00:00Et puis je vais rejoindre Olivier Ravanello parce qu'on va d'abord essayer de comprendre très précisément, Olivier, ce
00:07dont on parle.
00:08On va voir quel est ce site, ce fameux site de Samara et pourquoi il était important pour les Ukrainiens
00:16d'arriver à le toucher.
00:17Alors dans l'immédiat, Samara c'est un complexe militaro-industriel extrêmement important pour la Russie.
00:24Il est, vous le voyez, à 1400 km de Kiev donc c'est vraiment une frappe en profondeur.
00:29Et 800 km environ de la frontière.
00:32Exactement.
00:33Ça permet quand même de voir la distance de frappe.
00:35Absolument.
00:36Et Samara, vous y avez depuis des décennies, auparavant c'était une ville qui était dite fermée, c'est-à
00:43-dire qu'elle n'était, c'est une ville stratégique d'importance extrême.
00:48Et vous avez des usines d'armement, des usines de développement spatial.
00:52Le spatial et le militaire en Russie ayant toujours été très proches.
00:55Donc Cyril nous l'a expliqué, il y avait la volonté de frapper une structure qui s'appelle Progress et
01:02qui travaille sur un système satellite un peu plus mobile.
01:05Parce que cette armée russe, elle est très lourde, elle est très pesante, elle a besoin d'avoir la même
01:09mobilité que les Ukrainiens.
01:10Et ça c'est l'un des objectifs de Poutine.
01:12Et puis aussi c'est un endroit où on fabrique des missiles de longue portée, notamment les KH-101, qui
01:19sont des missiles qui ont été de plus en plus utilisés par la Russie ces derniers mois.
01:23Où il y a une demande de la part du Kremlin d'aller encore plus vite dans la production de
01:28ce missile.
01:29Qui est un missile qui est accompagné de tout un système de leurre qui le rend très difficile à intercepter.
01:35Et notamment ce système de leurre est fabriqué à Samara.
01:39Donc il y a un objectif immédiat.
01:40Et puis il y a un autre objectif.
01:42Alors c'est ça, il y a un objectif à long terme, ces frappes en profondeur elles ont.
01:46Et puis on verra, en fait il y a plusieurs objectifs.
01:49Et de la part des Russes, et de la part des Ukrainiens.
01:51Là on parle évidemment de la stratégie de Kiev.
01:54Pour Kiev c'est une façon de dire que même si aujourd'hui, et on le voit, l'Ukraine peut
01:58être malmenée dans les airs,
02:00et bien ces missiles sont encore capables de faire des dégâts.
02:03Absolument. Et d'aller frapper ce que les Russes ont pendant très longtemps considéré comme des cibles inatteignables.
02:10C'est-à-dire que si on revient un petit peu dans l'histoire soviétique, mais que tous les Russes
02:16ont en tête.
02:16Parce que cette culture militaire elle est encore très présente dans ce pays, ce qui n'est pas forcément le
02:20cas chez nous.
02:21Il y a eu au moment de l'offensive allemande durant la Deuxième Guerre mondiale, une décision de Staline d
02:27'envoyer toutes les usines d'armement à Samara justement.
02:30Et c'est à partir de là que cette ville est devenue aussi symbolique.
02:33Vous avez aujourd'hui d'autres villes dans le pays qui sont des villes stratégiques, qui sont des villes fermées,
02:38où l'effort de guerre et la recherche militaire est concentré, notamment sur le militaire.
02:44Et l'idée qu'il y a depuis très longtemps du côté des Russes, c'est que l'immensité de
02:48leur territoire, regardez la taille de la Russie,
02:5111 fuseaux horaires, l'immensité de leur territoire les protège.
02:54Ils se croyaient inatteignables ?
02:56C'est-à-dire que même s'il y a une offensive qui vient de l'Europe, il leur suffit
02:59de reculer pour que l'adversaire avance et finisse par s'épuiser.
03:03C'est ce qui s'est passé avec Napoléon, c'est ce qui s'est passé avec Hitler.
03:07Et cette idée elle est très ancrée.
03:08La profondeur stratégique nous protège.
03:10On est trop grand pour pouvoir être envahis.
03:13C'est ça l'idée qu'il y a.
03:14La preuve que non à Samara.
03:15Sauf que depuis quelques mois, les Ukrainiens frappent des cibles en profondeur.
03:20Et ça c'est très nouveau.
03:21Et même si les Russes suivent cela sur les réseaux sociaux pour l'essentiel,
03:26ils sont en train de réaliser que ce qui leur a été vendu par Poutine comme étant une opération spéciale,
03:31en fait est une véritable guerre.
03:33Et qu'elle commence à les toucher systématiquement sur leur territoire.
03:37Alors ça touche des objectifs militaires, mais ça touche aussi des objectifs civils.
03:41Et notamment cette entreprise dont on parle beaucoup, White Berries, qui est une entreprise...
03:46C'est l'équivalent, on va rappeler ce que c'est, White Berries,
03:49pour une image un peu classique, on dit que c'est le Amazon local ?
03:53C'est un Amazon plus-plus.
03:55C'est un Amazon avec en plus une banque, avec en plus tout un réseau.
04:00Pour quelles raisons est-ce que c'est vital pour l'économie russe ?
04:02Pour des PME par exemple.
04:04C'est-à-dire que si vous avez une PME qui est ici et qui a besoin de produire et
04:07d'envoyer à Sarov,
04:09à l'autre bout, à 6000 kilomètres,
04:12elle a besoin d'avoir des entrepôts un peu disséminés de partout.
04:14C'est ce que fournit White Berries, des entrepôts à tout le réseau économique de la Russie.
04:20Si ces entrepôts sont systématiquement bombardés,
04:23Si White Berries part en feu régulièrement,
04:26et que les stocks de ces différentes PME partent en fumée,
04:30c'est une grande partie de l'économie russe qui progressivement est en train de s'amenuiser et de s
04:35'affaiblir.
04:36Ajoutez à cela les frappes sur des raffineries, les frappes sur des ports,
04:40C'est tout l'effort de guerre militaire russe qui est visé dans ces opérations sur des cibles civiles.
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