- il y a 2 mois
En déplacement à La Réunion, Édouard Philippe a accordé une interview à Zinfos974. Présidentielle, vie chère, octroi de mer, narcotrafic, contrats aidés ou mobilité des jeunes : l’ancien Premier ministre expose sa vision pour la France et revient sur les principaux défis auxquels l’île est confrontée.
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00:00Je ne suis pas en compétition pour être élu père Noël, je suis en compétition pour être élu président de
00:03la République.
00:03Donc je dis ce que je crois bon pour le pays, même quand c'est difficile, même quand ça n
00:07'est pas agréable.
00:15Je suis le premier. Je ne cherche pas à faire une différence avec les autres candidats, je cherche à être
00:18moi-même.
00:18J'ai 55 ans, je peux vous dire que quand vous arrivez à cet âge, vous savez que vous êtes
00:22meilleur quand vous êtes vous-même
00:22que quand vous êtes quelqu'un d'autre, ou que vous cherchez à faire quelque chose d'autre que ce
00:26qui est profondément votre nature.
00:27Donc j'essaie d'être moi-même, de dire aux Françaises et aux Français ce que je propose pour notre
00:31pays,
00:32comment construire une France plus grande, plus belle, plus libre, plus juste, plus solidaire, plus puissante.
00:38Et je fais des propositions dans beaucoup de domaines et je suis le premier candidat à être passé à La
00:44Réunion, ça compte.
00:51Oui, et d'ailleurs je pense qu'elle n'est pas malheureuse que le RSA a été recentré, recentralisé à
00:56La Réunion,
00:56comme il a été à la Guyane, je ne suis pas sûr du tout qu'elle s'en plaigne d
00:59'ailleurs.
01:00J'assume d'avoir fait en sorte d'essayer de développer un certain nombre d'initiatives sociales,
01:05d'avoir étudié la question de l'autre droit de mer.
01:08Je ne dis pas que tout a été fait, je ne dis certainement pas que tout a été bien fait,
01:11mais quand la première crise des Sargasses est arrivée aux Antilles,
01:13on a essayé de trouver des solutions avec les collectivités territoriales.
01:17Donc je dis à Mme Bellot, pour qui j'ai du respect, parce qu'elle est une élue de la
01:21République,
01:21elle est présidente de la région, je lui dis que lorsque j'étais Premier ministre,
01:25j'ai organisé le premier référendum en Nouvelle-Calédonie,
01:28qui s'est passé dans des conditions exceptionnelles,
01:30après que la question posée au peuple calédonien a été discutée et adoptée par l'ensemble des forces politiques.
01:36Je crois qu'elle peut reconnaître, parce que je suis certain qu'elle est objective,
01:39que c'était un résultat finalement assez intéressant.
01:42Donc tout n'a pas été bien fait, vous savez, les gens qui disent qu'ils font tout bien,
01:46c'est des gens qui ne sont pas sérieux.
01:48Mais j'assume parfaitement ce bilan, bien entendu.
01:50Et il lui faudra, à elle, assumer le projet de M. Mélenchon,
01:54c'est-à-dire expliquer aux Français qu'ils peuvent être plus prospères en travaillant moins,
01:58en faisant en sorte que, à la fois, les dépenses augmentent,
02:04que la dette soit censément écrasée et disparaîtrait,
02:09et un projet qui conduirait, mais je le dis malheureusement avec beaucoup d'angoisse,
02:14la France a sa perte financière, économique, internationale.
02:19Donc chacun assume ce qu'il est, et c'est ça qui organise la campagne électorale.
02:30L'île, d'abord, elle est d'une beauté, et pardon de commencer par ça,
02:33mais au fond, c'est probablement ce que je ressens le plus profondément.
02:36Elle est d'une beauté qui est à couper le souffle.
02:39Parfois, la première fois, on est impressionné,
02:41puis la deuxième fois, on est habitué, mais pas du tout.
02:42La deuxième fois, je suis encore plus impressionné d'une certaine façon.
02:45Elle est absolument magnifique.
02:46La deuxième chose qui frappe, en très positif, à l'île de la Réunion,
02:50c'est cette qualité qui est, je crois, unique en France.
02:54Je crois, unique en France.
02:56Ce à quoi sont incroyablement attachés les Réunionnais,
02:58dans toute leur diversité, se vivre ensemble.
03:00Cette capacité à créer quelque chose d'unique,
03:03une façon de vivre, qui n'a pas d'équivalent dans le reste de notre territoire.
03:06C'est très impressionnant, même si je sais aussi les remises en cause,
03:09les déséquilibres, les déstabilisations que cet art de vivre réunionnais
03:15ressent, notamment à raison des conséquences de la crise migratoire sur Mayotte.
03:20Ça, ce sont les points positifs.
03:21Il y en a beaucoup d'autres, bien entendu.
03:23Les points qui ne marchent pas, ce coma circulatoire,
03:27c'est-à-dire cette circulation qui est quasiment frappée d'embolie
03:31à chaque fois qu'on se réveille, à chaque fois qu'on va au travail,
03:34à chaque fois qu'on en revient, c'est évidemment un sujet.
03:37Et pourtant, j'ai pu constater que l'état des routes à la Réunion
03:39était plutôt meilleur que dans beaucoup d'autres départements français.
03:43Mais la congestion du trafic est quand même quelque chose d'extrêmement angoissant.
03:46La cherté de la vie aussi, et la façon dont les habitants de la Réunion
03:52vivent cette cherté de la vie.
03:54Voilà deux choses qui, elles, ne marchent pas.
03:56Et encore une fois, je ne méconnais pas les très nombreuses autres difficultés
04:02auxquelles la Réunion est confrontée.
04:09Je ne crois pas qu'il y ait une mesure qui fasse baisser les prix à elle seule,
04:11sinon d'ailleurs, probablement, elle aurait déjà été prise.
04:13Mais je pense que c'est un ensemble de mesures, plus de concurrence,
04:16plus de production à la Réunion.
04:18C'est très vrai pour les productions agricoles.
04:19Plus on produira à la Réunion, plus on sera capable de maintenir des prix
04:22dans des proportions raisonnables.
04:25Probablement une réforme fiscale en modernisant,
04:28en modifiant l'octroi de mer qui participe.
04:31Il n'est pas seul responsable, mais qui participe à la cherté de la vie.
04:34Donc une modification fiscale en élargissant la base
04:36et en veillant à ce que le produit de cette fiscalité
04:38revienne totalement et exclusivement aux collectivités territoriales réunionnaises
04:43pour financer le développement de la Réunion.
04:45La transparence sur les prix et sur les marges a fait des progrès.
04:48Mais on doit pouvoir encore aller un peu plus loin.
04:51Déjà, si on faisait tout ça,
04:53on aurait sans doute quelques éléments positifs à présenter.
04:57C'est un ensemble, il faut le prendre à bras le corps, c'est difficile.
05:00Mais c'est indispensable.
05:07J'ai été frappé au cours des deux jours que je viens de passer à la Réunion
05:11par le nombre de gens qui m'ont parlé du développement de ce narcotrafic.
05:16J'ai d'ailleurs cet après-midi passé un peu de temps avec la BAC territoriale
05:21ici à Saint-Denis pour voir comment est-ce qu'ils travaillaient
05:24et pour qu'ils m'expliquent au cours d'une tournée
05:26quels étaient les enjeux auxquels ils devaient faire face.
05:28Il y a deux ans, on en parlait beaucoup moins.
05:30Aujourd'hui, on sent bien que le développement du trafic est très fort
05:34avec le Doubs dans le Sud, avec la cocaïne.
05:36Il y a là un sujet majeur.
05:38La lutte contre le narcotrafic, elle passe par des sanctions
05:40beaucoup plus fortes s'agissant des vendeurs,
05:43beaucoup plus fortes s'agissant des trafiquants.
05:44Elle passe par plus de moyens.
05:45Un des moyens que je recommande, c'est particulièrement vrai aux Antilles,
05:48pardon d'évoquer les Antilles, mais c'est des territoires
05:51qui sont encore plus soumis à ce narcotrafic,
05:53mais c'est vrai aussi à la Réunion.
05:55Ça nécessite une présence à la mer plus forte.
05:56Je suis absolument convaincu que nous devons être mieux organisés
06:00et plus présents à la mer pour éviter les trafics
06:03qui viennent par voie maritime.
06:04C'est peu le cas à la Réunion, c'est beaucoup plus le cas dans les Antilles.
06:07C'est beaucoup plus le cas à Mayotte d'ailleurs.
06:08Nous devons faire attention à ça.
06:10Plus de moyens.
06:10Il y a sur le port du port, un scanner, un petit scanner
06:15pour vérifier le contenu des containers qui arrivent depuis les bateaux.
06:22Moi, je suis maire d'une ville portuaire au Havre
06:24où on a construit et installé des scanners qui sont beaucoup plus lourds,
06:28qui permettent de vérifier la totalité du contenu d'un bateau.
06:32Je pense, je ne dis pas que c'est simple, je sais que c'est cher,
06:35mais je pense qu'il faut réfléchir à doter la Réunion de cet instrument
06:39parce que ça permettra de contrôler cet aspect-là de la marchandise
06:42qui rentre sur le territoire et ça me paraît important.
06:45Plus beaucoup d'autres mesures, j'insiste sur le fait, je le redis,
06:48que l'élément le plus faible de la chaîne sécuritaire aujourd'hui, c'est la justice.
06:53Et puis je termine, parce que la question du narcotrafic, elle est complexe,
06:56en disant que j'ai été très impressionné, très heureusement impressionné
06:58par l'initiative que j'ai vue ici à la Réunion
07:02de prévention, de lutte contre l'utilisation au fond des produits stupéfiants.
07:07Il faut de la répression et il faut qu'elle soit dure,
07:09il faut des moyens pour lutter contre les trafics et il faut qu'ils soient nombreux.
07:12Mais on ne fera rien si on ne fait pas un énorme travail de prévention
07:15pour dire à tout le monde, quels que soient les milieux, quels que soient les âges,
07:19que passer aux produits stupéfiants, c'est se condamner.
07:21C'est détruire sa vie, détruire son foyer, détruire ses perspectives.
07:26Et ce combat pour la prévention qui a été engagé par l'ensemble de la société réunionnaise,
07:30c'est un très très beau combat et à mon avis, il doit donner des idées
07:32à beaucoup d'autres ailleurs en France.
07:39Quand j'étais Premier ministre, j'ai baissé beaucoup les contrats aidés.
07:43Et ce n'était pas populaire.
07:47Mais je crois qu'il fallait le faire.
07:48Alors c'était plus facile peut-être à l'époque,
07:50parce qu'on était en période de croissance assez forte,
07:52que donc, même si ça râlait, même si c'était compliqué,
07:55même si ça avait des conséquences parfois difficiles,
07:57je pense que c'était une bonne mesure et qu'elle a permis d'ailleurs
08:00d'être accompagnée et de se traduire par une veste du chômage.
08:04Ici, la situation est un peu différente.
08:07Mais je sais aussi qu'avec les contrats aidés,
08:09il faut vraiment faire attention à ne pas tomber dans une forme d'organisation
08:12de la précarité et de la sous-employabilité.
08:17Alors, des mesures ont été prises,
08:19elles ont été absorbées par les communes.
08:21Je sais que ça représentait un effort pour elles.
08:23Je trouve ça intéressant.
08:23On peut sans doute sécuriser un niveau minimum,
08:26mais dans l'ensemble, je crois qu'il vaut mieux faire le maximum
08:30pour que chacun retrouve un emploi,
08:31plutôt que distribuer des emplois aidés
08:33qui privent durablement de perspectives.
08:39Non.
08:40Je vais vous dire quelque chose que je crois profondément.
08:44Les voyages forment la jeunesse.
08:46Partir, ça n'est jamais mauvais.
08:48Quand on peut.
08:49Quand on veut.
08:51Mais partir, aller se confronter à d'autres choses,
08:53ça ne fait jamais mal.
08:55Mais il ne faut pas partir parce que c'est la seule issue.
08:57Et quand on est parti pour voir le monde,
08:59pour se former,
09:00pour découvrir des nouveaux horizons,
09:03il faut pouvoir revenir.
09:05Et cette question à la réunion,
09:06elle est extrêmement importante.
09:07Il y a beaucoup de réunionnais qui partent
09:09parce qu'ils se disent qu'ils sont tenus de partir pour réussir.
09:12Et il y a beaucoup de réunionnais qui ont bien réussi,
09:14qui aimeraient pouvoir rentrer
09:15et qui ont parfois du mal à le faire.
09:17Il faut améliorer les deux parties de l'équation.
09:26Peut-on gagner l'élection présidentielle en disant ce qu'on pense ?
09:29Ou ce qu'on pense juste pour le pays ?
09:31C'est sûr.
09:31Je vois plein de gens dans la compétition électorale
09:34qui sont capables de dire que des choses très gentilles.
09:38Mais je ne suis pas en compétition pour être élu père Noël,
09:41je suis en compétition pour être élu président de la République.
09:42Donc je dis ce que je crois bon pour le pays.
09:45Même quand c'est difficile, même quand ça n'est pas agréable.
09:49Parce que c'est comme...
09:50Je suis maire du Havre.
09:51C'est une ville de 170 000 habitants.
09:53C'est une ville assez pauvre.
09:55C'est une ville industrielle et portuaire dans le nord de la France.
09:57Très bien.
09:58Bon.
09:59Et bien, quand je gère ma ville,
10:00je dis exactement ce que je crois possible
10:02et ce que je veux faire.
10:04Même quand c'est moins agréable que ce que propose mon opposition,
10:07qui est parfois emprunte d'une forme de démagogie.
10:10Voilà.
10:11Je pense ce que je dis.
10:13Je dis ce que je pense.
10:15Et l'intérêt d'une compétition électorale,
10:17c'est qu'à la fin, les Français tranchent.
10:24Il y a encore dans la droite et dans le centre républicain
10:29tout ce qu'il faut pour faire rebondir le pays.
10:33Je me suis engagé en politique auprès d'Alain Juppé
10:38au moment où Jacques Chirac était réélu président en 2002.
10:41Je sais ce qu'il disait sur les extrêmes.
10:43Il avait raison.
10:44Et je sais aussi qu'on peut,
10:46parce que nous avons tout en nous,
10:48croire en l'avenir de notre pays,
10:49si nous nous retroussons les manches.
10:52Remonter la France,
10:53lui en donner des perspectives,
10:54la rendre plus forte, plus puissante,
10:56ça ne passe pas par une espèce d'affaissement.
10:59Ça ne passe pas par,
11:00il n'y a pas qu'à faire grand-chose.
11:01Ça ne se passe pas se retrousser les manches,
11:03par travailler plus,
11:04par avoir un petit peu plus de sueur.
11:06Alors il y a des gens qui ont beaucoup travaillé,
11:07il ne s'agit pas de les écraser, pas du tout.
11:10Les vies sont différentes,
11:11les métiers sont différents.
11:13Mais sérieusement,
11:15on peut continuer à faire de la France
11:19ce que nous aimons en elle.
11:20Un pays fier, un pays prospère,
11:23un pays influent, un pays puissant,
11:25un pays qui sait défendre sa façon de vivre et ses intérêts.
11:27Et pour ça, on doit travailler un peu plus,
11:30tout le monde justement
11:32pour répartir plus justement les efforts de ce travail.
11:40La première décision d'un président de la République,
11:43en général, c'est de nommer un premier ministre.
11:45Et je propose de ne pas mettre la charrue avant les bœufs.
11:48Ma grand-mère n'avait pas fait d'études,
11:50mais elle avait un esprit extrêmement...
11:51Elle a toujours dit ça.
11:57J'ai dit tout à l'heure ce que je pensais très sérieusement,
11:59c'est-à-dire prendre en compte ce fait extraordinaire
12:02que la Réunion n'a pas voulu,
12:03mais qu'elle vit aujourd'hui.
12:05La Réunion était il y a 100 ans
12:07un peu en périphérie du monde.
12:09Le monde était...
12:10C'était l'Atlantique Nord, le monde.
12:12C'était l'opposition entre l'Empire soviétique et les États-Unis.
12:15C'était la puissance européenne.
12:16C'était l'Atlantique Nord.
12:18Aujourd'hui, le centre de gravité du monde a basculé.
12:21Et la Réunion se trouve à un endroit totalement stratégique
12:25de l'avenir du monde,
12:26entre l'Afrique, l'Asie, l'océan Indien.
12:28C'est incroyablement important.
12:31Alors moi, ce que je voudrais dire à la Réunion,
12:33c'est qu'elle est aujourd'hui la chance
12:39et la condition d'une ambition nationale absolument essentielle.
12:44Il faut être incroyablement ambitieux pour la Réunion.
12:47On peut faire de la Réunion le point central
12:50de cette nouvelle zone dans l'océan Indien.
12:53Et ça demande des investissements publics, c'est vrai.
12:55Ça demande des ambitions locales, c'est vrai.
12:57Ça demande de l'énergie, du talent, de l'envie.
13:02Moi, j'ai cette envie.
13:03Et je suis certain qu'à la Réunion,
13:05il y a plein de gens qui ont envie d'aller dans cette direction.
13:06Sous-titrage Société Radio-Canada
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