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  • il y a 6 semaines
Tous les jours, actualité, débats et bonne humeur rythment L'Heure des pros. Ce lundi, Pascal Praud reçoit Philippe Chevalier pour parler de Philippe Bouvard dont les obsèques seront célébrés dans l'après-midi à Cannes.

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Transcription
00:00Philippe Bouvard.
00:01Philippe Bouvard, alors, en 80...
00:04Vous vous souvenez de la première fois que vous le voyez ?
00:05Oui, bien sûr. J'étais avec
00:08l'Aspalès, et je me suis dit
00:10« Ah, ce monsieur, il est formidable,
00:11mais... » Alors, je vais dire, c'est Bokassa.
00:14Pourquoi c'est Bokassa ? Parce que...
00:16C'est une vieille référence à Bokassa,
00:17c'était l'empereur de Centrafrique.
00:19Oui, il avait un côté... C'est dans l'affaire des diamants,
00:21tout le monde ne connaît pas Bokassa.
00:23Ah bah oui, c'est vrai, mais j'ai déjà quand même...
00:25Je n'ai plus 20 ans.
00:28Malgré mon apparence, évidemment.
00:30Non, pourquoi j'ai dit ça ?
00:31Parce qu'il était très autocrate.
00:34C'est-à-dire qu'il décidait,
00:35il jugeait en seul maître,
00:37en prince et maître. Il avait raison, d'ailleurs,
00:39puisqu'il considérait, à juste titre,
00:41qu'il était l'étalon parfait,
00:43le modèle parfait du français moyen.
00:45À partir de ce moment-là, il disait « Ça me plaît,
00:48eh bien, c'est formidable, ça ne me plaît pas. »
00:49Et il ne se trompait pas. Enfin...
00:51Et la première fois, alors ?
00:52Eh bien, la première fois, il ne nous a pas pris.
00:55Et il avait raison, le sketch n'était pas bon ?
00:57Vous vous souvenez du sketch ?
00:58Je pense que c'était un peu absurde.
01:01C'était l'histoire d'un père
01:04qui était avec un fils simplet.
01:08C'était donc l'Aspalès,
01:09qui avait un bonnet sur la tête,
01:10avec les oreilles, etc.
01:12Et je lui expliquais
01:13la différence entre l'homme et la femme.
01:16Bon, c'était un peu bizarre.
01:17On se disait « Ça va plaire à Bouvard ».
01:19Ça ne lui plaisait pas du tout.
01:20C'était enregistré ?
01:21Ah ben, pas les répétitions !
01:23Non, mais vous étiez en direct le soir
01:25ou c'était enregistré ?
01:26Non, c'était enregistré.
01:27C'était enregistré, oui.
01:28Moi, j'étais présent, figurez-vous.
01:30Ah bon ?
01:30Oui, t'étais là ?
01:31J'ai assisté à ça.
01:32Ah oui ?
01:33J'ai assisté à la première session
01:35parce que j'avais écrit un sketch
01:36pour des copains, un sketch catastrophique
01:37qui n'a pas été pris non plus.
01:38Et c'était qui, les copains ?
01:39De copains de fac.
01:41C'était une parodie de Starsky & Hutch.
01:43Et en fait, Philippe Bouvard
01:44jugeait les sketchs
01:46mais comme journaliste politique.
01:47Il disait, dans votre sketch, par exemple,
01:50la Constitution française, en fait,
01:51ne permet pas la réplique que vous donnez.
01:53C'était très étrange
01:54comme manière d'évaluer les choses.
01:56Donc, en effet,
01:57il y avait un côté très autoritaire chez lui.
01:58Vous aviez, alors, le système,
02:00donc, avant de passer le sketch,
02:03vous le passiez devant lui,
02:04nous sommes d'accord ?
02:05Oui.
02:05Il ne découvrait rien à l'antenne ?
02:07Non.
02:07Non, alors, il y a eu,
02:08il y a eu quand même,
02:09au tout, tout début,
02:10mais nous, on n'y était pas,
02:11on est arrivés en novembre,
02:12au tout début,
02:13il y a eu des vraies improvisations.
02:14C'est-à-dire que Bourdon,
02:16Jean-Jacques Perroni,
02:18Isabelle de Botton
02:19ont fait des vraies improvisations en direct.
02:21Et il y a eu, effectivement,
02:22un petit peu d'écrémage
02:23parce que ce n'était pas évident.
02:25Donc, il nous a demandé, après,
02:27de lui proposer d'abord des sujets,
02:30de les répéter devant lui le matin
02:31et on l'enregistrait l'après-midi.
02:33Et c'était diffusé le soir
02:34ou le lendemain.
02:35Enfin, ça dépendait.
02:35Parce qu'il y avait 2-3 enregistrements par semaine.
02:37C'est le théâtre de Bouvard, bien sûr.
02:39Et puis, il y a eu les Grosses Têtes
02:40où vous êtes devenu un sociétaire des Grosses Têtes.
02:42Alors, après, oui, des années après.
02:44Et ça, ça m'a aussi beaucoup appris
02:46parce qu'il fallait avoir
02:47un esprit de repartie permanent.
02:49Parce que votre sketch,
02:50vous l'aviez malgré tout travaillé.
02:51Enfin, répété un peu sur le film.
02:53Mais bon, il y avait...
02:54Bon, les Grosses Têtes, par définition,
02:55c'est comme ici.
02:57Il faut prendre la parole le cas échéant,
02:59même si on ne vous la demande pas.
03:00Ce n'est pas facile avec Pascal Praud.
03:02C'était presque plus facile
03:03avec Bouvard aux Grosses Têtes.
03:04Et puis, alors, il avait effectivement...
03:06Il avait effectivement Bouvard...
03:09Il avait commencé à créer son émission
03:10avec des cadors.
03:12Jacques Martin, Jean-Yann, vous vous rendez compte ?
03:14C'était des...
03:15Voilà.
03:16Il était sympa.
03:17Vous trouvez qu'il était sympa ?
03:18Il était formidable.
03:19C'était un homme exceptionnel.
03:21Alors, il ne fallait pas...
03:23Il fallait...
03:24Alors, il était fidèle aux gens qu'il aimait.
03:27Il ne fallait pas, évidemment,
03:28montrer des gages d'infidélité.
03:30Là, il n'était pas content.
03:31Il avait ce côté un petit peu...
03:32Un petit peu huburois.
03:35Mais il était formidable.
03:37Vous êtes allé dans son hôtel particulier
03:38de la rue Ferdinand ?
03:39Oui, bien sûr.
03:40Peut-être déjeuner ou dîner
03:41dans sa bibliothèque ?
03:42Bien sûr, oui, oui.
03:43Il m'a parfois fait des confidences.
03:45Je me rappelle,
03:45quand on était en gala,
03:48on partait en tournée.
03:50Et je me rappelle,
03:50dans l'avion, un jour,
03:51il ouvre le journal.
03:52Ça devait être François,
03:53dont il était déjà le directeur.
03:55Non, il n'était pas encore.
03:57Ou dans le Figaro,
03:58il voit le chômage monte.
03:59C'était en 1983.
04:01Et là, il était véritablement déconfié.
04:03Enfin, il était attristé.
04:05Parce que pour lui,
04:06le travail, c'est une obsession.
04:07Donc la pire des choses
04:08qui pouvait arriver à quelqu'un,
04:10c'était de ne pas avoir de travail.
04:11Et là, il me dit,
04:12oh là là, les chômeurs,
04:13et il me dit,
04:13vous savez, mon cher Philippe,
04:15un de mes plus vieux copains,
04:16un de mes plus grands copains,
04:18c'est Henri Krasuki.
04:20Alors, c'est quand même étonnant
04:21parce qu'on ne s'y attend pas.
04:23Et pourquoi ?
04:23Parce qu'il aimait Krasuki
04:24et ils avaient comme point commun
04:27l'amour de l'opéra
04:28et des livrets d'opéra.
04:29Et ils se réunissaient de temps en temps
04:30tous les deux,
04:31m'a-t-il dit,
04:31pour lire des livrets d'opéra.
04:33C'est quand même très incongru.
04:34C'est une génération exceptionnelle
04:35de journalistes.
04:37On la connaît bien, celle-là,
04:39parce qu'elle nous a donné envie
04:40de faire ce métier.
04:40et c'est vrai que Drucker,
04:44Foucault,
04:45Chancel,
04:46Pivot,
04:47Labrault,
04:50Bernard Rapp,
04:51qui était peut-être un peu plus jeune,
04:53mais on a grandi avec tous ces gens-là,
04:55Jacques Martin, bien sûr.
04:57Donc, il y avait un mélange d'humour,
04:59il y avait un mélange d'actualité,
05:00mais un mélange de très grandes cultures.
05:03Oui, bien sûr.
05:03C'est-à-dire que les références culturelles
05:05de tous les gens que je viens de citer,
05:08quand tu écoutes aujourd'hui,
05:10disons-le,
05:10les grosses têtes,
05:11ce n'est pas faire injure
05:13à Laurent Ruquier et ses sociétaires
05:14de dire que le niveau
05:15de connaissance culturelle
05:17des intervenants
05:18n'est pas le même.
05:19Et puis alors,
05:20il était brillant à l'oral
05:21comme à l'écrit.
05:22Il écrivait remarquablement
05:23ses notes, par exemple,
05:24tous ses papiers
05:25dans le Figaro Madame,
05:26c'était d'une grande drôlerie
05:29et d'une grande subtilité.
05:30Et à l'oral,
05:31c'était parfait.
05:33Incroyable à l'oral.
05:33Il n'y avait pas de...
05:34Les interviews,
05:35parfois, je me dis,
05:36mais est-ce que ces relances
05:40étaient écrites
05:41ou est-ce qu'elles étaient improvisées ?
05:42Parce que c'est d'une justesse
05:44dans l'improvisation.
05:44En plus, le ton qu'il a toujours,
05:47je trouve que c'est un modèle d'interview.
05:49Oui, avec une ironie constante.
05:51Oui.
05:51Alors, il avait des flèches acérées.
05:53Et pas toujours gentilles.
05:54Pas toujours gentilles.
05:56Mais dans le fond,
05:56c'était quelqu'un, je crois,
05:57qui aimait les autres,
05:58qui aimait les gens,
06:00qui savait les admirer
06:00le cas échéant.
06:02Ceux qui n'aimaient pas,
06:03ils n'en parlaient pas.
06:03Et puis, il aimait surtout le public.
06:05Moi, j'ai dans l'oreille
06:06des gens dont il a parlé.
06:08Je ne dirais pas ce qu'il en pensait,
06:09mais genre des deux ou trois
06:10qui étaient RTL à l'époque,
06:13il avait la langue,
06:14il pouvait...
06:14Oui, mais il le disait en privé.
06:16Ah oui, je suis d'accord.
06:17Ah, c'est ça, voilà.
06:18Il le disait en privé.
06:18Et il adorait le public
06:20et finalement,
06:20il a passé sa vie
06:21à vouloir faire rire les Français.
06:23Oui.
06:24C'est quand même extraordinaire.
06:24Alors, on va voir la dernière
06:26des grosses...
06:26Et donc...

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