00:01L'invité d'RTL Soir
00:02L'invité d'RTL Soir, Pierre Penalba, bonsoir.
00:06Bonsoir.
00:07Ancien chef du groupe de lutte contre la cybercriminalité à la PJ de Nice,
00:11vous êtes l'auteur de Cybercrime, un flic 2.0 chez Albin Michel.
00:15Merci d'être avec nous pour nous éclairer, car évidemment les questions sont nombreuses
00:19autour des attaques, des piratages dont a été victime l'Etat à travers différents services publics.
00:23On le rappelle, le fisc, l'éducation nationale ces derniers jours, il y a quelques semaines encore,
00:27la NTS, acte revendiqué par des pirates, avec lesquels d'ailleurs RTL a pu échanger.
00:33Mais tout d'abord, après trois jours de tâtonnement, avec le sentiment d'un gouvernement aux abonnés absents,
00:39on apprend donc ce soir que le Premier ministre a demandé au patron de la Défense et de la Sécurité
00:45Nationale,
00:45Nicolas Roche, de créer une nouvelle unité cyber dans les trois jours.
00:51Ça veut dire que l'Etat prend la mesure maintenant de sa cyber-vulnérabilité ?
00:57Je ne sais pas s'il est à prendre la mesure de sa cyber-vulnérabilité,
00:59mais je pense qu'il réagit, ce qui est déjà une bonne chose.
01:04Après, créer une unité en trois jours, ça me paraît un peu rapide,
01:08mais est-ce que les fonctionnaires qui vont être mis dans cette unité-là vont être sélectionnés comment ?
01:14Quel va être leur rôle d'unité ? Quelle va être sa mission ?
01:17Parce que d'après ce que j'ai lu, ça va être une mission d'intervention en cas de hacking.
01:21Or, c'est extrêmement complexe, c'est déjà ce que fait l'Annecy,
01:26c'est ce que font les services de police, c'est ce que font les services de gendarmerie.
01:30Donc, est-ce qu'on ne va pas faire des doublons avec ça ?
01:33Et surtout, quels seront les pouvoirs de cette unité ?
01:36Ça, c'est très important à voir.
01:37Parce qu'en fait, une fois que le hacking a eu lieu, c'est un peu tard.
01:41Ce qu'il faudrait, c'est intervenir avant.
01:43Parce que les dégâts sont faits une fois que le hacking a eu lieu.
01:46C'est la situation dans laquelle on se trouve aujourd'hui.
01:49C'est-à-dire que les données, elles ont été aspirées et elles ont déjà été revendues, c'est ça
01:52?
01:53Elles sont ou revendues ou en cours de revente.
01:56Elles sont déjà stockées à l'extérieur.
01:58Et malheureusement, il n'y a pas grand-chose à faire parce qu'on ne peut pas les effacer.
02:02Le problème majeur, c'est qu'est-ce qu'on va faire à l'avenir ?
02:05Vous avez des nouveaux fichiers qui vont être mis en place,
02:07comme la facturation électronique,
02:09où vous aurez accès à tout ce que les entreprises et les particuliers vont faire,
02:13les auto-entrepreneurs vont faire comme facture.
02:15Ça va être catastrophique si les hackers arrivent à avoir accès à ça.
02:18Parce qu'ils auront accès, par exemple, aux factures,
02:21ou ils auront accès aux fournisseurs,
02:23ou ils auront accès aux clients,
02:25ils auront les coordonnées bancaires de tout le monde.
02:27Imaginez, c'est encore plus catastrophique, je trouve, encore, que le FICO.
02:30Et ça, ça doit être en vigueur, ce à quoi vous faites allusion,
02:34pour les entreprises en septembre.
02:35Ça rentre en vigueur à partir du 1er septembre.
02:36C'est ça ?
02:37À partir du 1er septembre.
02:38Donc, ça va être une des cibles prioritaires pour les hackers.
02:41Et un truc comme ça,
02:43pour moi, ça devient catastrophique.
02:46Parce que c'est bien de mettre en place des mesures immédiates
02:50pour réagir en cas de hacking.
02:51Mais ce qui est important, c'est de réagir avant.
02:53C'est pas normal que les fichiers soient volés
02:57et qu'on dise, bon, on est désolé, on s'est fait voler les fichiers,
03:00mais vous inquiétez pas, l'activité continue.
03:02C'est bien que l'activité continue, c'est normal,
03:04que l'État fasse fonctionner.
03:05Mais il y a un problème majeur sur ce qui se produit après avec ces données.
03:09Parce que ces données-là, elles vont être utilisées.
03:11Et croyez-moi, ça va être utilisé de façon intensive par les groupes criminels.
03:15Ça a de la valeur, tout ce qui a été volé.
03:18Les gens dont le patrimoine a été dévoilé avec leur adresse,
03:22avec leurs coordonnées bancaires,
03:25il faut qu'ils se méfient, il faut qu'ils fassent attention.
03:27Vous allez avoir des arnaques,
03:28mais vous allez aussi potentiellement avoir des agressions à domicile,
03:34des vols, des cambriolages.
03:36Enfin, ça va être dans le physique, ça va être dans le virtuel,
03:38ça va toucher tout le monde.
03:40D'ailleurs, Sébastien Lecornu reconnaît,
03:42il le dit, là, en même temps qu'il annonce cette task force,
03:46peu de ministères sont au niveau requis.
03:49C'est vrai que, par exemple, ici à RTL,
03:51vous savez, nous, pour nous connecter,
03:52on a besoin d'une double authentification via le téléphone.
03:55Apparemment, ce n'était même pas le cas
03:57pour ces ministères ou pour ces agences visées.
04:01On peut s'étonner, quand même.
04:03Non seulement on peut s'étonner,
04:04mais en plus, je veux dire,
04:06ça paraît être le minimum syndical
04:08pour la protection des données.
04:11Quand vous vous connectez simplement
04:12avec un identifiant et un mot de passe,
04:14même au travers d'un VPN,
04:17c'est complètement incroyable
04:19qu'il n'y ait pas une vérification.
04:21Ça fait partie des protocoles
04:23qu'on enseigne à tout le monde
04:25quand je suis en entreprise
04:27ou quand je suis en cours avec mes étudiants.
04:28C'est les bases minimales de sécurité.
04:32Après, on va me rectorquer
04:34qu'il y a des problèmes de moyens, de budget.
04:36Oui, mais est-ce que la sécurité des données des Français
04:39doit se limiter à quelques centaines d'euros
04:43de protections qui n'ont pas été mises en place ?
04:46Parce que ça ne coûte pas très cher, tout ça.
04:49C'est juste qu'on n'a pas pris la mesure
04:52du risque qu'on fait courir aux gens.
04:53On a laissé faire.
04:54On n'a pas assez investi dans la sécurité.
04:56On a laissé faire.
04:57On a laissé faire.
04:58On a laissé les choses en place
04:59parce que ça a marché,
05:00parce que c'est compliqué,
05:01parce que ça représente des investissements.
05:03Il faut former des gens.
05:04Il faut changer des habitudes.
05:06Les administrations sont des grosses machines lourdes
05:08à modifier.
05:10Il y a des résistances.
05:11Donc, c'est normal.
05:12Je peux le comprendre.
05:13Et malheureusement,
05:14le problème,
05:15c'est qu'une administration qui se fait hacker,
05:17elle va continuer de travailler.
05:18Si le piratage avait eu lieu
05:21et que, en fait,
05:22toutes les données avaient été chiffrées,
05:23on n'aurait pas la même réaction du gouvernement,
05:25je pense, vous voyez ?
05:25Si on ne pouvait plus prélever l'impôt
05:27et qu'on ne pouvait plus attribuer des budgets,
05:30là, ça serait catastrophique.
05:31Là, vous avez le sentiment
05:32qu'à réaction de l'État,
05:34d'abord, il y a eu trois jours
05:35de quasiment
05:38de flottement
05:38et qu'elle est en dessous
05:40de ce qu'elle devrait être
05:41parce que vous dites,
05:42par exemple,
05:43l'intégrité physique
05:44de certains contribuables
05:47à forts revenus,
05:48elle est aujourd'hui en jeu,
05:49par exemple.
05:50Bien sûr.
05:51Bien sûr.
05:51Quand vous avez un fichier
05:52qui contient les noms,
05:54les adresses
05:55de gens
05:56qui déclarent
05:57des revenus très élevés,
05:58un criminel
05:59qui va avoir ce fichier-là
06:00entre les mains,
06:01il va lire le nom,
06:02l'adresse et le budget,
06:03il va se dire,
06:04obligatoirement,
06:05je gagne, par exemple,
06:05un million d'euros par an,
06:07il va se dire,
06:08chez lui,
06:09il doit y avoir des bijoux,
06:10il doit y avoir ceci,
06:11et il va peut-être monter.
06:13Alors,
06:14je ne vous dis pas
06:14que c'est à coup sûr,
06:15mais c'est quelque chose
06:16qui va se produire.
06:17Alors voilà,
06:18et il s'agit aussi
06:19de les traquer,
06:21ces pirates.
06:22On a le sentiment
06:23qu'ils agissent
06:23quand même en toute impunité.
06:25RTL a pu échanger.
06:27Vous savez qu'ils agissent
06:28sous le nom de Zero Bytes.
06:29Ils font même
06:29de la provocation.
06:31Ils disent,
06:32de toute façon,
06:32c'est l'État le responsable
06:33qui ne protège pas
06:35les données.
06:36C'est impossible
06:37de les identifier ?
06:38C'est impossible
06:38d'aller les chercher,
06:39de les interpeller ?
06:40Je ne serais pas
06:42aussi affirmatif que ça
06:43parce qu'en fait,
06:44ça dépend.
06:45Ça dépend du niveau
06:46de maturité
06:47de chacun de ces hackers.
06:48Par exemple,
06:49celui qui a piraté
06:50la NTS,
06:51qui était un jeune Français
06:53qui résidait en Corse,
06:55il a laissé des traces partout,
06:56il s'est fait remonter
06:57assez rapidement.
06:59Mais Zero Byte,
07:00par exemple,
07:01lui,
07:02semble beaucoup plus...
07:03Moi,
07:03je l'ai un peu suivi
07:05sur les réseaux.
07:06Il est beaucoup plus discret
07:08au niveau de sa localisation.
07:10Il fait attention.
07:11Il sait que les policiers
07:12sont sur sa trace,
07:13qu'il y a des services secrets
07:14aussi qui le traquent.
07:15Donc,
07:16il fait attention
07:17sur les informations
07:18qu'il diffuse.
07:19Mais imaginez
07:20que je suis dans un pays,
07:21on va dire un pays de l'Est,
07:24qui collabore très peu
07:26avec l'Union européenne.
07:28j'aurai une tranquillité
07:30d'esprit totale
07:31si j'utilise un VPN
07:32pour vous appeler
07:33et que j'ai,
07:33par exemple,
07:34derrière un deuxième VPN
07:35qui va me couvrir
07:36complètement au niveau
07:37de mes traces.
07:37Ce qui fait que
07:38je vais pouvoir appeler
07:39n'importe qui en Europe
07:41pour me moquer du pays
07:42en ayant un risque
07:44proche de zéro.
07:46Vous voyez,
07:46et je pense que Zero Byte,
07:48d'après les renseignements
07:49qu'on a,
07:49il est plutôt dans un pays
07:51de ce type-là.
07:52Malheureusement,
07:53les services de police
07:55sont limités.
07:57on est limités
07:58au territoire,
07:59on est limités
07:59aux serveurs
08:00qui sont situés
08:01sur le territoire français.
08:02Quand on localise
08:03un serveur à l'étranger,
08:05normalement,
08:06on est censé avoir
08:07une commission
08:09gâteau internationale
08:10pour aller
08:11perquisitionner le serveur
08:12avec l'assentiment
08:13des autorités.
08:14Mais les policiers
08:16et les gendarmes
08:16qui travaillent
08:17sur ces domaines-là,
08:17ils sont obligés
08:18de respecter les lois.
08:20On a un cadre législatif,
08:23on est obligés
08:23de le respecter.
08:24Et en parlant
08:24du cadre législatif,
08:25les sanctions,
08:26je crois que c'est
08:26jusqu'à 7 ans de prison,
08:28c'est ça ?
08:28C'est dissuasif ?
08:29Oui,
08:29parce que c'est l'État,
08:30mais pour moi,
08:33ce n'est pas dissuasif.
08:33Et 7 ans de prison,
08:34ce n'est pas grand-chose
08:35par rapport aux dégâts
08:36qui vont être commis
08:37à cause de lui.
08:38Merci beaucoup,
08:39Pierre Penalba.
08:40Je rappelle votre livre
08:42Cybercrime,
08:42un flic 2.0
08:44chez Albin Michel,
08:45ancien patron
08:46du groupe de lutte
08:46contre la cybercriminalité
08:48à la PJ de Nice.
08:49Merci d'être intervenu
08:50ce soir sur RTL.
08:51Merci d'avoir regardé cette vidéo !
08:51sur RTL.