00:07C'est un bébé Bouvard, une immense artiste complète, passée par le théâtre de Bouvard,
00:13qui a révélé de nombreux talents comme les inconnus Mimi Maty, M. Bernier, Annie Grégorio
00:17ou les chevaliers à Las Palais. Je suis très heureuse d'accueillir Muriel Robin.
00:22Bonsoir Muriel.
00:23Bonsoir Anne-Sophie.
00:24Alors on a appris l'amour de Philippe Bouvard ce matin.
00:27Est-ce que vous étiez toujours en contact avec lui ?
00:32Oui, parce que je suis fidèle, je n'oublie pas ce que les gens m'apportent ou m'ont apporté.
00:40Et Philippe Bouvard, j'ai appris à écrire pour lui.
00:45La première fois que j'ai écrit, je ne savais même pas que je savais faire.
00:48Mais on a essayé avec deux amis, dont Annie Grégorio et une autre amie, Catherine Dupont.
00:53Et je me vois toutes les droits assises par terre.
00:56Et en écrivant, en écrire un truc, on lui a présenté.
01:00Et qu'il a acheté, parce que quand il entendait le sketch, il disait « j'achète ».
01:05Bon, ben, il achetait.
01:07Et donc j'ai appris à écrire.
01:09Et ce n'est pas rien.
01:10Donc ça, je ne peux pas oublier.
01:11Et puis, je n'oublierai jamais aussi que quand on est parti à un moment en tournée en province,
01:17on allait faire les sketchs sur scène.
01:20Et Philippe était avec nous, nous présentait un parrain.
01:22Moi, j'étais assez nouvelle.
01:24Il me gardait pour la fin.
01:25Et il me présentait en disant « Muriel Robin, qui est la plus drôle de l'émission,
01:29donc la plus drôle de la télé, donc la plus drôle de France ».
01:33J'avais réussi à enregistrer ça, pour le faire entendre à mes parents,
01:37pour leur dire « vous voyez quand même qu'il y a des gens qui pensent du bien de moi
01:39».
01:41Et surtout, non, mais plus sérieusement, ça donne confiance quand même.
01:44Et puis on se dit « tiens, je ne me suis pas trompée ».
01:46Parce que pour moi, Philippe Bouvard, c'était très associé à Thierry Leluron.
01:51Ils n'avaient pas démarré ensemble.
01:53En fait, il avait un peu lancé, ça s'était passé là.
01:55Donc la reconnaissance de Philippe Bouvard comptait dans mon panier.
01:59Donc l'écriture plus la reconnaissance, je ne peux pas oublier.
02:03Donc je suis restée en comptage.
02:04Je l'appelais pour tous ses anniversaires.
02:06Et parfois, comme ça, par surprise, pour prendre de ses nouvelles.
02:09À chaque fois, je remercie et on était très heureux.
02:11Et puis aussi, ce n'est pas quelqu'un du tout démonstratif,
02:16ni dans les gestes, ni dans les mots, un peu dans les actes.
02:19En fait, à sa façon, quand il aimait votre talent, il ne vous lâchait pas.
02:24Et puis en vieillissant, il a appris quand même un peu à…
02:27Voilà, donc j'ai pu lui dire régulièrement merci.
02:30J'y tenais, c'était important.
02:32Et il a pu me dire qu'il était fier et que j'étais un peu sa plus belle récompense.
02:37Et je lui ai répondu « vous devez dire ça à chaque artiste
02:41qui est passé par le petit théâtre, je ne vous en veux pas. »
02:45Vous avez bien raison.
02:46Et voilà, quoi.
02:48Vous l'aviez vu dans les derniers mois ?
02:50Oui, j'ai vu il y a deux mois, je pense.
02:52Je suis allée l'embrasser à Cannes.
02:55Parce que j'étais heureuse de le voir.
02:58Ça faisait plus de moments que je ne l'avais pas vu.
03:00Donc, j'ai bien fait.
03:02J'ai bien fait, puisque…
03:03Oui.
03:04Vous avez commencé au Théâtre de Houvers en 83, je crois.
03:08Vous vous souvenez de cette première fois, de votre casting, de votre première rencontre ?
03:13Oui.
03:14Je me souviens qu'on ne savait pas trop comment ça marchait avec nos amis.
03:18On arrivait d'une compagnie de théâtre.
03:20On avait joué tout l'été en plein air.
03:22Donc, on parlait très très fort.
03:24D'ailleurs, quand on a fini, il a dit une chèque.
03:26Mais il a dit « pourquoi vous parlez si fort ? »
03:28C'était vrai.
03:29On hurlait pour être entendus.
03:31Parce qu'on jouait à la campagne dehors avec des gens qui étaient dans le pré.
03:34Évidemment, ce n'était pas tout à fait pareil.
03:36Et je me souviens qu'on s'est perdus dans les coulisses.
03:40Vraiment, on sentait bien que ça allait être à nous.
03:43Et on était perdus dans les coulisses.
03:44On ne savait pas par où passer.
03:46Cet endroit d'Ithiou Gabriel qui est devenu un peu une de mes maisons
03:50que j'ai appris à connaître par cœur.
03:53Et il y avait beaucoup de peur, de traque.
03:55Et puis aussi, je pense surtout à mes deux amis et moi.
04:00Ce côté…
04:01On m'avait dit que c'était dur d'entrer chez Bouvard.
04:03Donc ça, ça me plaît bien.
04:04Parce que si c'est facile, on s'ennuie.
04:06Donc j'avais dit, c'est dur.
04:08Je vais arriver.
04:08Moi, tu vas me prendre.
04:10Et donc, très, très, on y va.
04:13Et d'ailleurs, la première fois que je passe à la télé,
04:15je suis en sous-vêtements.
04:17Puisque je viens acheter des vêtements dans un magasin.
04:20Et les deux vendeuses me disent, on n'a plus rien.
04:22S'il nous reste assis, il nous reste des sacs poubes.
04:24Et elle m'habille avec des sacs poubelles.
04:26Donc finalement, c'était osé.
04:29Mais j'étais bien foutue à l'époque.
04:31Donc ça allait.
04:31Je veux dire que l'image est devenue célèbre.
04:33On se souvient de vous.
04:35En tout cas, moi, je m'en souviens.
04:36Vous le connaissez.
04:37Cette image a beaucoup circulé.
04:40C'était quoi le cahier des charges, en fait ?
04:42Qu'est-ce qu'il vous disait ?
04:44Il faisait rire.
04:45Il ne disait pas grand-chose.
04:46Il voulait rire.
04:46Si ça le faisait rire, il prenait.
04:48Et sinon, il ne prenait pas.
04:50Il avait raison ou pas, je ne sais pas.
04:51Mais c'était lui le maître à bord.
04:53Donc il décidait.
04:54Et quand même, il avait ce sens.
04:56Il n'y a pas de quand même, d'ailleurs.
04:58Il avait le sens de rire de monsieur tout le monde.
05:01Comment dire ?
05:02Il n'y avait pas...
05:03Ce n'était pas du tout intellectuel.
05:06En fait, c'était...
05:07Il riait de bon cœur, quoi.
05:09Il riait de bon cœur.
05:10On l'a vu, d'ailleurs, avec les grosses têtes.
05:13C'était un rire un petit peu plus...
05:15Parfois un peu sous la ceinture.
05:17Il est comme un enfant.
05:18Il rit parce qu'on vient de dire un gros mot.
05:20Et ce sont les mêmes étonnants.
05:22Il rit comme un enfant.
05:24Voilà.
05:24Il avait le rire de monsieur et madame tout le monde.
05:27Donc la preuve, c'est que ça a marché.
05:29S'il faisait rire, il faisait rire les gens.
05:31Et les débriefings ?
05:33Il fallait être...
05:34Mais pas de débriefing.
05:35Ah oui ?
05:35En fait, très peu.
05:37Parce qu'où il prenait, où il jetait.
05:40Donc il disait non.
05:41Voilà, non.
05:42On n'avait pas trop l'espace pour discuter et dire
05:45« Ouais, mais si je le retravaille, comme ça... »
05:47C'était...
05:48Allez, hop, c'était...
05:49C'était rapide, quoi.
05:51On faisait ça en bas des escaliers au studio Gabriel.
05:54Une sorte de grand couloir.
05:56Un petit espace comme ça que vous, vous voulez connaître, Anne-Sophie.
06:00Et on était là.
06:01Lui, sur une chaise.
06:03On passait.
06:04Rien pour s'asseoir.
06:05On était accroupis.
06:06On attendait notre touffe.
06:07C'était un truc à l'arrache, comme ça.
06:08Un peu pam, pam, pam, pam.
06:10Et puis, pof, il regardait sa montre.
06:11Pof, il montait dans sa 604.
06:13Avec le téléphone, le machin, tout.
06:15On a l'impression de travailler avec un Américain.
06:17Parce qu'il était très moderne.
06:19J'ai beaucoup de boulot.
06:20La presse et tout.
06:21Le téléphone dans la bagnole.
06:22Enfin, c'était...
06:23Donc il nous donnait un petit espace temps comme ça.
06:25Donc il fallait être efficace.
06:27Et sinon, hop, allez, dehors.
06:28Et super productif aussi.
06:30Parce que vous disiez qu'il vous a appris à écrire.
06:31Mais vous n'arrêtiez pas d'écrire des sketchs.
06:33C'était intense.
06:34Alors, on n'arrêtait pas.
06:35C'était intense.
06:36Ça dépendait.
06:37Ça dépendait.
06:37En fait, on choisissait.
06:40Je ne sais plus si c'était 1300 ou 1700 francs, le sketch.
06:44Donc, pour gagner sa vie, c'est facile.
06:46Donc il y en a certains qui aimaient bien essayer de multiplier par 3 ou 4, par enregistrement,
06:53qui avaient lieu toutes les semaines.
06:54Moi, la personne avec qui j'écrivais, Catherine Blanchard, qui est encore mon amie aujourd'hui.
06:59Nous, on se disait...
07:00Ouh là là, calme.
07:02Moi, je disais, en tout cas, je veux ce qu'on écrira.
07:04Qu'on puisse, dans 20 ans, quand on le relira, qu'on puisse encore jouer et se dire que ce
07:09n'est pas trop mal.
07:10Donc, on prenait un peu plus notre temps.
07:12Donc, on faisait...
07:12Moi, je faisais un ou maximum deux sketchs par semaine.
07:16Et plus souvent, c'était un.
07:17Mais 4 fois 1700 francs, c'était...
07:20Enfin, je me disais bien.
07:20J'ai acheté ma première voiture, quoi, quand même.
07:22C'était le calcul.
07:23C'était l'occasion, c'était bien.
07:25Est-ce qu'il y avait une famille d'humour bouvard, quelque chose de commun ?
07:30Ou est-ce que, plutôt, c'était les singularités de chacun, en fait, qui marchaient ?
07:34Non, je crois que c'était les singularités de chacun, vraiment.
07:37Parce que là, je repasse très vite, parce que c'est quand même loin, tout ça.
07:41Mais effectivement, et c'est ça aussi, quand on était adoubé, ça veut dire qu'il adoubait votre personnalité.
07:47Alors, bon, ben voilà, ça donnait quand même de la force, et qui n'était pas du tout...
07:52Mais chacun a une personnalité très différente.
07:55Il n'y avait pas de...
07:57D'ailleurs, on n'a jamais fait de choses chorales.
07:58On voyait avec qui on avait le plus d'atomes crochus.
08:01Et puis, hop, et effectivement, moi, c'était avec Catherine, qui était un peu plus âgée que les autres, d
08:06'ailleurs.
08:06Catherine Blanchard.
08:07Et puis, j'ai fait, par exemple, j'ai écrit qu'un sketch avec Michel Bernier, auquel on a beaucoup
08:11ri, d'ailleurs.
08:12On est à la fourrée, je m'en souviens très, très bien.
08:15J'ai beaucoup travaillé avec Didier Melureau, parce que ça m'a aussi permis, avec la raison qu'on avait
08:19gagnée,
08:19ça nous a permis de faire des affiches et d'écrire une pièce, et de la jouer après.
08:24Donc, pour moi, c'était...
08:26Oui, c'était une reconnaissance, de l'argent, la possibilité de faire autre chose grâce à lui, quoi.
08:35Justement, comment on sortait du Théâtre de Bouvard, avec plein de propositions ?
08:38C'était vraiment un énorme tremplin ?
08:41Non, non, non, non.
08:43C'était mieux de ne pas mettre Théâtre de Bouvard en haut de son...
08:45Ah oui ?
08:46Ce n'était pas chic, non.
08:48C'était cheap.
08:48C'est cheap.
08:49Surtout moi qui sortais du conservatoire, alors là, vous ne comprenez rien.
08:52Vous ne comprenez pas ce qui vous était arrivé ?
08:54Ah bah oui, parce que quand on sort du conservatoire, on ne va pas acheter Bouvard, quoi.
08:57C'était mes deux bouts, quoi, parce que j'avais eu Bouquet pendant trois ans.
09:04Votre mentor ?
09:05Et après, j'ai Bouvard, donc j'ai mes deux bouts qui n'avaient rien à voir l'un avec
09:10l'autre,
09:11mais en le regardant maintenant, je trouve ça rock, quoi.
09:14Ce n'est pas la peine d'aller faire les plus audaces.
09:15Quand j'avais fait le conservatoire, je n'allais pas aller jouer une pièce de Brecht.
09:19Je ne sais pas, ça s'est fait comme ça, en tout cas.
09:21Vous évoquiez Bouquet, qui a été votre grand professeur et votre mentor.
09:26Comment vous qualifieriez Philippe Bouvard ?
09:28C'était un parrain de télévision ?
09:31C'était quoi ? Un ami, tout simplement ?
09:32Oui, un parrain, un parrain.
09:34Non, un ami, non.
09:35Non, pas du tout.
09:37Michel Bouquet, oui, c'était un...
09:39Voilà, il m'a dit, je suis ton père de théâtre.
09:42Vraiment, il y avait quelque chose de très fort.
09:44Mais c'était, oui, un parrain qui mettait le pied à l'étrier, comme on dit, je crois.
09:49Moi, j'ai quand même découvert...
09:51J'ai écrit, quoi, la première fois.
09:52Et ce n'est pas rien, parce que par la suite, on voit bien que ça va me servir.
09:56C'est sûr.
09:57Un peu, un peu.
09:59Merci.
09:59Merci beaucoup, Muriel Robin, d'avoir accepté de nous livrer ce témoignage sur Philippe Bouvard.
10:05Avec plaisir.
10:05Et puis, on attend votre retour sur scène, maintenant.
10:07C'est imminent.
10:07Oui, oui, je suis...
10:09Oui, oui, je suis juste qu'il y ait écrit, donc c'est bon.
10:12Merci beaucoup.
10:13Merci infiniment.
10:14Dans un instant, on retrouve la petite bande d'RTL Soir.
10:17L'info qu'on a failli manquer de Florian Gazan.
10:19Cette info, c'est qu'hier, Gérard Lachet, a été intranulisé au sein de la confrérie de l'Oignon de
10:24Roscoff.
10:25Vous riez, mais les politiques adorent les confrérie.
10:27Le petit phénomène des maguesselles, c'est la tendance vestimentaire de la rentrée.
10:30Le bermuda, et oui, on s'adapte aussi à la chaleur.
10:33Et puis, un petit nouveau, dont beaucoup de fidèles d'RTL se souviennent.
10:36On va rejoindre notre bande, c'est Tanguy Pastureau.
10:39Il défait l'info dans RTL Soir.
10:41A tout de suite.
10:42Tous les jours, toute la journée.
10:44J'étais avec toi.
10:47Est-ce que tu t'en souviens ?
10:51C'est...
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