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  • il y a 6 semaines
Sébastien Lecornu a demandé à l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (ANSSI) de constituer une "nouvelle unité cyber" pour offrir une "réponse opérationnelle plus réactive" aux cyberattaques qui visent la France, comme le récent vol des données du Fisc. Écoutez l'analyse de Pierre Penalba, ancien chef du groupe de lutte contre la cybercriminalité à la sureté de Nice et auteur de "Cybercrimes : un flic 2.0" chez Albin Michel.

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Transcription
00:01L'invité d'RTL Soir
00:02L'invité d'RTL Soir, Pierre Penalba, bonsoir.
00:06Bonsoir.
00:07Ancien chef du groupe de lutte contre la cybercriminalité à la PJ de Nice,
00:11vous êtes l'auteur de Cybercrime, un flic 2.0 chez Albin Michel.
00:15Merci d'être avec nous pour nous éclairer, car évidemment les questions sont nombreuses
00:19autour des attaques, des piratages dont a été victime l'Etat à travers différents services publics.
00:23On le rappelle, le fisc, l'éducation nationale ces derniers jours, il y a quelques semaines encore,
00:27la NTS, acte revendiqué par des pirates, avec lesquels d'ailleurs RTL a pu échanger.
00:33Mais tout d'abord, après trois jours de tâtonnement, avec le sentiment d'un gouvernement aux abonnés absents,
00:39on apprend donc ce soir que le Premier ministre a demandé au patron de la Défense et de la Sécurité
00:45Nationale,
00:45Nicolas Roche, de créer une nouvelle unité cyber dans les trois jours.
00:51Ça veut dire que l'Etat prend la mesure maintenant de sa cyber-vulnérabilité ?
00:57Je ne sais pas s'il est à prendre la mesure de sa cyber-vulnérabilité,
00:59mais je pense qu'il réagit, ce qui est déjà une bonne chose.
01:04Après, créer une unité en trois jours, ça me paraît un peu rapide,
01:08mais est-ce que les fonctionnaires qui vont être mis dans cette unité-là vont être sélectionnés comment ?
01:14Quel va être leur rôle d'unité ? Quelle va être sa mission ?
01:17Parce que d'après ce que j'ai lu, ça va être une mission d'intervention en cas de hacking.
01:21Or, c'est extrêmement complexe, c'est déjà ce que fait l'Annecy,
01:26c'est ce que font les services de police, c'est ce que font les services de gendarmerie.
01:30Donc, est-ce qu'on ne va pas faire des doublons avec ça ?
01:33Et surtout, quels seront les pouvoirs de cette unité ?
01:36Ça, c'est très important à voir.
01:37Parce qu'en fait, une fois que le hacking a eu lieu, c'est un peu tard.
01:41Ce qu'il faudrait, c'est intervenir avant.
01:43Parce que les dégâts sont faits une fois que le hacking a eu lieu.
01:46C'est la situation dans laquelle on se trouve aujourd'hui.
01:49C'est-à-dire que les données, elles ont été aspirées et elles ont déjà été revendues, c'est ça
01:52?
01:53Elles sont ou revendues ou en cours de revente.
01:56Elles sont déjà stockées à l'extérieur.
01:58Et malheureusement, il n'y a pas grand-chose à faire parce qu'on ne peut pas les effacer.
02:02Le problème majeur, c'est qu'est-ce qu'on va faire à l'avenir ?
02:05Vous avez des nouveaux fichiers qui vont être mis en place,
02:07comme la facturation électronique,
02:09où vous aurez accès à tout ce que les entreprises et les particuliers vont faire,
02:13les auto-entrepreneurs vont faire comme facture.
02:15Ça va être catastrophique si les hackers arrivent à avoir accès à ça.
02:18Parce qu'ils auront accès, par exemple, aux factures,
02:21ou ils auront accès aux fournisseurs,
02:23ou ils auront accès aux clients,
02:25ils auront les coordonnées bancaires de tout le monde.
02:27Imaginez, c'est encore plus catastrophique, je trouve, encore, que le FICO.
02:30Et ça, ça doit être en vigueur, ce à quoi vous faites allusion,
02:34pour les entreprises en septembre.
02:35Ça rentre en vigueur à partir du 1er septembre.
02:36C'est ça ?
02:37À partir du 1er septembre.
02:38Donc, ça va être une des cibles prioritaires pour les hackers.
02:41Et un truc comme ça,
02:43pour moi, ça devient catastrophique.
02:46Parce que c'est bien de mettre en place des mesures immédiates
02:50pour réagir en cas de hacking.
02:51Mais ce qui est important, c'est de réagir avant.
02:53C'est pas normal que les fichiers soient volés
02:57et qu'on dise, bon, on est désolé, on s'est fait voler les fichiers,
03:00mais vous inquiétez pas, l'activité continue.
03:02C'est bien que l'activité continue, c'est normal,
03:04que l'État fasse fonctionner.
03:05Mais il y a un problème majeur sur ce qui se produit après avec ces données.
03:09Parce que ces données-là, elles vont être utilisées.
03:11Et croyez-moi, ça va être utilisé de façon intensive par les groupes criminels.
03:15Ça a de la valeur, tout ce qui a été volé.
03:18Les gens dont le patrimoine a été dévoilé avec leur adresse,
03:22avec leurs coordonnées bancaires,
03:25il faut qu'ils se méfient, il faut qu'ils fassent attention.
03:27Vous allez avoir des arnaques,
03:28mais vous allez aussi potentiellement avoir des agressions à domicile,
03:34des vols, des cambriolages.
03:36Enfin, ça va être dans le physique, ça va être dans le virtuel,
03:38ça va toucher tout le monde.
03:40D'ailleurs, Sébastien Lecornu reconnaît,
03:42il le dit, là, en même temps qu'il annonce cette task force,
03:46peu de ministères sont au niveau requis.
03:49C'est vrai que, par exemple, ici à RTL,
03:51vous savez, nous, pour nous connecter,
03:52on a besoin d'une double authentification via le téléphone.
03:55Apparemment, ce n'était même pas le cas
03:57pour ces ministères ou pour ces agences visées.
04:01On peut s'étonner, quand même.
04:03Non seulement on peut s'étonner,
04:04mais en plus, je veux dire,
04:06ça paraît être le minimum syndical
04:08pour la protection des données.
04:11Quand vous vous connectez simplement
04:12avec un identifiant et un mot de passe,
04:14même au travers d'un VPN,
04:17c'est complètement incroyable
04:19qu'il n'y ait pas une vérification.
04:21Ça fait partie des protocoles
04:23qu'on enseigne à tout le monde
04:25quand je suis en entreprise
04:27ou quand je suis en cours avec mes étudiants.
04:28C'est les bases minimales de sécurité.
04:32Après, on va me rectorquer
04:34qu'il y a des problèmes de moyens, de budget.
04:36Oui, mais est-ce que la sécurité des données des Français
04:39doit se limiter à quelques centaines d'euros
04:43de protections qui n'ont pas été mises en place ?
04:46Parce que ça ne coûte pas très cher, tout ça.
04:49C'est juste qu'on n'a pas pris la mesure
04:52du risque qu'on fait courir aux gens.
04:53On a laissé faire.
04:54On n'a pas assez investi dans la sécurité.
04:56On a laissé faire.
04:57On a laissé faire.
04:58On a laissé les choses en place
04:59parce que ça a marché,
05:00parce que c'est compliqué,
05:01parce que ça représente des investissements.
05:03Il faut former des gens.
05:04Il faut changer des habitudes.
05:06Les administrations sont des grosses machines lourdes
05:08à modifier.
05:10Il y a des résistances.
05:11Donc, c'est normal.
05:12Je peux le comprendre.
05:13Et malheureusement,
05:14le problème,
05:15c'est qu'une administration qui se fait hacker,
05:17elle va continuer de travailler.
05:18Si le piratage avait eu lieu
05:21et que, en fait,
05:22toutes les données avaient été chiffrées,
05:23on n'aurait pas la même réaction du gouvernement,
05:25je pense, vous voyez ?
05:25Si on ne pouvait plus prélever l'impôt
05:27et qu'on ne pouvait plus attribuer des budgets,
05:30là, ça serait catastrophique.
05:31Là, vous avez le sentiment
05:32qu'à réaction de l'État,
05:34d'abord, il y a eu trois jours
05:35de quasiment
05:38de flottement
05:38et qu'elle est en dessous
05:40de ce qu'elle devrait être
05:41parce que vous dites,
05:42par exemple,
05:43l'intégrité physique
05:44de certains contribuables
05:47à forts revenus,
05:48elle est aujourd'hui en jeu,
05:49par exemple.
05:50Bien sûr.
05:51Bien sûr.
05:51Quand vous avez un fichier
05:52qui contient les noms,
05:54les adresses
05:55de gens
05:56qui déclarent
05:57des revenus très élevés,
05:58un criminel
05:59qui va avoir ce fichier-là
06:00entre les mains,
06:01il va lire le nom,
06:02l'adresse et le budget,
06:03il va se dire,
06:04obligatoirement,
06:05je gagne, par exemple,
06:05un million d'euros par an,
06:07il va se dire,
06:08chez lui,
06:09il doit y avoir des bijoux,
06:10il doit y avoir ceci,
06:11et il va peut-être monter.
06:13Alors,
06:14je ne vous dis pas
06:14que c'est à coup sûr,
06:15mais c'est quelque chose
06:16qui va se produire.
06:17Alors voilà,
06:18et il s'agit aussi
06:19de les traquer,
06:21ces pirates.
06:22On a le sentiment
06:23qu'ils agissent
06:23quand même en toute impunité.
06:25RTL a pu échanger.
06:27Vous savez qu'ils agissent
06:28sous le nom de Zero Bytes.
06:29Ils font même
06:29de la provocation.
06:31Ils disent,
06:32de toute façon,
06:32c'est l'État le responsable
06:33qui ne protège pas
06:35les données.
06:36C'est impossible
06:37de les identifier ?
06:38C'est impossible
06:38d'aller les chercher,
06:39de les interpeller ?
06:40Je ne serais pas
06:42aussi affirmatif que ça
06:43parce qu'en fait,
06:44ça dépend.
06:45Ça dépend du niveau
06:46de maturité
06:47de chacun de ces hackers.
06:48Par exemple,
06:49celui qui a piraté
06:50la NTS,
06:51qui était un jeune Français
06:53qui résidait en Corse,
06:55il a laissé des traces partout,
06:56il s'est fait remonter
06:57assez rapidement.
06:59Mais Zero Byte,
07:00par exemple,
07:01lui,
07:02semble beaucoup plus...
07:03Moi,
07:03je l'ai un peu suivi
07:05sur les réseaux.
07:06Il est beaucoup plus discret
07:08au niveau de sa localisation.
07:10Il fait attention.
07:11Il sait que les policiers
07:12sont sur sa trace,
07:13qu'il y a des services secrets
07:14aussi qui le traquent.
07:15Donc,
07:16il fait attention
07:17sur les informations
07:18qu'il diffuse.
07:19Mais imaginez
07:20que je suis dans un pays,
07:21on va dire un pays de l'Est,
07:24qui collabore très peu
07:26avec l'Union européenne.
07:28j'aurai une tranquillité
07:30d'esprit totale
07:31si j'utilise un VPN
07:32pour vous appeler
07:33et que j'ai,
07:33par exemple,
07:34derrière un deuxième VPN
07:35qui va me couvrir
07:36complètement au niveau
07:37de mes traces.
07:37Ce qui fait que
07:38je vais pouvoir appeler
07:39n'importe qui en Europe
07:41pour me moquer du pays
07:42en ayant un risque
07:44proche de zéro.
07:46Vous voyez,
07:46et je pense que Zero Byte,
07:48d'après les renseignements
07:49qu'on a,
07:49il est plutôt dans un pays
07:51de ce type-là.
07:52Malheureusement,
07:53les services de police
07:55sont limités.
07:57on est limités
07:58au territoire,
07:59on est limités
07:59aux serveurs
08:00qui sont situés
08:01sur le territoire français.
08:02Quand on localise
08:03un serveur à l'étranger,
08:05normalement,
08:06on est censé avoir
08:07une commission
08:09gâteau internationale
08:10pour aller
08:11perquisitionner le serveur
08:12avec l'assentiment
08:13des autorités.
08:14Mais les policiers
08:16et les gendarmes
08:16qui travaillent
08:17sur ces domaines-là,
08:17ils sont obligés
08:18de respecter les lois.
08:20On a un cadre législatif,
08:23on est obligés
08:23de le respecter.
08:24Et en parlant
08:24du cadre législatif,
08:25les sanctions,
08:26je crois que c'est
08:26jusqu'à 7 ans de prison,
08:28c'est ça ?
08:28C'est dissuasif ?
08:29Oui,
08:29parce que c'est l'État,
08:30mais pour moi,
08:33ce n'est pas dissuasif.
08:33Et 7 ans de prison,
08:34ce n'est pas grand-chose
08:35par rapport aux dégâts
08:36qui vont être commis
08:37à cause de lui.
08:38Merci beaucoup,
08:39Pierre Penalba.
08:40Je rappelle votre livre
08:42Cybercrime,
08:42un flic 2.0
08:44chez Albin Michel,
08:45ancien patron
08:46du groupe de lutte
08:46contre la cybercriminalité
08:48à la PJ de Nice.
08:49Merci d'être intervenu
08:50ce soir sur RTL.
08:51Merci d'avoir regardé cette vidéo !
08:51sur RTL.

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