en direct.
02:21Et il y a eu, effectivement,
02:22un petit peu d'écrémage
02:23parce que ce n'était pas évident.
02:25Donc, il nous a demandé, après,
02:27de lui proposer d'abord des sujets,
02:30de les répéter devant lui le matin
02:31et on l'enregistrait l'après-midi.
02:33Et c'était diffusé le soir
02:34ou le lendemain.
02:35Enfin, ça dépendait.
02:35Parce qu'il y avait 2-3 enregistrements par semaine.
02:37C'est le théâtre de Bouvard, bien sûr.
02:39Et puis, il y a eu les Grosses Têtes
02:40où vous êtes devenu un sociétaire des Grosses Têtes.
02:42Alors, après, oui, des années après.
02:44Et ça, ça m'a aussi beaucoup appris
02:46parce qu'il fallait avoir
02:47un esprit de repartie permanent.
02:49Parce que votre sketch,
02:50vous l'aviez malgré tout travaillé.
02:51Enfin, répété un peu sur le film.
02:53Mais bon, il y avait...
02:54Bon, les Grosses Têtes, par définition,
02:55c'est comme ici.
02:57Il faut prendre la parole le cas échéant,
02:59même si on ne vous la demande pas.
03:00Ce n'est pas facile avec Pascal Praud.
03:02C'était presque plus facile
03:03avec Bouvard aux Grosses Têtes.
03:04Et puis, alors, il avait effectivement...
03:06Il avait effectivement Bouvard...
03:09Il avait commencé à créer son émission
03:10avec des cadors.
03:12Jacques Martin, Jean-Yann, vous vous rendez compte ?
03:14C'était des...
03:15Voilà.
03:16Il était sympa.
03:17Vous trouvez qu'il était sympa ?
03:18Il était formidable.
03:19C'était un homme exceptionnel.
03:21Alors, il ne fallait pas...
03:23Il fallait...
03:24Alors, il était fidèle aux gens qu'il aimait.
03:27Il ne fallait pas, évidemment,
03:28montrer des gages d'infidélité.
03:30Là, il n'était pas content.
03:31Il avait ce côté un petit peu...
03:32Un petit peu huburois.
03:35Mais il était formidable.
03:37Vous êtes allé dans son hôtel particulier
03:38de la rue Ferdinand ?
03:39Oui, bien sûr.
03:40Peut-être déjeuner ou dîner
03:41dans sa bibliothèque ?
03:42Bien sûr, oui, oui.
03:43Il m'a parfois fait des confidences.
03:45Je me rappelle,
03:45quand on était en gala,
03:48on partait en tournée.
03:50Et je me rappelle,
03:50dans l'avion, un jour,
03:51il ouvre le journal.
03:52Ça devait être François,
03:53dont il était déjà le directeur.
03:55Non, il n'était pas encore.
03:57Ou dans le Figaro,
03:58il voit le chômage monte.
03:59C'était en 1983.
04:01Et là, il était véritablement déconfié.
04:03Enfin, il était attristé.
04:05Parce que pour lui,
04:06le travail, c'est une obsession.
04:07Donc la pire des choses
04:08qui pouvait arriver à quelqu'un,
04:10c'était de ne pas avoir de travail.
04:11Et là, il me dit,
04:12oh là là, les chômeurs,
04:13et il me dit,
04:13vous savez, mon cher Philippe,
04:15un de mes plus vieux copains,
04:16un de mes plus grands copains,
04:18c'est Henri Krasuki.
04:20Alors, c'est quand même étonnant
04:21parce qu'on ne s'y attend pas.
04:23Et pourquoi ?
04:23Parce qu'il aimait Krasuki
04:24et ils avaient comme point commun
04:27l'amour de l'opéra
04:28et des livrets d'opéra.
04:29Et ils se réunissaient de temps en temps
04:30tous les deux,
04:31m'a-t-il dit,
04:31pour lire des livrets d'opéra.
04:33C'est quand même très incongru.
04:34C'est une génération exceptionnelle
04:35de journalistes.
04:37On la connaît bien, celle-là,
04:39parce qu'elle nous a donné envie
04:40de faire ce métier.
04:40et c'est vrai que Drucker,
04:44Foucault,
04:45Chancel,
04:46Pivot,
04:47Labrault,
04:50Bernard Rapp,
04:51qui était peut-être un peu plus jeune,
04:53mais on a grandi avec tous ces gens-là,
04:55Jacques Martin, bien sûr.
04:57Donc, il y avait un mélange d'humour,
04:59il y avait un mélange d'actualité,
05:00mais un mélange de très grandes cultures.
05:03Oui, bien sûr.
05:03C'est-à-dire que les références culturelles
05:05de tous les gens que je viens de citer,
05:08quand tu écoutes aujourd'hui,
05:10disons-le,
05:10les grosses têtes,
05:11ce n'est pas faire injure
05:13à Laurent Ruquier et ses sociétaires
05:14de dire que le niveau
05:15de connaissance culturelle
05:17des intervenants
05:18n'est pas le même.
05:19Et puis alors,
05:20il était brillant à l'oral
05:21comme à l'écrit.
05:22Il écrivait remarquablement
05:23ses notes, par exemple,
05:24tous ses papiers
05:25dans le Figaro Madame,
05:26c'était d'une grande drôlerie
05:29et d'une grande subtilité.
05:30Et à l'oral,
05:31c'était parfait.
05:33Incroyable à l'oral.
05:33Il n'y avait pas de...
05:34Les interviews,
05:35parfois, je me dis,
05:36mais est-ce que ces relances
05:40étaient écrites
05:41ou est-ce qu'elles étaient improvisées ?
05:42Parce que c'est d'une justesse
05:44dans l'improvisation.
05:44En plus, le ton qu'il a toujours,
05:47je trouve que c'est un modèle d'interview.
05:49Oui, avec une ironie constante.
05:51Oui.
05:51Alors, il avait des flèches acérées.
05:53Et pas toujours gentilles.
05:54Pas toujours gentilles.
05:56Mais dans le fond,
05:56c'était quelqu'un, je crois,
05:57qui aimait les autres,
05:58qui aimait les gens,
06:00qui savait les admirer
06:00le cas échéant.
06:02Ceux qui n'aimaient pas,
06:03ils n'en parlaient pas.
06:03Et puis, il aimait surtout le public.
06:05Moi, j'ai dans l'oreille
06:06des gens dont il a parlé.
06:08Je ne dirais pas ce qu'il en pensait,
06:09mais genre des deux ou trois
06:10qui étaient RTL à l'époque,
06:13il avait la langue,
06:14il pouvait...
06:14Oui, mais il le disait en privé.
06:16Ah oui, je suis d'accord.
06:17Ah, c'est ça, voilà.
06:18Il le disait en privé.
06:18Et il adorait le public
06:20et finalement,
06:20il a passé sa vie
06:21à vouloir faire rire les Français.
06:23Oui.
06:24C'est quand même extraordinaire.
06:24Alors, on va voir la dernière
06:26des grosses...
06:26Et donc...