00:03Je pense que j'ai fait la place de son directeur sportif, je lui ai dit aussi, reste avec Pogacar.
00:09Pourquoi attaquer ici ? Il attaquait une fois le premier jour, la deuxième étape à Barcelone.
00:18Et justement, j'ai dit, s'il commence comme ça, c'est mal parti, parce que quand tu attaques,
00:24c'est pour faire des efforts à l'adversaire. Si tu fais autant d'efforts que ton adversaire, ça ne
00:29sert à rien.
00:29Non, je pense que là, il a compris, son staff aussi, qu'il fallait suivre, que déjà suivre Pogacar, c
00:36'est déjà un bel exploit.
00:37Est-ce que tu penses que globalement, il aura beaucoup appris sur ces trois semaines,
00:41et que ça peut l'amener à avoir une réflexion différente pour la suite ?
00:45Ou est-ce que sa préparation n'a finalement pas été un peu écornée par sa chute au Tour ?
00:51Je ne pense pas que sa préparation ait été très contrariée par sa chute au Tour au Vendron Alpes.
00:58Mais c'est sûr que pendant ces trois semaines, il a beaucoup appris.
01:00On apprend énormément dans le Tour de France, les premières années, on apprend beaucoup plus que dans une saison entière.
01:07Donc il a beaucoup appris, oui, ça c'est sûr. Il aura appris à tenir la pression, parce qu'au
01:16départ, il a toujours de la pression.
01:18Vous ouvrez les journaux, on parle toujours de Pogacar, tout le monde parle de sexage dans tous les journaux.
01:21Donc j'espère qu'il ne les lit pas, parce que sinon, il va prendre la grosse scène.
01:24Non, c'est pas son genre, c'est pas son genre.
01:27Mais c'est sûr qu'il a eu tout un tas d'événements, de fêtes, de choses nouvelles.
01:34Et en plus de la difficulté du Tour, quand il faut assimiler ça en même temps, c'est sûr que
01:40c'est pas facile.
01:41Moi je trouve que ça en est bien sorti.
01:42Bernard, on en parlait à Aurillac. Notre chroniqueur Cyril Guimard, tu étais de son avis, il ne fallait pas qu
01:48'il fasse le Tour.
01:49C'était à Aurillac.
01:50Maintenant, est-ce que tu as changé d'avis ? Est-ce qu'il a bien fait de faire le
01:53Tour ?
01:54Je ne sais pas, ça l'avenir nous le dira, parce que pour l'instant, je pense que lui et
02:01son staff, ils sont un peu en dessous.
02:04Au départ, ils étaient certains qu'il s'est sur le podium, et là il n'y est pas.
02:08Mais bon, j'ai déjà dit, il faut relativiser, il est derrière le meilleur coureur du monde.
02:11Donc il n'est pas sur le podium, mais enfin, il est quand même bien placé.
02:15Mais pour moi, c'était un peu tôt peut-être, c'était un peu jeune.
02:20Mais au moins, ça lui aura permis de prendre une expérience, et puis de gagner une année.
02:24Par rapport à l'an prochain, il aura déjà une expérience du Tour de France,
02:28parce que même s'il fait le Tour d'Espagne, le Tour d'Italie, c'est encore différent du Tour
02:32de France.
02:32Le Tour de France, il y a une pression quotidienne, continuelle, qu'on n'a pas dans les autres grandes
02:38courses.
02:39Donc je pense que là, il y a beaucoup en magazine d'expérience, qui lui serviront énormément pour l'année
02:43prochaine.
02:44Je rebondis encore sur ce que nous disait Cyril Guimard, notre chroniqueur.
02:47S'il ne fait pas podium, son Tour de France à Paul-Sexas s'est raté.
02:51Tu es d'accord avec ça ou pas ?
02:54C'est vrai que quand Cyril l'a dit, c'était au début du Tour, donc on pouvait penser ça
03:00au début du Tour.
03:01Quand on voit comment il s'est comporté dans le Tour et ce qu'il a fait, ce n'est
03:06pas vraiment un raté.
03:10Je pense que lui, il espérait certainement, au minimum sur la troisième marche du podium, il la rate de pas
03:16beaucoup.
03:17On a peut-être été surpris par Del Toro, qu'on n'attendait pas tout à fait à ce niveau
03:22-là.
03:22Même si on avait vu dans le Tour Auvergne-en-Alpes, qu'il avait vraiment la classe et qu'il
03:26est au-dessus des autres aussi.
03:27Qu'est-ce qui lui manque ?
03:30Parce qu'il lui manque assez de la constance.
03:33Par exemple, hier il a perdu un petit peu de terrain, aujourd'hui il a perdu un petit peu plus.
03:38L'an prochain, je pense que ça ne lui aura pas de perdre du terrain comme ça.
03:42Et pour le reste, il grimpe bien, il est en contre-à-la-montre, il n'est pas ridicule, il
03:47descend bien.
03:49Donc il faut, je dirais, ça améliorerait un petit peu partout, pas beaucoup, mais ça améliorerait un petit peu partout.
03:55Et puis ça, enfin surtout, ça améliorerait encore un petit peu en montagne, ça améliorerait en contre-à-la-montre.
03:59Et après, dans les 2-3 ans qui viennent, il aura atteint son maximum.
04:06On l'a vu très vite, comme le successeur de Bernard Reynaud, peut-être un peu trop vite.
04:10On se rend compte que Del Toro a 2 ans de plus et qu'il est actuellement plus fort que
04:15lui, concrètement.
04:16Oui, exactement.
04:18C'est ce que vous dites, c'est qu'il y a un qui a 2 ans de plus.
04:20Donc en 2 ans, il a acquis une certaine expérience qui lui permet de traverser des mauvais moments,
04:26qui lui permet peut-être de mieux ajuster les moments où on doit faire ses efforts.
04:31Ça, c'est une petite chose qu'on acquiert quand on participe à un grand tour.
04:35Et c'est vrai qu'au départ, ça nous a un petit peu peur.
04:38C'est que ça, c'est son inexperience dans un grand tour.
04:42Parce que l'expérience, c'est extrêmement important quand on fait une course de 3 semaines.
04:46Surtout quand on fait le Tour de France.
04:47Les autres, Giro et Vuelta, il y a moins de pression, moins de tension.
04:54Mais débuter par le Tour de France à moins de 20 ans, c'était un pari risqué.
04:58Mais bon, 4e, c'est quand même très très bien.
05:01Est-ce qu'il y avait choisi un peu un mode hybride ?
05:04On se rend compte qu'en montagne, il était souvent presque essolé.
05:07En tout cas, pas très bien entouré.
05:09Est-ce que c'était bien de choisir ?
05:12On se rend compte, à la fin du Tour, ils ont quand même gagné une étape au sprint.
05:14Mais est-ce qu'il fallait partir en mode hybride comme ça ?
05:18Je ne sais pas, mais encore faut-il avoir les éléments sous la main.
05:24Tout le monde n'a pas les moyens de UAE, de Bahreïn ou des équipes comme ça.
05:31Ils ont les moyens d'avoir des très très bons coureurs.
05:33Quand on regarde UAE, ils ont les moyens d'avoir un leader Pogacar,
05:36mais ils pourraient en avoir un autre qui s'appelle Del Toro,
05:39qui pourrait être leader dans une autre équipe.
05:41Ce n'est pas tout à fait le cas de la CGM.
05:45Donc je pense qu'ils vont certainement se renforcer.
05:49Je pense que Paul Sexas lui-même va demander
05:51à ce qu'il ait un bon grimpeur avec lui pour l'accompagner jusqu'au bout.
05:55Parce qu'aujourd'hui, quand on regarde, la lutte était inégale.
05:58Puisque Sexas s'est trouvé assez rapidement seul,
06:01alors que Pogacar avait Del Toro ou vice-versa.
06:04On dit que c'est le prodige.
06:05On dit que c'est l'élu.
06:07Est-ce que pour Bernard Tavier, c'est ton élu ?
06:12C'est sûr qu'il a un potentiel largement supérieur aux autres,
06:15mais il ne faut pas non plus s'enballer trop.
06:17Il ne faut pas lui avoir fait gagner le Tour de France avant qu'il ait gagné.
06:22Il sait qu'il le sait très bien, d'ailleurs.
06:24Il s'en est bien rendu compte qu'il a encore des efforts à faire,
06:27qu'il a encore de la maturité à aller chercher
06:30avant de pouvoir remporter le Tour de France.
06:32Mais moi, je crois vraiment en lui.
06:34Je pense que dans les 2-3 années qui viennent, il va remporter le Tour de France.
06:36Est-ce qu'il y a, si je peux me permettre, Bernard,
06:39on t'a connu sur le vélo, tu étais caractérisé pour le panache.
06:43Là, il n'attaque jamais.
06:44Est-ce que Paul sait que ça ne vous montrerait pas de panache ?
06:47Le panache, au-delà, quand on est plus costaud que les autres.
06:50Mais quand on est...
06:51Quand on est plus costaud que les autres,
06:52quand on subit, oui.
06:55Le panache, on pense avant tout à pouvoir suivre,
06:59à pouvoir faire le mieux possible.
07:02Donc, on va attendre qu'il ait pris un petit peu d'étoffe
07:04avant de lui demander d'avoir du panache dessus.
07:07Ce qu'on lui demande, c'est d'être un tour de France.
07:09La limite, on ne demande pas à ce qu'il y a du panache.
07:13C'est un peu assez à Teddy Riner, il y a quelques années,
07:18aux Jeux Olympiques.
07:18Là, on dit, oui, la médaille d'or, mais sans panache.
07:20Mais il dit, qu'est-ce qu'on lui demande ?
07:21Ben, de la médaille d'or !
07:22On ne demande pas !
07:23Si on lui demande du panache, il va mettre du panache,
07:25il n'y aura peut-être pas de médaille d'or.
07:25Donc, qu'est-ce qu'on demande, c'est que ça ?
07:27Gagner le tour de France, le panache,
07:29tu pourras le mettre après, quand il sera,
07:31par exemple, au Bougachar, quand tu es au-dessus du lot.
07:34Là, tu peux faire preuve d'un petit peu de fantaisie,
07:37un peu de panache.
07:38Mais avant, il vaut mieux s'assurer la victoire
07:41plutôt que de devoir faire le Marion.
07:42En tout cas, on a l'impression qu'il a fait un tour sans fulgurance.
07:44On l'a vu au Pays-Bas, qui a ses flamboyants,
07:46à la Flèche-Vallonne.
07:47Il montrait des choses très intéressantes.
07:49Là, c'est un tour de France où on a l'impression
07:51qu'il était vraiment au jour le jour et au millimètre.
07:55Oui, parce que c'était son premier grand tour.
08:00Et en plus, le tour de France,
08:01c'est la course la plus difficile du monde.
08:04Je pense que son staff a dû lui dire
08:07tranquillou, ne va pas faire le fou devant.
08:10Le tour de France, ce n'est pas le Pays-Basque.
08:13Donc, reste avec les costauds.
08:16Apprends, regarde, copie, regarde comment ils font.
08:18Et puis après, tu parles à chez les chevaux
08:21quand tu seras un peu mieux qu'eux.
08:22Mais pour l'instant, elle était là en observation
08:24plus qu'en vainqueur potentiel.
08:28Est-ce que tu penses qu'il repart du coup
08:29avec une somme de renseignements, de data ?
08:31Ils vont terminer le tour avec beaucoup de choses,
08:34beaucoup d'éléments pour travailler la suite.
08:35Ah ça, maintenant, les data, oui, c'est la bonne data.
08:38Tu n'as pas connu, toi ?
08:39Non, les data, c'était on écoutait les cuisses
08:42et les moqueurs.
08:43Non, c'est sûr que son équipe et son staff
08:49va recueillir énormément de renseignements,
08:52de data, comme on dit maintenant,
08:53sur sa forme, sur ses capacités, sur son potentiel.
08:57Et ça servira pour les prochaines courses,
09:00mais aussi pour le tour de l'année prochaine.
09:02Bien sûr.
09:03À la sortie de vos Alpes, sur vos terres,
09:05est-ce que Paul sait que ça, ça réussit son tour de France ?
09:10Oui, il a réussi, mais on attend un petit peu mieux.
09:15Mais on s'est peut-être trompé sur la valeur de Del Toro.
09:19Et finalement, on ne mettait pas le sexas troisième.
09:21Et encore, si Vinjogor n'était pas tombé,
09:25il a peut-être fini un petit peu plus loin.
09:27Donc je crois qu'on l'a peut-être vu un petit peu trop beau
09:31au début du tour.
09:34C'est nous, c'est pas lui, c'est nous qui nous sommes trompés
09:37sur sa valeur.
09:38Et nous aussi.
09:40Tout le monde, pas tout le monde,
09:41tout le monde s'est laissé impressionner.
09:43Moi, j'étais vraiment impressionné à Liège-Bastogne
09:46quand il est parti avec Pogacar.
09:48En 300 mètres, enfin, en 500 mètres,
09:51ils ont pris 200 mètres à des...
09:52Pas n'importe qui, Even Bull et compagnie.
09:55Ça dénote quand même un sacré potentiel.
10:00Alors peut-être qu'on a voulu extrapoler un petit peu
10:03et on s'est tous laissé un petit peu aller à penser
10:08qu'il allait faire des expôts.
10:11Mais finalement, je pense qu'il allait à sa place.
10:14Sa place, quatrième, c'est une très bonne place finalement pour lui.
10:17On voit que le tour, c'est quand même autre chose aussi
10:18que les autres courses de la saison,
10:20que ce soit des classiques ou des courses d'une semaine.
10:22Tout à fait, tout à fait.
10:23Oui, oui, oui, c'est différent.
10:25C'est différent d'une course de trois semaines.
10:27D'une course d'une semaine, je veux dire.
10:31Et je le répète, le tour de France,
10:33c'est encore différent des autres grands tours.
10:35Donc là, bon, il s'attaquait vraiment à un gros morceau.
10:40Et on a peut-être un peu mésestimé ce gros morceau.
10:43Justement, on a mésestimé un peu ses adversaires.
10:46On a été éblouis par ce qu'il a fait dans Liège-Bastogne
10:50ou dans le tour du Pays Basque.
10:52Moi, j'avais une dernière question, Bernard.
10:55Si on regarde le général,
10:56les écarts entre le premier et ceux qui suivent,
10:59ils sont énormes.
11:01Ça rappelle une certaine époque.
11:04Ils sont énormes.
11:06Oui, j'ai connu ça du temps de Merck.
11:08Il était au-dessus du lot.
11:10En plus, Pogacar a très bien couru.
11:13Il a « assommé » tout le monde dès le départ.
11:17C'est bien qu'on a vite senti, dès la troisième étape,
11:21que tout le monde essayait plutôt de défendre sa deuxième place
11:24plutôt que d'attaquer Pogacar vraiment de front.
11:27Et ça, c'est un avantage pour lui.
11:29Ce qui lui permet de creuser l'écart.
11:31Bon, après, peut-être aussi parce que le tour de cette année
11:34était quand même très difficile.
11:36Il faut reconnaître qu'il était très montagneux
11:37et qu'évidemment, plus c'est montagneux,
11:39plus les écarts sont importants.
11:42Merci, madame.
11:42Merci beaucoup, Bernard.
11:43S'en prie.
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