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  • il y a 2 mois
Neuf cents millions d’électeurs et sept phases de vote, étalées d’avril à mai 2019, pour un scrutin législatif : l’Inde connaît les plus grandes élections de l’histoire. Un miracle électoral qui remonte à 1950 quand le pays rédige sa Constitution, deux ans seulement après avoir gagné son indépendance. L’année suivante, l’Inde faisait le pari de ses premières élections législatives au suffrage universel, alors que seulement 11 % des Indiens savaient lire et écrire.

Mais depuis quelques années, le pays dégringole dans le classement de la liberté de la presse, le gouvernement de New Delhi est entièrement centralisé et beaucoup critiquent la personnalisation du pouvoir par son premier ministre, Narendra Modi. Alors, l’Inde est-elle encore la plus grande démocratie du monde ? Explication, en vidéo.

Catégorie

📚
Éducation
Transcription
00:00900 millions d'électeurs, 7 phases de vote étalées d'avril à mai 2019.
00:07L'Inde connaît les plus grandes élections de l'histoire.
00:11Mais depuis quelques années, le pays dégringole dans le classement de la liberté de la presse,
00:16le gouvernement de New Delhi est entièrement centralisé
00:19et beaucoup critiquent la personnalisation du pouvoir par son premier ministre, Narendra Modi.
00:25Alors, l'Inde est-elle vraiment la plus grande démocratie du monde ?
00:30Pour bien comprendre, il faut remonter en 1950.
00:34Nous sommes plus de deux ans après l'indépendance et l'Inde rédige sa constitution.
00:38Un document unique qui lui permettra de devenir le seul pays anciennement colonisé
00:44à ne connaître plus que la démocratie.
00:46L'année suivante, l'Inde fait le pari de sa première élection au suffrage universel
00:51alors que seulement 11% des citoyens savent lire et écrire.
00:55C'est la première fois qu'on tente une aventure comme celle-ci.
00:58Et d'ailleurs, Nehru, le premier ministre, dit que c'est un saut dans l'inconnu.
01:04Et ça a donné quelque chose de miraculeux, au sens où les gens sont allés voter.
01:10Sur tous les chemins et par les moyens les plus primitifs,
01:13une sorte d'exode général a saisi la République indienne.
01:16La consultation électorale qui se déroule en ce moment au pays de M. Nehru
01:20a motivé ce formidable déplacement.
01:24Aujourd'hui, le système électoral est bien rodé.
01:26Il est surveillé par une commission électorale qui vérifie le bon déroulement des élections,
01:30notamment pour éviter la corruption.
01:33Pour réduire la fraude, les votes se font électroniquement.
01:36Une marque d'encre indélébile est laissée sur l'index des votants
01:39pour empêcher les votes multiples.
01:42Hors de question d'oublier qui que ce soit,
01:44pas même ce citoyen isolé pour qui un bureau de vote a été exclusivement installé.
01:48Le système est si bien rodé qu'en 2011, Hillary Clinton,
01:52qui était en visite en Inde, avait parlé de modèles en or.
01:55Et quand il y a eu des problèmes avec l'élection de Bush puis l'élection de Trump,
01:59les Indiens ont proposé non sans malice leur aide aux États-Unis
02:04pour l'organisation des élections.
02:06Le miracle est répété tous les cinq ans en un sens
02:09parce qu'il y a toujours un tiers d'analphabète en Inde,
02:11il y a toujours un taux de participation quand même assez élevé.
02:15Donc on est effectivement dans quelque chose de miraculeux.
02:22Sauf que pour de nombreux spécialistes,
02:24le miracle de la démocratie indienne tient plutôt du mirage.
02:28Ces dernières années, elle a beaucoup souffert, la démocratie indienne.
02:31Elle a opéré une véritable mutation
02:35pour prendre des accents très autoritaires.
02:38Les Indiens eux-mêmes, parfois, doutent d'être en démocratie.
02:42L'homme qui fait peser le doute, c'est lui, Narendra Modi.
02:46Il a été élu Premier ministre en 2014
02:48dans un pays où le président n'a qu'un rôle cérémoniel.
02:52De fait, Modi concentre aujourd'hui tous les pouvoirs entre ses mains.
02:56Il laisse ses ministres dans l'ombre,
02:58il ne parle presque jamais aux médias
03:00et s'adresse directement au peuple par la télévision ou la radio.
03:04Ces meetings sont gigantesques
03:05et le présentent comme l'homme providentiel du pays.
03:07Un film à sa gloire sauce Bollywood devait sortir en 2019
03:11et une série romançant sa vie
03:12est diffusée sur une plateforme de streaming locale.
03:15Et il devient difficile, voire dangereux,
03:17de critiquer le pouvoir indien.
03:20Au classement de Reporters sans frontières,
03:23l'Inde est 140e sur 180 pays.
03:25L'ONG dénonce des actes de répression
03:28et d'intimidation contre des médias
03:30avec un lourd bilan.
03:32Six journalistes ont trouvé la mort en Inde en 2018
03:34en raison de leur profession.
03:35On pense à Gauri Lankesh en septembre 2017
03:39qui s'est fait assassiner
03:40alors qu'elle enquêtait sur les milieux nationalistes hindous.
03:44Il y a beaucoup d'intimidation,
03:46d'intimidation physique,
03:48mais aussi d'intimidation judiciaire ou financière.
03:52La manne publicitaire s'est arrêtée
03:53pour certains journaux qui n'étaient pas pro-pouvoir par exemple
03:56ou qui étaient un petit peu trop critiques.
03:58Fragilisée, la démocratie indienne souffre aujourd'hui
04:01de l'idéologie politique de Narendra Modi,
04:03le nationalisme hindou.
04:04Bien plus que n'importe quelle thématique sociale
04:07liée au caste, par exemple,
04:09le Premier ministre fait aujourd'hui campagne
04:11sur une opposition religieuse entre les hindous
04:13et un bouc émissaire, les musulmans.
04:16Musulmans qui sont tout de même
04:17170 millions dans le pays.
04:19Narendra Modi, lui, il défend une doctrine, une idéologie qui s'appelle l'hindoudva.
04:26Hindoudva, littéralement, c'est l'hindouïté.
04:30Dans l'hindoudva, le musulman, c'est l'autre absolu.
04:32Les mots qui sont utilisés pour désigner les musulmans,
04:36c'est parasite, ennemi de l'intérieur, cinquième colonne, traître, espion.
04:41Aujourd'hui, les minorités, les musulmans, les chrétiens,
04:46ont sur le papier les mêmes droits que les hindous,
04:50mais en pratique, sont devenus des citoyens de seconde zone.
04:54Les minorités sont ou bien assujetties, ou bien réprimées, ou bien décimées.
04:58Ce n'était pas du tout l'ADN de l'Inde,
05:01tel qu'en 1947, Gandhi et Nehru l'ont créé.
05:05C'est pour ça qu'il y a une tension aussi forte aujourd'hui,
05:08et c'est pour ça que ces élections sont absolument clés,
05:10parce que c'est l'âme de l'Inde, en quelque sorte, qui est en jeu.
05:13C'est son identité profonde qui est en jeu.
05:16Bascule-t-elle dans un nationalisme ethnique,
05:18ou reste-t-elle un minimum fidèle à l'héritage du multiculturalisme ?

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